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CHAPITRE II

Qu'ii est faux qu Eusèbc et saint Isidort d* Damiette aient cru que les philosopha t /miens aient été sauvés sans lu foi en Jésus-Christ.

Quelques-uns ont prétendu qu'Ëusèbe a été dans le même sentiment qu'ils attribuent à saint Justin : que tous ceux qui oui vécu dans la loi de nature, en remontant depuis Abraham jusqu'à Adam, ont été sauves en vivant moralement bien sans la foi en Jésus- Christ. .Mais il n'y a rien de plus contraire à la vérité que cetie pensée, cl rien n'est pus injuste que de l'attribuer à Eusèbe : tout au contraire, cet historien ecclésiastique enseigne, en termes clairs 1), que le nom de chr< tien comprend < n soi a connaissance de J Christ et une vie conforme à sa doctrine ; d il dit (2) que les anciens justes ont été chr en effet, quoiqu'ils ne le fussent pas de nom, parce qu'ils avaient reçu de Dieu une connaissance claire de Jésus-Christ , et qu'Abraham, le père de tous /< s fidèles < t le modèle de la justification de tous les hommes, n'a été justifié

(I) Euseb. hb. i. Hislor. secte, cap. \. Christian! nomme nibil aliud signiHcntur, quant \ ir qui per Cliri-

niiioix'iii nique doclrinam cullus unius I »oi

I rofcsslone orualus esl.

(4) Ibid Quod si quisomnes illos, quorum jnslilia lam illuslri lesliniomo comprobata est, ab Abraham

inilio s pio ■• ChrisliaiiOG non quidem nomh I

re i|isa misse . (liiiiii'i, is non procala »eroaberravo* rii ... Ipsum Chrislum Dei distincte cogniium habue-

rinii Ule | Alii.ili m] per iid<- i in eum qui ipsi .<i>-

paruernl, Cbrislum Verbum Dei, lueral jusliicaios.

que par cette foi en Jésus-Christ. Il fait voir, dans le chapitre h du premier (livre de son Histoire ecclésiastique, que la religion chrétienne n'est pas une invention nouvelle de quelque homme semblable aux autres , mais la plus ancienne de toutes les religions ; et voici comment il le prouve (1).

Le peuple hébreu, dit-il, n'est pas un peuple nouveau, mais illustre et Irès-célèbre parmi '■ toutes les nations à cause de son antiquité ; on voit parmi eux des livres où sont écrites les vies des grands personnages qui ont vécu il %j a longtemps, et, quoiqu'ils soient en petit nombre, ils ont néanmoins surpassé tous les autres en piété , en justice et en toutes sortes de vertus : les uns ont vécu avant le déluge et les autres depuis , entre lesquels est Abraham , dont les Hébreux se glorifient comme de leur prince et de leur premier père.

Nous voyons déjà que cet historien, s'étant mis en peine de trouver des chrétiens avant Jésus-Christ, ne les va point chercher dans les écoles de la Grèce et parmi les sages du paganisme, mais qu'il s'arrête à ces saints patriarches et à ces amis particuliers de Dieu*, que le Saint-Esprit a lui-même canonisés en consacrant leur mémoire dans l'Ecriture sainte , et que nous savons avoir été choisis de Dieu pour être les dépositaires de ses promesses , et conserver la foi vive du mystère ineffable de la rédemption des hommes; et ce qui est de plus considérable est que cet historien remarque expressément que ces anciens justes, à qui Dieu, par une anticipation de miséricorde et de grâce, a donné l'esprit du christianisme avant Jésus-Christ, ont été en fort petit nombre ; et cela seul est plus que suffisant pour couvrir de confusion tous ceux qui auraient la témérité de prétendre qu'Eusèbe a cru que les païens ont pu obtenir le salut éternel dans la foi en Jésus-Christ, et sans la connaissance du rédempteur qui le devait venir mériter.

Mais ce qui suit, dans ce quatrième chapitre d'Eusèbe, est encore plus fort pour détruire ce sentiment; voici ses paroles (2) :

(I) Euseb. toco cilato. Hebrocorum gentem handquàqaam recentem esse, setl vetuslatis graiia apud omnes in honore haberi cnnclis notissimum est. Sunt npud cnm prison monumenla, in quibus continentur res gestœ vêler um quorumdam virorum, qui licel rarl ne perpauci, religione, justitia, ac caeleris virlulibus reliquos oinnes longe superarunl. Et anie dilnvium quidem nonnulli commemoranlur : post dilnvium au • lem alii... inter qnos Abraham quem quidem comlitorom aucloremque generis sui jactant llebnci.

