‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 8 sur 305 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

SECTION I

MINISTRES

Car si cela nous était permis, nous lui ferions connaître clairement que notre religion ctt lune pour ce qu'elle ne reçoit autre règle de salut que la parole de Dieu contenue es saintes Ecritures, ni autre chef de l'Eglise universelle que Jésus-Christ noire Seigneur, ni autre purgatoire de nos péchés que son sang, ni autre sacrifice propitiatoire pour nos péchés que sa mort et passion, ni autre mérite envers Dieu que l'obéissance qu'il a rendue pour nous à son Père.

nÉPONSE.

La première chose qu'il faut remarquer en ce point, est l'art dont vous usez pour gagner les cœurs et les aliéner de l'Eglise catholique en laquelle nous vivons. Vous représentez votre créance haïe à plusieurs titres par lesquels toutefois vous prétendez la rendre recommandablc devant Dieu et devant les hommes. Vous voulez qu'elle soit haïe pour soutenir, aux points controversés entre nous, ce qui fait plus à l'honneur de Dieu, et condamner en notre foi ce que vous reconnaissez indigne de sa perfection. En cela, vous faites comme les anciens hérésiarques, qui ont autrefois combattu les principaux points de la religion catholique, sous prétexte de conserver à Dieu un honneur plus entier. Pour cette raison, les schismaliques,au rapport de S. Cyprien (k), sous prétexte d'exal- 1er la miséricorde de Dieu, communiquaient

(1) Lui», in 1. ad Galat. Lullï. apud Slcidauuni.

( ï) Col/oque de Poissy.

(.">) Conférence de Fontainebleau.

\h) Apud Cyp. Episl. 55.

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOL

avec les chrétiens qui avaient sacrifié aux idoles devant qu'ils eussent fait une légitime pénitence. Pour la même cause , les ariens , au rapport de S. Hilaire (1), niaient le Fils être consubstantiel au Père , de peur que la dignité du Père fût épuisée par cet honneur du Fils. Pour la même (2), les juifs ne voulaient pas que Jésus-Christ eût la puissance d'absoudre des péchés, rendant cet honneur à Dieu, que de la laisser à lui seul. Pour la même, les novatiens, au rapport de S. Ambroise (3), déniaient à l'Eglise la même puissance. Pour la même , les manichéens , au rapport de S. Augustin (k) , niaient certains livres de l'Ecriture qu'ils disaient contenir des choses qui ternissaient la gloire de Jésus- Christ. Plusieurs autres enfin, pour abréger, se sont servis de ce prétexte; mais ils ont tous été condamnés par les pères, et avec grande raison, puisque Dieu n'a pas cherché en l'établissement de la religion chrétienne ce qui lui était honorable , principalement à notre jugement , mais ce qui nous était utile, ainsi que ces paroles : 77 s'est pour nous anéanti soi-même, agant pris forme de serviteur ( Philipp., II, 7 ) , nous le font connaître. C'est un mauvais moyen pour établir un article de foi et en détruire un autre que celui du plus grand ou moindre honneur que Dieu en reçoit. Aussi S. Hilaire appellc-t-il les ariens qui s'en servent , religieusement impies, gens qui ont un soin irréligieux de ' Dieu. 11 faut avoir d'autres fondements. Il faut reconnaître ce que nous enseigne l'Eglise; et ceux qui sont si soigneux de l'honneur de Dieu, doivent être fort curieux de s'en instruire pour ne faire pas en effet injure à celui dont ils ont l'honneur en la bouche, ce qu'ils feraient représentant les choses autrement qu'elles sont, étant certain, comme dit Cassian, disciple de S. Chrysostome, que ce qui n'est pas dit comme il est, bien qu'il semble honneur, est une vraie contumélie, ce qui est vrai, quel qu'il soit , honore Dieu, puisqu'il l'a voulu ainsi, et que toutes ses volontés lui sont avantageuses : ce qui est faux, quoiqu'il semble avantageux, tourne a désavantage. Bien que beaucoup de choses n'aient aucun rapporta la grandeur du Tout- Puissant, elles en ont toujours avec l'infinie perfection de sa charité cl de son amour, attendu qu'elle parait d'autant plus accomplie, que plus en vertu d'icclle il se ravale à choses basses. Et partant c'est un abus de mettre en avant l'honneur de Dieu pour éblouir les yeux du peuple. C'est cependant ce que vous

(1) llil. lib. n. de Trinit. Sollicili minium ne Pairem Filins ab c<> palus evacuel.

("ï) M:ir. Il Ouis poiesl dimillerc peccala nisi soins Deus? Mallh. IX.

(3) Ainbr. I. i. De pœnil. c. 2. Aiunt(Novatiani) se Domino déferre reverenliain cui soli reinillendormn criminum potesialcm réservent.

(!) \ug. 1. xxxn. contra Faust. Quia talîa ifoisunt qiin' Gnrisli gloriam decolorenU

(">) L i de Trinil. heligiosè impios cl 1. iv. lrreliglosani de Deo solbcilndinem.

((») Cassian. 1. i. de Incarnai. Quod non dicilur il.i ul esi, eiiani si houor videalur coniumclia esl.

faites, représentant votre religion baïepoar soutenir cinq pointa que roua estimez lui être avantageux, en tant que vous croyez qu'ils le soienl à Jésus-Christ, ce qui n'est qu'en apparence.

Sur cela, je ne puis que rous dire avec rertullien (1), que ces petits moyens par lesquels vous vous rendez adulateurs de Dieu et vous flattez vous-mêmes, affaiblissent plutôt la discipline qu'ils ne raffermissent. Aussi, considérant votre religion telleqoevous la formez, il me semble voir sortir de vos mains , non une femme chaste, mais une paillarde embellie de plusieurs lards pour séduire le monde et gagner votre vie; ce qui me donne lieu, pour détromper les peuples, d entreprendre de lui laver le visage, lever son fard et faire voir sa déformilé, suivant 1 exemple et les pas du prophète qui, parlant d'un peuple idolâtre, use de ces termes (2) : Pour l'abondance des fornications d'une pat. <rde, belle et agréable, pleine de maléfices, quia rendu les gens en ses fornications, les familles en ses maléfices, je découvrirai tes hontes en ta pire, et montrerai à toutes gens ta nudité, et aux royaumes ton ignominie. Ce que je ferai d'autant plus volontiers que j'apprends de S. Augustin (3), que plus on désire le salut des hérétiques, plus doit-on faire paraître la vanité de leur erreur.

SECTION II

MINISTRES

Nous lui ferions connaître clairement que notre religion est haïe pour ce qu'elle ne reçoit autre règle de salut que de la parole de Dieu contenue es saintes Ecritures.

RÉPONSE

C'est chose fausse que votre religion soit haïe pour ne recevoir autre règle de salut que l'Ecriture : c'est chose vraie qu'elle est digne de haine pour les divers abus quelle commet en l'Ecriture.

