‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 64 sur 305 · G9 NÉCESSITÉ DE · texte numérisé non relu

G9 NÉCESSITÉ DE

assurément d'un auteur beaucoup plus nouveau; et quand même ils seraient de lui, on peut être assuré de toute certitude, qu'il n'y a rien qui soit contraire au véritable sentiment de saint Chrysostonie et à celui de tous les pères, touchant la prétendue béatitude de ces philosophes païens. On n'y trouve rien que de conforme à la vérité catholique et qui ne détruise absolument ces erreurs.

Nous pouvons dire la même chose d'un sermon pour les morts que l'on attribue à saint Jean de Damas, où il est dit que Jésus- Christ, en descendant aux enfers, en tira tous les pères qui avaient mené une vie vertueuse ou moralement bonne. Il n'y a qu'à dire avec le cardinal Bellarmin, que ce sermon est faussement attribué à saint Jean de Damas; et qu'ainsi son autorité ne serait pas recevable pour décider une matière aussi importante que celle dont il s'agit ici. Mais sans entrer dans cette critique, il est constant que de quelque manière que l'on considère ce sermon, il est plus propre à ruiner la doctrine qui établit le salut des philosophes païens, qu'à la confirmer ; et il ne peut y avoir que ceux qui se laissent entraîner aux fausses lueurs des premières apparences qui se puissent servir de semblables arguments.

Pour peu que l'on examine ce sermon, on en sera convaincu. L'auteur y veut répondre à ceux qui objectaient ce passage du psaunioVl : Ininferno guis confilebitur tibi? pour prouver que les prières des vivants ne servaient de rien aux pécheurs après leur mort. Il dit donc (1), qu'on ne peut nier que lorsque

(I) Joan. Damasccn. seualius, sermone de defuntiis ; paulo posl médium. Quod vero ait prophela, in inferno quis confilebilur iil>! ? Paulo aniea diximus quam lerribilcs sini mince judicis... eas lamen superatejusdein ineffabilis misericordia. Nam posl hujus prophelx ofl':iliiin, oninino in inferno fuit aliqua confessio : connu, inqnam, qui ibi erant cum illuc descenderel Dominos : Christus enim vilœ dator, non omnes simpliciier, sed eos tanlum qui crediderunt salvavil. Quidam vero dicunl id esse inlclligendum de iis qui aniea credideranl; qualessunt paires, prophetœ, regeseï inparchcc, cl alii ex Itebrxa génie numéro paucihsimi cunclisque noli. Cceierum nos iia respondeh. mus iis qui sic senliunl. Sane neque gratia essel, ncfj 1e res nova, uni. insueta, si Clirisius credentes salvarcl. Quandoquidem solus esi justus judex, et

quicumque ei credjderil non peribil At solius mi-

BericordiiC gratia s:ilv:itos opinor omnes qui in vilœ pu ri la le nullum non perfecerunl opus bonum, temperanler, sobrie, tenuilcrquc vivendo, licei non satis exercilati fuerini, nec divinam ac sinceram (idem accep riill. Nalursc enim condolens Detis, horum labol'i's vanos esse non permisit. Vitam enim laborosissimain agebant et œromnosissimam ac luctuosam supra id quod dici potest. Pamionibus suis imperaverant, volupiales contempserant, paupertatem, coniineniiam ci vigilaniiam exercueranl, omnemque vir— tuicn , licet absque vera religione ac pielale excôluerant. Supremam Deî providentiam , ui sibi videb.itur, optime venerabantur, quamvis lue sua in opiniono liaHucinarenlur, Quidam omnipoteniis i'rinitatis glor'ram ci virlutem obscure cognoverunt, et lamen nonoraverunl. Alii Verbi incarnalionem elocuii gant, ni ei «jus passiouetn aç resurreclionem, Alii ejus miracula propdixerunl... Caclemm hic oliaruin nisloriarum meminisse opéras prelium fuerit

LA FOI KN J.-C. 270

Jésus-Christ est descendu aux enfers, on ait confessé son nom, puisqu'il n'y sauva pas généralement tout le monde; mais seulement ceux qui ont cru en lui en ce lieu-là. Mais quelques-uns, dit-il, tiennent que ceux qui crurent alors en lui, ne furent que ceux qui avaient cru en lui auparavant, comme les anciens patriarches , les prophètes, quelques rois et princes, et peu d'autres du peuple juif qui sont connus de tout le monde; à quoi il répond qu'il n'y aurait pas de quoi s'étonner que Dieu eût sauvé ces anciens patriarches , parce qu'il leur devait le salut par justice.... Mais qu'il est digne de la bonté de Dieu, de croire qu'il a sauvé par sa seule miséricorde, et qu'il a inspiré la foi par la descente de Jésus-Christ aux enfers, à ceux qui avaient mené une vie très-pure , et qui avaient fait toutes sortes de bonnes œuvres , et qui seulement n'étaient pas parvenus à une foi sincère et divine, parce qu'ils n' avaient pas été assez exercés dans cette vertu.

