‹ DeniseChapitre 45 sur 91 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

VOUS et vous ne le savez pas? Prenez garde. J'ai horreur du mensonge. Je puis pardonner bien des choses, je ne pardonnerai jamais celle-là. .€'est bon pour les valets de mentir. Je suis très franche, trop franche, avec vous surtout. Soyez donc franc pour moi. Si j'apprenais un jouf que vous m'avez menti, même sur le sujet le plus insignifiant en' apparence, je ne vous reverrais plus, fussé-je déjà votre femme à ce moment-1?. Mon frère refuse son consentement à mon mariage avec vous, parce qu'il prétend que vous avez fait des choses blâmables. Est-ce vrai?

C'est vrai.

Quelles choses?

FERNAND

MARTHE

FERNAXD.

J'ai vécu dans la mauvaise compagnie, dans la dissipation!.. J'ai gaspillé ma fortune, j'ai joué, j'ai fait des dettes, j'ai eu des duels. J'ai fait ce qAe font tant d'hoinincs du monde avant de rencontrer celle qui leur indinuora la véritable route et qu'ils aimeront éternellement. Enfin, je commets en ce moment, pour bien des gens, le plus grand de tous les crimes et c'est peut-être celui-là que votre frère me pardonne le moins: je n'ai plus de fortune et je parle d'amour et de mariage à une fille riche qui m'a déjà fait comprendre tout à l'heure, par un mot, mais par le mot le plus dur, qu'elle ne me croit pas capable de désintéressement.

MARTHE

Oui, si^yous aviez aimé Denise, vous auriez dû l'épou- «er même pauvre, surtout pauvre. Celui des deux qui a de l'argent, Oans le mariage, partage avec celui qui n'ea loas; rien de plus juste et de plus simple. Si vous n'a-

n DENISE

▼ez à vous reprocher que d'avoir jeté votre argent par Icf fenêtres, tant mieux; cela prouve que vous n'y teniez pas, et personne plus que moi ne méprise l'argent. Il ne doit jamais être mêlé à une détermination" dp notre esprit, encore moins à un engagement de notre coeur. Ce dont je veux être sûre, c'est que' vous n'avez rien fait contre l'honneur et la délicatesse.

FERNAND

Est-ce que votre frère vous aurait dit?.,,

MARTHE

9ui.

FERNAND

Comment peut-il parler ainsi de m.oi? Il m'a servi luiîuême de témoin quand je me suis baltu avec un homme qui m'avait diffamé. Je ne puis accepter une pareille accusation. Je ?ais aller trouver votre frère.

MARTHE

Inutile d'avoir une explication qui, dans la disposition d'esprit où il est, peut dégénérer en une querelle. Si mon frère a des preuves contre vous, il ne manquera pas de me les mettre sous les yeux pendant le temps que je vais passer au couvent. C'est moi seule qui serai juge. Si je n'ai rien à vous reprocher, je suis résolue à être votre femme, à moins que vous n'ayez pas la patience de m'atteudre.

FERNAND

Somme vous me parlez ce matin?

MARTHE

Nous ne nous verrons plus aujourd'hui que devant le îïionàe, nous ne pourrons donc plus causer librement jusqu'à ce soir et nous ne pourrons plus correspondre après. Défense sera certainement faite à la supérieure

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