(±) Euseb. toco citato. Qnod si quis omnes illos, quorum justitia là m illnslri icslimonio COmprobala est, ab Abraham iuiiio sumpto, ad primum usqnc hotninem recurrens, chrislianos non quidem nomine, sed re ipsa fuisse afflrmet, is non piocnl a verilale aberraverit. Nam eum chrisliani nomine nibil aliud signiflcetur, quarn vïrqui perChristicognilionemalque doclrinam, niodeslia, justitia, loleranlia, forlitudine, et pietatis cullusque unius qui super omnia est, Dei professione ornatns est ; bac omnia veteres illi non minus sludiosc quarn nos excoluerunt. Ilaque nec circumdsionem, nec sabbalum observare illis cura fuit, nec nobis : ncque a certis cibis abslinerc et alia quxdam sollicite observare... sicut ncque nuncapud

Que si quelqu'un veut dire que ces grands hommes, qtii, depuis Adam jusqu'à Abraham, ont reçu un témoignage si illustre de leur justice, ont été chrétiens en effet, quoiqu'ils ne le fussent pas de nom, il ne s'éloiqnera pas de la vérité; car, puisqu' être chrétien n'est autre chose que de reconnaître Jésus-Christ , et par sa, connaissance et sa doctrine, en confessant un Dieu maître , unique et souverain de toutes choses , s'élever dans un haut degré de tempérance, de justice, de patience, de générosité et de vertu, ces saints patriarches ont possédé tout ce qu'enferme ce nom, et n'ont pas eu moins d'ardeur que nous pour acquérir une perfection si excellente. Ils n'ont point observé non plus que nous, ni la circoncision charnelle, ni le sabbat, ni l'abstinence de certaines viandes, comme il ne se trouve rien de toutes ces choses parmi les chrétiens ; mais ils ont reconnu clairement le Christ, c'est-à-dire l'oint du Seigneur; c'est pourquoi encore qu'Abraham ait reçu depuis le signe de la circoncision, l'Ecriture sainte néanmoins nous assure qu'il avait été justifié auparavant par (a foi, c'est-à-dire comme il l'explique plus bas, par la foi. en Jésus-Christ, ce Verbe de Dieu qui lui était apparu

11 faut avouer qu'il n'y a certainement rien à ajouter à ces paroles ; et si on trouve, après les avoir lues, qu'elles peuvent prouver que les païens, en suivant simplement la lumière de la raison , et sans avoir aucune connaissance de Jésus-Christ, ont pu être réputés chrétiens et parvenir au salut éternel, on peut dire qu'il faudrait avoir absolument l'esprit renversé : car il faut être entièrement dépourvu de raison et de sens commun pour n'y pas voir au contraire une condamnation formelle de ce sentiment, et qu'Eusèbe, bien loin de le favoriser, dit que ces païens et ces impies n'ont aucune part à la qualité de chrétiens. Car il y enseigne positivement <]ue la première et la plus essentielle notion de chrétiens, soit avant, soit depuis la venue deJésus-ChrisI, est de le connaître et de croire en lui.

Et ce que dit cet historien ecclésiastique de tous ces anciens jusles , qu'ils avaient été chrétiens en effet, quoiqu'ils ne le fussent pas de nom, n'est autre chose que ce que saint Augustin a dit depuis de ces mêmes justes [Atcgust., libro. 111, contra duas epistol. pclagianor., cup. k) : Qui nondum nomine sed reipsa fuerunt antea chrisliani; et saint Augustin entend la même raison au même endroit : Quia ex fuie qua nos rivimus , una eademrjuc vixerunt , incarnationcm, passionem, resurreelionem Christi credentes futuram , quarn nos credimus faclam. C'est donc parce qu'ils ont vécu dans la même foi que nous, croyant l'incarnation , la passion et la résurrection de Jésus-Christ comme devant arri-

cbrislianos quidquam horum geritur. Sed et ipsum

Chrisium Dei distincte cognilum habuerunl Qimd

si Abraham longo posl tempore circumeisioais inandatum accepisse dicilur, antê illud lanien per fldem iuslificalus misse Scripinrse leslimonio comprobalur.., ■Ile [Abraham] per lidem in eum qui ipsi apparue rat Chrisium Yerbiim Dei fucrat juslilicalus.