Oue nous n'enseignons point d autre règle de salut que l'Ecrilure , il sera aisé à connaître à quiconque saura que ces mots autre règle emportent , à parler proprement, une règle de divers genres, comme je prouverai ci-après en la section suivante, et de plus une règle totale, ce que je ferai voir dès a présent selon vous-mêmes, qui n admettez pas l'Evangile de S. Matthieu être autre règle, que celui de S. .Marc, attendu que ce ne sont que deux parties d'une règle, et que ce mot

(I) TertuÛ. Ii de Pudic. c 8. Talia ci lantasparsiliaeoriimquibuselDeoadulanlurctsibilenocinantur.effowninantia, magis quam vigoranlia discipli-

' (<£) NahumIII. Propter multitudinem fornicationum meretricis specios» et graUE et habemis malefiçja,

„„;,. v lidil génies in fornuationibus suis et femilias

j„ maleliciissuis, revelaho pudenda lua m lacielua, et ostendam geiilibus nuditalem main, et regnis i«no-

iniriam tua m. .....„, ,r • i >

f3)Aug.Conc. I. in Psal. XXXVI. ranto mngis debemus commemorare »an'uaiem hœreiicorum quanto nmsis tjuœrimus wlutemeorura,

DÉMONSTRATION l v k CCI LIQI I .

de règle, simplement proféré, signifl règle entière. Or nous n'admettons ni rèi d'autre genre que l'Ecriture, ni règle totale autre qu'elle; au contraire, nous la disons

règle entière de noire salut, à double litre. Et parce qu'elle contient immédiatement et formellement le sommaire de notre foi, tous les articles nécessaires de nécessité de moyeu

au salut de l'homme 1), et parce qui lie contient médiatement tout ce que non- devons croire, en tant qu'elle nous renvoie à l'Eglise qu'elle nous assure être infaillible pour l'apprendre. D'où s'ensuit que nous Lirons de l'Ecriture la vérité que nous recevons par la bouche de l'Eglise, si la raison a Ueo, qui veut que quiconque députe quelqu'un pour parler pour lui, parle médiatement par sa bouche, et si S. Augustin qui le dit en termes exprès en est cru: Bien, dit-il. qu'on ne produise point d'exemple des Ecritures louchant cette chose, en cela toutefois, tenons-nous le. vérité des mêmes Ecritures, puisque nous fusons ce qu'il plaît à l'Eglise universelle que l'autorité de ces Ecritures recommande

Voilà l'état que nous faisons de l'Ecriture, à raison de quoi nous devons être estimés ; maintenant nous verrons si à son occasion vous n'êtes pas dignes de haine, quoique non au sens que vous dites être hais à cuise d'elle : mais, devant que d'en venir là. je vous supplie de trouver bon que je rabatte un peu la gloire que vous prétendez, pour dire l'Ecriture unique règle de votre salut, vous la faisant partager avec plusieurs hérésiarques qui , devant vous , ont soutenu la même chose.

C'est ce qu'ont dit les manichéens. Je ne puis en aucune façon (2), dit Fortunat en S. Augustin, faire paraître que je crois droitement, si je ne confirme ma foi par l'autorité des Ecritures. C'est ce que disent les pélagiens (3) au même auteur. Croyons, dit l'< l.igius, ce que nous lisons, et ce que nous ne Usa • pas, croyons que c'est chose méchante de l'établir, ce qu'il suffise de dire en toutes choses. C'est ce que font les donalistes {'*) au même auteur lorsqu'ils disent : Nous portons et offrons 1rs seuls évangiles. C'esl ce que fait Pétilianus (5 écrivant à ses frères sous ce titre : Constitues avec nous au saint Evangile.

(1) Aug. lib. I . contra Gresoo. c. 33. Qasarris linjus rci ceiic île Scripiuris catholicis non proferalur exemplum, earumdem tamen Scriplararun etî hacre a nobis lencUir veritas cum u <• facimus quod univers» placyii Ecclesia; qnaro ipsarum Scripturarura commentai auctôritas. El similia. lib. de unit. Eccl. cap. 22.

(2) August. I. conira Forlnnalum. Nullo . recie me credere osiendere possum , nist stindctn fldem Scriplurarum auctoritate Brmaverim.

(3) Aug. I. de nalura el gral. cap. 59. C edamna quod legimns, el quod non legimus nefas credamus adsiruere, rjuod de cunciis eiiam disisse suiii.iai.

(i) August. I. Posl collationem. Nos sola purttmns Evangelia. Ilemconcio. l.inPsalm. X\\V1.> offerimus Evangelia.

, Lib. n. contra ipsum, c. 1. Fratribus nobiscum constituiis inmncto Evanselio,

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

C'est ce que veut l'éranistc (1) que Théodoret introduit en ses Dialogues où condamnant toutes raisons, il dit : Car fui foi en la seule Ecriture divine. C'est ce que font les niaximianistes (2) lorsqu'ils se désignent par ces mots : Combattant en la vérité de l'Evangile. C'est enGn ce que font les ariens , si attachés à l'Ecriture, que non seulement ne veulentils recevoir aucun sens, mais aucune parole qui n'y soit contenue, rejetant ce mot épcowiei (Concil. Nicœn.) pour n'y être pas. Tous ces anciens hérésiarques, condamnés parl'Eglise et par vous-mêmes, ont eu l'Ecriture en la bouche comme vous, ils se sont dits évangéliqucs comme vous, ils ont fait l'Ecriture unique règle de leur foi comme vous, cependant parce qu'ils l'ont fait de bouche et non en effet comme il fallait, qu'en publiant son nom ils abusaient de son autorité, ils n'ont pas laissé d'être condamnés de l'Eglise, leur doctrine jugée digne de haine, ainsi que l'est la vôtre, et le sera, je m'assure, au jugement de tout le monde, quand j'aurai fait voir comme elle se sert de l'Ecriture.

Elle Test véritablement, parce que sous prétexte de l'Ecriture, parole écrite du grand Dieu, 1° elle rejette sa parole non écrite, 2° grande partie de celle qui se trouve par écrit, 3^ contredit clairement en plusieurs points à celle qu'elle admet, 4° la corrompt en divers endroits, 5° enfin fait passer pour parole de Dieu celle des hommes, et qui plus est, de chaque idiot dont elle se sert pour fondement des principaux articles de sa foi.

1. Digne de haine parce qu'elle rejette la parole dcDieu non écrite. — Si celui est digne de haine qui, en établissant une chose, détruit ce sans quoi elle ne peut subsister et qui est commandé par elle , votre doctrine l'est à juste titre à raison de l'Ecriture, puisqu'en l'élevant elle détruit les traditions commandées par l'Ecriture et sans lesquelles elle ne peut subsister en aucune façon. Que les saintes Lettres ne puissent subsister sans les traditions, c'est chose claire, puisque nous n'apprenons que par leur moyen que les livres de l'Ecriture que nous avons soient venus jusqu'à nous purs et entiers, tels qu'ils sont sortis de la bouche du Saint-Esprit. Vous croyez comme article de foi que vous avez ces livre» purs et entiers, partant ou la parole écrite le dit, ce qui n'est pas : ou ne le disant point, il s'ensuit qu'une autre parole non écrite nous l'enseigne, ou que nous croyons de foi divine ce que Dieu n'a dit en aucun lieu, chose absurde , puisque la parole de Dieu est l'unique fondement de notre foi. Que les traditions soient commandées par l'Ecriture (3), la seconde aux Théssaloniciens nous le fait connaître, l'Apôtre y parlant si clairement des traditions de la foi

(1) Apud Thcodoret. in Dial. immulabilis. Ego cr.hi soli divina) Scriptune fideni habeo.

(2) Apud S. An», in veriinle Evangelii nobiscum ■ni'itanlibus.

(")) Ca. 2. Teneie tradiiiones quas didictetia bive ] cr sermonem Bive per epialolam nosiram.

non écrite, que (1) les vôtres mêmes confessent qu'au temps que S. Paul écrivait, il y avait des traditions de ce genre qui depuis ont été insérées es saintes Lettres, ce qui est aisé à dire, mais non de faire croire à quiconque verra qu'il n'est dit en aucun lieu de l'Ecriture que ce qui n'était pas écrit du temps de cette épître l'ait été depuis.

2. Digne de haine parce qu'elle rejette partie delà parole de Dieu qui se trouve écrite.— Quelle autorité avez-vous de rejeter de l'Ecriture beaucoup de livres que l'Eglise, en divers temps, en divers conciles, en diverses parties du monde, en Grèce, en Italie, en Afrique, en Allemagne, définit canoniques et divins? Quelle apparence d'établir un canon à votre tête, n'ayant ni père qui déclare (2), ni concile qui définisse (ce qui est à remarquer) le canon des saints Livres ainsi que vous le faites? La présomption avec laquelle vous opposez votre jugement à celui de ces anciens et à l'autorité de l'Eglise, est véritablement digne de haine.

