ACTE TROISIÈME
MADAME DE THAUZETTE.
Qui se serait jamais douté que notre amitié finirait ainsi. Avouez que c'est drôle.
Dites que c'est triste.
MADAME DE THAUZETTE.
Vous savez que Denise va quitter aussi le château, après le départ de Marthe.
ANDRÉ
Elle aura raison.
MADAME DE THAUZETTE.
Vous l'approuvez?
ANDRÉ
Elle fait ce qu'elle doit.
MADAME DE THAUZETTE.
Ses parents...
ANDRÉ
La suivent; c'est tout naturel.
MADAME DE THAUZETTE.
Et vous?
ANDRÉ
Moi, je resterai seul.
MADAME DE THAUZETTE.
Et ces gens-là, que deviendront-ils quand ils ne seront plus chez vous?...
ANDRÉ
J'assurerai leur sort.
VVDAME DE THAUZETTE.
Ils refuseront.
ANDRÉ
On refuse le don d'un vivant, on accepte le legs d'un mort.
MADAME DE THAUZETTE.
Vous voulez mourir?
ANDRÉ
Est-ce que je sais ce que je veux, ce que je dois faire? Ce qui est certain c'est que je nai pas vécu comme j'aurais dû vivre; je fais du mal à tous ceux que j'aime et ils me le rendent, les uns sans le vo«loir, les autres volontairement. Je n'ai plus mon père ni ma mère qui m'adoraient. Depuis dix ans, ils sont là, immobiles et glacés sous la terre. Je suis si malheureux où ils ne sont plus que je me demande par moments si je ne serais pas plus heureux où ils sont.
MADAME DE THAUZETTE.
Ce n'est pas sérieux! Vous me faites vraiment de la peine. Et tout cela !.. Mais promettez-moi de m'écrire un mot qui me rassure. J'ai de l'amitié pour vous, moi.
(Voyant qu'il ne répond rien.) AdieU.
Elle ('éloigue.
ANDRÉ, se plaçant devant eUe.
Voyons, dites-moi ce que vous savez sur mademoiselle Brissot?
Allons donc! voilà le fond!
ANDRÉ
Eh bien ! oui, voilà le fond !
MADAME DE THAUZETTK.
Me croirez-vous si je vous dis la vérité ?