il
leur amour-propre. Puis il n’est effectif qu’à l’égari des propriétaires fonciers et des rentiers , dont la fortune est apparente v tandis qu’illusoire à l’égard des capitalistes , donr la fortune est cachée , il est tout en leur laveur. Enfin , assez léger pour les riches, il le devient encore davantage pour les opulens , et toujours en raison directe de leur opulence ; mais c’est pour les particuliers qui n’ont qu’une petite fortune , qu’il est vraiment oppressif j car au possesseur de 50, 100 , 200 5 400,000 liv, de rente , il n’ôre qu’une portion du superflu ; au lieu qu’au possesseur de 2 à 3 ©CO liv. de rente, il ote une portion du nécessaire , et les moyens delever ses enfans,s’il est pere de famille. Que dirons-nous à l’égard des citoyens qui n’ont pour vivre qu’un revenu de 4 à '500 liv. , lesquels n’y sont pas moins assujettis , quoique libres de fxer leur quotité l Que dirons-nous de 'sa barbarie (i) à l’égard des infortunés qui ne possé- ‘dent rien , et qui n’ont que leurs br^as pour subsister ? car personne n’en est exclu. Ainsi , toujours fidèle à ses principes de ménager les riches et les ‘grands , il ne laisse échapper aucune occasion de leur immoler l’humble citoyen , de leur immoler le peuple..
Après avoir sacrifié le peuple aux 'grands et aux riches, il sacrifie les riches et les grands aux sangsues de l’Etat (2), Jettez les yeux sur les dispositions du nouvel impôt. Pour paroîtrê en faciliter 1q
■ (i) L’hôtel-de-ville n’a pas rougi de renchérir sur
cette barbarie dans son réglement , en invitant à contribuer les ouvriers et les manœuvres qui ne possèdent rien. O pudeur!
(2) Toutes les opérations de M. Necker^sont en-
paiement , il le fixe à dilFérentes époques. Mai»' bientôt pressé de le palper en entier , il offre un es.ompte ou remise à ceux qui le feront sans délai. Les capitalistes , les banquiers, les agioteurs, se trouvant porteurs d’une très grande partie des effets royaux, rien ne lui paroîtpius sérieux que d’assurer le paiement de ces créanciers de l’Etat , que de ne soumettre jamais à aucune retenue le paiement des intérêts ; il rappelle à cet égard le vœu de l’assemblée nationale , et il la presse de le remplir. Puis , fai-
tacbées de^ ces vices. Il a de belles paroles pour les petits i pour les grands , il a de beaux procédés : mais son cœur est pour les capitalistes , les banquiers , les agioteurs , ses dignes protégés. Avec quelle sollicitude il leur a procuré les profits immenses de ses nombreux emprunts l avec quelle sollicitude il s’efforçoit de faire refluer sur eux une portion des avantages de la suppression des dîmes ! avec quelle sollicitude il cherchoit à leur ménager tous les bénéfices de ses emprunts avortés ! avec quelle sollicitude il cherclie à leur procurer le profit immense de l’achat des biens ecclésiastiques ! avec quelle sollicitude il cherche à leur assurer les profits immenses de la conversion de la caisse d’escompte en banque nationale 1 &:c. Aussi est-il leur dieu ; aussi sont-ils ses apôtres ; aussi le servent-ils avec idolâtrie , aussi applaudissent-ils en chœnr , quand il ouvre la bouche ; aussi l’étouffent-ils de caresses, quand il se montre au district; aussi lui donnent-ils chaque jour une garde d’honneur; aussi leur donnet-il en retour de bons dîners , auxquels sa doue© moitié assiste pour verser le eafé et la liqueur.
sant valoir la nécessité où il est de ménager la caisse d’escompte y il propose de la transformer en banque nationale , et il réquiert une approbation immédiate et décisive. Il fait plus; il propose dans son dernier plan à l’assemblée nationale de garantir à la. caisse d’escompte y un emprunt de 70 millions , qu’il se propose de faire , en délégant le produit de la contribution du quart du revenu. Enfin , et ce dernier trait suffira , je crois , pour démasquer l’administrateur des finances : à peine la nation est-elle . en possession des biens ecclésiastiques , qu’il propose à l’assemblée nationale de décréter la liberté d’acquérir ces fonds avec des effets royaux : proposition scandaleuscjqui produiroit à la fois la prompte dilapidation de ces biens par le ministère , et leur tranlation 'dans la main des Hollandois et des Genevois , qui en expulseroient à l’instant les culti-* Vateurs nationaux., Voilà donc sa funeste méthode des anticipations revenue ; voilà donc ses éternelles spéculations d’agiotage reprises sans pudeur ; voilà donc les sangsues de l’Etat , qui le couvrent de^eur égide , dévorant sans cesse la substance des peuples : enfin voilà ce sauveur de la France , repoussant avec barbarie les ressources qui s’offrent à lui de toutes parts , pour se livrer à des opérations funestes, qui ne vont à ses fins (i) qu’en ci-*
(i)Je lui ai supposé les mains pures; mais après tout ce que je vois aujourd’hui , je ne sais plus que penser des bruits répandus sur son compte. On prétend qu’il a travaillé à se rendre maître du numéraire par l’accaparement des grains , pour le faire valoir sur les différentes places de l’Europe ; et sans doute pour ne pas oublier son ancien' métier.
^^entant. la ruine publique. Que de reproclies mén irités à lui faire ! Et d’abord devoit-il marquer assesi peu de déférence au vœu de la nation , pour se permettre de presser le travail sur les finances , pour proposer des contributions , pour donner des projets de décrets , avant que la constitution fût consacrée l Devoit-il songer à augmenter la masse des impôts, avant que le roi se fût sérieusement exécuté sur les moyens qui sont en son pouvoir , comme la nation a droit de l’exiger l Mais il étoit bien là question d’impôts ! Il avoit dans les réformes que nous avons indiquées , de quoi couvrir deux fois lô déficit. II avoit dans la vente des terres du domaine, des châteaux abandonnés ou inutiles au monarque , des hôtels (:2) occupés par les officiers ou les gens du prince , dans la nullité des acquisitions faites pour la cour par l’infâme de Galonné ( sans parler des biens des vampirs de l’Etat , dont les possessions immenses devroient être le garant de leurs déprédations (a)), de .quoi diminuer le fardeau des .charges publiques. Au lieu de profiter de tant de ressources qui s’ofiroient à lui , il les a rejetées pour fouler le peuple par de nouvelles contributions accablantes , qu’il n’a pas même songé à faire révo- .'quer, depuis que la-restkûtion des biens du clergé
(1) Ce vaste hôtel qu’occupe Thierry dans la rue de Monsieur, à Versailles ; cet hôtel somptueux que le due de Coigny occupe dans le Carousel , à ' Paris , &c.