3. Digne de haine parce qu'elle contredit l'Ecriture. — Qui contredit à ce qu'on doit suivre religieusement, n'est-il pas digne de. hainc?l'Ecriture ne doit-elle pas être suivie? Vous professez le faire ainsi, cependant ce n'est pas la contredire qui; de nier directement ce qu'elle affirme, et croire le contraire de ce qu'elle dit en termes exprès, comme nous avons montré au chapitre précédent? Si on estime celui à qui on donne souvent des démentis, vous estimez l'Ecriture, et si on peut tenir pour règle ce à quoi on oppose souvent son jugement, vous tenez vérila!;lement les saintes Lettres pour règle de votre salut. Car dire ouvertement qu'une chose n'est pas au lieu que l'Ecriture dit qu'elle est, qu'est-ce autre chose que démentir l'Ecriture et avoir un jugement opposé au sien?

> k. Digne de haine parce qu'elle corrompt l'Ecrilure. — Vos corruptions en l'Ecriture sont si reconnues, que les vôtres propres ne s'en peuvent taire. Charles du Moulin, célèbre entre vous, ne dit-il pas pour ci t effet que (3) Calvin.cn son Harmonie, met le texte de l'Evangile sens dessus-dessous, comme la chose même le témoigne, qui! fait farce à la lettre évangélique, qu'il la transpose en plusieurs lieux, qu'il y ajoute? En parlant de la version dé Beze ne dit-il pas, (k) qu'en effet il change le texte? (5)Castalion ensuite n'al-

(1) Wiiak. conlrov. 1. q. 6. c. 10. Resp ndco Novi Teslamenli cannnem non fuisse luni edilutn atque coiistiiiiiinn, cumPauliis hanc episle aiti scrilierei. — Non seqniUir ergo quaitdo aposudus scripsil ad Tliessnlonicenses, lu m omnia necassaria non mimi, scripia, Ergo nec poslca . etc.

ri) Concil. Carlhag. 3. Can. 47. Trnllan. Ca». 2. Rom. nli Gdasio, Tridenli.

(5) Molinaeus in sua translations Novi Testament. Calvinus in sua Uarmonia lexinm evangelicum desullare facit Bursum verstun, utres ipsa indicat, vim inferl lilterie evangelicae, ei illam mullis in Iocis tiansponil, cl insuper addil lillcru\

(i) Idem Mulinœ ibidi De facto mulat texlum.

(5) Casialio in Defensione suar iranslationum

firme-t-il pas qu'il faudrait un gros volume remarquer toutes ses erreurs? Enfin, ce grand roi dont l'esprit a autant d'avantage sur jes vôtres comme sa personne sur tous ses sujets, le roi de- la Grande-Bretagne, duquel le jugement doit valoir pour toute l'Eglise d'Angleterre, puisque vous l'eu faites chef et qu'il n'est pas à croire qu'il voulût mettre à jour des opinions qu'elle ne tint pas. Ce grand prince ne dit-il pas au colloque de Hamploncour, que la pire de toutes les versions de la Bible était eèye de Çinevè, et en outre qu'il a trouvé lés notes de la Bible deOen-ce fort partiale-', fausses, séditieuses et ressentant par trop les desseins d'une âme dangereuse et très-perverse.

'■'). Digne de haine parce qu'elle fait passer ki parole des hommes pour Ecriture. — (Jue \ous avez le vrai canon des Ecritures. Que les livres que vous y mettez n'aient point élé corrompus. Que le corps de Jésus-Christ ne soit que par figure en l'eucharistie, ne sont-ce pas des articles principaux de votre créance? Mais que votre loi spéciale et absolue, c'està-dire la foi par laquelle chaque fidèle croit être justifié par l'appréhension dé la justice de Jésus-Christ, vous justifie, n'est-ce pas l'âme et le fondement de votre religion? Cependant ou se trouvent ces points en l'Ecriture? De passages formels et exprès comme la (1) ratification de votre confession vous oblige d'en produire, il ne s'en trouve point. Vous avez recours à des conséquences qui ne sont pas fondées en deux principes divins contenus en l'Ecriture, mais en deux principes, dont l'un est humain et tiré de votre tête, ce qui montre bien ( si je dis vrai) que vo:is donnez la parole des hommes pour celle de Dieu qui se trouve es saintes Lettres, puisque selon vous votre foi ne peut avoir rondement que l'Ecriture. Voyons si je suis meilleur.

Au troisième article de votre confession, vous établissez pour acte de foi le canon des Ecritures saintes, unique règle de votre l ;i, reconnaissant tous les livres qui y sont pommés, et ceux-là seuls être sortis de la bouche (lu Saint-Esprit et avoir élé jusques ici purement conservés : par quel syllogisme? Vous citez à la marge de l'article suivant des passages qui disent la parole de Dieu pure et nette, la loi du Seigneur immaculée, le témoignage <lu Seigneur fidèle, donnant la sagesse aux petits, le précepte du Seigneur claii\ illuminant les yeuxlPsal. 12. v. 1. Psal. 19. ». 8). De ces passages qui ne disent pas en termes exprès que les livres dont vous vous serrez sont canoniques, pour l'inférer par conséquence, \ ous en faites la majeure de votre argument.

La loi de Dieu (dites-vous) est immaculée, pure et nette:

ait, quo omi;es ejus (Bczx) errorcs nourentur magno vOluinine epus i

(1) Toutes lesiiiics églises françaises approuvent et ratifient la attsécritoeitnfcssion en ions ses chefs et articles comme étant entièrement fondée sur ii pure ci expresse parole de Dieu.

EVANGEUQCE. 32

Or tous les livres que nous disons canoniques sont immaculés et non atitn

Donc ceux-là sont canoniques et non aut r. g.

Où prenez-vous votre mineure? l'Ecriture dit-elle que ces livres soient purs, que nuls autres ne le soient? Non : qui le dit d6h< 1 votre tête. Cette proposition est donc humaine et fausse davantage ; ce que je la à part, me suffisant maint uant de fane \oir que ce principe et parole des hommes. D'où il s'ensuit, ou que votre parole passe pour celle de Dieu, ou que votre loi en ce point [qui virtuellement contient tous les autres, vu qu'il s'agit de l'Ecriture, qui selon vous est unique fondement de foi ri 1 si pas divine, mais humaini.' seulement, puisqu'elle est fondée en une conséquence tirée d'un principe humain, ce qui l'ait qu'elle ne peut être autre, toute conclusion étant de même 1 turc que la plus imparfaite partie de sa cause. Passons à l'eucharistie.

Vous croyez comme article de foi les paroles de la consécration devoir être entendues' flgurément, en sorte que le corps de Jésus-Christ ne soit pas réellement sous l'espèce du pain, ainsi que nous le disons. Les preuves que vous apportez de votre foi sont plusieurs passages, qui enseignant, à votre compte, chose incompatible avec la réelle prést ace de Jésus-Christ en l'eucharistie, montrent bien que les paroles de la consécration sont figurées. Voyons pour exemple quelqu'un de vos arguments.

Un corps ne peut être en divers lieux par la toute-puissance de Dieu.

L'Ecriture enseigne que le corps de Jésus- Christ est au ciel jusqu'au jour du jugement.

Donc il n'est pas en l'eucharistie.

La majeure, ne se trouvant en aucun lieu de l'Ecriture, est parole des hommes, et n r conséquent il est clair, ou que vous la fa passer pour parole de Dieu, ou que la conclusion ne peut cire divine et infaillible pour la raison que j'ai touchée. Voyons' ce qui est de votre foi.

Vous croyez que chaque fidèle est justifié par là créance certaine qu'il a de l'être en .tt sus-Christ. L'un de vos auteurs modernes forme ce syllogisme.

Quiconque croit au Fils de Dieu est sauvé.

Je crois au Fils de Dieu.

