ACTE TROISIÈME
Nous avons à défendre et à sauvegarder mutuellement et réciproquement notre honneur. Est-ce ton avis ?
FERNÀND.
Certes...
ANDRÉ
Ce matin, j'ai fait à ta mère une confidence; je lui a avoué que j'aime mademoiselle Brissot. Cela, te l'a-t-elle dit?
Non.
ANDRÉ
Ta mère a laissé échapper un mot compromettant sur cette jeune fille. Elle vient de rétracter ou d'expliquer ce mot, mais en ce qui regarde l'honneur et la réputation d'une femme, il faut que tout soit bien clair et bien net. C'est encore ton avis, n'est-ce pas ?
FERNAND
Complètement.
ANDRÉ
Ta mère vient de me jurer qu'elle avait parlé étourdiment et qu'elle ne sait absolument rien sur mademoiselle Brissot, sinon qu'elle l'a aimé beaucoup. Tu respectes ta mère et tu ne l'entretiens pas de les amours, tu as raison; aussi cet amour-là peul-il avoir été plus loin que, ta mère ne le sait, et il n'y a que loi qui le saches. Si mademoiselle Brissot a commis une faute, ce n'est qu'avec toi qu'ellea pu la commettre La réponse que tu vas me faire ne sera jamais connue que de lïioi et de la mère, je t'en donne ma parole d'honneur la plus sacrée. Ta mère gardera ce secret aussi religieusement que moi, j'en suis sûr, car tout cela est grave et Sérieux. 11 pourrait y avoir déshonneur pour les uns,
mort pour d'autres. Si mademoiselle Brisset a été ta maîtresse, tout est dit, car il n'y a aucune raison ^;;iourque j'épouse ta maîtresse, n'est-il pas vrai? Les choses resteront comme elles sont. Je ne lui parlerai- pas plus de mon amour que je ne lui en ai parlé jusqu'û présent. Ma sœur devenant ta femme et ne retournant pas au couvent, mademoiselle Brissot n'aura pas à sortir d'ici. Brissol restera mon régisseur, vivant chez moi comme il y vit, dans un pavillon particulier, avec sa femme et sa fille. Il n'y aura de préjudice matériel pour aucune de ces trois personnes. Je voyagerai jusqu'à ce que j'oublie. Si mademoiselle Brissot est innocente, et, pour que j'en sois convaincu, ton affirmation me suffira, je la demande immédiatement à ses parents, et, si elle m'agrée, je l'épouse. Gonsens-tu à me répondre?
FERNAND
Je suis prêt.
ANDRÉ
Tu as aimé mademoiselle Brissot?
FERNAND
Comme un garçon de vingt ans aime, ou croit aimer une jeune fille à côté de laquelle il a toujours vécu. Elle se trouveêtre tout naturellement la premièreà laquelleil puisse communiquer ses premières émotions qu'il prend sincèrement pour celles de l'amour. Amour des petits cousins pour leurs petites cousines.
ANDRÉ
Alors, quand tu as cessé d'aller dans la maison de ses parents, tu avais bien le droit de ne plus y aller. Tu n'emportais pas de remords. Tu ne laissais pas de honte?
FERNAND
Je n'emportais d'autres remords que ceux du grand