(2) Tant que les brigands publics seront impunis , de quoi servent les réformes l de quoi servent lea Joix l -
eiïr* (3e c}U(9Î éteindre complettement les dettes âê l’Etat» Voilà donc ce nouveau système de la régéaiératiôn des finances , promise tant de fois et si long- rems attendue , que M. Necker n’a pas honte d’offrir à la nation , comme le fruit de ses veilles j comme le prix de la folle admiration qu’elle a pour lui»
L’impôt désastreux dont il a fourni le décret , a été voté aux acclamations par le législateur. Malgré ce prétendu vœu national , et la sanction dont il est revêtu , l’administateur des finances y compte si peu , qu’il a cru devoir Tétayer d’une proclamation royale» Après y avoir invité les François à se conformer aux dispositions de la loi , il cherche à piquer leur amour-propre , en leur criant que l’Europe entière a les yeux sur eux , pour juger de l’étendue de leur attachement au bien de l’Etat : « car , dit-il , si le vœu de la première assemblée » nationale , si les pressantes invitations du monar- » que , si la situation des affaires , si le danger im- » minent des circonstances , ne peuvent déterminer
à un sacrifice d’argent momentané ^ il faudroit V désespérer des ressources de ces vertus publiques^ » auxquelles on met aujourd’hui sa confiance ». Vaine supplique ! paroles perdues ! pour colorer 4ine opération désastreuse , que toutes les plume» patriotiques devroient se faire un devoir de décrier, ^si elle ne l’étoit pas déjà par ses dispositions Vexa- ’toires. Et quelle confiance , je vous prie , les bons •citoyens pcnirroient-ils avoir dans un»projet décrété ' aveuglement , comme si le législateur eût été vendu au ministre (i) l Ne voyent-ils pas clairement
(i) J’entends répéter de toutes parts que l’assem-
qu’au
qu'au lieu de travailler à leur assurer le repos , la Îh berté , le bonheur , on ne cherche qu’à leur accrocher de l’argent , pour leur forger de nouvelles chaînes(i)? Qui pôurroît en douter ? L’administrateur des finances , tremblant d’ètre renvoyé , s’efforce de
blée nationale a très-sagement fait d’accepter de ■confiance le plan de M. Necker, ne pouvant garantir ni le succès du plan qu’elle n’a point fait , ni la fidélité des comptes qu’elle n’a point examinés , ni les événemens qu’elle n’a pu prévoir ; car , comme • quelqu’un l’a fort bien dit , il faut que son crédit soit intact , et que la chose publique reste toute entière dans elle-même. Beau raisonnement 1 quoi donc I l’assemblée nationale faite pour veiller au bonheur de la nation , et lui donner de sages loix , doit se con-' duire en aveugle dans des opérations qui intéressent infiniment la chose , publique l Elle aura dû , sans ^ coniioissance de cause , revêtir de sa sanction un impôfdésastreux , dont les suites funestes sont incalculables l Elle sera à couvert de tout reproche, pour s’être ménagé le pitoyable prétexte de dire à l’auteur: cela vous regarde, je m’en lave les mains. Et on alléguera pour excuse l’exigeance supposée des circonstances ! comme si quelques jours de retard consacrés à l’examen , avoient pu mettre en péril le salut de l’Etat 1 Se peut-il que , dans le siècle des lumières , nous soyons réduits à présenter au lecteur des réflexions de cette naturel
(i) On n’a pas oublié les tentatives réitérées du ministre, pour engager les Etats généraux et la municipalité Parisienne , à rendre au Roi U plénitude du pouvoir executif.
récrépîr îe palais du despotisme. Ecoutez ses dîg^ cours artificieux , comme il cherche à dégoûter î assemblée de construire le temple de la liberté. « Ce n’est pas sur des décombres , et au milieu des ^ clameurs de tous les citoyens , que vous éleverez » solidement l’édifice de notre bonheur. La vie est >> trop courte *, les pensées des hommes sont trop » circonscrites , pour qu’on puisse leur offrir , ea y dédommagement de leur maux, la satisfaction in« » certaine des générations suivantes ». Les conséquences sont faciles à tirer.
Parlerai-je ici du sacrifice de quelques minces bijoux , gages précieux de la tendresse conjugale , auquelil invite les femmes (i) dès paysans, dans un discours politique quelles ne liront point ? Quoi l c’est aux pauvres habitans de la campagne , à des malheureux déjà si épuisés , qu’il cherche à inspirer des actes de patriotisme au-dessus de (2) leurs
(1) Voyez le N®. 26. ^de l’Ami du Peuple.
(2) « La femme d’un paysan donnera , s’il le faut, son anneau ou sa croix d’or j elle n’en sera pas
» moins heureuse , et il lui sera permis d’en être » fiere <<. Discours de M. Necker à l’assemblée nationale Quoi ! c’est ce ministre *si scrupuleux,
qui n’ose toucher à 8,240,000 liv, des deniers de l’Etat , que les princes dissipent scandaleusement ! c’est ce pere du peuple si chanté , qui tout- à-coup renonce sans pudeur à ses entrailles paternelles, pour arracher du doigt ou du cou d’une paysanne une misérable berloque ! Et de quel front, après un trait pareil, ose-î-ii garder sa vaisselle , ses bijouts préifieux 1 de quel front ose-t-il gaçder une montre , et
forces ? Quand la raison sévère n*en condamneroît 'pas le proj et ; l’honneur , la délicatesse , le sentiment auroient dû le lui interdire. Dépouillé du Vernis séducteur dont on Ta revêtu , qu’est-il aux yeux des sages , qu’un artifice honteux , employé à consommer la spoliation la plus mal-honnête \ Voilà donc le fond du sac du premier ministre des finances : le voilà lui-même au bout de son rôle , le voilà aux abois. Sa retraite^ est forcée *, elle est nécessaire , elle est indispensable ; et de quelque manière que les affaires tournent , il ne peut faire que du mal , que faire mourir d’inanition le peuple , que ruiner la liberté , que perdre l’Etat. Tant d’abus de confiance le décrieront à jamais comme un administrateur inepte , s’ils ne le font pas proscrire comme un ministre dangereux , un ennemi' de la patrie -, mais nous ne sommes pas au bout de ses démérites, il nous en reste de plus grands encore à dénoncer.