Donc je suis sauve.

l'our ne disputer point de la majeure, supposé qu'elle soit en l'Ecriture, quoiqu'elle n'y soit pas en votre seins, la mineure ne s j trouve pas en apparence seulement, n'étant dit en aucun lieu que Luther, par exemple. Calvin, Bette, Pàreus el antres ayént crà; ce qui fait voir clairement que selon vous elle est parole des hommes el non de Dieu, duquel vous voulez que toute la parole soit écrite.

Après avoir fait voir comme vous usez de l'Ecriture, il n'j a personne, je cn'assnre, qui

De S'étonne grandement avec quel froivt vous osez de paroles en faire tant dé-

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

tat, pour en effet lui faire tant d'injure. Mais ils se riront de cet élonnemcnt s'ils considèrent que c'est chose ordinaire à l'hérésie de se servir de l'Ecriture et de lui faire injure tout ensemble, et qui plus est qu'elle est obligée à l'un et à l'autre, à se servir de l'Ecriture, puisque la vraie religion ayant pour fonJement la parole de Dieu, c'est chose nécessaire à toute secle qui la prétend, de prétendre l'Ecriture où elle est contenue: à faire injure à l'Ecriture, étant manifeste qu'il faut par nécessité altérer ce qui est bon de sa nature comme elle est, pour en tirer quelque chose de mauvais comme l'erreur. Aussi voyons-nous que les pères enseignent l'un et l'autre : car en premier lieu ils témoignent (1) qu'en toutes occasions, à tous moments, sur tous sujets, les hcrétiqui s ont l'Ecriture en la bouche, et se prévalent de son autorité pour ne pouvoir avec plus d'apparence (2) donner couleur à leur foi que par les lettres de la foi, plus spécieusement^) impugner la loi queparla loi même, ni mieux recommander leur malice que par j'autotité de ce qui ne contient aucun mal. Et d'autre part ils montrent que les (4) hérésies prennent naissance de l'injure qui est faite à l'Ecriture, en tant qu'elles tirent leur être du mauvais sens qu'on lui donne, les hérétiques (5) convertissant d'ordinaire les paroles de la vérité pour laquelle elles sont dites, en l'erreur et en la fausseté en laquelle ils sont (G), les mystères et les paroles des saints Livres en l'image de leurs fantômes, accomplissant ce que l'Apôtre remarque en la seconde aux Corinthiens , des faux prophètes qui doivent marcher avec artifice, altérant la parole de Dieu.

SECTION III

MINISTRES

Ni autre chef de. l'Église universelle que Jésus-Christ, Notre-Scigneur ; ni autre purgatoire de nos péchés que son sang ; ni autre

(!) Vinrent. Lyrin.c. 35. Sive enim ftpud suos sive nlitnos, sive privatim, sive publiée, sive in sennonibns, mvc in libris, sive in conviviis, sive in plalcis nitii) unqiiam de sno proierunt quod non eliain scripTtlrre véïbis adimibrarc coiicnlur.

(i) Terlull. dé Rcsurrect. Aliunde scilicet loqni pos&nt de reluis litféi msi ex liltrris (idei.

(5) Ainbnis. Comment, in Tit. Hœi'etici illi snnt qui per verba legiii legem iinnuglittiitèt pioprinm senvetbis astruuht logis, nt pervefsitatèta men.is sua: logis auctorrlale coimiTciident.

(4) Angusl. Tract. 18. in Joan. Neqnc enim nalra snnt bœrcses et quœdam doemata pcrversiialis il|a • queanlia animas et in profundum prœcrpitanlja, nisi (lum sciiptiirae ponae inlelligunùir non bene, ctqtfod ni eis non bene inteUigilur, cliam tcinerc et audac'ler ilnr.

(',) Aug. de unit. Eccl. c. 15. Cavendaest calliditas haerelicorom vol. mium convertero vciln Dei à v,i "' nû îri ' " '"• \"?TY u""a rwrique successor.

S ar " dim *"■• *m& r « ? «SsaHïïMteEsss

(0) Ang. 3. île Ript. Ad imagines enim plianlasmalum suorum cumquibua voluiari carnalis anima de- [eciatur, convertit omnia sacramenta el verba librornm sanctorum.

sacrifice propitiatoire pour nos péchés que sa mort et passion ; ni autre mérite envers Dieu que l'obéissance qu'il a renduepour nous à son Père.

RÉPONSE

Nous soutenons qu'il n'y a point d'autre chef de l'Eglise universelle que Jésus-Christ, d autre purgatoire de nos péchés que son sang, d'autre sacrifice propitiatoire que celui de sa passion, d'autre mérite que son obéissance : et partant, il est faux que vous soyez haïs pour Jes considérations que vous mettez en avant. Mais vous êtes dignes de haine pour décevoir et tromper les peuples, leur persuadant ce que vous soutenez en ces points être avantageux à Jésus-Christ, el ce que nous enseignons injurieux et préjudiciable : ce qui n'est pas, comme je ferai voir distinctement, examinant tous ces points l'un aptes l'autre.

Que nous n'établissions aucun autre chef de l'Eglise universelle que Jésus-Christ, il paraît en ce que les papes mêmes, que vous dites y avoir intérêt, (iéclarent qu'il n'y en a qu'un. Donc (l),dit Boriifaee VIII, d'une seule et unique Eglise il n'y a qu'un corps et qu'un chef, non deux tetes, comme si c'était un monstre, Jésus-Christ, et son vicaire saint Pierre et son successeur.

Il est vrai que nous soutenons qu'il y a d'autres personnes distinctes de celle de Jésus-Christ, qui ont sous lui par sa vertu et par sa force, le nom et la raison de cbef. Mais cela n'empêche pas que Jésus-Christ ne soit unique chef de l'Eglise universelle : l'Ecriture, les pères et la raison, nous apprenant qu'il y a grande différence de dire qu'il n'y a point d'autre chefque Jésus-Christ, et dire qu'aucun aulre que Jésus-Christ n'est chef de 1 Eglise avec lui. D'aulanlque celte dernière proposition (Aucun autre que Jésus-Christ n'est chef de l'Eglise avec lui) exclut tout homme aulre que Jésus-Christ de participer à la raison de chef : et que la première proposition (qui dit il n'y a point d'autre chef que Jésus-Christ), emporte seulement que si plusieurs participent au nom et a la raison de chef, c'est par subordination des uns aux autres.

L'Ecriture nous enseigne clairement celle distinction en ce qu'au (2) deuxième dcl'Apocafypse, et au (3) chapitre second de l'épître aux Ephésiens, elle dit ouvertement qu'autres que Jésus-Christ sont fondement de l'Eglise : et en (i) la première aux Corinthiens, ch. 3. S. Pau! dit en termes exprès qu'il n'y a point d'autre fondement de l'E-

(1) In cxlravag. nnam sanetam de Mnjo. ei Obcd. igilur Ëcclesia) imins et nnie.e nniiin Corpus, iinmii (apnl, mm duo ca pi ta quasi monsirum , cbrisius \j. drli'i i. el Clnisii vicarius Petrus Petrinnc successor

(91 Fi m.im.c »:.,:lni:„ i.. .!,„..,. r i

et in agni.

(3) V. 20. Super re.lilicali super fundamentiim apostoloriini el propbetarum.

