ACTE QUATRIÈME
ANDRÉ
Qui VOUS dit cela ? Croyez-vous que les choses vont en rester là, entre M. de Thauzette et moi.
THOUVENIN
Vous n'avez plus affaire à M. de Thauzette
J'ai à lui demander raison.
inOUVENIN.
De quoi ?
ANDRÉ
■ Du mensonge qu'il m'a fait.
THOUVEMN.
Quand?
ANDRÉ
Quand je l'ai constitué de ma famille, quand mon honneur était dans ses mains, quand je lui ai demandé la vérité sur mademoiselle Brissot, en lui jurant que cette vérité resterait entre nous deux. Il m'a menti effrontément.
THOUVENIN
Et alors vous vous battrez avec M. de Thauzette?
ANDRÉ
Et je le tuerai. Mademoiselle Brissot ne l'épousera pas; nous serons quittes.
THOUVENIN
Vous le tuerez, ou il vous tuera. Admettons, cependant, que vous le tuiez, vous aurez tué le fils d'une femme que vous avez adorée, à ce point que, si elle était devenue veuve alors, plus âgée que vous, ayant plus d'une faute
dans sa vie, celle-là, vous l'auriez épousée tout de même. Folie de jeunesse ! Soit ! Et maintenant vous voudriez désespérer les dernières années de cette femme frivole, légère, galante, tout ce que vous voudrez, mais des légèretés et de la galanterie de laquelle vous avez profité, et qui a une vertu, son amour pour son fils. Et vous qui êtes si préoccupé de l'opinion, car en ce moment, il n'y a que cela qui vous empêche de suivre l'élan de votre cœur, vous laisserez dire que M. de Bardannes a tué le fils de son ancienne maîtresse, parce que ce fils avait été l'amant de sa maîtresse nouvelle, car il y aura toujours quelqu'un pour relier ce duel aux médisances du pays. Vous serez odieux si vous tuez ce Fernand ; vous serez ridicule s'il vous tue. Ce Fernand est un misérable, mais, une fois par hasard, il a fait ce qu'il devait faire. On ne divulgue pas le secret qu'on a avec une femme, à plus forte raison avec une jeune fille.
ANDRÉ
Dans les circonstances où nous nous trouvions...
TIIOUVENIN.
Vous auriez fait comme lui.
ANDRÉ
Non.
THOUVENIN
Si ; je l'espère pour vous du moins. Si M. de Thauzette était venu vous demander, dans les mêmes conditions, si vous avez été l'amant de sa mère, le lui auriez-vous dit ? (Silence d'Andic.) Vous voycz bien. Ne remuons pas trop tout cela ; ce n'est pas net. La vérité, la vérité absolue, voulez-vous la savoir? Ce n'est pas de mentir au risque de sa vie et de son honneur pour sauver la réputation d'une femme dont on a été l'amant, c'est de ne pas être l'amaat