M DES PRINCIPAUX
cette horrible détresse en sa conscience, comme s'il était délaissé de Dieu, et même comme si Dieu était courroucé contre lui, c'est-à-dire qu'il fallait qu'il lût damné, ainsi que vos paroles suivantes le montrent encore plus clairement, signifiant ses douleurs par le mot de damnation, et disant que ce qui est perpétuel aux autres que Dieu punit en son ire, n'est que temporel en lui. Ce qui fait voir que selon vous Jésus-Christ a souffert les peines des damnés, et ce pour satisfaire pour les hommes, comme si sa mort n'eût pas été suffisante.
Quelques-uns penseront peut-être qu'en ce point vous aurez recours à votre solution commune, qui consiste en la liberté que vous prenez de nier toute autorité comme bon vous semble, et de renoncer à vos maîtres en ce qu'il vous plaît. Mais voyant que Witakcrus (1), l'un de vos auteurs modernes, au lieu de se servir de cette fuite, soutient Calvin en son blasphème, disant qu'il a vraiment écrit qu'il n'y avait rien de fait si Jésus-Christ n'eût souffert que lamort corporelle (2) , je veux croire que vous l'imiterez ; et, prenants:! réponse pour la vôtre, je vous demande si tant de pointes d'épines, tant de coups de fouet, tant de crachats, tant de soufflets, tant d'irrisions, tant de clous, tant de ruisseaux de sang, si en un mot le grand nombre de toutes ces souffrances, suivies enfin d'une ignominieuse et cruelle mort du Fils unique de Dieu , n'eût profité d'aucune chose pour la rédemption et le salut des hommes? Qu'esl-il dit plus clairement el|plussouvenl en l'Ecriture, sinon que nous sommes rachetés par le sang et par la mort de Jésus-Christ? En saint Matthieu, XXVI : Ceci est mon sang, qui sera épandu pour plusieurs en larémission des péchés. Aux Hébreux, IX : Jésus-Christ , pontife , par son propre sang est entré une fois es lieux saints ayant trouvé l'éternelle rédemption. Au même endroit : Si le sang des taureaux sanctifie en nettoyant la chair, combien plus le sang de Jésus- Christ ncltoycra-l-il notre conscience des œuvres mortes. En l'Apocalypse, V : Seigneur, tu nous as rachetés en ton sang. AuxEphés., VII, au premier chapitre des Coloss., en la première de saint Pierre, chapitre premier, en la première de saint Jean, chapitre premier, au premier chapitre de l'Apocalypse, il est dit que nous sommes sanctifiés, lavés, nettoyés par le sang de Jésus-Christ. En saint Matthieu (XXVI), saint Marc (XXII), saint Luc (XXII) et saint Paul [Corinth. XI), Jésus-Christ dit : Ceci est mon corps, donné , livré, rompu pour vous. Aux Hébreux , X : Nous sommes sanctifiés par l' ablation du corps de Jésus-Christ. Et en un autre endroit : Par une oblation, il a consommé en toute éternité les sanctifiés. L'Ecriture ditr/wc nous sommes rachetés par le sain/, qu'il est répandu en rémission de nos péchés, qu'il nettoyé nos consciences des œuvres mortes, que par lui, nous sommes nettoyés et lavés, que le corps de
(\) Lib. vin, contra Dur. sert. IS.
(2) Cal vinus verissime. scripsil mini aclum fuisse, si morlero. lanluni corporcam Chrislus obiisset.
POINTS DE LA FOI
Jésus-Christ est livré et donné pour nous, que par lui nous sommes sanctifiés. Vous dites le contraire, qu'il n'y avait rien de fait si autre chose ne fût intervenue; que faut-il crofre? les mystères de l'Ecriture ou vos blasphèmes, à la réfutation desquels je n'emploierai pas davantage de temps, puisqu'ils sont du genre de ceux dont saint Jérôme parle, lorsqu'il dit que les découvrir c'est avoir vaincu, n'étant pas nécessaire de convaincre ce qui par sa confession est blasphème ?
SECTION VI
MINISTRES
Ni autre mérite envers Dieu que l'obéissance qu'il a rendue pour nous à son Père.