'ii V. 11. Fundamehtum aliud nemo potest pone teridquod positumestquodestChristus Jésus

DÉMONSTRATION ÉVANGI L1Q1 l .

glise que lésas-Christ, ce qui montre que ces propositions doivent être prises, en divers sens, va qu'autrement elles seraient incompatibles comme contradictoires. C'est pourquoi entre les œuvres de S. Ambroise nous voyons (1) au traité sur l'Apocalypse, que ce passage ou l'Apôtredit qu'il n'\ a point d'autre fondement que Jésus-Christ, n'empéi lie pas (]ue saint Pierre ne le soit, parce que l'étant comme membre de Jésus-Christ par subordination à lui, il n'est pas un autre rondement C'est ce que veut (2) S. Léon, lorsqu'il dit que Jésus-Christ a admis S. Pierre en la société d'une unité individue, et a voulu qu'il eût le nom de ce qu'il était ; ce qui t'ait voir clairement que la raison et le nom de Pierre, de Fondement et de chef, conviennent à S. Pierre, et que pour cela Jésus-Christ ne l;ii-^e pas d'être unique pierre, unique fondement, unique chef, puisque S. Pierre n'en trouble point l'unité individue. C'est ce qu'il Veut encore, lorsqu'en un autre endroit (3) il introduit Jésus-Christ disant à S. Pierre: Bien que je sois Pierre inviolable, tu es aussi toutefois Pierre, parce que tu es appuyé par ma vertu, afin que les choses qui me sont propres par puissance, le soient communes par participation. C'est aussi ce que veut dire (k) S. Augustin, quand il dit qu'il ij a douze portes de Jérusalem, qui est l'Eglise, savoir est les douze apôtres , quoiqu'il n'y ait qu'une porte qui est Jésus-Christ , parce, dit-il, que Jésus-Christ est en ces douze, c'est-à-dire parce que ces douze sont soumis à Jésus- Christ et ne sont portes que par lui.

Et, en elTet, la raison nous apprend que diverses choses soumises les unes aux autres par subordination ne détruisent point une unité. Ce qui paraît en ce que l'instrument n'est pas dit autre cause que la principale, par laquelle il agit : Le maçon et le marteau ne sonl pas (\eu\ causes de la maison, mais une seule : L'homme et l'épée qui tue, ne sont qu'une cause de la mort : d'où il est clair que puisque S. Pierre ne participe à la raison de chef que par subordination à Jésus-ChrisV., cela n'empêche pas que Jésus- Christ ne demeure unique chef de l'Eglise, non plus que le lieutenant qui, pour avoir puissance de gouverner, ne l'ail pas qu'il y ait plus d'un gouverneur, d'autant qu'il ne participe à la raison du gouvernement que par subordination au gouverneur, lit ne sert de

(1) In Apec. 21. Née repellil nos a nosiro intellectu illud i|>Mni Aposlolus dicil, fundatuenluni aliud neino polesi ponere, etc. Non enim aliud fundamenlum esi Peirus,:iliud Cliristus Jésus, quia Peirus membrum e^t Clirisli, elc.

(2) S LooEp.89. Huncenini in consortium individus uuitalis assumplum ul quod ipse eral volait noiniiinri.

(o) S. LeoScr. r;. in Annivers. suon assumpl. Cum ego shii inviulabilis peint.... lamen lu quoque peira c>, quia mea virluie solidaris , ni qux mibi polesuie sunl propria, sini libi mecum parlicipalione coiiitnunii.

(i) S. Aiip. in PslAWVI. Et cum dicunlur tlnodecimporUe ilierusalcmei una portaChrislus.elduodeci m poi ue CbrisuiB, ouia in duodecim punis < iliritlus,

rien de dire «lue les lieutenants n'infèrent pas plusieurs gouverneurs, parce qu'ils ne portent p,is le nom de gouverneur, attendu

que ce ne sonl pas les noms qui font les < lio-

ses, el (pi il sul'lii pour que celles dont nous parlons soient semblables , qu'ainsi que la puissance du lieutenant est soumise a celle du gouverneur, ainsi celle que B. Pierre a en l Eglise le soit à celle de Jésus-Christ. Que si on n'attribue pas au Lieutenant le nom de gouverneur, cela ne change rien en la nature de la chose, mais montre seulement qu'il \ .i une différence d'accidents, -.noir est, que le lieutenant et le gouverneur se rencontrent souvent tous deux ensemble en la ville ou province dont ils ont la conduite : mais non pas Jésus-Christ en sa propre espèceavi i b m lieutenant au régime visible de l'Eglise. Ce qui fait que bien qu'on ne donne pan Le nom de gouverneur au lieutenant, pour éviter la confusion, parce qu'étant ensemble, on ne saurait les distinguer l'un de l'autre : on peut bien donner le nom de chef au pape, vu que cet inconvénient n'est pas à craindre.

On le pcul véritablement, et nous l'apprenons de l'apôtre, qui disant en la (1 Cor. XII, t. 21) première aux Cor. chap. 12. qu'il f a un chef en l'Eglise, qui ne peut dire aux pieds, vous ne m'êtes pas iv montre bien qu'il parle d'un autre que de Jésus-Christ, vu qu'il peut bien tenir ce langage aux fidèles qui ne lui sont pas m rcs. C'est chose claire que le pape peut être dit chef de l'Eglise, sans qu'on entende un autre chef que Jésus-Christ : et si quelque auteur par hasard, ledit autre, il entend autre quant à l'ordre, tout ainsi qu'on dit quelquefois l'instrument autre cause que le principal agent.

Maintenant il faut faire voir que ce n'csl pas chose préjudiciable à Jésus-Christ, qu'un autre soit avec lui ou sous lui, chef \i-il • et ministériel de l'Eglise universelle : ce qu'on connaîtra par plusieurs moyens : car pourquoi serait-ce chose plutôt préjudiciable à Jésus-Christ, qu'un autre fût avec lui et sous lui chef de L'Eglise, que préjudiciable à Dieu qui en est souverain et principal chef. que Jésus-Christ, comme homme, participe sous lui à cette raison de chef : vu qu'il semble plus désavantageux à Dieu, gué ïi Christ, comme homme, soit sous lui chef de L'Eglise, qu'il ne semble préjudiciable àJe- SUS-Christ, qu'un autre homme soit chef sous lui entant qu'il est homme '.'

Davantage, pourquoi est-ce chose plus répugnante qu'une antre personne soit dite chef de L'Eglise avec Jésus-Cbrisl en la loi de grâce, qu'en l'ancienne, où quoique lésus- Chrisl fût le chef de l'Eglise, le souverain pontife était dit tel, comme le remarque 1 Bcrilure; {Calv.lV.Instit. cap. (i. Magdei cet. 1. /. Le. 7.), et Calvin le reconnaît?

Qui plus est, Jésus-Christ étant roi [Psal. 11 . et non moins roi des fidèles qne chef de l'Eglise, pourquoi la puissance royale que Jesus-ChrisI lui-même attribue au i rois sur les fidèles, ne repiiLMie-t-elle point I . i. yaulé,

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

si la raison de chef attribuée aux hommes est répugnante à celle qui se trouve en Jésus- Christ? pourquoi étant pasteur (Joan. X ), évoque (I Pet. III), lumière du monde [Joan. VIII ) , n'est-ce pas chose préjudiciable à sa dignité que d'autres sous lui soient pasteurs, évêques et lumière du monde, si c'est chose .'épugnante qu'un autre que lui soit dit chef? En outre n'étant pas dit en l'Ecriture que Jésus-Christ soit seul chef de l'Eglise, mais seulement qu'il est le chef de l'Eglise (Col. h et II ), et étant dit que Dieu est seul bon (Matth. XIX.) seul juste (I Mach. I ), seul pieux (Apoc. XV), pourquoi avouezvous que l'effet et le nom de bon, de juste, de pieux , puissent convenir à d'autres qu'à Dieu, et non pas la raison et le nom de chef à d'autres qu'à Jésus-Christ ? pourquoi Jésus-Christ n'étant pas seulement dit pasteur, mais (Joan. X : Erit unum ovile et unus pastor ) un pasteur qui vaut autant à dire, que seul pasteur, ainsi qu'tm Dieu signifie un seul Dieu en l'Ecriture, pourquoi accordezvous le pastorat à d'autres, et non la raison de chef?

Leschoses subalternes et soumises n'ayant point de répugnance entre elles, l'autorité de saint Pierre ne peut être préjudiciable à celle de Jésus-Christ à laquelle elle est subordonnée , et non seulement subordonnée , niais inférieure pour plusieurs respects.

