‹ DeniseChapitre 74 sur 91 · ACTE QUATRIÈME "Ai · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME "Ai

BRISSOT

Cela ne vous regardait pas. J'étais seul juge de ce que j'avais à faire.

MADAME BRISSOT

Elle préférait se tuer.

BRISSOT

Elle eût mieux fait.

MADAME BRISSOT

Croyez-vous que je n'aimerais pas mieux avoir eu à la pleurer que d'avoir à la maudire.

MADAME BRISSOT

Ce n'est pas elle qui est coupable, c'est lui.

BRISSOT

C'est elle la coupaîjle, la triple coupable. Lui, ne déshoiiorait pas son noru déjà compromis et déconsidéré par sa mère, par son père et par lui-même; il ne trahissait pas la tendresse et la confiance de parents honorables comme nous. Il continuait la tradition des vices de sa famille ; il faisait son métier d'oisif sans morale, et de libertin sans scrupule, pour lequel le monde a tant d'excuses; mais elle, elle mentait bassement, lâchement tous les jours, aux honnêtes gens qui l'entouraient. Quand le malin, avant d'aller à mon travail, je posais mes lèvres sur son front avec tout ce qu'il y avait de pur en moi, ce front était souillé; quand le soir ellp me quittait et que je l'embrassais tendrement, croyant qu'elle allait se reposer du labeur d'une journée honnôtementremplie, elle allait rêver de son amant. Ah I ne me parlez plus d'elle !

tfO DENISE

MADAME BRISSOT

C'est un grand malheur.

BRISSOT

Tu appelles cela un malheur, toi ?

MADAME BRISSOT

Enfin, tu ne me dis plus vous. Que veux-tu? Elle aimait.

Voilà vos raisons, à vous autres femmes. Elle aimait et tout est dit. Est-ce qu'aimer empêche le respect de soi. Nous nous aimions aussi, nous; si j'avais été assez malhonnête homme pour te demander d'être ma maîtresse, que m'aurais-tu répondu?

MADAME BRISSOT

J'aurais fait comme elle, puisque je t'aimais

BRISSOT

Voilà jusqu'où peut aller une mère pour disculper sa fille.

MADAME BRISSOT

Vous autres hommes, vous ne comprenez rien au cœur des femmes. Est-ce parce que vous êtes incapables de vous sacrifier complètement pour elles que vous leur faites un crime de se perdre pour vous? Enlin, que veux-tu, ce qui est fait est fait; Dieu lui-même voudrait que cela n'eut pas été qu'il n'y pourrait rien. Tu souffres; c'est cette soullYance que nous voulions t'épargner, et nous n'en souffrons que davantage, Denise et moi, et depuis quatre ans ! Nous croyions cependant avoir épuise la douleur jusqu'à la dernière amertume. Il parait que ça n'est pas assez. Recommençons. J'y gagne quelque chose, c'est de ne plus étoulTer avec ce secret dans la tête et ce fardeau sur le cœur. 11 y avait des

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