NÉCESSITÉ DE
naît avec soumission d'esprit que les voies dont Dieu se sert pour sauver les hommes sont impénétrables, que ses conseils sont des abîmes, et que ses jugements sont incompréhensibles ; carde même qu'il n'y a rien qui mérite moins d'être appelé foi, que ce que les auteurs du salut des païens veulent faire passer sous ce nom, ni rien de si éloigné de la grâce, que ce qu'ils couvrent de ce voile, on peut dire qu'il n'y a point aussi de plus véritable mépris de Dieu, que cette fausse soumission d'esprit qui ne tend qu'à renverser la fermeté de ses oracles, sous prétexte de révérer la profondeur de ses jugements.
Nous voyons dans l'Evangile, que le Fils de Dieu y proteste que ses paroles demeureront éternellement, quoique le ciel et la terre passent. Or entre ces paroles inébranlables, il n'y en a point de plus expresses que celles qui nous assurent que l'on ne peut être sauvé qu'en croyant en lui, qu'en le reconnaissant pour l'unique rédempteur des hommes, qu'en s'unissant aussi étroitement à lui que les sarments le font à leur cep, qu'en vivant de sa vie, qu'en marchant sur ses traces, et en accomplissant fidèlement la volonté de son Père. Et on prétendra que, sous ombre de respect et de déférence pour les conseils impénétrables de Dieu, nous sommes obligés de ne nous point arrêter à toutes ces vérités, mais de demeurer dans une suspension d'esprit digne d'Horatiusïubero, en nous persuadant que les voies dont Dieu se sert pour sauver les hommes, sont si secrètes, qu'on peut raisonnablement douter s'il n'a point sauvé une infinité de païens, quoiqu'ils n'aient point été du nombre des fidèles, ni eu aucune connaissance des mystères de notre foi, et qu'ils aient même été coupables de beaucoup de vices.
Ce serait donc par ces belles règles du pyrrhonisme, que l'on voudraitfaire passer pour un doute respectueux envers Dieu , de ne rien décider sur le salut d'Arislole, n'osant pas former un doute qui soit du tout à son avantage, quoiqu'on sache qu'il a été un des plus impies de tous les hommes, qu'il a nié constamment la Providence divine, qu'il a favorisé par tous les principes de sa doctrine, la pernicieuse créance de la mortalité de l'âme, et qu'il nous a laissé dans son testament, des marques très-assurées d'un esprit engagé dans l'idolâtrie; c'est par ce même esprit de sceptique, qu'encore que Pylhagore ait passé sa vie dans l'adoration des idoles, du moins à l'égard du culte extérieur, et qu'il n'ait point possédé d'autre sagesse que celle dont la philosophie morale nous rend capables, et qui ne comprend point les vertus théologales, n'ayant par conséquent jamais eu ni de foi, ni d'espérance, ni de charité, on voudrait défendre néanmoins de rien assurer louchant sa damnation, sous le faux prétexte que nous ne saurions prescrire de bornes aux grâces extraordinaires du Tout-Puissant.
C'est encore parles maximes de celle même philosophie et par la licence qu'elle donne de douter des choses les plus constantes, qu'après avoir reconnu que la vie de S
im;. III.