Inférieure quant à l'étendue, Jésus-Christ étant chef des anges et des hommes, comme il est dit au I des Eph. et au I des Çoloss. et le pape, chef de l'Eglise des hommes seulement; Jésus-Christ étant chef de tous les hommes, tant de ceux qui sont au ciel, que de ceux qui sont encore en ce monde, et le pape seulement de ceux qui sont en ce monde ; Jésus-Ghrist étant chef de l'Eglise militante, et du pape tout ensemble, ce qui fait qu'il peut être dit chef du chef : ainsi que saint Augustin (1) le dit fondement des fondements :'ét le pape non chef de soi-même, mais seulement du reste du corps de l'Eglise.

Inférieure quant à la dignité, Jésus-Christ étant chef non seulement directif, mais qui vivifie par sa grâce, par lequel, comme il est dit au II des Coloss. : Tout le corps croît en augmentation de Dieu; et le pape non chef qui vivifie, mais qui dirige seulement. Jésus- Christ étant chef principal par sa propre vertu, avec un pouvoir d'excellence par lequel il institue les sacrements, justifie sans sacrements, en un mot, dispose absolument de l'Eglise commode son propre ; et le pape, seulement vicaire de Jésus-Christ, chef ministériel de l'Eglise, n'ayant ni cette puissance d'excellence , ni autre que celle qu'il tire de Jésus-Chrisl.

Inférieure quant à la durée, Jésus-Christ étant chef en toute éternité : le pape en ce monde seulement.

Inférieure quant à la nécessité, Jésus-

{\)lnPsal. LXXXVf. Quemadrnodiim apertc dicitar Bain us sancloriiî», sic liguralo dicilur fundamcnUim fdnd.i nèntorum.

DÉMONST. EVANG. III.

Christ étant chef essentiel , sans lequel l'Eglise ne peut subsister un moment; le pape chef sans lequel elle peut subsister un temps.

Nul, à mon avis, ne dira maintenant que l'autorité de saint Pierre en l'Eglise déiruit celle de Jésus-Christ, puisqu'elle est du tout différente, soumise et d'ordre inférieur à la sienne; aussi peu le nom de chef lui préjudicie-t-il : les noms ne mettent rien aux choses, et ne signifient pas aux divers sujets auxquels ils conviennent, identité de nature, ou égalité de puissance, la moindre conformité étant suffisante pour que divers sujets aient mômes noms. Au reste, si Jésus-Christ, pour être chef de l'Eglise universelle, reçoit injure de ce qu'on attribue l'effet et le nom de chef à saint Pierre, son lieutenant et vicaire général en toute l'Eglise, pourquoi, étant chef de toutes les églises particulières, ne recevra-t-il pas injure , si on attribue celte même qualité à ses lieutenants en icelles? et s'il reçoit préjudice en l'un comme en l'autre, pourquoi , en le garantissant d'une injure, lui en faites-vous recevoir une autre? Vousdirez peut-être que vous ne vous dites pas chefs de vos églises; mais cette réponse est inutile, puisque vous ne sauriez nier que nos frères qui vivent en Angleterre reconnaissent le roi de la GraiHle-ÎJrelagnc chef de toute l'Église anglicane- (1), et, ce qui est à noter, spirituel et temporel : ce qui montre bien que la qualité du pape ne préju dicie point à Jésus-Christ, ou que celle de ce roi lui est aussi préjudiciable. Que si vous dites l'un et niez l'autre, ne croyant pas que vous veuillez produire votre seule volonté pour raison, je demande la raison de la différence, et ne vous servira de mettre en avant que ce n'est pas même chose, en ce qu'un homme seul peut bien gouverner une église particulière, et non pas l'Eglise universelle, puisqu'il ne s'agit pas de l'étendue de la puissance d'un homme, mais bien de savoir seulement si Jésus-Christ étant chef de l'Eglise, c'est lui faire préjudice que d'en établir un autre, ce qui montre clairement qu'il y a même raison entre le chef particulier, comparé avec Jésus-Chrisl comme tel, et le chef universel Comparé avec lui en celle qualité. Savoir maintenant si un homme est capable de gouverner toute l'Eglise, c'est une autre question qui se vide aisément, celui étant estimé faire par soi-même ce qu'il fait par autrui.

Mais, pour éviter tout échappatoire, je demande, si toute l'Eglise prétendue réformée était en Angleterre, si le roi, qui en est reconnu chef, ne serait pas chef de l'Eglise universelle? Si vous le confessez, celte qualité n'étant point injurieuse à Jésus-Christ en sa personne, pourquoi le sera-l-elle en celle de saint Pierre? Si vous le niez, donnez la raison de votre négation : ce ne peut être parce qu'en général la raison de chef est

(1) Sanderusde Schism. AnijUc. Ribadeneira de codem. Du Cliesnc, in liist. Anglic. in vila Elisabeth.

(Deux.)

injurieuse, puisque vous l'accorde* prince; ce ne peut être aussi pou. qu un homme soit incapable de gouverner 1 fc universelle, attendu qu ou cette présup tion elle est réduite à des termes qui d excèdent pas la portée de l'homme, puisquactuellement elle est gouvernée par un seul en cette étendue. Et parlant, il parait que ce que nous enseignons n'est point -injurieux. as-Christ, et que s'il l'était, mal a propos vous rcndricz-vous accusateurs en ce crime, puisque vous en seriez coupables vous-mêmes. 11 paraîtra encore davantage parce que nous dirons aux articles suivants, où faisant voir qu'il est plus avantageux a celui qui de soi-même peut faire une chose, de la produire avec autrui , partageant avec lui la gloire qu'il se pourrait réserver a lui seul, nous montrerons par conséquent qu il est plus honorable à Jésus-Christ, qui pourrait seul gouverner toute l'Eglise , voire trente, s'il v en pouvait avoir autant, de vouloir que d'autres aient part à ce gouvernement, que de le réserver à lui seul. Cependant dès cette heure vous en recevrez quelque lumière, en ce que, comme vous avez vu, Dieu a estimé à plus de gloire de faire Jésus-Christ comme homme, chef sous lui deloutesonEglise,quede s'être réserve cette dignité , sans la communiquer à aucun autre. Enfin je supplie le lecteur de remarquer ici soigneusement l'artifice dont se servent les ministres, qui est tel, que se rencontrant deux sortes de questions, 1 une, savoir si le pape est chef de l'Eglise universelle; l'autre, savoir si, supposé qu'il soit chef (le l'Eolise universelle, il doit être dit autre chef c'ef î>lisc que Jésus-Christ ou non : de même, savoir si les bonnes œuvres sont mehtoi et savoir si, supposé qu'elles soient méritoires, on doit dire que ce soit un autre mérite que celui de Jésus-Christ; savoir si les œuvres de pénitence sont purgatoires du poché et si. supposé qu'elles soient purgatoires du 'péché, on les doit appeler autre purgatoire que le sang de Jésus-Christ; savoir si la célébration de l'eucharistie est un vrai sacrifice, a si, supposé qu'elle soit vrai sacrifice, on la doit appeler autre sacrifice que celui de la croix. Desquelles deux questions la première regarde l'être de la chose, et est de la foi :1a seconde est du nom seulement, et n'est point de là foi ; ri partant peut être, comme dit saint Augustin, diversement disputée entre les docteurs catholiques, la loi sauve ( I, Contra Juliân. cap. 61.

Les ministres passent sous silence la première de ces questions, qui esl de la toi, et parlent seulement de la seconde, qui n eu est pas, afin qu'en rejetant ces façons de ourler : U Y a un autre chef de 1 Lglise que Jésus-Christ, un autre mérite que celui de Jésus-Christ, un autre sacrifice que celui de la croix, etc., ils portent l'esprit du lecteur à croire que nul que Jésus-Christ n esl chel de l'Eglise, nulle adion n'est méritoire que elle de Jésus-Christ, nulle action n esl sacrilice (pie celle de la croix, etc.

