‹ DeniseChapitre 27 sur 91 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

boutons de cuivre et vos gros souliers ! Vous aviez vraiment la plus drôle de figure qu'on puisse imaginer. El avec ça, vous étiez sentimental, élégiaque, lugubre. C'était à mourir de rire. Pour une femme qui a passé trente slû^, mon cher, il faut que l'amour soit gai, san? quoi le mariage suffit. En somme, de quoi vous plaignezvous? Vous avez aimé. Croyez-vous que les autres homme? aient aussi bien placé leur premier amour. Les amours de la comtesse et lie Chérubin! N'est-ce pas un charmanl souvenir dans le passé d'un nomme de votre âge. Et la comtesse, croyez-vous qu'elle n'ait pas gardé, malgré tout, un souvenir qui ne ressemblepas aux autres, de l'adolescent ingénu et sincère dont elle a fait battre le cœur pour la premii're fois. Je ne riais pas toujours. Je vous ai fait souffrir. Tant mieux. Cela vous a instruit et préservé de souffrances plus vulgaires et plus dangereuses. Cet enfantillage ne pouvait pas avoir plus de suites qu'il n'en a eu. C'est justement pour cela qu'il eût pu en résulter une alliance éternelle et avouable entre nous, par un mariage entre mon fils et votre sœur. Quel joli dénouement ! Maintenant que je suis une personne raisonnable, je vivrais avec vous, Fernand et ma bru, et je tiendrais la maison. Quand vous vous marierez à voire tour, car il faudra bien que vous finissiez par là, votre femme trouverait tout naturel que je restasse avec vous tous. Je serais une belle-mère rare, unegrand'mèreincomparable. Je vieillirai avec esprit, moi, avec grâce, comme les femmes du xviii' siècle. J'élèverais toute la nichée d'enfants, ceux de Marthe et les vôtres. Chaque âge a ses plaisirs. Nous reparlerions de temps en temps du passé. Tu ne veux pas ?

ANDRÉ

Non.

MADAME DE TUVUZETTE.

Vous avez tort, mon cher. Mais enfin si ces enfants

s'aimaient? Si Marthe voulait absolument épouser Fer* nand?

ANDRÉ

Une menace?

MADAME DE THAUZETTE.

Non ! une supposition.

Eh bien ! dans ce cas, il faudrait que Marthe attendît sa majorité. Après quoi, elle épouserait Fern.ind et je ne la reverrais plus, ni son mari, ni vous qui auriez prêté la main à ce mariage. Car je m'explique mieux, maintenant, vos visites fréquentes au couvent et votre recrudescence d'amitié pour moi, depuis que Marthe est ici.

MADAME DE THAUZETTE.

Voyons, mon cher, puisque nous sommes sur ce sujet, allons jusqu'au bout. Vous ne pouvez marier votre sœur que 'dans des conditions particulières. Il faut que son mari et la famille de son mari acceptent ou paraissent

ne pas voir...

ANDRÉ

Quoi donc?

MADAME DE THAUZETTE.

Votre situation vis-à-vis de mademoiselle BrissotT

ANDRÉ

Qu'est-ce que cela signifie?

MADAME DE THAUZETTE.

Cela signifie que vous êtes son amant.

ANDRÉ

Moi, l'amant de mademoiselle Brissot! Qui a dit celan

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