ACTE PREMIER
MADAME DE THAUZETTE.
Tojit *fe monde. Vous n'empêcherez pas les gens, et surtout les gens de la province et de la campagne, quand ils voient un homme de votre rang et de votrfe âge venir r'<înfermer tout à coup dans un château, tout seul, avec un régisseur dont la fille est jeune et jolie, de supposer que cet homme est l'amant de celte jolie fille. Qu'y aurait-il d'extraordinaire? D'autant plus...
ANDRÉ
D'autant plus...
MADAME DE THAUZETTE.
Que vous ne seriez probablement pas le premier!
ANDRÉ
C'est vous qui m'avez recommandé mademoiselle Brissot; je l'ai placée à côté de ma sœur, et vous vene2 aujourd'hui porter sur elle une accusation abominable, une double accusation ! Je vous le défends. Je commence par vous déclarer sur l'honneur que mademoiselle Brissot n'occupe ici que la situation la plus claire et la plus respectable. El maintenant, dites-moi ce que vous savez sur elle.
II lui saisit le poignet.
MADAME DE THAUZETTE.
Dites donc, dites donc, je vous ferai d'abord observer que vous me serrez le poignet plus fort que vous ne m'avez jamais serré la main. Oh! c'est bien cela!... Des robes qui montent, des yeux qui baissent, vous voilà pris Mon Dieu '.'que les hommes sont bêtes !... Je-yous ferai ubser-ver ensuite que je ne vous ai pas, recommandé madcrt.jiselle Brissot; je vous ai recommandé son père seulement : je ne pensais pas du tout à elle. BrissjM est un imbécile, mais évidemment c'est un honnête homme, tout ce qu'il faut pour faire un bon régisseur ! 11 vous •
plu de faire entrer la mère et la fille dans votre maison, de vous,- enticher-de l'une et de vous amouracher de l'autre, c'est votre affaire. Mais vous ne voulez pas qu'on médise de mademoiselle Brissot, vous n'y arriverez pas, mon cher. Quelle est la femme dont on ne dit^rien? En a-t-on assez dit sur moi?
ANDRÉ
Mais vous...
MADAME DE THAUZETTE, riant.
Merci.
ANDRÉ
Enfin, dites ce que vous savez.
MADAME DE THAUZETTE,
Je ne sais rien. Je suppose seulement que cette jolie fille qui avait toute sa liberté, qui donnait des leçons de français, d'histoire et d'orth::)graplie, ou qui allait autre part prendre des leçons de chant pour entrer au théàlre, n'a pas attendu jusqu'à vingt-trois ans, l'âge qu'elle a aujourd'hui, pour sentir son pauvre petit cœur. Là-dessus, je vais retrouver mon cheval, qui doit commencer à s'impatienter. Et puis, je ne vous en veux pas. Je sais mieux que personne ce que c'est qu'un homme amoureuxl Grand collégien, va !...