RÉPONSE
Pour bien entendre ce qui est controversé entre nous sur ce point, il faut savoir qu'il y a grande différence entre dire qu'il n'y a point d'autre mérite que celui de Jésus-Christ, et dire qu'il n'y a point d'autres œuvres méritoires que cilles de Jésus-Christ; d'autant qu'en disant qu'il n'y a point d'autres œuvres méritoires que celles de Jésus-Christ, on exclut les œuvres des hommes de tout mérite : là où en disant qu'il n'y a point d'autre mérite que celui de Jésus-Christ, on entend, non pas que les œuvres des hommes ne soient pas méritoires, mais qu'elles ne peuvent mériter que parla force du mérite de Jésus-Christ. Etant clair par les raisoiis que nous avons déduites ci-dessus, en pareil cas, que diverses actions méritoires par subordination de l'une à l'autre n'établissent pas divers mérites. Votre religion n'est pas haïe pour le premier point, c'est-à-dire pour enseigner qu'il n'y a point d'autre mérite devant Dieu que l'obéissance de Jésus-Christ, puisque, comme j'ai dit, nous soutenons la même chose, mais bien pour le second , c'est-à-dire pour enseigner que cette obéissance ne donne aucune force à quoi que ce puisse être de mériter par elle, comme si c'était chose qui dérogeât à sa dignité et fît tort au mérite de Jésus-Christ, ce qui n'est pas.
Que nous tenions n'y avoir point d'autre mérite que l'obéissance de Jésus-Christ, c'est chose claire en ce que , comme nous avons montré par l'Ecriture, les pères et la raison, ce terme, autre mérite, emporte un mérite de divers genre sans subordination de l'un à l'autre, ce qui ne se trouve pas ici, vu que les œuvres des hommes ne méritent aucune chose que par la force de celles de Jésus- Christ; et par conséquent on peut dire, selon nous, parlant simplement et absolument, l'obéissance de Jésus-Christ être l'unique mérite du monde. Et en effet, les œuvres des justes étant, suivant la phrase (1) de l'Ecri-
(I) Isa. XXVI. Oinnia opera nostra operalus es in nobis. I Corinth. X. Wem vero Deus <|iii operalur oinnia in omnibus. Molth. X. Non vos estis qui loquimini, sed spiriltis patria qui loquilur in vobis. II Corinl. XIII. An experimenlum mnerili» eju qui in me loquilur ClirislusT I Cor. \\. Non ego sed gra-
tare et des pères (i), dit< ^ b de Dieu,
du Saint-Esprit et de lésus-Christ même, dé telle sorte que l'Ecriture nie qu'elles soient nôtres pour les attribuer absolument à Dieu, nul ne pourra dire, avec apparence seulement, que le mérite de nos actions soit un autre mérite que celui de Jésus-Christ.
Que les œuvres méritoires des hommes ne dérogent point au mérite de Jésus-Christ, il parait , en ce que, si cela était, nos oraisons et nos impétrations feraient injure à l'oraison et impétration de Jésus-Christ, y ayant même raison de part et d'autre. Il paraît encore en ce que Calvin (2), voyant que quelques-uns niaient le mérite de Jésus-Christ, parce qu'ils estimaient qu'il fût répugnant à sa grâce, dit qu'on oppose mal à propos ces deux choses, se fondant en cet axiome, que les choses subalternes nont point de répugnance entre elles. Pour la même raison (3), il ne veut pas que l'intercession des fidèles déroge à celle de Jésus-Christ , parce , dit-il , qu'elle en dépend et qu'elle y est soumise; et partant, nos mérites ne dérogent et ne répugnent point à ceux de Jésus-Christ, puisqu'ils y sont subordonnés, ainsi que son mérite à sa grâce, nos oraisons et nos impétrations aux siennes. 11 paraît davantage, en ce qu'ainsi que le mérite de Jésus-Christ ne diminue point la gloire de la miséricorde de Dieu envers nous, en tant qu'il ne signifie pas impuissance en cette miséricorde, comme si d'elle seule elle n'eût pu nous rendre ce que nous avons perdu; mais qu'au contraire ce mérite témoigne la force de la divine miséricorde, faisant voir qu'elle n'a pas seulement voulu nous remettre en grâce avec Dieu , mais en outre que Jésus-Christ ait mérité cotte grâce pour nous, ce qui est beaucoup davantage, étant certain qu'un homme qui a perdu son bien est plus obligé à celui qui le rachète pour le lui rendre que s'il le lui rendait sans le racheter.
Ainsi , les mérites des hommes ne diminuent point la valeur de ceux de Jésus- Christ : ils ne signifient pas impuissance en eux, compte s'ils n'eussent pu d'eux-mêmes nous rendre ce oue nous avons perdu, étant
lia Dci ineeiim. Galat. 11. Vivo ego : jara non ego, vi- \ii vero in me Clirislus.
(I) &ugusi. in Psal. LXXXY. Clirislus oral in nobis ni capul nosl'rum. !'■ uns Chrj solog. Scr. 1 1. Dons in le jêjûnal, in le esuriu Bérn. I. de Dei, t. :'. Tu leipsnm amas in nobis.
(-2) il. lui cap. 11. § t. Inscite opponiliu Clui-ii nui uni, i mi-tT (vonlu: Dei, régula enini vulgaris est , quaa subalierna sunl non pugnarc.
