‹ Démonstrations évangéliquesChapitre 92 sur 305 · CHAPITRE XI ET XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI ET XII

Que la foi en Jésus-CItrist ne s'étant point trouvée dans les païens, il n'y a point eu en eux de grâce spéciale pour leur salut, ni de véritable prière, qui seule, obtient les grâces de Dieu.

Ainsi, où ce canal ne se trouve point comme dans ces prétendus vertueux du paganisme, qui n'ont point été du nombre des fidèles, c'est une folie que d'y rechercher ces eaux de la grâce, que l'on peut appeler les fontaines du salut : fontes Salvatons; et leur âme ne saurait être que comme une terre sèche qui ne produit que des ronces et des épines.

Cette vérité est si importante, que Dieu a voulu qu'elle nous fût enseignée en plusieurs endroits de l'Evangile ; et ce n'est sans doute qu à ce dessein que les évangclisles remarquent si souvent que Jésus-Christ, conversant parmi les hommes, a toujours désiré en eux la fui, pour !>•, rendre susceptibles des faveurs qu'il leur voulait faire ; c'était pour nous faire comprendre combien nous l,i (levons juger plus nécessaire pour recevoir de cc souverain médecin la guérison de nos amcs, qu'elle n'était aux Juifs pour recevoir

celle de leur corps; et plus pour donner lieu à ces miracles invisibles qu'il opère dans nos cœurs, que pour faire tous ces miracles visibles qui n'en étaient que les figures.

Or, le fondement de cette doctrine divine est que Jésus-Christ a voulu ramener à Dieu, par l'humilité, ceux qui s'en étaient éloignés par l'orgueil. Ainsi il n'a point trouvé de moyen plus propre pour les faire rentrer dans une continuelle reconnaissance de leur bassesse et de leur misère, et tout ensemble dans une perpétuelle adoration de Dieu, que de les obliger d'élever sans cesse les yeux au ciel pour en faire descendre l'Esprit de grâce par la force de leurs cières, et obtenir de la bonté souveraine de leur Sauveur l'assistance et le secours dont il est nécessaire qu'à chaque moment il fortifie leur faiblesse.

C'est aussi pour cette raison que l'Ecriture sainte nous recommande avec tant de soin de prier sans cesse, et que le Fils de Dieu nous avertit, dans l'Evangile, que c'est en cherchant, en demandant et en frappant à la porte, que nous pourrons avoir part à ses dons et à ses grâces. En sorle qu'aux endroits mêmes où il nous presse d'avoir plus de confiance en la bonté de son Père, en nous remontrant que si les pères delà terre (Mat th. VII, et Luc. XI), quoique mauvais, ne laissent pas d'avoir soin de leurs enfants et de leur faire du bien, nous devons croire que notre Père céleste ne manquera pas d'avoir soin de nous et de nous faire part de ses biens. Il n'a pas néanmoins voulu nous faire espérer ses dons sacrés autrement que par la prière, car il ne les promet pas indifféremment à tous, mais seulement à ceux qui les demanderont à Dieu. Quanta magis Pater ve~ ster cœlestis dabit bona petentibus se (Matlh. VII) ; ou comme porte un autre évangélisle: Dabit spiritum bonum petentibus se (Luc. XI).

Il est donc vrai que, selon l'ordre adora-» ble que la sagesse divine a établi dans le salut des hommes, il faut demander ses grâces pour les obtenir; il faut importuner notre juge, comme cette veuve dont parle aussi l'Evangile, pour l'engager à prendre notre défense contre nos ennemis; il faut que le redoublement et la véhémence de nos prières arrachent comme par forte, de celui qui ne dédaigne pas d'être appelé notre ami, le pain qui est nécessaire pour nourrir notre âme. Or il n'appartient qu'à ceux qui ont la foi, d'user de celte violence. C'est pourquoi saint Augustin dit que la violence de la foi obtient les secours du Saint-Esprit : Yiolcntia fidri Spiritui sanctus impetratur. Et saint Paul nous enseigne qu'il est impossible d'invoquer celui auqut Ion ne croit point : Quomodo inrocabuntinqueni noncrcdiilrrunl (Romanor.X ;?

De plus Jésus-Christ nous assure que nous ne pouvons avoir accès au Père que parle Fils : Ncmo venil ad Patron nisi prr mr (Joan. XIV). Elles promesses qu il nous a faites d'être exaucés dans nos prières, ne regardent que les prières que nous faisons en son nom: Si quid pelieritis Pat rem in nomine duo, dabit robis [Joan. XVlj. C'est ce qui l'ait dira à saint Augustin que la prière, qui n'est pas

DÉMONSTRATION \':\ MGÊLtQt E.

faile par Jésus-Christ, non seulement ne peut poinl effacer Le péché, mais qu'elle devient elle-même souvent un péché [1). Ainsi il est « clair qne la foi qui doitformcrles prières anx- \ quelles Dieu a attaché les promesses de ses grâces, ne doit pas seulement avoir pour objet la majesté de Dieu, mais principalement ['humilité du Rédempteur; et par conséquent c'est une pure folie que de s'imaginer des grâces qui opèrent le salut, où l'on ne peut trouver aucune trace de foi divine, et encore moins de foi en Jésus-Christ.