prendre du tabac dans une boîte d’or ? Que dis-je ! Souvent un anneau d’or est toute la fortune d’une paysanne ; et presque toujours il en forme les dixneuf vingtièmes. Faites-donc porter au trésor-royal, M. l’apôtre , treize à quatorze millions tirés de voî coffres -, il vous en restera encore assez pour vivre : vous n’en serez pas moins heureux , et il vous sera permis d’en être fier, du moins pourrons-nous croir® à votre amour du bien public.
QUATRIEME Chef d’incüepation.
On auroit cru que l’issue de là première conspiration en auroit imposé aux ennemis delà patrie ; mais quel frein peut arrêter des hommes décidés à perdre l’Etat ! A peine eut-elle avorté , que déplorant ses suites imprévues., ils travaillèrent à en former une nouvelle. Nous ne mettrons point en question si des , courtisans furent en tête : quels autres hommes assez atroces pourroient méditer la ruine de la nation! Mais pour réussir , ils avoient besoin de coopéraleurs ; ils en trouvèrent dans les Etats-généraux ,, dans le ministère , dans la municipalité. La noire trame fut ourdie avec une adresse singulière, , conduite avec un art profond. Le 4 août , les premiers hls parurent au sein de l’assemblée nationale , couverts du voile de la générosité et de la bienfaisance. Dans ces sacrifices apparens , portés aux nues par l’enthousiasme universel, je n’avois entrevu que le projet d’arrêter le décret prêt à passer sur les droits du citoyen, et de faire échouer la constitution. La pusillanimité des imprimeurs ne me permit pas d’abord d’éventer ce piège , et il fut tendu de nouveau avant d’être dévoilé (i).
Les ennemis publics avoient dressé à la fois plusieurs batteries. Dans le cas où ils ne pourroient réussir à empêcher la constitution , ils dévoient tra-
(i) Voyez k Nuinéo XL de l’Ami du Peuple,
valller à la modeler à leur gré. Le comité (i) chargl de préparer les décrets, trop évidemment subjugué , en fit de captieux , qui tendoient à remettre dans les mains du monarque le pouvoir absolu. A peine ce travail funeste fut-il publié , que je sonnai l’alarme pour (2) le proscrire , et couvrir d’opprobre ses auteurs.
Dans ces entrefaites , le ministre favori pressoit .les Etats de rendre au roi la plénitude du pouvoir exécutif (3) ; il essaya même de le lui faire ^ reprendre d’autorité. Sous prétexte de réprimer les émeutes , mais à dessein d’empêcher les citoyens de s’assembler , il fit rendre une déclaration royale» qui soumettoit au prévôt (4) des maréchaux de , France le jugement des prisonniers qui s’attrou- . peroient. Cette déclaration, enrégistrée en parlement avec tant de zèle , il l’a vit en silence foulée aux pieds. Elle annonçoit le fatal projet de rétablir les
(1) L’ancien comité.
(2) Voyez le Moniteur Patriote.
(5) A force de crier contre cette faction odieuse » je suis enfin parvenu à ouvrir les yeux des citoyens sensés. Un député du peuple n’a même pas craint de s’élever dernièrement contr’elle dans l’assemblée nationale. Voyez la réponse du comte de Mirabeau," le 20 octobre, au sujet des observations de M. Robespierre , contre la loi martiîÜe.
(4) N’a-t-on pas vu , le 24 octobre , la municipal ' lifé presser l’assemblée nationale de rétablir cett^ ^ jurisdiction tyrannique î
9-uppots du despotisme , et de contenir les peuples? par la terreur. Il ne laissa dormir ce projet que quelques jours; et le reprit , en sollicitant la municipalité de rendre au monarque le pouvoir exécutif. Des sollicitations si vives, si répétées, ne me permirent pas de douter qu’il n’eût connivé avec là faction criminelle des Etats-généraux. Le dévouement que. la municipalité Parisienne ‘avoit affiché pour le ministre , peu-aprés son retour; la multiplicité d’aristocrates qui la composoient , les efforts qu’elle * avoit faits pour dissiper les assemblées du Palaisroyal , la manière dont la milice nationale a été organisée , cette foule de nobles et de magistrats qui commandent la garde bourgeoise , ces appointemens excessifs donnés à l’état-major de la garde soldée , cette somme énorme offerte au commandant général , cette insouciance de s’assurer des accapareurs ministériels , ce mépris des réglés pour blanchir le marquis de la Salle-, cet empressement de s’assurer" du marquis de Saint-H uruge , ce voile jetté avec tant de soin sur la destination des travaux de Mont^ martre et des moulins à bras de l’Ecole-militaire , ce refus d’examiner le tripotage des farines de cet entrepôt ; .tant de considérations réunies me firent craindre qu’elle n’eût été entraînée dans le complot ; je fis part de mes craintes au public , et il les par-^ tagea. Cent faits nouveaux sont ensuite venus à l’appui de ces sujets d’alarme.
• Cependant -les conjurés n’avançoient qu’à pas comptés. Ils n’avoient point d’armée à opposer au parti patriotique ; ils travaillèrent à enchainer la milice Parisienne par le moyen de ses chefs , dont iis cônnoissoknt le dévouement. Je travaillai à la falr«i>
tomber de Ieut% mains , en rappellant le soldat à SS» ■
intérêts et à ses devoirs (i).
Sentant le besoin d’appuyer leur projet par k • force, ils engagèrent la docile municipalité de Versailles (2) à demander des troupes, sous le prétexte de soulager la garde bourgeoise ; et ils choisirent le seul régiment de France qui eût refusé de prêter serment de fidélité à la nation. A peine arrivé , on cajola les officiers. Les garde s-du- corps et plusieurs commandans de la riîilice nationale passoient leur vie avec eux. A mesure que ces liens se resserroient , la faction aristocratique ne s’étudiait plus à dissimuler : livrée à une audace iifsuitante , elle arrêtoit la marche de l’assemblée par mille motions captieuses.