Il ajoute qu'il n'est pas vraisemblable que Dieu eût délaissé ces personnes, qui avaient dompté leurs passions et mené une vie austère et rude par dessus tout ce qu'on peut dire; qui avaient abandonné tous les plaisirs et tous les biens du monde, et pratiqué toutes sortes de bonnes actions, quoique sans la connaissance de la vraie foi et de la vraie piété; mais qui avaient adoré la divine Providence le mieux qu'il leur avait été possible , en sorte que quelques-uns d'eux ont connu, quoiqu imparfaitement, la Trinité, ont prédit Jésus-Christ et ses mystères, sa naissance, sa passion , sa résurrection et d'autres miracles. Il eonfirme cette doctrine perdeux ou trois contes fabuleux delà délivrance de Trajan, par les prièree de saint Grégoire, quoiqu'il avoue que es prince a été un méchant et un persécuteur de l'Eglise. Il parle (1) d'une autre délivrance semblable, d'une païenne nommée Falconille, par les prières de sainte Thècle. Et il y ajoute la réponse que reçut le grand saint Macaire, au rapport de Pallade, dans son Histoire (o« néanmoins il ne s'en trouve rien) Jorsqii 'ayant interrogé le crâne d'une damnée, pour savoir si les prières des vivants leur servaient à quelque chose, il répond ainsi : Lors, dit ce crâne, que l'on offre des prières pour les morts, nous en recevons du soulagement. Mais cet auteur ajoute qu'il propose celte doctrine non comme

Gregorius veteris Romrc episcopus... validas preces ad Dominum habuit, ut Trajano imperalori peccata dimitlcrcntur. Confesiim vox divinilus audiia est hune in modum : Preces tuas audivi el do veniam Trajano, sed deinceps pro impio hostiam ne offeras. Ecce amplius hocesi quam quod de Falconilla traditur : h;cc enim unius nempe idololatrire et nullius prêter id criminis rca erat. 111c vero inullos eliam martyres saîpc morli condemnavit.

(1) Ibid. paulo superins sic liabet. Nonne prima marlyr ( Tbccla ) Falconillam vila functam servaril? Addc liistoriam Palladii ad Lausum, in qua conscri pla suiii miracula quac magnus Macarius operalus csl, Seilicct ut ex cranio arido sciscilaïus de defunctis omnia didicerit... prorupit enim crani;im in lire verln : Qbando pro moiiuis olfcrs preces, consolationem motlicani sentimus... at nos nibil allirmando dehnimus, quia bue indigmim esset, sed solummodo ratiocinamur ob noslrum erga fralrcs amorcm.

ttituréê, mais comme probable en une matière fort obecun, it qu'il en laiue le jugement aux autre». Voilà en abrogé toul ce qui est contenu dans ce sermon, sur lequel on peut remarquer :

l.Que cet auteur n'y parle point en particulier «les philosophes et des païens , mail seulement de ceux qui ont mené une vie très-pure, éloignée de toutes sortes de vices et de défauts; et c'est ce qui ne se peut pas dire des philosophes, qui ont été très-vicieux selon saint Paul et selon les histoires même païennes.

2. 11 avoue que ceux qu'il dit avoir cru en Jésus-Christ, lorsqu'il est descendu dans les enfers, n'avaient pas cru en lui durant leur vie, et qu'à cause de cela ils étaient damnes, et qu ils n'ont été sauvés que par la seule bonté de Dieu, qui leur a inspiré la loi sans laquelle ils ne pouvaient être sauvés. Mais il est bien remarquable que c'est ce qui ruine absolument la foi implicite que l'on prétendrait attribuer aux philosophes païens, et c'est ce qui fait voir clairement que cette foi ne suffit pas pour le salut, puisque l'auteur de ce sermon l'ayant supposée dans ces personnes, en disant qu'elles avaient adoré la Providence divine le mieux, qu'il leur avait été possible, il avoue néanmoins que pour n'avoir pas eu durant leur vie la foi en Jésus-Christ, quelques bonnes œuvres qu'elles eussent faites, elles n'avaient aucune part au salut, si Jésus-Christ, par une miséricorde extraordinaire, ne leur eût inspiré après leur mort cette foi, qui leur ayant manqué durant leur vie, les avait laissés en état de condamnation.

