CHAPITRE PREMIER
ATHfeNES AU IV® SifeCLE.
La democratie athenienne devient mattresse d'elle-meme h la fin du sixieme siecle ; au milieu du quatrieme, elle tombe sous les coups de la Macedoine. Rarement peuple eut une vie mieuxremplie, mais plus courte. La gloire d'Athenes est imperissable et universelle ; Athenes elle-meme n'a occupe qu'un point dans le temps comme dans Tespace.
Malgre tant de qualites brillantes, les Grecs ne montrerent jamais cette vue nette deschoses, cette tenacite, qui d'une petite bourgade du Latium ont fait sortir Timmense empire romain. Un grand amour du plaisir, un melange de passion et d'insouciance, plus d'ardeur h creer que de soin k conserver, plus de goiit pour Tesprit et le rai-
sonnement que pour la froide raison, tels sont, avec des nuances diverses^ les principaux traits ducaract^re hell^nique. Aussi, jusqu'& sa derniere heure, la Grece est-elle rest^eun chaos de nations jalouses, et desireuses de vivre chacune i part at en pleine liberte. Toutes ont eule meme id6al politique: un territoire restreint, une ville k peu pres f(»rmee, ramassant un petit nombre de citoyens k I'ombre de sofi acropole, et entdur^e d'une ceinture de peuples tributaires : leur patriotisme ne s'etendait guere au delude leurs murailles.
Athenes pourtant sut comprendre, aujour de rinvasiondes Perses, les devoirs qu'une origine commune imposait &'tous les Grecs. Elle les oubliabien Yite,exploita ses allies au lieu d'enfaire ses auxiliairesy et accrut sa puissance sans T^largir. Sa vivacite imperieuse se refusait aux longs efforts et aux calculs profonds ; et son orgueil, qui est un trait de race, n'admettait pas qu'onpClt rien partager avec elle.
* Un tel r61e, pour 6tre soutenu, exigeait une continuelle et infatigable activity. En outre, la constitution mettait chacun sur labreche.Personnen'a eu plus de droits qu'un Athenien du cinquieme
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siecle, mais aussi plus de devoirs. II prend tour h tour r^pee de Thoplite, la rame du marin, le bulletin de I'electeur et du juge. La cite tout entiere est un camp, un senat, un tribunal, un tribunal surtout, car jamais ville ne fut plus fertile en proces. Athenes possede, comme unEtat moderne, un pouvoir executif, les Strateges, une cour de justice, VAreopage, et une sorte de chambre des deputes, le conseil des Cinq-Cents. Mais c'est toujours pour elle-meme qu'elle garde la meilleure part d'autorite. Reunie en assemblee pleniere, elle nomme les gen6raux et les ambassadeurs, decrete les levees de troupes, fait la paix ou la guerre. Six mille citoyens, les HeliasteSj jugent presque tons les proces ; le ministere public est abandonne au bon vouloir ou au caprice de quiconque desire Texercer. Les contribuables, et il faut entendre par Ik les plus riches propri6taires, sont de veritables magistrats : Choreges^ ils mettent sur pied et organisent des choeurs pour les fetes et les representations thea.trales ; Trierarques^ ils equipent une galere. Le fardeau leur semble-t-il trop lourd, ils s'en dechargeot sur un citoyen plus aise, et coupent
court k ses reclamations en lui offrant VAntidose^
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c*est-i-dire Techange des fortunes. Dans cette ville qui abhorre par-dessus tout la tyrannie des hommes, mais qui s'abandonne sans regret k celle des lois, les rigueurs du droit, les exigences d'une opinion inquiete et jalouse, les honneurs et les immunites qui surexcitent T^mulation, tout dit k TAthenien : « Marche pour la patrie, donne k la patrie. » Athenes comprend que, du jour oil se refroidira Tardeur commune, c'en^serafaitde sa grandeur et peut-etre de son existence.