Les conjurés s’étoient assurés d’une troupe d’élite, satellites dévoués , dont ils travaillèrent à augmenter le nombre. Le premier octobre( 3), les gardes-du-
(1) Voyez le Discours de l’Ami du Peuple , Numéro XÎX.
(2) Je puis certifier , d’après le témoignage de cent citoyens, que la milice bourgeoise de Versailles n’est pas moins indisposée contre sa municipalité et la plupart de ses commandans , qfte les patriotes de Paris ne sont indignés contre l’Iiôtei de-ville. Elle l’accuse hautement d’être vendue aux conjurés, et de l’avoir laissée sans munitions le jour de l’arrivée des Parisiens. Le moyen d’en douter I
(3) Depuis huit jours les gardes-du-corps couchoient tous bottés , pour qîre prêts à monter à cheval au premier signaL
«orps donnèf ent, dans la salle de l’Opéra, un banquef^^ dont le duc de Guiche , capitaine de quartier , fit les honneurs , et .où assistèrent le comte d’Estain (i) , plusieurs officiers et soldats de la milice bourgeoise, les officiers et les soldats du régiment de Flandre , et deux compagnies de dragons. Cette fête ne tarda pas à dégénérer en orgie -, les gardes-du-corps en firent tous les fraix * ils embrassoient les soldats , ils leur faisoient endosser leurs habits : ils voulurent les servir à table ; force bouchons sautèrent au (plancher , et le vin pétilla dans les verres. Lorsque les têtes de ces maîtres-valets furent bien échauffées , mille propos inpirieux à la nation et à ses fidèles représentans , furent répétés par écos ; mille imprécations suivirent. Au fort de ces accès de fureur , le roi., la reine et le dauphin parurent au •banquet. Qu’on juge de Fexhaltation que produisit la présence de la famille royale , qui ne dédaignoit pas de descendre du trône pour se confondre parmi de simples sujets 1 L’héritier de la couronné passa de mains en mains , et les témoignages de dévouement furent portés jusqu’au délire. Touché de ces transports , le roi but avec la troupe fidèle , et la reine détacha de ï^on cou une croix d’of , dont elle fit cadeau à u« grenadier. Les cris de vive le roi 1 ( vive la reine 1 qui se firent entendre à tous le coins
(i) Tout Versailles assure que ^e comte d’Estain avoit dîné,- quelques jours auparavant , chez le sieur Maitrau , capitaine de la garde bourgeoise , ‘antipatriote fameux, et de plus boucher dans la rue des j^eiix-Portes : voilà de ces traits que M. le-Comt^ n’auroit pas du omettre dans sa justification.
3e la salle , ne furent interrompus que pâr 3e noul-» belles imprécations contre de célèbres amis de la liberté > et par la romance : O Richard 1 ©mon Roi î l’univers t’abandonne. Les accens de la voix qui se faisoit entendre , transportèrent les convives , qui s’écrièrent en chœur : « Nous ne reconnoissons que ^ notre roi , nous ne reconnoissons que notre roi ^ » nous n’appartenons point à la nation , nous no » voulons appartenir qu a lui » ; et bientôt arrachant de leurs chapeaux la cocarde patriotique , ils la foulèrent aux pieds : des sermens Lurent prononcés , et on ne se sépara que pour se réunir peu-à-près.
Le sur-lendemain, nouvelle orgie dans l’hôtel des gardes-du-corpSk Les mêmes personnages y figurèrent ; mais la famille royale n’y parut pas. Pour rendre la fête plus gaie , on y appella des nymphes, et ®n y joua^à mille petits jeux gaillards: les imprécations recommencèrent contre les fidèles représentans de la nation , et les sermens de fidélité au monarque ne furent pas oubliés»
Un petit groupe de conjurés venoit de figurer à l’œil de bœuf. Trois femmes de fk reine y avoient apporté un magasin de rubans : elles en décorèrent les chapeaux des satellites du roi , et d’autres hommes assez foibles pour se laisser aller au discours de ces syrenes perfides ; tous reçurent à genoux la cocarde blanche , comme la seule qu’on put porter sans trahir le monarque»
Cependant l’assemblée nationale faisoit la triste expérience des inconvéniens du veto suspensif. Le président ayant présenté à l’acceptation les décrets sur la déclaration des droits du 'citoyen et divers articles constitutionnels , en avoit rapporté une réponse allarmame. Le ministre favori y faisoit dire
au roî 5 « que cédant ^ux circonstances , îl n’accor- » doit son accession que sous la condition positive ». dont il ne &e départiroit jamais , que le pouvoir » exécutif auroit son entier effet entre ses mains ». Cette réponse révolta les députés patriotes , qui se récrièrent contre ce qu’elle avoit de moins inquiétant , et le président fut chargé de supplier le roi de donner son acceptation pure et simple.
* Le bruit des orgies célébrées à Versailles avoir répandu l’alarme dans Paris. Craignant que les'Mèles représentans de la nation ne fussent en danger , et sentant plus que jamais la nécessité de mettre ua terme à leurs maux , plus de 20,000 citoyens arhiéî se disposèrent à partir , pour punir les gardes-ducorps de l’outrage fait à la patrie. Le comité militaire les avoit laissé sans munitions-, la troupe soldée partagea les siennes avec eux. Leurs chefs , voulant gagner du tems , refusoient de marcher *, la force les détermina à faire leur devoir. •
Sur les trois heures , sept à huit cents gardes- ducôrps se rangèrent en bataille devant la grille du château , pour recevoir les Parisiens. Devant eux , se rangea le régiment de Flandres ; et devant les casernes , un bataillon de Suisses avec la garde bourgeoise. A la vue de ces dispositions , bientôt l’alarme se répandit dans la ville et la milice nationale , à qui on avoit laissé ignorer ce qui se passoit à Paris , accourut par pelotons de toutes parts y et se réunit à la garde du jour.