Ce ""est pas que ce que nous avons dit, que les grâces du Saint-Esprit ne s'obtiennent que par les prières que forme la loi, ne reçoive quelque exception; mais cette exception ne comprend que les premières grâces, la foi même et la prière. Car étant des dons de Dieu aussi bien que les autres grâces, il est nécessaire que les premiers commencements de la foi et de la prière nous soient donnés par la pure libéralité de Dieu, sans aucune disposition précédente de notre part; et c'est en cela proprement que nous devons reconnaître que la grâce est purement gratuite et indépendante de nos mérites. En effet, pour toutes les autres grâces que nous obtenons par nos prières, nous pouvons dire en quelque sorte que nous les méritons; mais nous n'avons pas sujet de nous élever pour ce mérite, puisque c'est de Dieu que nous le tenons. Et si les prières et les gémissements de notre cœur ont attiré sur- nous le souille de l'Esprit saint pour nous élever audessus de toutes les choses périssables et ne nous attacher qu'aux éternelles, nous sommes obligés de reconnaître que la foi par laquelle nous prions nous aété donnée avant que nous priassions, et que si elle ne nous avait point été donnée, nous n'aurions aucun moyen de prier, ni par conséquent d'obtenir les autres grâces qui paraissent plus dépendantes de nos mérites. .

Tout cela nous fait voir que Dieu dispose ses dons de telle sorte, qu'il nous donne premièrement la foi sans que nous la lui demandions, afin que par son moyen nous lui puissions demander et obtenir les autres grâces. C'est ainsi que par elle on obtient la justification et la rémission de ses pèches, la grâce de bien vivre et d'observer la loi de Dieu, la vraie charité qui est la racine de toutes les bonnes œuvres, et surtout la persévérance jusqu'à la fin, sans laquelle il est impossible d'aller au ciel. Fides et non petita canceditur, ut eipetenti, ulia concédant tir ( luguat.u6.de qrat. et liber, urbrit. cap. Lfc), dit samt Augustin : ou selon les paroles d'un autre père : Abundt démonstration est {idem nullis mentis procèdent Unis tribut, sed ud hoc dmuin. ut principium possit esse meritorum, ut cum ipsa data fuerit non petita, ipsius joui petittoiubus

bona cœtera consequamur [Auctor Ho. tu t>ocat. Gent.l. 1, cap. ih).

C'est aussi pour cette raison que, selon

(l) Aug. f» P«alm. cvill. Oralio qua non Ht per Cbrisium, non soluin non potesl défère pecctloiii .

bcd «.■liaiii ipsa lil in peccatum.

l'excellente remarque de saint Augustin, l'a-

poire saint l'aul met toujours la foi avant kl loi (lj, parce que nous ne vain ions accomplir ( ce que la loi nous commande, a moins que la foi ne nous ait fait obtenir par la prière le pouvoir de l'accomplir. Voila donc la manière dont le Fils de Dieu s'est voulu scr\ ir pour sanctifier les pécheur»; c'est l'ordre qu'il tient dan -< la dispensation de tes grâces, et c'est de celte sorte qu'il nous fait mériter le ciel

h.' \ elle

ia il.it tribuenJo Hdem, <|ua crédita poscat,

Qusque voluntatis meriUnn creet, ipraqne solo

Nascatur spiraiiie Deo, meatemqoe rel'ormans,

Dr ciiierc algenli sopilurn Buscilet ignan.

S. Pbosfer. Cartn. de ingrat, cap. 19.

Concluons donc encore une fois que c'es' une extravagance qui ne peut avoir de fondement que dans une ignorance extrême de la doctrine de l'Eglise, de se persuader que les grâces qui opèrent le salut , telles que sont principalement la rémission des péchés, l'amour de Dieu sur toutes choses, l'observation de ses lois, la persévérance finale, se soient pu trouver dans 'es personnes que l'on avoue n'avoir point été du nombre des fidèles, que l'on sait n'avoir jamais eu la moindre pensée du Sauveur du monde, et que l'on prétend n'avoir acquis la connaissance de Dieu que par la seule lumière de la raison. Car peut-on ignorer qu'ils-ont même été si éloignés de se servir des moyens dont Dieu vent que nous nous servions pour mériter ses grâces inestimables qui nous font acquérir le ciel ; c'est-à-dire, des prières, des gémissements et des larmes, que leur folle sagesse n'a jamais pu concevoir qu'il n'y eût delà folie d'importuner les dieux, pour acquérir la vertu, parce que leur orgueil la leur représentait comme ne dépendant absolument que d'eux-mêmes et de leur propre volonté. Ainsi, quoiqu'on dise qu'on ne prétend poinl sauver les païens sans une grâce surnaturelle, ce n'est qu'un vain déguisement dont on veut couvrir ses erreurs.

C'est pourquoi nous pouvons dire de << auteurs du salut des païens, ce que saint lérôme a dit autrefois d'un pareil déguisement des pélagiens [Hieronymus, Epist. adCtetiphontem, cap- - : Illud vero quodad decipù ndos liomines quosque posten su<c sentcntiiv coiiptorunt [non ubsque Dei gratin) cum prima legentes fronte decipiat , introspection it diliycntissimc renlilatum, deciperc non potes t.

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