(h-, est-il que nous pourrions avec quel-

ques docteurs catholique- uet I I a-

nières «le parler, entendant ou qu'il y a un autre chef de l'Eglise que Jésus-Chrl autre mérite, un autre sacrifice, <t'-. non (puant au genre, niais quant a loi tire seulement ; ou bien qu'il v a une autre personne que Jésus-Christ qui esl chef de I I d'autres umvres qui sont méritoires, autre action qui est sacrifice, de- Auqi dis quelquefois que l'eucharistie est au' sacrifice (pie celui de la croix, et les boni œuvres autres œuvres méritoires que celles de Jésus-Christ.

Mais d'autant que j'ai vu que les mutl par cet artifice d'impugner une façon de parler tâchaient de renverser des arlich s de 1 l foi, j'ai voulu leur accorder qu'il ne faut ; dire simplement qu'il y a un autre chef, 'm autre mérite, un autre sacrifice, etc., afin de faire voir que soit qu'on leur accorde OU qu'on leur nie celle façon de parler, Ils n'en peuvent tirer aucun avantage contre ce est de la foi.

SECTION IV

MINISTRES

Ni autre purgatoire de nos péchés que son sang.

RÉPONSE

Si par ce mot de purgatoire vous entende/

non le lieu auquel, mais seulement la eu- •

par laquelle nos péchés sont purgés, nous

cCord, puisqu'on ce sens nous eh-

s qu'il n'y a point d'autre purgatoire

que celui du sang de Jésus-Christ.

Nous <i:sons bien avec saint Augustin , 1 y a d'autres choses, comme le bajiirinc, laparoU de vérité, le sacrifice de ca h U, les aumônes et la charité (1), qui purgent et nettoient les hommes ; mais d'autant qu'ils ne purgent ni par leur propre I i ni par ci Ile de quelque autre chose distincte du sans de Jésus-Christ, ains seulement par sa Vertu, et ce par une façon toute différente, inférieure et subordonnée à celle par laquelle il nous nettoie primitivement, ob ne peut dire qu'il y ait un autre purgatoire , d'autant que divers purgatoires requièrent, pour les raisons qui ont clé représentées, di • vers genres de purgalion qui ne se trouvent point en la justification dclbomme. n'\ ayant rien qui nous puisse purger que la loi l'efficace du sang de Jésus-Christ. I.e sang purge par soi-même comme unique et propre prix de nos pochés, desquels il efface l'obligation; ei la parole de Dieu, la pénitence, la toi, la charité, ci telles autres choses, nous purgent non par elles-mêmes, mais avec dépendance et par dérivation de la vertu du sang de Jésus-Christ, non comme prix de nos péchés, mais comme dispositions et Instruments instilués. afin que la force du Sâfig de Jésus-Christ nous soit appliquée: CC

(I) Aug. Iil>. u- conlr. Crescoo, e. 12- M«m liouiiucs baplisnio , inundanlur el verbo vci n undanlui ci sacrilicio conlrili cordis, imm ci eleemosynis, mundauiur ci ipsa cliariuie.-

DES PRINCIPAUX POINTS DE LA FOI

qui montre bien que tous ces purgatifs sont de même genre, quoique de divers ordres, et que par conséquent il n'y a qu'un purgatoire.

Nous disons tous les jours les uns et les autres que les péchés sont remis parla seule miséricorde de Dieu : nul, toutefois, ne nie que ces péchés soient rerais par le sang de Jésus-Christ, qui est l'effet de cette miséricorde, et l'instrument par lequel elle nous est appliquée : de même quand nous disons que nos péchés sont purgés par le seul sang de Jésus-Christ, cela n'empêche pas qu'ils le soient par la foi et par les sacrements qui sont les effets salutaires de ce sang, et instruments institués pour nous l'appliquer. Et Si en cela nous faisions injure au sang de Jésus-Christ, vous ne pourriez vous garantir du même crime, attendu qu'ainsi que nous enseignons que les sacrements purgent en appliquant le prix du sang de Jésus-Christ, ainsi enseignez-vous que la foi vous purge en la même sorte ; ce qui fait que bien que nous ne soyons pas d'accord quant au nombre des moyens qui purgent par application, il n'y a point de différent entre nous quant à la suhstance de ce que nous soutenons en ce point, qui consiste à croire qu'il y a des moyens qui nous purgent par l'application du mérite et de la vertu du sang de Jésus-Christ ; et ne sert de rien de mettre en avant que vous n'enseignez pas comme nous faisons , que la foi concourt dispositivement à la justification, mais qu'elle y concourt seulement , en tant que comme une main reçoit ce qu'on lui donne, ainsi la foi appréhende-t-clle la justification produite tout entière par le sang de Jésus- Christ, d'autant qu'outre que vous avancez cela sans aucun légitime fondement, s'il y a quelque chose qui déroge au mérite du sang de Jésus-Christ, ce n'est pas seulement le concours dispositif des moyens qui l'applique , mais tout concours d'application , comme si c'était chose indigne de ce sang, que de lui seul il ne s'appliquât pas lui-même : donc le concours de votre foi préjudicierait à la vertu du sang de Jésus- Christ, aussi bien que le concours des sacrements, puisque vous enseignez que c'est un moyen sans lequel ce sang ne peut être appliqué.

Mais tant s'en faut que la doctrine de l'Eglise catholique fasse injure au mérite du sang de Jésus-Christ, qu'au contraire qu'ainsi que celui-là ferait injure à la miséricorde de Dieu, qui dirait que nos péchés sont tellement purgés par son moyen, qu'ils ne le sont en aucune façon par le sang de Jésus-Christ, que celle divine miséricorde a disposé comme son instrument qui nous en apporte le fruit: ainsi est-ce faire injure au sang de Jésus- Christ, de dire que nos péchés sont tellement purgés par icelui , qu'ils ne le sont en aucune façon par la foi cl le: rements que le Fils de Dieu a institués en son sang, comme des instruments et des dispositions propres pour nous l'appliquer. Ces hommes font injure à leur Rédempteur quand ils changent les éta-

blissements faits par lui pour leur salut, sous quelque prétexte que ce puisse cire de sou honneur : et partant les catholiques demeurant déchargés (comme il paraît, parce que nous avons dit ) des crimes que tacitement vous nous imposiez de préjudiciel- au mérite du sang de Jésus-Christ, il se trouve que vous en êtes vous-mêmes coupables.

Vous direz volontiers que c'est ce en quoi consiste la question, savoir si Jésus-Christ a voulu que son sang fût appliqué par les moyens que nous disons. A quoi je réponds premièrement, que pour le moins demeurct-il clair que de sa nature ce que nous enseignons en ce point n'est pas impossible comme injurieux à Jésus-Christ , qui est toutefois ce que vous prétendez, et dont tous les jours vous étourdissez le; oreilles du peuple. Par après je ferai voir que quiconque croit l'Ecriture, et ajoute foi au* pères, doit croire aussi qu'il y a autre chose que le sang de Jésus-Christ qui purge, quoique ce soit par sa vertu et par son efficace, puisque l'Ecriture dit en divers endroits (1), en termes du tout formels, que nous sommes purges, purifies, justifies, nettoyés par la foi, par les œuvres et par les sacrements. Et que les pères (2), suivant les saintes lettres, enseignent en cent lieux que par le baptême, la pénitence, les larmes, les œuvres, le martyre, les péchés sont purgés, lavés, nettoyés, étés, redîmes, effacés, abolis, consommés, e.rpiés; et en plusieurs autres, que Dieu est apaisé par les œuvres, qu'il est rendu propkepar les œuvres. En un mot, comme dit S. Ambroise (3), que nous avons plusieurs moyens par lesquels nous rédimons nos péchés, et plusieurs remèdes par lesquels nous sommes nettoyés et purgés de nos péchés.

SECTION V

MINISTRES

Ni autre sacrifice propitiatoire pour nos péchés que sa mort et passion.

UÉPONSE.