(7>) Calv. III. Inst. c. "20, § 27. Ac lameisi fidèle? ultro citroque i re< es pro (talribus apud Deuni of- Iciniii. 1i;m: mini iin.c.i' Chrisii intercession i dei osiendimus, quia omnes simul ci sulmixi i.un se rplain alios Deo comraendant. Iiem $ 10. Quanquam intérim ei sua! sanclis inlercessiones relinquuntur, quibus alii aliorum salniem mutuo inler se Deo innini.ini.nii, de (jnibus niemiini tpostolus, sed taies qua a.i unica Hia dependeant, tanium abest ut delibem es ea • t u i ppiam. Nain m a dilectionis affeciu scaturiuut quo nos nliro cilroqae ampteclimur ceu unius conforta iweuV Ma eiiam ad capiirs m
XSTIUTION ÊVANGÉLIQUE.
clair que , fjuisciu'ils sont d'infinie valeur. 1 : moindre peut seul tout niéritei ; nuis au . utraire, les mérites des hommes témoignent clairement la force de ceui de Je us-i lu ii , en lanl qu'ainsi que la miséricorde nous a donne les mérites de Jésus-Christ, de même les mérites de Jésus-Christ nous donnent-ils les nôtres, et l'ont paraître sa béate et si gloire en ce que, non seulement ii a voulu mériter seul ce que nous ne |jou\ on comme la rémission de. la coulpe et la sali.sfaclion de I ; peine éternelle, mais en outre a vouh, ,i- ai 'c lui ce dont
:t capables, comme, l'augmentation e qui ne déroge pas à l'honneur -Christ, mais le relève, n'y ayani \ oint de plus grande gloire que d dre, sans lige, quelqu'un participent de la gloire que nous pouvons nous réserver à nous seuls. Jéms-Christ fait 1., i bose en cela qu'en ce qu'il impètre pour UOUS , puisque non si alement il a voulu impétrer seul ce que nous n'étions point capables d'impétrer nous-mêmes, comme les premières inspirations au bien, mais en outre il a in que nous eusions la force de demander et impétrer quelque chose avec lui; ce qui est de plus grande grâce en ce que. non seulement nous dOnne-t-il l'effet mais en outre il nous rend participants de leur force, c'est-à-dire, non seulement nous rend-il capables de recevoir ce qu'il produit, mais en outre de produire avec lui et i voir tout ensemble. Le même arrh een la production des choses naturelles, où Dieu, qui peut tout l'aire de lui seul, se contente de produire ainsi les choses à la production desquelles les causes secondes ne peuvent contribuer, comme la création du moule, des anges , des âmes raisonnables . 1 1 veut qu'elles contribuent â toutes autres qui n'excèdent point leur portée, pur faire connaître en cela l'excès de sa boule, ei s'acquérir plus d'honneur en les faisant participante •. non seuli ment des effets qui sortent de sa puissance, mais encore de la force de les produire avec lui , étant plus glorieux à Dieu le d aner la force aux causes secondes de coopérer quelque chose avec lui, que de les laisser sans aucune action en ses productions, comme si elles en étaient du tout incapables. Au reste, la raison du mérite qui se trouve aux hommes, ne procédant pas de la substani leurs œuvres, mais de la s( e qu'elles ont par le mérite de Jésus-Christ, comme saint Augustin remarque, disant que les rites des justes sont tels, parce </u'ils juste,:, c'est-à-dire parce qu'ils procèdent de personnes justifiées et agréables à Dieu, p ..• sa grftce qui est en eux.
Oui pensera que nos mérites . qui sont effets de la seule grâce d. I hrisl, di-
minuent la gloire de ses mérites? mais qui rra que les mérites des hommes redo; denl à la gloire de ceux de Jésas-Ghrisl , ainsi que la splendeur des pierreries . l.i clarté des étoiles et de la lune, qui sont effets de la lumière du soleil , en augmentent la gloire au lieu de la diminuer ?
DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI
Par là il paraît suffisamment, que tant s'en faut que nos mérites fassent tort à ceux de Jésus-Christ, qu'au contraire ils lui tournent à gloire. Et en effet les opérations des membres étant opérations du chef, en tant qu'il leur commande et leur donne la force de les produire , pourquoi la dignité des œuvres des membres de Jésus-Christ , notre chef, lui tournera-t-clle à contumélie, et non à honneur? Par chacune de nos actions, dit saint Jérôme, notre chef est couronné (1). Nos bonnes œuvres étant dons de Dieu le Père, effets du Saint-Esprit, principal agent, fruits de la passion de Jésus-Christ, la fin pour laquelle il a souffert, l'acte des enfants de Dieu et de ceux qui sont participants de sa divine nature, étant enfin plutôt œuvres de Dieu que des hommes , comme l'Ecriture nous l'enseigne (2) , qui estimera que la dignité de telles œuvres soit contumélieuscà Dieu? Mais qui n'estimera contumélieux à Dieu le Père, au Saint-Esprit, à Jésus-Christ, à ses souffrances, ceux qui comme vous impugnent le mérite des bonnes œuvres, puisqu'on l'impugnant ils impugnent vraiment la dignité des dons de Dieu , des opérations du Saint-Esprit, des fruits de la passion de Jésus-Christ, des effets de la grâce , enfin la dignité des œuvres qui sont plus de Dieu que des hommes? Qui n'estimera en cette considération votre religion digne de haine, même d'horreur, et la nôtre digne de louange pour faire le contraire? Et partant, il paraît que si votre doctrine est haïe à raison de ce qu'elle enseigne touchant le mérite , vous n'en pouvez tirer aucun avantage , comme vous prétendez : ains au contraire, puisqu'elle est haïe, non pas pour soutenir une chose avantageuse à Dieu , mais qui lui est préjudiciable. Ce qui ne se trouve pas seulement en ce point, mais en tous les autres de ce chapitre.
Elle est haïe véritablement pour soutenir chose préjudiciable à Dieu , non seulement parce que vous niez, comme j'ai montré cidessus, les œuvres des saints être méritoires, mais qui plus est (chose horrible) parce que vqs, premiers auteurs, desquels vous embrassez la doctrine comme venue de Dieu , nient que les œuvres de Jésus-Christ soient méritoires. Je confesse, dit Calvin, que si quelqu'un voulait opposer Jésus-Christ simplement et nuement considéré en soi-même au jugement de Dieu, il n'y aurait point lieu de mérite, parce qu'on ne trouvera point en l'homme de dignité qui puisse mériter son Dieu (3). Ce qui montre bien qu'à son compte vous n'estimez pas les œuvres de Jésus-Christ méritoires devant Dieu pour leur dignité, mais seulement par la faveur de Dieu qui les accepte pour telles.
( ! ) In cap. VI. Zacbar. Sulvator in singulis coronam s :cipii.
h) Mali. \\; ICor. XV; Galat. II.
(3) II. Inslit. cap. 17, § 1. Equidem feteor, gj quia simpliciler cl per se Chrisium opponere vellel judii i Dei, non fore inerilo locum, quia i irelur in
domine digniias quae posset Deum prom^reri.
Après cela il ne me reste autre chose à faire en ce chapitre , qu'à supplier, comme je fais, le lecteur, de remarquer qu'encore que vous veuilliez qu'on croie que vous n'avez autre but en ces articles que l'honneur et la gloire de Dieu , c'est seulement votre prétexte, à l'ombre duquel votre fin est de vous chercher vous-mêmes , vous affranchissant en ce monde , et de toute la peine , et de toute la sujétion qui se peut trouver à bien faire.
Car pourquoi dites-vous l'Ecriture unique règle de votre salut , sinon pour vous affranchir de l'obéissance de l'Eglise et de la sujétion des traditions qui vous sont manifestement contraires , faisant en cela ce que remarque Terlullien des hérétiques de son temps, lorsqu'il dit qu'ils ne veulent aucunement reconnaître ce par quoi ils sont convaincus (Tertullian. deprœscr. c. XVII), Neccssario nolunt agnoscere eaper quœ revincuntur.
A quelle fin niez-vous que saint Pierre ait été chef de l'Eglise universelle sous Jésus- Christ, sinon pour n'être point soumis à l'autorité de ses successeurs , ainsi que des rebelles , pour ne subir pas l'autorité d'un vice-roi , nieraient qu'autre que le roi eût pouvoir sur eux ?
Pourquoi ne voulez-vous pas qu'autre chose vous purge que le sang de Jésus-Christ, sinon pour vous garantir de toute peine, et n'être sujets à aucune satisfaction?
Quelle raison avez-vous de nier le mérite des œuvres, sinon pour flatter votre paresse , et n'être obligés de travailler pour mériter le paradis, étant en cela disciples d'Epicurc, qui pour aimer son aise nia, comme remarque saint Augustin (1), le cours des mérites ?
Pourquoi rejellez-vous la propitiation du sacrifice , si ce n'est pour, en bannissant toute autre propitiation que celle du sacrifice de la croix, ôter tout lieu d'estimer qu'il faille travailler pour rendre Dieu propice? Vous avez l'honneur de Dieu en la bouche, niais votre intérêt au cœur : deux moyens spéeieux par lesquels vous attirez les âmes à votre créance, mais à leur perte, qui est ce que véritablement vous gagnerez et pour vous et pour les vôtres, qui ne peuvent mourir en vos erreurs sans périr tous ensemble pour jamais.