La cohorte féminine Parisienne venoit d’arriver. Les gardes-du-corps l’empêchèrent d’entrer dans les cours ; un jeune homme , qui étoit à la tête , essaya de percer -, quatre d’entr’eux- sortirent des rangs , et le poursuivirent à coups de sabre jusques dans um
boutique , où il; s’étoit réfugié.. A leur retour J fe dernier eut l’épaule cassée par une balle que lui envoya un bourgeois indigné. Les garHes-du-cdrps sè disposoient à fondre sur -la milice nationale u pouf ' les empêcher d’avancer > les soldats de Flandres firent volte-face , et se réunirent aux citoyens. Les soldats de la (i) patrie n’avoient point de munitions: ils, en reçurent de leurs nouveaux cama rades, qui déjà murmuroient hautement de la conduite atroce des satellites royaux. Jusqu’alors M. d’Estain n’avoit point paru , il s’éioit renfermé avec le roi et les niinistres -, mais bientôt il accourt ^ et fait tous ses’efforts pour engager la milice nationale à, se retirer. Sous un prétexte spécieux , il essaye de lui enlever deux canons qui étaient devant les caseiv
(i) M. la Tourilliere , capitaine d’artillerie de la milice nationale , chargé des munitions , vivement pressé de les délivrer , distribua trente cartouches par compagnie de iio hommes^, en protestant qu’il n’en avoir pas davantage. On" voit .que la municipalité de Versaillés n’avoit pas- été moins prévoyante que celle de Paris , et que sans la fraternité des troupes soldées , les citoyens jouoient àunbeau jèu. Ce défaut de munitions , qu’elles ne manqueront pas de colorer , est un trait de trahison si noir ", qu’il mériteroit un châtiment capital. Après cela , fionsnous à la vigilance de nos .fidèles administrateurs: Mais les Parisiens sont si simples , que' je parie coîim tre qui voudra , que cette leçon ne leur a servi de rien , et qu’au] ourd’hiii même ils . sont au dé-* pourvu, . J .
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nés : elle s’y oppose. Il va, vient , court, parle 9.11% gardes-du-corps , et revient assurer la milice nationale qu’ils sont prêts à prendre la cocarde patriotique , et à faire serment de fidélité.
Les compagnies aristocratiques se débandent. Peu après , il renvoie les soldats de Flandres et les dragons , qu’il a soin de faire renfermer dans la grande écurie , pour les retrouver au besoin.
Les gardes-du-corps se retirent. A peine sont-ils ai cinquante pas , qu’ils fent volte-face , et accueillent d’une salve la milice nationale , qui riposte , et en couche plusieurs sur le carreau. Ils fuient , et sont rencontrés par un détachement de citoyens , qui les empêche d’entrer dans leur hôtel ; ils regagnent la^^lacepar la rue de l’Orangerie ,. et se réfugient danô la grand-cour , dont ils cadenassent les grilles.
Tout étoit prêt pour la fuite de la famille royale a Metz. Des relais avoient été placés sur la r©ute, Des voitures , lourdement chargées , s’étoient présentées aux grilles du Dragon et de l’Orangerie , dont on leur avoit refusé l’ouverture. Des voitures attelées tout le j®ur dans les écuries de la reine, n’attendoient plus qu’un moment favorable pour disparoître.On leur en ôta les moyens , en plaçant partout de bonnes gardes , et en occupant toutes les avenues,
On venoit d’arrêter un courrier du comte d’Estain , qui alloit à Paris (i), et les voitures du prince 6e Beauveau , qui «e rendoient au château. Eu
(i) On présume avec fondement que ce eourriw
même tems , la milice nationale apprît qu’on faisoît avancer 600 Suisses ; elle envoya à leur rencontre • pour les empêcher d’entrer dans Versailles , et elle resta sous les armes, malgré la pluie. A neuf heures et demi , la troupe légère Parisienne se réunit à la milice de Versailles. Elle fut suivie , deux heures après , par l’avant-garde de l’armée. A son appro»che , les gardes- du- corps se retirèrent dans la cour ^es Princes. On alluma de grands feux dans la place d’armes , et les Parisiens mirent en liberté le régiment de Flandres , qui fit corps avec eux. Sur les deux heures , l’armée entière se présenta à la grille du château , qui fut ouverte ; les gardes-du-corps prirent la fuite , et se sauvèrent à Rambouillet par la porte de l’Orangerie, après en avoir poignardé la sentinelle.
Le commandant-général s’étoit rendu chez le roi ; il fit donner ordre à l’armée de s’abriter. Sur les cinq heures , 400 assassins gagnèrent la terrasse , on né «ait par où , renversèrent les sentinelles , et cherchèrent à pénétrer dans le château.. Les Suisses et les valets-de-pied an barricadèrent l’entrée ; l’alarme fut générale , les grenadiers accoururent , s’emparèrent de tous les postes , jusqu’au cabinet ©ù la famille royale s’étoit retirée, avec les ministres et les eommandans-généraux des milices nationales.
La troupe d’assassins disparut. A la pointe du jour, les gardes nationales remprirent les cours du châ-
étoit envoyé au-devant des Parisiens , pour leur annoncer que tout étoit arrangé , et que leur pfésenco n’étoit plus néc«ssair«.
feaû et lâ ^lace d’armes v uflc grand "nombre eiifUt dans les appartemens , arrêta ; plusieurs gardes-ducorps , dont six furent massacrés , et deux eurent la tête tranchée dans la. cour des Ministres. A la prière du Roi, on fit grâce aux autres. Enfin la famille royale fut conduite à Paris , pour la soustraire aux projets des ennemis de l’Etat. . '
Qu’on rapproche maintenant les principales cir^ constances de cette horrible tratne -, les tentatives de M. Necker (i) , pour soustraire les proscrits , et notamment le baron de Besenval , à la vengeance de la nation ; ce rôle de compère que jouèrent les comtes de Clermont-Tonnerre etLally- /Tollendai j ce tour dépassé que le premier se permit,.