Que nous n'enseignons point de sacrifice propitiatoire autre que celui de Jésus-Christ, la raison que nous avons déduite ci-dessûs le justifie, ce ternie autre signifiant une chose de divers genre quand il est pris absolument, ainsi que les ministres le prennent eu ce lieu. Ce qui fait que le sacrifice de l'eucharistie ne peut être dit autre que celui de Jésus-Christ en croix ; parce que lui étant soumis, et tirant de lui sa vertu et sa force, il n'est pas de divers genre, mais seulement de divers ordre comme de beaucoup inférieur,

(1) Aci. III cl XV; ad Rom. III; ad Ephes. Y; ad ïit. 111; 1 Pelr. 1 ; I Jacob. Il ; Prdverb. XV et XVI.

(2) Cypr. de làpsis, c! epist. 2C et 55; Terllill. de pœMil, cap . 3 ; Orig, in té*, dap. 15; Abg. lu Encbir. et lit), i, dû symbol. cap. (!; Hieron. dp obiiu Fabiol» ; Ambr. Ep. 8-2 ci de Elia ci jejtinfo c. 22.

(3) Lib. de Elia et jejiinio, c. 20. habetmia plura gubsidia quibus peccata nostra redifodmué. Et alibi mullis locis.

non à raison de l'hostie qui «-^t la même, mais bien à raison de ses effets el de l'action \isibie par laquelle il est offert immédiatement.

Cela se justifie davantage en ce que iidii-,

reconnaissons le sacrifice de l'eucharistie être un avec celai de la croix par triple identité. Et à raison de l'hostie offerte, qui est une en l'un et en l'autre, e'est unehostie, dit saint Ambroise (1), et Primasius (2), et non plusieurs. Nous offrons toujours le même, dit saint Clirysostome (•'!), non maintenant un autre, ruais toujours le même. El a raison du principal offrant, qui est Jésus-Christ, maintenant Jésus-Christ est offert, dit saint Ambroise ('*), comme homme qui souffre passion, et il s'offre lui-même comme prêtre, afin de pardonner nos pèches. Et à raison de la manière de l'oblation qui est semblable, entant qu'ainsi que Jésus-Christ est vraiment mort en la croix, que son sang y est réellement séparé de son corps : ainsi est-il mort en l'eucharistie quant à l'apparence, comme nous l'expliquerons au chapitre sixième; ce qui donne lieu aux pères d'appeler le sacrifice de l'eucharistie (5) passion de Jésus- Christ, passion répétée de Jésus-Christ >#de dire qu'il est tué en l'eucharistie, que quasi il y reçoit passion, parce que sans y mourir et y recevoir passion en effet, il y meurt el y reçoit passion mystiquement. Et partant, à raison de celte triple identité, nous sommes bien fondés à dire avec saint Clirysostome (6), que Voblalion de la croix et de l'eucharistie est une même oblation; et avec Théodore! (7), que c'est chose claire que nous n'offrons pas un autre sacrifice que celui de la croix.

Que la propitiation de l'oblation de l'eucharistie ne détruise pas celle du sacrifice de la croix, il paraît en ce qu'elle ne lui est point opposée, ains au contraire soumise, subordonnée et d'ordre beaucoup inférieur : le sacrifice de la croix étant propitiatoire par soi-même, comme propre satisfaction de nos offenses, et celui de l'eucharistie étant propitiatoire par la vertu du sacrifice de la croix, île la propitiation duquel il nous applique le fruit. L'oblation qui se fait en la messe n'est pas propitiatoire, comme si le sacrifice de la croix n'était pas suffisant pour seul apaiser Dieu et le rendre propice. .Mais elle l'est par la force de la suffisance du sacrifice de la croix, dont la vertu est si grande qu'il en peut communiquer à d'antres; et la volonté

(i) Ambr. in lleb. X. Unaesl hoslia, nonmuluc. (xilnHeb. XVI.

(5) In Hi'h. IX. Eumdera semper olïerimus, non mine, quideni aliuni, sod semper eumdem.

(4) Lib. i, de ollic. c. 48. Nunc Christus offertur, sed olTcrlur quasi lionio, quasi reripieir- passionem ,

ci offert se ipse quasi sacerdos, m peccala nostra di-

initial.

(5) Cypr. cp. Gô. Ambros. lib. de ollic. cap. 48. Alexandcr Papa ep. ad omîtes orlhodoxos. Isych. lib. u, in Lcv'n. c. 8. Nyss. oral. 1 de ressurr. Carys. bon). 24, in i Cor. Gregor. lib. iv. Dial. c. 38, el hom.57 in Evang.

(C) Homil 2. in u ad fini. Ohlalio eauYiu est. (7) In cap. MU, ad Hebr. Claruàl eSlDOS non aliud sacriliiiuin oflVnv.

DÉMONSTRATION I \ kNGI L1QI i , 4i

de celui qui est sacrifié lelle, (|ii 'en le pou-

\ani, il le reut tout ensemble, établissan gloire, non à se réserver tonte lapropilialinn des hommes au sa< i ifii i de la crois, mais à en faire part au sacrifice que célèbrent les hommes comme ses ministres, en commémoration de sa passion. Comme celui qui a un fruitier excellent l'ail beaucoup plus, si donnant du fruil qu'il y a cueilli, il donne aussi un surgeon de sa racine qui puisse rapporter du fruit par sa force. De même Jésus- Christ fait-il davantage, donnant aux hommes non seulement le fruit de sa propitiation faite par le Bacriflce de sa personne en la croix, mais en oulre un autre sacrifice, comme un surgeon excellent qui puisse produire des fruits semblables à ceux que nous avons recueillis de l'arbre de la croix. Donc tant s'en faut que la propitiation du sacrifice de l'eucharistie fasse tort à la propitiation du sacrifice de la croix, qu'au contraire elle fait paraître sa perfection et son excellence : ce qui l'ail que vous êtes vraiment dignes de haine, pour les calomnies que faussement vous nous mettez sus, nous rendant odieux à ceux qui \ous écoutent, comme si nous enseignions en ce point chose désavantageuse à Jésus-Christ.

Ce n'est pas tout, vous êtes encore en ce sujet dignes de haine pour une raison beaucoup plus odieuse que la précédente. Vous vous représentez haïs, pour soutenir qu'il n'\ a point d'autre propitiation que celle de la mort et passion de Jésus-Christ; et vous êtes en effet dignes d'horreur pour soutenir que le sang et la mort de Jésus-Christ n'est aucunement propitiatoire, que sa mort et son sang n'ont point apaisé Dieu envers le genre humain, qu'il a été besoin d'un plus excellent prix, et que ce prix a été les tourments d'un homme perdu et damne, que Jésiis- Christja soufferts en son Ame. Doctrine infernal .', non des hommes, mais des démons ; non du ciel, non de la terre, mais de l'enfer, auquel ceux qui la tiennent méritent à juste titre d'être condamnes s'ils ne l'effacent de leur cœur, et n'en l'ont publier à leur langue une contraire. Je vous accuse, voyons si je dis vrai. Ce n'était rien fait, dit Calvin (1) [que vous reconnaissez pour grand cl admirable prophète (2) ], si Jésus-Christ fût seulement mort d'une mort corporelle, mais c'a un autre plus grand et plus excellent prix d'avoir souffert en son âme les furieux tourments d'un homme perdu et damne. ("<>t en ce tourment, dit Bèze (3), que consistt le sommaire de notre paix et de notre n conciliation avec Dieu. Pour satisfaire au nom des pécheurs, dit votre catéchisme [h), il fallait qu'il sentit

■ ilv. 8. Insiii. c. 16, S 10. Nthl' acluni ont si corporea lanium mon.' defunctin fuisse! Chrôlus, sed aliud majusel excellemius preiiura fuisse, qmmJ duos in anima cruciaiUS dainoaii el perdit! Iionnins pertnlerîl.

Danxus in Ami Bell. Bcsa, ep. C.

li Luc. XXII, 44 In boe (iinialu pusila est

nosirs pacis ci cum Deo recoociliaiiouis summa. | li Diman. 10.

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