Cette idée de Papin a été mise à exécution de nos
appareil de soufflerie perfectionné de manière à dépasser l'effet d'aucun de ceux employés jusquelà; 3° de nouvelles améliorations apportées au digesteur et à l'appareil famivore 1 ; 4 les machines d'épuisement qu’il avait employées en Allemagne ; 5° une méthode pour l'extraction de graisse et résidus d’os propres à l’engrais des animaux.
Cette dernière tentative de Papin échoua comme les autres : la rémunération de ses travaux était loin encore, bien loin par delà le tombeau ! N’obtenant aucune aide pour tirer parti de ces découvertes, hors d'état de les exploiter lui-même, n'ayant pour subsister que des allocations irrégulières, ou plutôt des aumônes de la Société, il se trouvait, à la fin de 1711, au dernier degré de la détresse.
Dans une lettre adressée le 31 décembre au docteur Sloane, il exposait que depuis sept mois il n'avait pas reçu d'argent, qu’il était obligé de se réduire sur les aliments et toutes les autres
jours par un médecin lyonnais qui traite certaines maladies par la « chambre à air comprimé. »
4. Deux ans auparavant, Papin avait adressé une demande spéciale à la Société, relativement à ce dernier appareil. Elle refusa toute avance d'argent pour une 6x périence qui lui semblait coûteuse et d'un succès incer= tain. Ce refus prouve peu de bienveillance et de perspi= cacité.
choses nécessaires à la vie, et que pourtant « il avait donné, dans la mesure de ses faibles moyens, autant et plus qu’on ne pouvait attendre du plus honnête homme. » Cependant il lui restait, disaitil, plus de choses en tête qu'il n'eût pu en exécuter pendant le peu d'années qui pouvaient lui rester encore à vivre, Mais la mesure était comble cétte fois! Un de ses derniers biographes, un Anglais (car l'Angleterre elle-même aujourd’hui, vaincue par l'évidence et ne risquant plus rien, commence à rendre justice à ce génie créateur), cite de lui un mot navrant qui doit se rapporter à cette époque : « Je suis obligé maintenant de mettre mes machines dans le coin de ma pauvre cheminée ! »
À partir du 12 janvier 1712, on perd la trace de Papin : tout porte à croire que le dernier secours qu’il sollicitait lui aura servi à quitter l’Angleterre. Dans deux lettres de Leibnitz, adressées à un personnage anonyme de la cour de Hesse, on croit trouver des données sur la destinée ultérieure de cet illustre malheureux. La première, cependant, ne saurait être postérieure à la fin de 4708, car Leibnitz y fait allusion au départ de Papin pour l'Angleterre accompli l'année précédente, et dernande «s’il est allé jusque-là ; s'il en est revenu,
s’il a définitivement quitté le service du landgrave; » ce qui prouve bien que dans cet intervalle, et depuis la catastrophe du Weser, toute correspondance avait cessé entre eux.
La seconde lettre doit avoir été écrite au moins six ans plus tard, postérieurement à la mort d'Anne et à l'avénement de Georges [®r, puisqu'il y est question du nouveau Roi de la Grande-Bretagne (août 1714). |
Elle semble indiquer que Leibnitz et Papin avaient renoué leur commerce épistolaire, mais que les lettres de ce dernier ne venaient qu’à de longs intervalles, qu’elles étaient conçues en termes vagues, et dénotaient un certain affaiblissement d’esprit. Au bout de plusieurs mois, de plusieurs années peut-être, depuis la dernière lettre de Papin écrite d'Angleterre, Leibnitz venait d’en recevoir une venant de Cassel, mais ne contenant aucun renseignement sur l'époque ni sur les circonstances de ce retour. Aussi Leibnitz demandait à son correspondant hessois s'il y avait longtemps que Papin avait reparu ; s'inquiétait de l’altération visible de ses facultés, et engageait ce correspondant à « visiter cet homme d’un mérite peu ordinaire, et à voir ce dont il s'occupait, et dont il ne disait mot. »
On ignore si cette démarche fut faite, et vraisem-
blablement Leibnitz n'eut pas le temps d’en être instruit, car lui-même mourut peu de temps après.
Cette lettre, postérieure au 141 août 1714, est le dernier écrit où il soit fait mention de Papin comme encore vivant. Elle prouve indirectement que l’infortuné n'était plus que l'ombre de ce qu’il avait été. « Évidemment, s’il ne dit mot de ses projets à Leibnitz, au seul ami qui s'inquiète encore de sa destinée, c'est qu’il ne lui reste plus de projets à former. » Qui sait si Papin n’en était pas venu à douter de lui-même? Malgré le bonheur et la nécessité impérieuse de rejoindre sa famille, ce retour à Cassel avait dû lui coûter horriblement. Dans cette ville qui s’honore aujourd’hui de son souvenir, le récit défiguré de la destruction du bateau avait tout à fait discrédité le malheureux inventeur. On le représentait comme un hâbleur téméraire qui avait failli tuer ou estropier son bienfaiteur avec son canon à eau, comme un fou qui avait prétendu faire la guerre avec de l'air comprimé, et, ce qui semblait alors plus ridicule encore, faire marcher avec de l’eau chaude des voitures sur les chemins, des navires sur les fleuves et jusque sur la mer!!! Telle était l'opinion qu'exprimaient sur Papin, quelques années après
son départ, les gens instruits, les professeurs du A1
collége où il avait eu son laboratoire; et il ne pouvait l’ignorer. S'il revint à Cassel, s’il y resta, ce dut être malgré lui, et en tâchant de se faire oublier. Il n’y réussit que trop bien. Une obscurité profonde et jusqu'ici impénétrable, couvre les dernières années de sa vie et l’époque de sa mort 1. L'un des biographes de Papin, M. L. Figuier, a supposé qu'il avait pu rentrer secrètement en France après la mort de Louis XIV, comme firent d’autres protestants qui, grâce à la tolérance du Régent, eurent du moins la consolation de revenir mourir dans leur patrie. Cette conjecture nous paraît plus ingénieuse que solide ; nous inclinons à penser, avec M. de la Saussaye, que Denis Papin a fini ses jours en Allemagne. Les termes de la dernière lettre de Leibnitz où il est question le lui indiquent trop clairement que ses facultés avaient subi une altération notable dans ses dernières années. On aimerait pourtant à penser qu’un de ces réveils d'intelligence familiers aux mou- 1. On ne sait pas mieux ce que devint sa famille.
Selon toute apparence, sa postérité en ligne directe doit être éteinte depuis longtemps; ses descendants, s’il en
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avait existé, n’auraient pas manqué de réclamer de nos.
jours la gloire d'une si illustre origine. Il existe encore aujourd’hui, dans le Blésois, plusieurs familles de cultivateurs du nom de Papin, provenant sans doute de quelque branche collatérale.
rants, l’une de ces lueurs prophétiques qui souvent illuminent l’agonie des grands hommes, aura révélé à celui-là l’éclatante réhabilitation que lui réservait l'avenir!
La statue de Papin, par M. Aimé Millet, a été . inaugurée à Blois, le 29 août 1880. En contribuant à vulgariser la renommée du grand et malheureux inventeur, notre modeste travail n’a peut-être pas été étranger à l'hommage suprême qui vient d’être enfin rendu à sa mémoire.