Assez longtemps, elle fut k la hauteur de sa tdche;mais la lassitude finit par la prendre. II est k remarquer que de bonne heure elle s'ouvrit aux etrangers. Subalternes d'abord sous le nom de MetequeSj ils s'insinuaient pen k pen dans la plenitude des droits politiques. Isocrate dira, non sans exageration, qu'il n'y a plus d' Atheniens k Athenes. Ces nouveaux venus contribuerent k accroltre le rel&chement qui s'introduisait dans les mceurs et s'affichait sans scrupule. On applaudissait le Dic6opolis d'Aristophane, mettant audessus de tout le talent de bien vivre, bafouant la gloire et les emotions du champ de bataille, et faisant impudemment I'apotheose du plaisir le plus grossier.
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L'orgueil du succes avait retenu les Atheniens sur la pente qu'ils commenQaient a descendre ; mais coup sur coup tomberent sur eux Texpedition de Sicile et les victoires de Lysandre. Decourages, ils s'abandonnerent de plus en plus h cette vie toute de distraction et de mouvement, ou Tesprit, Timagination et les arts donnaient chaque jour denouveaux spectacles. Onallait ecouterles orateurs sur le Pnyx, mais on preferait la vieille place du marche, V Agora. A Tombre des beaux platanes plantes par Cimon, devant les petiles boutiques ou s'entassaient comme dans un bazar d'Orient les tresors de TAsie et de TEgypte, riches marchands, jeunes nobles, petits ouvriers d'Athenes, tons se melaient avec cette familiarit6 libre dont ne s'est jamais deshabituee la Grece. On n' avait maintenant que trop de loisirs. Trois oboles donnees k chaque citoyen pour sa presence i Tassemblee, le produit d'un champ ou d'un modeste atelier de deux ou trois esclaves, suffisaient a payer les olives et le poisson qui contentaient la sobri^te ath^nienne. Le Grec ressemble aux cigales du Phedre, vivant d'une gouttede rosee, et chantant jusqu'i leur mort dans le feuillage des sycomores.
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Aristophane et Platon nous rendent Techo de ces conversations charmantes de V Agora, prolongees ^rinfini sous le plus beauciel, raisonnant surtout, effleuranttout, art, poIitiq[ue, litterature, scandales du jour. Disserter, d6finir, jouer de sa parole et de son esprit comme d'un instrument merveilleux, fut le plaisir supreme d'Athenes vieillissante. Elle en avait d'autres ; mais ce peuple de delicats ignora toujours les brutalites de la corruption romaine ; et dans ses jours d'ivresse, il but surtout k la coupe des beaux discours et des subtilites captieuses.
Breuvage exquis, mais dangereux : k trop disculer, Tom doute ; et le doute est I'ennetoi mortel de Taction. Pourtant le remede aurait pu sortir du mal. Socrate, causeur admirable et incomparable logicien, venait d'arracher an scepticisme des Sophistes les principes de la morale, et de jeter contre eux les fondements d'un rempart que Platon, son eleve, acheva, non sans Tembellir. Ces grands hommes sont Thonneur d'Athenes ; mais, loin de la reg^nerer, ils ont precipit6 sa ruine, en detournant de la vie publique beaucoup d'esprits distingues. Socrate semble avoir dedaigne la richesse, la puissance et tons les biens terres-
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tres que les hommes d'Etat recherchent pour leur patrie. Platon est all6 plus loin, faisant le proces des Themistocle, des Cimon, des Pericles, et comparant Tempire d'Athenes k une tumeur pleine de corruption. Get utopiste de genie, fanatique d'ordre et de sagesse, ne pent que mepriser une republique mobile et bruyante oil les corroyeurs, les foulons et les marins priment les philosophes. Son ideal n'est point en Attique, mais h Sparte, en Egypte plutot, etsurtoutdanscesnuages brillants oil son imagination construit la th^ocratie mystique et socialiste qui est la citede ses reves. Ces conceptions si peu pratiques, Platon n'essale meme pas de les realiser, et reste h I'ecart, impuissant et recueilli en lui-m6me. Son exemple n'est que trop suivi. Les Etats democratiques, dans tons les siecles, souffrent d'un mal commun : beaucoup de citoyens, et ce ne sont pas les pires, s'excluenteux-memesdu gouvernement, parce qu'il n'est pas de leur choix, et se vengent de ses exces par une critique amere, mais souvent negative. Ainsi en allait-il i Athenes : les aristocrates vaincus rendaient au peuple en dedain ce qu'ils recevaient en indifierence ; les riches, qui ne pouvaient eviter les petites gens
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sur le Pnyx, et qui du reste n'y songeaient guere, ne leur cachai^nt pas leur mepris ; et des hommes bien intentionn^s se bornaient k gemir sur les malheurs publics, sans y porter remede. On connalt Phocion, digne d'etre Tauxiliaire de Demosthene, et qui fut son plus constant ennemi. Honnete autant que bon general, il aurait peut-etre pu sauver Athenes, et il a fait vaillamment son devoir, mais a contre-coeur, avec un devouement morose. wQuand donccesserons-nousdevaincre ? » disait-il apres un succ6s ; incapable de comprendre que, pour agir sur son pays, il faut Taimer, il faut y croire, en un mot etre patriote.
