ACTE TROISIÈME
MADAME DE THAUZETTE.
Oui, comme autrefois, car nous n'avions rien de caché l'une pour l'autre.
MADAME BRISSOT. '
Moi surtout.
MADAME DE THAUZETTE.
Vous m'en voulez encore?
MADAME BRISSOT
De quoi?
MADAME DE THAUZETTE.
De ce mariage manqué.
MADAME BRISSOT
Non ! Parlons de ce qui vous amène.
MADAME DE THAUZETTE.
Tout ce que nous allons dire restera entre nous.
MADAME BRISSOT
Si vous voulez.
Eh bien, si heureux que vous soyez ici, il se prépare peut-être un plus grand bonheur, un très grand bonheur pour vous tous ; et j'ai voulu être la première à vous l'annoncer, car je crois être seule à le savoir.
MADAME BRISSOT
Qu'est-ce que c'est?
MADAME DE THAUZETTE.
Vous ne me paraissez pas faire à cette nouvelle l'accueil qu'elle mérite.
MADAME BRISSOT
Un peu de bonheur est déjà chose si rare que, lorsque
je l'ai, beaucoup de bonheur m'effraie toujours. D'autant plus, chère amie, que vous prenez, pour m'apprendre ce bonlieurnouveau, autant de précautions que pour annoncer une catastrophe.
MADAME DE THAUZETTE.
Allons droit au fait alors. M. de Bardannes aime Denise.
MADAME BRISSOT, avec une sort* d'etTroi.
Qui VOUS a dit cela?
MADAME DE THAUZETTE.
Lui-même; ainsi, il n'y a pas de doute possible. Pourquoi paraissez-vous effrayée de celte nouvelle ?
MADAME BRISSOT
Etonnée, simplement, étonnée surtout que M. de Bardannes vous ait dit cela à vous.
Pourquoi ?
MADAME BRISSOT
D'abord, parce qu'il me semble que vous auriez dû être sa dernière confidente, ensuite parce que, avec le caractère que je lui connais, il devait penser à le dire d'abord à d'autres.
MADAME DE THAUZETTE.
Ce n'est pas une confidence que j'ai reçue, c'est un secret que j'ai surpris, ce qui revient au même, quant au fait. S'il n'en a encore rien dit, ni à vous, ni à Brissot,ni à Denise, c'est qu'il hésite ou plutôt qu'il réfléchit, car vous pensez bien que son intention est d'épouser votre Ûlle.
MADAME BRISSOT
Ah ! il a cette intention, lui ?