ACTE TROISIÈtlE
gré lui raconter qu'on en a aimé un autre avant lui... — Ah! ion, c'est trop naïf. Et puis, et puis, il n'y a pas que Denise, dans cette afTaire-là, il y a les autres...
MADAME BRISSOT
Quels autres?
MADAME DE THAUZETTE.
Il y a vous, il y a Brissot, il y a moi, il y a Fernand, il y a Marthe.
MADAME BRISSOT
Mademoiselle Marthe?...
Ah çà! vous ne voyez donc rien... Fernand aime Marthe et Marthe l'aime. Ils veulent se marier; Andr.é ne veut pas et Marthe rentre au couvent demain pour attendre sa majorité, et Denise, au lieu de fermer les yeux et de ne rien voir, car enfin tout cela ne la regarde pas, Denise jette des hâtons dans les roues tant qu'elle peut. Si elle a le malheur de raconter à André son idylle avec Fernand, sa conduite vis-à-vis de Marthe prend immédiatement le caractère de la rancune, de la vengeance, de la jalousie. Marthe est déjà exaspérée contre elle, il y a eu tout à l'heure une scène très violente entre elles deux. Supposons que Denise, pour une raison ou pour une autre, refuse la main d'André, à quel titre pourrat-elle rester ici après que Marthe sera retournée au couvent? C'est pour le coup que les commères du pays, les mesdames de Pontferrand et autres, auront heau jeu et qu'elles broderont sur ce qu'elles ont déjà dit.
MADAME BRISSOT
Et qu'ont-elles dit ?
MADAME DE THAUZETTE.
fié! que Denise est la maîtresse d'André 1
M DENISI
MADAME BRISSOT, s'asseyant
Mon Dieu 1 mon Dieu! Toujours le mal ! Toujours l'infamie ! On ne me laissera donc pas mourir tranquille.
MADAME DE THAUZETTE.
Le monde est comme ça, nous ne le changerons pas. 11 faut être plus fort que lui, voilà tout, et cette force supérieure, nous l'avons, si nous voulons, en associant nos intérêts qui sont identiques et qui doivent être communs, il ne s'agit pas de se troubler, il s'agit d'avoir du sang-froid et de la direction. — André aime Denise. — C'est pour vous une chance inespérée. Ne pensez qu'à cela, ne sortez pas de là. Que Denise se taise et qu'elle l'épouse. Fernand et Marthe s'aiment. Que Denise dise à André de les marier; il fera ce que lui dira Denise, puisqu'il ne voit que par elle. C'est pourtant bien simple. Eh bien, non ! il faut que Marthe quitte la maison, il faut que Fernand ait les explications les plus pénibles avec André, il faut que, prenant fait et cause pour mon fils, ce qui est bien naturel, je me brouille avec un ami de quinze ans, il faut que je ne remette plus les pieds dans une maison que je vous ai ouverte, ce qui vaut bien quelque chose, il faut qu'il y ait des colères d'un côté, des scandales publics de l'autre, encore de la misère pour vous trois, et du désespoir pour tout le monde; tout cela, parce que Denise ne veut pas faire ce qu'elle a tant d'intérêt à faire : se taire. Salin bleu! comme disait le curé de mon village ; quand les alouettes nous tombent ainsi toutes rôties du ciel, inangeons-Ies donc bien vite, pendant qu'elles sont chaudes !
MADAME BRISSOT
Je comprends, chère amie, l'intérêt que vous avez à ce qu'aucun de nous ne dise à mademoiselle Marthe ou à M. de Bardannes que Fernand est un homme qui