La republique en etait reduite a employer des intrigants. Deji 1q heros des guerres Mediques, Themistocle, ressemblait beaucoup plus i Ulysse qu'a Achille. Que dire des Sycophantes du quatrieme siecle? Quand Philippe viendra, York la main, il trouvera la Grece miire pour la corruption, ou plutdt deji corrompue.
Par malheur, ceux qui avaient Tidee d'une politique serieuse ne se recommandaient pas par le talent. Les grands esprits s'etant tournes vers la philosophie et la litterature, la place d'Aristide et de Pericles 6tait occupee par des m6diocrit6s
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comme Callistrate et Aristophon. Eubule , leur
successeur, plus intelligent et plus adroit, fit sa
fortune avec la mine de la patrie. Un malheur
national le porta au pouvoir. Athenes, quoique
diminuee par la guerre du Peloponese, avail pu
reconquerir un assez vaste empire maritime. En
357, ses sujets firent defection et la contraigni-
rent, deux ans apres, k reconnaltre leur indepen-
dance. Sous le coup de cette catastrophe, le peu-
ple demanda qu'h Tavenir on lui epargnftt des
efforts sans resultat : Eubule fut comme le minis-
tre du d^couragement public. Bon ^orateur et
financier capable, il appliqua son talent i flatter
les Atheniens et son habilete h lessatisfaire, ne
voyant dans TEtat qu'une maison de commerce,
oil on doit reduire les depenses et songer avant
tout aux benefices. II eut pour complice la repu-
blique tout entiere. Nomme grand tresorier, son
administration prudente rassura les riches; et
ceux qui n'avaient rien se gardaient de Tattaquer,
car les economies realisees leur revenaient en
distributions d'argent et en representations thea-
trales. Le peuple etait le parasite de FEtat; et
suivant le mot d'un historien du temps, Athenes
devenait plus molle que Tarente.
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Depuis le commencement du quatrieme siecle et les changements dans la tactique apportes par Iphicrate, elle n'avait plus, i proprement parler, d'arm6e nationale. Les citoyens aises ne se souciaient guere d'afironter les fatigues et les perils d'une campagne ; et s'ils se pretaient encore au service militaire, ils refusaient de quitter la ville. Force 6tait, dansce cas, de s'adresser aux pauvres, qu'attirait TappM du butin, et surtout k des aventuriers, gens de sac et de corde pour la plupart, chasses de leur pays pour quelque mefait ou exiles par la politique. La r^publique louait leurs bras, et achetait du courage quand elle en avait besoin, courage banal, indiflferent, et qu'on ne pouvait s'attacher que par une solde reguliere. Mais Targent manquait souTcnt. Gr3,ce h Eubule, Athenes n'en trouvait que pour se divertir. Sur sa motion, les excedents reserves jadis au budget de la guerre alimentaient le Theorique ou caisse des fetes. Proposer un impot extraordinaire, c'6tait soulever la colere des riches. Les trierarques s'acquittaient mollement de leur t&che, et s'entendaient avec des entrepreneurs pour satisfaire ou pour duper TEtat. Cette ville, qui jadis avait tant demands k ses citoyens, et tant obtenu
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d'eux, se contentait maintenant d'une vaine presence aux assemblees, d'un semblant de service militaire, et de contributions payees icontre-coeur.