3. Il est encore remarquable que quelquesuns dont parle ce sermon, ont connu imparfaitement la Trinité et l'Incarnation de Jésus- Christ, et l'ont même prédite; et c'est ce qui montre clairement qu'il entend parler des sibylles et de quelques autres personnes semblables qui ont été parmi les païens, ou même parmi les Juifs, avec une connaissance imparfaite des mystères de Dieu, comme pouvait être Corneille avant que saint Pierre lui eût prêché la foi : et qu'il veut dire que ces personnes ayant mené une vie très-éloignée de toutes sortes de vices, et adonnée à toutes sortes de vertus cl de bonnes œuvres, ont reçu la foi parfaite, parla prédication de Jesus-Christ descendu aux enfers.

Et il est évident que l'auteur de ce sermon comprend aussi bien les Juifs que les Gentils dans ce nombre , puisqu'il dit qu'il y a eu fort peu de Juifs qui aient cru en Jésus- Christ durant celle vie : et en effet, il ne marque «pie les patriarche* et les prophètes. quelques rois et princes, et peu d'autres. Ainsi, il témoigne que ceux qui dans le grand nombre des autres, n'ont eu qu'une connaissance imparfaite des mystères de Jésus-Christ, el qui avec celte connaissance, ont vécu dans les bonnes œuvres et dans L'éloignemenl de toutes sortes de vices, ont été sans es après avoir reçu la vraie loi dans les enfers par la prédication de Jésus-Christ: et par conséquent, toul ce sermon ne contient proprement rien

DÉMONSTRATION ÉVANGftUQI E

sur le sujet du point que nous traitons, ou qui ne condamne le sentiment que nous combattons.

Car (esont deux questions bien différentes et qui nedoirent pas être confondues : l'une, si l'on peut vivre et mourir en elat de salut, eu soumettant -ou libre arbitre à la conduite de sa raison, ainsi qu'on le prétend, vans avoir reçu de Dit u la connaissance de

us-Christ et de ses principaux m\ itèi l'autre, si n'étant point mort en état de salut, faute de cette eoanaifi iiu a . ou la peut recevoir dans les enfers, et être instruit api sa mort de ce qu'on n'a pas appris durant ta . et pisser ainsi de la damnation a la vie éternellement bienheureuse.

Dans la première question, qui est I i seule qui regarde notre sujet, cet auteur conclut entièrement pour nous, puisqu'il déclare nettement que le salut n'était dû qu à (eux qui avaient cru en Jésus-Christ durant leur vie ; et que pour les autres, quelque bonne vie qu'ils eussent menée , ils n'y pouvaient avoir aucune part, si Jésus-Christ, par une miséricorde toul extraordinaire, ne leur eût communiqué dans les enfers celte foi divine qui leur manquait pour être sauvés.

Et dans la seconde, qui ne nous concerne point, il est vrai que cet auteur propose comme une opinion probable qu'il se peut faire en quelques remontres parliculiei que les hommes reçoivent après leur mort les dispositions nécessaires pour le salut qu'ils n'ont point eu durant leur vie. Mais où est le théologien catholique qui osât sui\ re et soutenir ce sentiment, ou plulôt qui ne le condamne, comme également contraire à l'Ecriture sainte et à la tradition de I i Aussi est-ce ce qui a porté le cardinal II ••!larmin à soutenir que ce sermon n'était point de saint Jean de Damas, n'étant pas croyable que ce saint fût tombé dans cette erreur grossière, qu'il ne pouvait ignorer avoir été réfutée par saint Chrvsostome, dont l'autorité a toujours été de Irès-grand poids dans l'Eglise orientale. Voici comme parle ce cardinal dans son livre second du Purgatoi chap. 8 (1) , lorsqu'il réfute l'histoire delà prétendue délivrance de l'empereur Trajan ; et on y voit en même temps le jurement que Bellarmin portail non seulement de l'auteur, mais encore de la doctrine contenue dans . sermon. Tous ceux qui ont reçu celle histoire, l'ont fait à cause de l'autorité de saint Jean de Damas. Maison peut prouver que ce livre n'est point de lui: car l'auteur dit non seulement que Trajan et Faleonille oui liasse des enfers au ciel, mais il assure encore que plusieurs qui étaient descendus aux enfers pour n'avoir pas eu une loi divine, avaient ele convertis et sauves par Jesii-- Christ quand il \ descendit. Or. celle opinion est erronée et contraire à CC que dit saint Jean de Damas, liv. 2, de la loi, chap. k, savoir, que la mort est aux hommes ce qun la chute fut aux anges. Ou voit aussi ailleurs

