‹ DeniseChapitre 16 sur 91 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

VU tout ce que j'ai vu, on sait bien qu'il n'y a jamais eu une femme qui se soit ni donnée ni mariée par amour.

THOUVENIN

Ah! vous croyez?

FERNAND

J'en suis sûr.

THOUVENIN

Expliquez-moi cela.

FERNAND

C'est bien simple. Nous laissons de côté les Laïs elles Manon, nous savons, n'est-ce pas, à quoi nous en tenir sur ce qu'elles décorent du nom d'amour,

THOUVENIN

Soit.

FERNAND

Quant aux femmes mariées qui ont un amant, l'amour qu'elles prétendent avoir pour celui-ci n'est fait que de la lassitude et du dégoût du mari imbécile qui n'a pas su se faire aimer. Ce n'est pas là de l'amour, c'est du dépit ou de la revanche.

THOUVENIN

Et les jeunes filles, quand elles se marient ?

FERNAND

Routine, curiosité. Elles ne se rendent pas compte de ce qu'elles font, puisqu'elles ne sauront véritablement ce que c'est que l'amour que quand elles seront mariées. Elles n'aiment pas l'homme qu'elles épousent, elles le préfèrent à d'autres, voilà tout, quand elles ne font pas m calcul de fortune ou d'ambition.

El les filles qui se donnent sans la garantie du mariage,

au risque de leur honneur, et qui se tuent quand on les abandonne?

FERNAND

Filles sans dot qui ont peur du célibat et de la solitude, auxquels la pauvreté les condamne, qui ont toujours le vague espoir que leur amant les épousera et qui perdent la ttte quand elles voient qu'elles se sont trompées; quant à ceux qui sont assez bêles pour les épouser, voyez la vie qu'ils mènent.

THOUVENIN

Mais au moins, ils ont fait leur devoir.

FERNAND

Le devoir, savez-vous ce que c'est? C'est ce qu on exige des autres. Disons donc la vérité, à Icnconlre de toutes les légendes lyriques et sentimentales, ce qu'on appelle l'amour, c'est la bataille des sexes. Les deux adversaires savent bien ce qu'ils veulent et tous les moyens sont bons. Aux femmes de se défendre avant, aux hommes de se défendre après, et vœ victis. Tant pis pour les vaincus,

THOUVENIN

Et les enfants 1

FERNAND

Ce sont les accidents de la galanterie et les inconvénients du mariage.

Alors, nous ne devons rien aux femmes?

FERNAND

Si ; le respect et la maternité quand nous les épousons, le plaisir et la discrétion quand nous ne les épousons pas.

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