P (i) Je crois avoir prouvé ^ue ie renvoi de M. Necker, le ii juillet , n’étoit qu’un trait de mépris de la part des conjprés , qui présumoient pouvoir *e passer désormais de lui. Mais cette disgrâce , si méritée , où la nation n’auroit dû voir qu’un ministre plus que suspect , et où elle ne vit qu’un martyr de la liberté', le reporta sur l’autel : le peuple le rappella à grands cris ; et en vengeant le prétendu défenseur dé ses- droits ^ il crut ne venger que sa propre cause. . “
• L’observateur qui. sait rapprocher les faits , cornbiner les événemens , et remonter à leur source , ne J)eut s’empêcher^e*^ placer M. Neck'êF'â là tête dés conjurés. Il étoit au fait de tout ce qui se tramoit ;^ ton simple silence sur, les longs et terribles apprêts du blocus de la capitale dépose hautement contre lui, Mais^ si la première conspiration lie suffisoit
feu gîièsant à l’un des secrétaires des électeurs, le décret ^^amnistie qu’il avoit préparé *, ces efforts perfideà
pas pour le convaincre de Valiison , la seconde ne lais-' sera aucuijdoute. Qui ne sait qu’ alors il dirigeoit seul toutes les opérations du cabinet ? qui ne sait qu’il avoit à ses ordres la faction criminelle des Etatsgénéraux ? qui ne sait qu’il disposoit de la municipalité de Paris, de celle de Versailles, de presque tous leâ chefs des milices nationales? Or ,les manœuvres du cabinet , pour consommer ces deux conspirations , ont été parfaitement semblables. Même projet d’affamer Paris , même dessein d’arrêter la marche dé rassemblée nationale , de l’enchaîner par la crainte > ou de la dissoudre ^même tramé pour faire échouer la constitution , même ton de despote inspiré au' inonarque , même refus de sanctionner les décrets , à moins qu’on ne remît entre ses mains la puissance' «upréme. Or, qui doute que M. Necker seul ne fût alors l’ame du cabinet ; qui doute qu’il n’eût luimême ménagé au roi , par le veto , le prétexte du refus ; qui doute qu’il ne l’eût poussé à reprendre le ton d’un maître -, qui doute qu’il ne se fût efforcé de lui rendre le pouvoir absolu ? Qui doute enfin de ses liaisons , de ses intrigues avec les courtisans ^ avec les ennemis de la patrie , les principaux conjurés ?
Je ne dirai rien des entretiens secrets qu’on l’accuse d’avoir eu à Basîe en Suisse , avec la duchesse de Polignac , et dont je serois peu surpris tant d’autres faits notoires se réunissent pour l’inculper ét le confondre ! Rappellé au timon des affaires , il ireyint en triomphateur ; il se crut tout puissant , U
des conjurés, pour empêcher le décret sur les droite de l’homme et du citoyen *, ces tentatives multipliée!^
trancha du souverain ; et le premier essai qu’il fit de sa puissance , fut un acte de trahison* Du fond de sa voiture , il écrivit une lettre à la ville de Kogent, pour demander la liberté du baron de Besenval , accusé de crime de leze-nation. A peine arrivé à Versailles, qu’il court à Paris-, il se montre à fhôtel-de-ville , il se présente aux députés de la commune et aux électeurs -, non pour leur présenter rhemmage empressé de sa reconnoissance , mai» pour leur demander la grâce de tous les proscrits : et pour l’obtenir , que ne mît-il pas en œuvre l Déjà il s’étoit concerté avec quelques-uns des chefs qui dévoient y jouer une farce: des pleureuses l’avoient devancé dans la salle des représentans , elles le dévancèrent encore dans celle des électeurs : il arrive; aux premiers applaudissemens , succédé un profond silence , chacun retient son haleine ; mais l’orateur ne peut commencer , il parcourt des yeux la salle ; et n’appercevant pas ses compères , il demande qu’on les fasse entrjsr : enfin , il pérore , et s’efforce d’émouvoir , en demandant une amnistie générale ; des pleurs de commande roulent accompagnés de sanglots -, il achevé , et va recueillir de nouveaux applaudissemens aune croisée. Cependant le comte de Clermont-Tonnerre profite de la disposition des esprits pour crier grâce. Il s’agissoit d’en rédiger l’acte ; il étoit tout fait dans la poche du comte , qui le glisse sous la main de l’un des secrétaires. A -ce rôle de jongleurs qui supposoit une liaison intime, une connivence étroite avec ces courtisans déliés,
3tt rnlmgtfô principal, pour remettre le pouvoîi^ absolu dans les mains du roi ; cet arrêt du conseil qui soumettoit les citoyens à la tyrannie prévôtale , 60US prétexté d’empêcher les émeutes ; ces difficultés élevées sur les décrets de la suppression des pensions , des redevances , des dîmes , et de la vénalité des charges , qui ànnonçoient dans le le ministre Iq dessein de se faire un parti forïtiidable du clergé , de l’ordre de Malte , des tribunaux , des négocians , des financiers , et de la foule innombrable des pensionnaires du Prince ; ce refus d’exécuter rigoureusement les décrets sur la circulion et Texportatiôn des grains qui annonçoit le dessein de se ménager les moyens de continuer l’accaparement des bleds , et de réduire le peuple par la famine*, ces orgies des gardes -du corps , pour porter le soldat à égorger ses concitoyens *, ces exécrations contre les députés fidèles de la nation , ces cocardes patriotiques foulées aux^ pieds , cet aveugle dévouement juré aux ordres monarchiques , cet oubli de dignité du roi , cet abandon des bienséances de la reine , ces apprêts sanguinaires des satellites royaux ; ce manque de munitions des milices nationales , qui les livrent
5'ajouterai un autre trait , qui dévoile ses liaisons criminelles avec les conjurés. Tout le monde a su la fuite du comte de Lally , de M. Mounier et de la princesse d’Hennin, &c. pour se soustraire au ressenment du peuple. Ils ont été se réfugier en Suisse ; mais ce que tout le m@nde ne sait pas , , c’est que M. Necker leur a donné un asyle dans une de ses terres.
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sans tléfeftâeaufeudel’eiînemi; cè refus dé msLŸchéf de leurs^ principaux officiers , pour gagner du rems, et laisser effectuer la fuite de la famille royale , qui aurok changé la France dans les horreurs des guerres civiles ; ces préparatifs du départ ... j on trouvera réunis tous les caractères de la plus affreuse conspiration.
