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le tout à sa charge. » EE
La Société renvoya l'examen de cette proposition à son président. C'était le célèbre Isaac Newton qui était investi de ces fonctions depuis 4703. Il fit, le 17 mars suivant, un rapport médiocrement fa- . vorable. Il reconnaissait la nécessité d expériences comparatives pour vérifier les allégations de Papin sur la puissance de son appareil élévatoire. Mais en même temps, il recommandait de ne faire que
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DENIS PAPIN 153 des expériences aussi simples et aussi peu coûteuses que possible. C’était une fin tacite de non recevoir sur la demande de Papin. Aussi, malgré ses instances réitérées, la résolution de contribuer aux frais de l’appareil ne fut jamais prise; sa construction et les expériences comparatives restèrent ajournées indéfiniment.
Cette inertie dédaigneuse, sinon malveillante ,* d’un homme tel que Newton, semble inexplicable, ou plutôt on en devine trop le motif pour sa gloire. On entrevoit que Papin avait été bien mal inspiré, en venant se recommander de Leibnitz dans une assemblée présidée et dominée par Newton! Papin ne pouvait ignorer pourtant le dissentiment qui existait déjà depuis plusieurs années entre ces deux grands hommes, au sujet du calcul différen-
tiel. On sait qu'après être arrivés, chacun de son
côté et par des voies différentes, à cette grande découverte, Leïbnitz et Newton s’en disputèrent ensuite la priorité. Cette querelle fameuse dans l'histoire des sciences, envenimée de part et d'autre par le zèle outré des disciples et par des délations subalternes, partageait en deux camps le monde savant. L'animosité était surtout extrême, depuis 4706, du côté de Newton et des Néwtoniens ; et, bien que Papin fût étranger à la que-
relle, le rappel de sa liaison intime avec Leïbnitz lui fut sûrement plus nuisible qu’utile. |
On ne saurait trop regretter que de pareilles rancunes aient pu égarer à ce point le jugement du grand Newton, quand il tenait dans ses mains le sort de Papin, celui de l'application de la vapeur à la navigation, qu’un tel suffrage aurait pu avancer d’un siècle 1. Mais il suffisait que Leïibnitz se füt intéressé à cette idée, pour que son rival la prît en aversion! Dans cette circonstance comme dans bien d’autres, de misérables froissements d’amourpropre ont divisé, amoindri les plus hautes intelligences, nui aux plus grands intérêts de la science et de l'humanité. |
Tantæne animis cœlestibus iræl
Newton, ce géomètre incomparable, a payé plus d'un tribut à la faiblesse humaine. On sait notamment qu'il poursuivit toujours la réalisation des prodiges chimériques de l’alchimie, et Papin dut se faire un tort irréparable dans son esprit, s’il oSa lui répéter ce qu'il avait écrit plusieurs fois à
1. Le procès-verbal du 11 février 1708 relate la proposition faite par Papin, de construire une machine pouvant être employée, comme celle de Cassel, à faire marcher les navires (for the moving of ships).
Leibnitz: « que les avantages de la vapeur seroient incomparablement plus considérables que tout ce qu'on pouvait attendre de la transmutation des métaux! » Le spectacle de l’auteur du livre des Principes, s’obstinant à la recherche du grandœuvre, et rebutant l’invention de la machine à vapeur, est bien propre à inspirer d’amères et salutaires réflexions sur le néant de ces grandeurs décevantes de l'intelligence, qui, comme toutes les autres, ne sont trop souvent que « vanité et affliction d'esprit. »
Une autre circonstance, indiquée par un récent biographe de Papin, a dû contribuer puissamment à ses disgrâces finales en Angleterre. Pendant sa longue absence, un grand changement moral s’était opéré dans ce pays. « Sous le règne de la reine Anne, il entrait à pleines voiles dans de nouvelles mœurs... Les réfugiés protestants n’inspiraient plus un intérêt aussi vif que sous Guillaume III. Déjà la Constitution de 1688 développait, chez le peuple britannique, l'esprit exclusif qui distingue les nations insulaires. La fière Albion commençait à porter le culte des siens jusqu’au fanatisme absolu que nous lui connaissons. Ce culte, la Société Royale le professait dans une certaine mesure, et la majorité de ses membres
milite. En:
n’écouta pas assurément sans quelque inquiétude, une proposition qui tendait à mettre en péril, au profit d’un Français, les machines de Savery, Newcomen et Cawley. »
Cependant Papin obtint de nouveau, par faveur singulière, l'emploi de curateur aux expériences de la Société, emploi qu'il avait déjà rempli deux fois, mais qui ne convenait plus à un homme de son âge. Il ne touchait même plus de traitement fixe, mais seulement des gratifications qui se faisaient souvent attendre. On en trouve la preuve dans plusieurs de ses lettres au docteur Sloane. secrétaire de la Société : dans celles, par exemple, du 4 et du 16 mai 1709, où il sollicitait une allocation de dix livres sterling, et s’excusait de ne pas venir faire sa demande en personne et rendre ses devoirs, « n'étant pas en état de se présenter convenablement. »
On ne saurait nier, il est vrai, que dans cette dernière et pénible phase de son existence, Papin se nuisit encore à lui-même, Tantôt il gaspillait sa force inventrice dans des innovations plus cu- - rieuses qu'utiles : des serrures à secret, des projets de modifications chimériques dans V'horlogerie ; tantôt il se bornait à des indications trop sommaires sur des travaux plus importants, dans
DENIS PAPIN 157 appréhension de quelque nouveau plagiat. C’est ainsi qu'ayant eu, en 1711, l’idée d’un perfectionnement nouveau de la machine pneumatique, il ne voulut révéler en quoi consistait cette amélioration que sous le sceau du secret. Il refusa même d’exécuter un modèle en petit de sa machine « susceptible de contenir seulement un oiseau ou une plante, » attendu « que ce petit modèle seroit vu de bien des gens, dont quelqu'un ne manqueroït pas d’avoir l’idée et le moyen de l’exécuter en grand, et que ce seroit cela qui feroit du bruit dans le monde, et qui donneroit tout l'honneur ou le profit. » C'était une allusion non équivoque aux plagiats impunis et triomphants de Saverv et de Newcomen.
Au mois d'avril 1711, il fit un dernier effort pour sortir de cette position précaire, de jour en jour plus intolérable. IL renouvela la proposition qu'il avait déjà faite trois ans auparavant à la Société, de fonder une compagnie par actions pour exploiter plusieurs de ses découvertes, savoir : 1° un nouveau moyen d'améliorer l'air pour les hommes et pour la végétation, par une pression supérieure à celle de l’atmosphère, combinée avec la purification et le renouvellement continuels de Pair 1 ; 2 son