(I) llellarmin. Iib. il. de Purqalur. cgp. 8. QSBtSJUOl

banc liisioriam ndmisenuu, i«l feceranl proptet au-

NÉCESSITÉ DE LA FOI EN J. C

que cette erreur a été mise au nombre des hérésies parPhilastre en ces ternies : Alii sunt hœretici qui dicunl Dominum in infernum descendisse, et omnibus posl mort cm etiam ibidem renuntinsse, ut confitenlcs ibidem salvarentur (Philastrius, liserés. 74-). Saint Augustin dit à peu près la même chose dans son livre des Hérésies : Alia (hœresis) descende n te ad inferos Christo credidisse incredulos, et omnes exinde existimat liberalos ( August. haercs. 79).

On prétend que Hermas(l),dans son livre du Pasteur, veut que ceux qui ont été ainsi sauvés par Jésus-Christ, lorsqu'il descendit aux enfers, furent baptisés par les apôtres. Mais en vérité on peut dire que rien ne peut davantage renverser le sentiment que nous combattons, que de pareilles histoires et de semblables autorités.

Car 1. tout le monde sait que ce livre deHermas est un livre apocryphe, et par conséquent qui n'a nulle autorité.

2. Il est clair que l'imagination de cet auteur est une pure .rêverie, puisqu'il n'y a rien de plus ridicule, pour ne rien dire de plus, que de se persuader que les apôtres aient été dans les enfers baptiser les hommes après leur mort.

3. Il n'est pas moins évident que ce baptême fabuleux ne fait rien à notre sujet : car il ne s'y agit pas de savoir si les damnés sont en état de recevoir le baptême, et d'être instruits après leur mort de la créance nécessaire pour être sauvés; mais seulement si cette créance nécessaire pour le salut ne consiste qu'à connaître par la lumière de la raison, un premier auteur de toutes choses ; ou s'il faut de plus être instruit par la révélation de Dieu, de ce qui regarde Jésus-Christ, rédempteur des hommes, elles principaux de nos mystères. Or, loin que ces deux auteurs enseignent rien qui soit contraire à la vérité catholique sur ce point, ils nous font voir clairement au contraire, combien celte doctrine de la nécessité de la foi en Jésus-Christ, pour pouvoir être sauvé, a toujours été constante et assurée dans l'Eglise, puisqu'il paraît que la crainte de la choquer, lésa porlés à se persuader plutôt qu'après la mort et dans les enfers, on était encore capable de rece-

ctoriiatem Damasceni. Ai librum islum non esseDamascenl facile probari potest : nam in eo libro auclor non soli î m dicil Tr.ijannm el Falconillam, ab inferno dainnainriiiii ad regnuui cœlorum traiisivîsse, sed etiaai inulios ah"- qui ta infernmn dcsccndcrant, qui lide divina camerint, a Gltrisio conver us et salvato», quando ad inferos descendit. Quod el perse erroneum est et contra ri u m verbis Damasceni, lib. u, de Fide, cap. 4. ubi dicil : Hominibus id esse moment, quod fuit angelis casus.

(I) Hamas, tibro m Siinthiiul.'.). ApoStoliel doeloi i qui prasdicateruni nomen Filii Del, ciim habenlcs (Idem t'jiis et potesiatem defuncli esseni, praedicavemut, lus qui anLc nliienini, et ipai dedertfiit Sis illml

m iiiiin. Descenderunl igitur in aquam c illis , et

ilerum ascenderunt. Sed lii vivi aïoendefuni ac illi qui fileront ante delnncii, mortui qnrdeid descenderunl, sed vivi aseeuderunl. Posl bot igitur vilain ac* < epei uni cl cognoverunl Filiuin Dei , nleo'pic ascendcninl cuin illis.

voir l'instruction de cette foi, que de prendre la hardiesse de sauver sans elle les plus vertueux des païens.

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