ACTE TROISIEME
MADAME DE THAUZETTE.
Eh bien, que dites-vous de cela ?
MADAME BRISSOT
Que j'avais raison de craindre un surcroît de bonheur 1 Cette nouvelle me trouble beaucoup.
MADAME DE THAUZETTE.
Comment! voilà un homme chez qui j'ai fait entrer votre mari simplement comme régisseur, qui confie tout de suite toutes ses alTaires et toute sa fortune à Brissot, qui vous donne, à vous, la direction de sa maison, à Denise la tutelle de sa sœur, qui, par là-dessus, s'éprend de votre fille, qui veut l'épouser, et cette nouvelle, faite pour vous combler de joie, n'arrive qu'à vous iroubler! Qu'est-ce qu'il vous faut de plus, ma chère amie? Admellons que le Ciel ait eu des torts envers vous, du moment qu'il vous fait de pareilles excuses, de pareilles avances même, pardonnez-lui; atout péché miséricorde.
MADAME BRISSOT
Et si Denise n'aime pas M. de Baidannes; si elle refuse? dans quelle situation serons-nous, entre la demande du comte et le refus de ma fille ?
MADAME DE THAUZETTE.
Comment! Si elle n'iiime pas? si elle refuse ? mais elle acceptera, mais elle aimera ! Une fille pauvre comme Denise, intelligente comme elle, aime toujours assez pour l'épouser un homme jeune, honorable, distingué, riche, qui pense à la faire comtesse et millionnaire.
■9 MADAME BRISSOT
Et si le premier amour qu'elle a eu dans sa vie lui interdit d'en avoir un second I
MADAME DE THAUZETTB*
Fernand?
MADAME BRISSOT
Oui, fernand, votre fils.
MADAME DE THAUZETTB,
Un enfantillage.
MADAME BRISSOT
Pour lui peut-être, mais pour elle?
MADAME DE TUAUZETTE.
Tout cela est passé et tout a tourné pour le mieux. Fernand, surtout à l'âge qu'il avait, léger, frivole, mauvais sujet, je le connais bien, eût été le pire des maris et Denise eût été la plus maliieureuse des femmes, sans compter que^notre fortune était déjà plus que compromise et qu'aujourd'hui, nous sommes plus que gênés. Où en serions-nous maintenant si Fernand avait épousé Denise? Ce qu'il faut le plus éviter dans la vie, ce sont les chagrins sans issue. Les souffrances de l'amour sont toujours réparables, celles du mariage ne le sont jamais. En votre qualité de mère, vous ne pouvez pas comparer un mari comme Fernand à un mari comme André. Denise acceptera, et sans rien dire de Fernand. Ce sont là des alîaiie^ de femmes. Si nous avons le malheur d'avouer quoi que ce soit à un homme, il en suppose immcdiateaient dix fois plus qu'il n'y en a. Avouer quand on ne peut faire autrement, quand on est prise sur le fait, soit,! et encore ! ça dépend beaucoup de l'homme à qui on a.affaire;^il faut qu il^oit bien malin'poui« qu'on ne s'en tire pas.- Et où sont-ils les hommes bien malins? — Mais quand un homme ne sait rien, qu'il est en plein amour et en pleine confiance, qu'il est et qu'il veut rendre tout le monde heureux, venir de son plein