ACTE TROISIKMK 9T
ANDRÉ
Me direz-vous la vérité si je vous promets ie yous croire?
MADAME DE THAUZETTE, très «érieuie.
Avant tout, vous savez que mon fond, à moi, c'est de n'aimer et de n'avoir jamais aimé que Fernand, dans le monde. 11 est pour vous plein de défauts et de vices, il est bon à pendre; c'est convenu; mais moi, qui suis sa mère, je l'aime comme votre mère vous aimait. La mère, c'est indépendant de la femme. Je lui trouve donc toutes les qualités, et s'il est coupable, toutes les excuses. C'est comme ça, l'amour maternel, vous n'y pouvez rien, ni vous ni personne. Quoique je sois bien écervelée et bien folle, si je le perdais, — j'en ai froid dans le dos, rien que de dire ya, — si je le perdais, je ferais pour lui ce que vous voulez faire pour Denise; mais moi, je le ferais sérieusement : je me tuerais. Le croyez-vous?
ANDRÉ
C'est possible!
MADAME DE THAUZETTE.
C'est bien heureux. Et pour tout ce qui le regarde, jî suis d'une superstition stupide. Eh bien! je vous jure, sur la vie de Fernand, que je ne sais rien sur mademoiselle Brissot, sinon qu'elle l'a aimé,queje n'ai pas voulu qu'il l'épousât et qu'elle en a été très malheureuse. Jamais Fernand ne m'a dit autre chose; je ne sais pas autre chose, il n'y a pas autre chose! Là, êtes-vous conte.it? Quant à Fernand, je vous répète qu'il n'est plus du tout ce qu'il était, qu'il se conduit très bien, qu'il est très sincèrement et très sérieusement épris de Marthe, et que...
ARDRE, l'interrompant.
Alors, pourquoi m'avez-vous dit ce matin ce que vous n'avez dit de mademoiselle Brissot?
MADAME DE THAUZETTE.
Vous ne m'éroulez plus dès que je ne parle plus d'elle, i'ourquoi je vous ai dit ce que je vous ai dit? Hé, mon ■lier, si toutes les mères se ressemblent, toutes les femmes sontparèiiles. Vous m'avez aimée passionnément jadis. Je me figure qu3 j'ai été et que je resterai le grand amour, l'unique amour de votre vie, et vous venez me dire à brûle-pourpoint que je suis une coquine. Ça, je vous le pardonne, ça peut passer encore pour de l'amour; mais vous ajoutez que vous respectez, que vous adorez, je vois que vous voulez épouser une autre femme dont, ma parole, j'étais convaincue avec bien d'autres que vous étiez l'amant; car, enfin, tout le monde n'est pas forcé de prendre mademoiselle Brissot aussi au sérieux que vous. Alors, naturellement, je n'ai qu'une idée, c'est de vous tourmenter un jieu, et, comme je sais qu'elle a eu une passion folle pour Fernand, je vous dis que vous n'êtes probablement pas le premier, le premier qu'elle aime. Voilà tout ce aue cela signifiait. Là-dessus, vous entrez dans une colère bleue, vous me cassez les poignets; je ne demandais pas autre chose. Voilà toute la vérité. Libre à vous de ne pas la croire.
ANDRÉ
Je la crois.
Alors?...
ANDRÉ
Alors, il ne me reste plus qu'à avoir une explication avec Fernand.
MADAME DE THAUZETTE, inquiet».
Qu'est-ce que vous voulez lui dire? Vous n'allez pai lui chercher querelle?