ACTE DEUIIEMI
sions les choses dans l'état où elles étaient. Fernand p;;iit pour nous comme un fils, nous pensions que Denise ne le considérait que comme un frère. INous avons, été imprudents. L'enfant avait pris au sérieux ce ([ui ne l'était pas. Elle a beaucoup souffert moralement ^[ physiquement. Elle ne dormait plus, elle ne mangeait [ilus Amaigrie, épuisée, furcée de renoncer aux leçons ([u'elie donnait et qui nous aidaient à vivre, comme à ses études de chant sur lesquelles elle fondait tant d'espérances, elle se laissait mourir tout bonnement. Sa mère ne pouvait plus faire autre chose que de la soigner, et moi j'avais une petite place de comptable dans une maison de commerce qui me prenait de huit heures du matin à sept heures du soir et qui nous donnait juste de quoi ne pas mourir de faim. Heureusement, nous avions une vieille amie un peu aisée qui habitait le Midi. Elle est venue à Paris par hasard, et elle a emmené Jeanne et Denise avec elle. Il était temps. Le soleil a fait encore un miracle et m'a rendu ma fille. Madame de Thauzette a eu ensuite la bonne pensée de me recommander à vous, nous étions sauvés. Madame de Thauzette est un peu étourdie, mais elle n'est pas méchante et je n'oublierai jamais ce que nous lui devons.
ANDRÉ
Pardonnez-moi de tous avoir rappelé ces souvenirs douloureux.
lîRISSOT.
Tout cela est fini, grâce à Dieu et à vous, monsieur le comte.
ANDRÉ
Etes-vous vraiment sûr que c'est fini? Êtes-vous certain que mademuiseile Brissot n'aime plus Fernand? Madame de Thauzette est veuve. La fortune laissée par son mari n'était pas ce qu'on la croyait de son vivant.
Elle et son fils ont dilapidé presque tout ce qui leur est revenu. Aujourd'hui ils sont fort gênés et ils seraient moins orgueilleux et moins exigeants qu'autrefois. Si votre fille avait une dot, Fernand reviendrait peut-être à elle, et, si elle l'aime encore...
BRISSOT
Depise est sans rancune, monsieur le comte, mais non sans dignité. Elle a pardonné , mais elle a oublié en même temps. Pour quelque raison que ce fût, elle ne reviendrait plus au passé. Et puis, ce qui simplifie tout, elle n'a pas plus de doî qu'autrefois.
ANDRÉ
Ecoutez-moi, mon cher monsieur Brissot, s'il n'y avait que cette raison-là...
BRISSOT, rinterrompant.
Je vous en prie, monsieur le comte, ne me dites pas ce que vous voulez me dire, après ce que vous m'avez déjà dit.
ANDRE, lui tendant la maia.
Voulez-vous me donner la main?...
BRISSOT, lui donnant la main.
Oh ! (ils «e gerrcnt la main avec effusion. Brissot essuie une larm* «a
souriant.) Pardon!...
THODVEN IN, entrant.
J'ai tout revu, tout visité dans le détail; c'est décidément parfait, mon cher monsieur Brissot.
Vous êtes trop bon. (a André.) Je puis me retirer, monsieur le comte?