Aucune puissance pourtant ne paraissait capable de la menacer. L'expedition des Dix mille avait dechire le voile qui cachait la faiblesse de Tempire Perse. Les batailles de Leuctres et de Mantinee venaient d'epuiser les vainqueurs et les vaincus, Thebains et Spartiates. La scene de I'histoire etait vide lorsqu'on y vit surgir un nouvel acteur.
Au nord de la Grece et sur ses frontieres, la Macedoine avait grandi silencieusement et dans Tombre. Climat froid, pays montagneux, pauvre et inculte, population energique et barbare : dans certaines tribus, pour etre honore il fallait avoir tue un ennemi. Les chefs exergaient une autorit6 patriarcale et absolue; beaucoup servaient comme domestiques ou pages aupres du roi, et temperaient son pouvoir par la menace d'unassassinat toujours suspendu sur sa tete. De tels hommes sont dangereux par eux-memes et aussi pour les autres. L'histoire de Macedoine commence par des meurtres et des trahisons. Les rois se conduisent en bandits, lettres parfois, cruels toujours. Les heritiers du trone massacrent leurs
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concurrents ou sont tues par eux : c'est merveille que Philippe et Alexandre aient pu naltre. Mais une nation qui triomphe de telles epreuves est trempeepour la lutte. Qu'elle ait un vrai souverain, rien ne Tarretera. Longtemps la Macedoine attendit; mais au commencement du qualrieme siecle, cette Prusse de Tanliquite trouva son Frederic II.
Alexandre a nui h son pere. Alexandre est un demi-dieu; Philippe n'est qu'un homme, mais nullement indigne de son fils, et peut-etre plus complet que lui. Tres beau, tres seduisant, bon capitaine et diplomate habile, il joignait a tons ces dons une volonte ferme et souple, qui, sans se heurter contre les obstacles, f-avait toujours en avoir raison. La passion ne Temportait pas, la morale ne le genait guere. II avait la perfidie patiente du Barbare, et savait attend re sansoublier. L'Hellade acheva d'armer son adversaire. Envoye tout jeune comme otage dans la ville de Thebes qui etait alors une ecole de tactique, Philippe y etudia la legion d'Epaminondas, premier modele de sa phalange. De plus, a frequenter les Grecs, il gagna cette connaissance parfaite de leur caractere et deleur langue qui plus tard lui servit a
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les charmer et i les vaincre. La superiority de son esprit et de sa culture eut bientot raison de ses comp^titeurs de Mac^doine. Des le debut, il sut ce qu'il voulait faire : civiliser et conquerir, Jeter un metal riche et nouveau dans le vieux moule hellenique, allier en son peuple comme en lui-meme les qualites de deux races, devenir Grec pour dompter les Barbares, rester Barbare pour dominer les Grecs.
II crea une armee, et ce fut peut-etre son chefd'oeuvre. On a tout dit sur la phalange, ce carr6 de seize mille hommes, inebranlable comme un roc, irresistible comme une avalanche. Autour d'elle, Philippe groupa des corps auxiliaires, des eclaireurs, et surtout une cavalerie puissante, chose presque nouvelle pour les Grecs, habitues aux defiles et aux pentes de leurs montagnes. Les machines de guerre furent perfectionn6es, les soldats pli6s k la discipline et rompus h la fatigue par des marches forc^es. Un etat-majord'officiers instruits, pepiniere de diplomates, d'administrateurs, avant que la fortune en fit des rois, completacet ensemble merveilleusement organise, ce corps toujours pret h agir, car on avait soin de le tenir constamment en haleine. La Grece n'avait
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connu jusque-l& que les milices nationales et les bandes de mercenaires ; pour la premiere fois elle voyait une arin^e permanente. On a dit avec raison qxx'h la guerre tout grand succfes tient i quelque perfectionnement derartmilitaire. Philippe, d6veloppant la tactique dlphicrate et d'Epaminondas, allait disposer d'une force terrible pour le temps ; et on comprend les victoires foudroyantes de ces soldats qui balayerent tout le monde oriental, de riUyrie k Tlndus.
