ACTE DEUXIÈME
ANDRÉ
Parce que?
BRISSOT
Parce que certains clients m'inquiétaient.
Nous nous comprenons. M. de Thauzelte est monté au parquet il y a quelques années.
BRISSOT
Un an avant sa mort !
ANDRÉ
En sachant mieux que personne à quoi s'en tenir sur votre probité, il vous a offert de nouveau une place, celle de caissier aux titres, que vous pouviez accepter, celle-là. Les associés et les commanditaires de M. de Thauzette étaient des gens sérieux. Vous avez refusé cependant?
BRISSOT
Oui.
ANDRÉ
Vous n'étiez pourtant pas riche?
BRISSOT
Il s'en fallait de beaucoup.
ANDRÉ
Pourquoi avez-vous refusé alors?
BRISSOT
Parce que, dans l'intervalle, il s'était produîi mire Thauzelte et moi un fait tout intime qui m'interdisait, me semblait-il, de lui rien devoir. Une place pour moi dans cette .nouvelle maison eût pris le caractère d'une aumône ou tout au moins d'une compensation, et je ne voulais pas. <
ANDRÉ
Comment cela?
BRISSOT
Nos enfants, Fernand et Denise, avaient été élevés, comme vous le savez, monsieur le comte, dans une intimité telle, qu'ils se tutoyaient et qu'ils se tutoient encore. Il avait même été question de mariage pour eux entre Thauzette et moi, quand tous deux nous étions pauvres. Mais lorsque Fernand a eu vingt-deux ou vingttrois ans, il a commencé à s'éloigner de nous. Thauzette devenu riche ne trouvait plus l'alliance suffisante et un jouril me déclara, avec toutes les précautions possibles, que je ne devais plus compter sur ce mariage. C'est peu de temps après qu'il vint m'offrir cette place que j'ai cru devoir refuser.
ANDRÉ
Vous avez eu raison. Si j'insiste sur tos affaires intimes, je vous assure que ce n'est pas par curiosité, mais par intérêt. N'est-ce pas après la rupture de ce mariage que mademoiselle Brissot est tombée malade?
BRISSOT
Oui, monsieur le comte.
ANDRÉ
Elle aimait Fbrnaod ?
BRISSOT
Oui. On nous avait bien conseillé quelquefois de rompre cette intimité qui pouvait avoir plus tard des conséquences fâcheuses pour l'établissement de Denise, mais l'établissement d'une fdle pauvre est si rare» que nous n'awions pas cru devoir sacrifier à cette évenlualité une amitié .i'enfance. Nous avons eu lorl, ma femme et moi, de ne pas suivre ces conseils. Ce n'était pas par calcul, c'était par habitude, par confiance, que uqus lais-