Elle a été préparée et consommée sous les yeux du ministre favori. Qu’a-t-il fait pour s’y (i) opposer l qu’a-t-il fait pour prévenir l’orgie des gardesdu'Corps l qu’a-t-il fait pour empêcher le roi de s’y trouver? qu’a-t-il fait pour l’empêcher de reprendre le ton d’un despote , en témoignant les plus alarmantes dispositions à l’égard des décrets de l’assemblée nationale ? qu’a-t-il fait polir l’empêcher de se préparer à la fuite ? Non-seulement il n’a rien fait ; mais , à en juger par îa réponse qu’il a mise dans la bouche du monarque , lorsque les décrets constitutionnels furent présentés à l’acceptation , n’est-il pas évident que s’il n’a pas trempé (2) directement dans cette conspiration , il en a profité pour travailler à rendre le roi absolu ? Il vouloit qu’il n’accordât «on accession à ces décrets , « que sous la condition
(1) Dira-t-il qu’à cet égard les autres ministres sont coupables, comme lui ? J’en conviens; aussi la nation doit-elle s’assurer d’eux et de lui , pour les traiter comme des traîtres , des ennemis publics.
(2) Qu’il nous dise un peu qui a fourni l’argent pour ce voyage ? car il étoit tout prêt , certainement. Peut-on lui demander encore qui affourni le trésor qu’on envoyoit au comte d’Artois , et qu’on a si heureusement saisi l
positive , dont il ne se départiroif jamais V c^iiè W ^ pouvoif - exécutif auroit son entier effet entre ses ^ mains ; c’est-à-dire, que le pouvoir exécutif dans sa plénitude , et tel. qu’il étoit exercé avanî la révolution , lui fût remis.
• Ce pouvoir comprend la puissance de disposer de toutes les forces de terre et de mer , la puissance de disposer des revenus de l’Etat , la puissance de disposer des tribunaux , la puissance de disposer de la police ; c’est-à-dire , la puissance suprême , devant laquelle les loix se taisent toujours , la seul® qui soit irrésistible (i) , la seule qui inspire la terreur , la seule dont les princes sont jaloux (s). Quelle soit remise un instant au ^monarque , c’en est fait pour jamais de la liberté *, dès ce moment leparoîtront ces inspecteurs , ces exempts , ces espions, infâmes suppôts de la police « des tribunaux ; ces légions de concussionnnires et de déprédateurs , ces armées de satellites royaux. Dès ce moment , il peut disposer de la liberté , de la sûreté , de la fortune , de la vie des citoyens -, les décrets de l’assemblée nationale seront anéantis , et il ne restera à la
(1) Voyez dans mon plan de constitution la manière de la diviser , pour qn’elle ne soit plus redoutable.
(2) C’est Ce qui a bien paru dans cette protestation que fit le roi, qu’il ne souffriroitjns qu’on changeât rien à son droit de disposer de l’armée, et cela dans un moment où il abandonnoit toutes les autre^ prérogatives usurpées de la couronne. Or , rien de plus simple ; quand on a la force en main , on fait tou^l îours ce qu’on veut.
jiatîon d'autre fruît de ses longs et pénibles efforts^ de ses combats , de ses Tictoires , que la cruelle nécessité d’obéir en esclave , de gémir en silence , d’ètre livrée à ses tyrans. C’est donc le premier ministre lui-même , qui s’est efforcé tant do fois de laremettre aux fers ^ de l’enchaîner au joug de l’affreux despotisme , sous lequel elle a gémi si long-^ tems (i). . ' '
î Un dessein de cette nature, conçu de sang-froid, calculé avec réflexion , mûri à loisir , et si souvent renouvellé , est le plus noir des attentats. Seul il fiuffîroit pour rendre son auteur l’objet de l’exécration publique , le couvrir d’opprobre , et le faire punir comme ennemi de l’Etat , comme traître à la patrie. Eh ! quel est donc l’auteur atroce de cet exécrable dessein l Un homme en qui la nation a mis toute sa confiance , un homme que le peuple a pleuré comme un père , qu’il a redemandé comme son défenseur, qu’il bénit comme son bienfaiteur, etqu’iî adore comme un dieu.
CINQUIEME Chef d’inculpation.
■ A tant de titres de flétrissure , aj outons-en un Nouveau. En poussant le roi à sortir de son carac-
(i) Seroit ce la crainte , la honte ou les remords' qui ont porté M. Necker à s’opposer au départ du roi p9ur Paris l Qui le sait; mais je sais bien qu’il a dû naître sous une heureuse étoile , pour que le bandeau de l’illusion ne soit pas déjà tombé de tous les yeux.
^ tère de bonté , pour se montrer en despote , eé prendre bienlôt après le ton d’un suppliant , M. JVecker a compromis l’honneur du Prince , l’honrneur des sujets. Que voulez-vous que nos ennemie pensent d’une nation dont le gouvernement ne sait ce qu’il fait , d’une nation qui souffre des ministre^ qui l’exposent à la risée de l’Europe entière , d’une nation qui comble d’éloges un administrateur quelle auroit dû réléguer aux petites maisons l Rappelions-nous les humiliations que la France a eu à dévorer après ses tripoteries avec les aristocrates Hollandois , pouV avoir eu des ministres ineptes et corrompus. Encore si ces humiliations ne faisoientque blesser l’amour-propre *, mais le discrédit attaché au mépris , mais les insultes qu’il provoque , mais la perte du commerce qui le suit , mais la misère d’une foule de citoyens qu’il cause ^ mais la ruine de l’Etat qu’il entraîne , sout les malheureux fruits de cette démence des administrateurs. Si les Anglois n’ont pas profité de l’avilissement de notre cabi-:. net 5 pour nous enlever nos colonies , et nous porter les derniers coups , c’est qu’ils n’ont pas voulu se deshonorer eux-mèmes par la bassesse d’un pareil attentat. N’en doutons point : le respect et la crainte sont les meilleurs remparts des pe uples ; mais l’agioteur Genevois , aveuglé par ses petites passions , ne voit pas cela.
Je viens de donner la mesure des talens et det vertus de M. Necker' , la mesure de son zèle pour le bien public , de ses sentimens pour le peuple , de ses titres à l’estime et à la reconnaissance 'de la nation, '
. Avant de le peindre par ses* œuvres y j’aurcûs
lè peindre par ses principes -, mais ses écrits ne sont pas sous ma main : lorsque je ne serai plus en captivité , je les éplucherai , je les commenterai , et il Ji’ignore pas que je sais lire.