Le sol de la Macedoine semblait offrir pen de ressources. Mais de belles forets voisines du golfe Thermaique fournissaient le bois necessaire k la construction d'une flotte. Un pen plus loin s'etendaient les riches districts miniers de la Thrace. Athenes avail inutilement tente de s*y ^tablir; plus heureux, Philippe entra de plainpied et comme en voisin dans ce pays de Tor, qui, bien exploite, lui donna chaque annee pres de six millions. Assez puissant pour vaincre ses adversaires, il fut des lors assez riche pour les acheter.
II eut en mSme temps Fadresse de les diviser et de les seduire. C'est la gloire de la Grece que la force brutale n'ait jamais rien pu sur elle*
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Avec ses hordes innombrables marchant sous le fouet, son faste grossier et son langage insolept, le roi de Perse est venu 6chouer sur le rocher de Salamine : le Macedonien profita de la leQon. II y a plaisir h le voir ourdir le reseau qu'il jettera sur sa proie ; travaillant patiemment sous terre, tandis que ses ennemis s'agitent au grand jour. Du commencement i la fin, avec un soin infini, il menagera T opinion. Quand il entrera en Grece, 06 sera pour defendre les droits d'Apollon et proteger les opprimes. Toujours, et a la veille meme de Cheronee, il protestera de son amour pour la paix. Mais deji il se revele tout entier dans son attaque sur Amphipolis. Cette ville qu'il convoite, les Ath^niens la defendront peutetre, car il^ se croient des droits sur elle. Pour les en ^carter, il la leur offre, jure qu'il leur abandonnera sa conquete, entre dans laplace, et la garde.
Les hostilit^s commencerent presque aussitot. Les MacMoniens devaient triompher, mais apres une guerre de vingt ans. Meme au quatrieme siecle, la republique ath^nienne n'^tait pas un adversaire k d^daigner ; et elle pouvait peser d'un grand poids dans la balance. Ni les hommes, ni
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Targent dg lui manquaient. Les citoyens etaient plus nombreux qu!k F^poque de P6ricles; et malgr6 la defection des villes tributaires, le mouvement du commwce et Tad ministration prudente d'Eubule avaient ramene la richesse dans les comptoirs et les entrepots du Piree. Si les Atheniens ont perdu leur ind6pendance, c'est qu'ils n'ont pas su la d^fendre. Et pourtant, comftie ils la cherissaient ! Le sentiment le plus vivace de Tftme hell^nique est peut-etre un patriolisme ardent, fait d'amour-propre et de mepris pour le Barbare. Aujourd'hui encore, a peine echappe a vingt siecles de servitude, ce petit peuple se croit appele aux destinees les plus hautes, et entretient ses esperances en evoquant les noms de Marathon et de Salamine, uses pour nous, vivantspour lui. Qu'etait-ce doncmoinsde cent ans apres les guerres Mediques ? Ces noms jetes k la tribune soulevaient des acclamations enthousiastes. Parmalheur, chacunensuiteretournaitises affaires ou ises plaisirs, content d 'avoir envoye contre Philippe, le plus souvent trop tard, une poign6e de mercenaires. II fallait Taiguillon d'un danger immediat pour decider les Atheniens k un effort energique ; mais cet effort*
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ils etaient capables de le tenter, et de se ressaisir eux-memes si on savait les y contraindre. D^mosthene s'est donne la t&che ingrate et perilleuse de les ^clairer, de les r^veiller, et finalement de les enlratner d'un mouvement g^n^reux sur le champ de bataille. Pendant quinze ans on le voit secouer sans relftche Tindifierence de ses concitoyens, raffermir leur courage, et lutter contre les ennemis du dehors, les trattres et les laches du dedans. Sa vie n'a ^t^ qu'un combat; et ce combat, c'est toute son Eloquence.
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