DÉMONSTRATION f\ UHGELIQl i .

ver, ainsi que nous les croyons maintenant comme arrivées. El ce qui est bien remarquable, c'est que lainl Augustin n t dit ceci que pour combattre les pélagient, qui enseignaient celte même erreur qu'avant 1 in< nation on pouvait être sauvé »an Ire

Jésus-Christ. Il é& faut donc pas souffrir que l'on abuse des paroles des | i r S . ni leur attribueras erreurs en se servant des paroles mêmes dont ils se sont servis ponr les condamner: car ees erreurs mêmes sont d autant plus dangereuses, qu'elles conduisent insensiblement au libertinage, au ue.sme et au renversement entier des fondements de la religion chrétienne, qui n'est appuyée que sur Tmcarnalion de Jésus-Christ; et on ne peu: point l'établir sur un autre fondement, comme dit saint Paul (I, Corinth. III) : fundàtàentwn aliud nemo potest ponere, prœter, ul awxl positum est, quod est Chrittus Jésus. ■ On prétend que saint Isidore de Damiettc appelle aussi fort souvent logiciens et chrétiens la plupart de ces anciens philosophes qui ont suivi ces lumières de la raison > le même sens que saint Justin les appelle chrétiens. Mais rien n'est encore plus opposé à la vérité, et il est certain que l'on ne trouvera rien dans ce père qui soit contraire à la doctrine de l'Enlisé sur ce sujet. Tout au contraire, on trouve partout, dans les ouvrages de saint Isidore (1), que la philosophie des païens est ennemie de la vrai sagesse, qu elle est indigne du nom qu'elle porle, et , qu au lieu de conduire au ciel, elle précipite dans les enfers.

Il dit que (2) la véritable grandeur de courage est éloignée de la bassesse et de VorgueU, et ne se rencontre que parmi les chrétiens Que les sages du paganisme, s'étant voulu mêler de régler les mœurs des hommes, n'avaient fait autre chose , par tous leurs discours, que les égarer et les remplir de ténèbres cl d'aveuglement, et qu'il n'appartient qu'au Verbe divin de nous instruire de notre devoir [i-;. Que la vertu est morte sans la foi (5). Qiir les païens,

M) hidor. Peins. Epistolar. libro. i. epist. 9G. ad maximum philosophant geniilem. Philosophant ja vere sapienliœ inimicam, Ipsom quoque liujuscc rçi nomen ejtirans et infielahs... Ea quand nunc profilelis inuiUirdKvo erociatnra veni* experlem pariniït": ubi Cocylos lil.i ac Phlegeihontas Plalo muia-

(us est. . , •

(% Idem, lib. u. Epist. 241. *pud chrislianos solos... connectunlur ea, que plurimum inierse disjoncta sont. Ahiihi enim magmtudo ah omni arroganlia libéra .. mansuetndine lempcratur. Etenim supe niliil seeùrri ferens... humilia el abjecti aimnl affeclnni (levitii.

(5) Idem, tibro v. Epist. 28. Respondeo : Gcntilmm sapientt9... conSthaere volenies quid juslnm, qmd bARCstum sit, proiUtasermonibus, quasi labyrintnirm ducenies, Lauinm aberrasse, ul leaentcs confimdçndo anipliuscoiiiurbarint.Verbuni vero Dei Films n homini Iniellecliim ifislaurans, «m arbi rii hbertalem iiisio el Imnesio eolligans; breviter omneapernit.

(i) Ibid. ep'nt. 102. Vii-ius quomodo mortna non extstinietur, nisl fide anhnelufT

(h) Idem, htm, ». Bpiji. 00. El apud Genulcs quanomam os in 90a potesiatc h3ti ■ hbitu

6uo agens) Multas hatreses diabotas procreavlt. Qndfl

avant Jésus-Christ , étaient sous la puissance

du diable; qu'il disposait il'euT nt i ,

el que c'est lu r- ■ ir laquelle il -

des hérésie» tt des disputes touchant la rwîqion , tant pa mi les chrétiens que parmi les patins et parmi les juif* • car, comme dit ce père excellemment, avant la venue de 1

Christ le diable , VOyaM tOUS '■ M

l'enivrement <lu vice sans qu'il un

pour le dire ainsi qui fût vérttabU bre

et délivré de cette léthargie, il se mettait peu

■■'me de semer pa de la division.

Mais, depuis que le Verbe est descendu du <

pour nou ■ donni vie

toute céleste, cet ennemi mortel des ho voyant qu'ils commençaient peu à peu à se dépouiller du vice et à rechercher la vertu, à loigner de l'impiété et à embrasser la piété , il a redoublé sa fureur-centre nous et a enfanté les hérésies, afin de ruiner In religion par la religion même, se trouvant trop faible po r la combattre ouvertement.

Voilà donc les vérilés Solides que l'on trouve dans les éptti jainj Isidore; et

trouvera jamais rien qui favorise le sentiment du salut d<'s païens sans la connaissance de Jésus-Chrisl et sans la foi en son nom.

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