J’ai fait ma tâche , qu’il fasse la sienne. Dégagezdonc votre parole , Monsieur l’administrateur des finances , justifiez-vous sans délai aux yeux de la nation ; démontrez, si vous le pouvez , que mes inculpations sont destituées de tout fondement , démontrez qu’elles vous sont étrangères ( i ) ; mais n’oubliez pas que ce seroit perdre vos peines quede VO.US attacher à improuver quelques particularités sur lesquelles je puis m’être trompé : c’est le corps de mes inculpations que vous devez anéantir ; garderie silence sur un seul point , ce seroifpasser condamnation.
Ne donnez pas non plus le change au public , en coudoyant des plumes vénales pour me diffamer (2).
(î) Je connois toutes les rubriques dont on peut se servir pour couvrir les crimes des agens de l’autorité. Mais si le ministre de la guerre , déjà criminel de lèze-nation pour avoir fait avancer les troupes jet les trains d’artillerie qui dévoient détruire la capitale , avoit la lâcheté de conniver avec le premier ministre des finances , il attireroit tout l’orage sur sa tête : qu’il tremble d’aggraver ses attentats.
(2) Depuis que j’ai dénoncé M. Necker , le public est inondé d’une foule d’écrits où le premierministre des finances est flagorné , et où je suis impitoyablement déchiré par des vendeurs d’injures •t de calomnies. Dans une guerre de ce genre ^ on
ÎI ne s’agît p )înt ici de mon caractère moral ; maît de votre justification. Quand je prêterois autant à
«ent trop le prodigieux avantage que doit avoir con« tre un homme réduit à travailler pour vivre , un homme qui a l’autorité en main , qui peut donner des places , et qui dispose d’une fortune de 14 à 15 millions.
Quoi qu’il en soit , mes principes sont connus, mes mœurs sont connues , mon genre de vie est connu ; ainsi je ne m’abaisserai point à combattre de lâches assassins qui s’enfonèent dans les ténè*bres pour me poignarder. Que l’homme honnête , qui a quelque reproche à me faire , se montre ; et si jamais j ai manqué aux loix de la plus austère vertu , je le prie de publier les preuves de mon déshonneur. Je terminerois ici cet article, s’il n’importoit à la cause delà liberté que le public ne soit pas la dupe des artif^^es employés pour le prévenir défavorablement contre son incorruptible défenseur.
Comme ma plume a fait quelque sensation les ennemis publics , qui sont les miens , ont répandu dans le monde qu’elle étoit vendue : ce qui , d’après le caractère connu des gens de lettres du siècle , n’étoit pas difficile à persuader à qui ne m’a point lu. Mais.il suffit de jetter les yeux sür mes écrits, pour s’assurer que je suis peut-être le seul auteur depuis. J. J. qui dût être à l’abri du soupçon. Et à qui , de grâce , serois-je vendu 1 — Est- ce à l’assemblée nationale , contre laquelle je me suis élevé tant de fois j dont j’ai attaqué plusieurs. décrets fu-*
la centre (Jli^ prête peu v ma déflonciâtioA n’en auroit pas moins de force : je vous traduis
nestes , et que j’ai si souvent rappellée à ses devoirs ? — Est-ce à la couronne dont j’ai toujours attaqué les odieuses usurpations , les rédoutables prérogatives!- — - Est-ce au ministère, que j’ai toujours donné pour l’éternel ennemi des peuples , et dont j’ai dénoncé les membres comme traîtres à la patrie ! — Est-ce aux princes , dont j’ai demandé que le faste scandaleux fût réprimé , les dépenses bornées aux simples revenus des apanages , et dont je demande que le procès soit fait aux coupables !-— Est-ce au clergé , dont je n’ai cessé d’attaquer les débordemens , les prétentions ridicules , et dont j’ai demandé que les biens fussent restitués aux pauvres ! — Est-ce à la noblesse , dont j’ai frondé les injustes prétentions, attaqué les privilèges iniques » dévoilé les perfides desseins ? — Est-ce aux parle mens , dont j’ai relevé les projets ambitieux , les dangereuses maximes , les abus révoltans , et dont j’ai demandé la suppression ! — Est-ce aux financiers , aux déprédateurs , aux concussionnaires , aux sangsues de l’Etat^ à qui j’ai demandé que la nation fît rendre gorge ? — Est-ce aux capitalistes , aux banquiers, aux agioteurs, que j’ai poursuivis comme des pestes publiques ? — Est-ce à la municipalité , dont j’ai découvert les vussecrettes ^ dévoilé les desseins dangereux , dénoncé les attentats , et qui m’a fait arrêter ! — Est-ce aux districts , dont i’ai attaqué l’alarmante composition , et proposé 1© besoin de réforme l Est-ce à la milice nationale,
, dont
4Î<5vant la nation comme un eilneniî public , îl faut vous laver complettement , ou encourir les suite! de sa juste indignation.
dont j’ai attaqué les sots procédés j et la sotte cort-* üance dans des chefs suspects ? — Reste donc 1<8 peuple (i) , dont j’ai constamment défendu let droits , et pour lequel mon zèle n’a point eu dô bornes. Mais le peuple n’achete personne : et puis , pourquoi m’acheter l Je lui suis tout acquis : m® fera-t-on un crime de m’être donné î
Si ses ennemis , qui cherchent à me perdre > avoieut quelque jugement , ils sentiroient que leurt coups seront toujours sans effet ^ tant qu’ils ne saisiront pas le défaut de la cuirasse. Ainsi au lieu d® frapper en aveugle , que ne cherchent-ils mes foH blés, que n’épient-îls mes ridicules , pour me pein- ’ dre d’après moi l Ils ont besoin d’aide , je vais leuç en donner.
Depuis longues années , mes amis , témoins d® mon insouciance sur l’avenir , et rebutés de me prêcher en vain le soin de ma fortune y me reprochent d’être un animal indécrotable ; péut - être n’ont-ils pas tord: mais ce défaut n’est pas, je crois^ celui d’un complaisant prêt à se vendre. Depuis longues années , mes voisins , qui voient que je me
(i) Pour moi, le mot peuple est presque toujours sinonyme à celui de nation. Lorsque je le distingue j Comme dans ce cas , il désigne la nation , ©xceptioa faite de ses nombreux ennemis,
- Les faits que i‘ai allégué contre vous sont de îîcK toriété , ils forment la preuve de vos attentats.
refuse le nécessaire pour faire construire des instrumens de physique , me regardent comme un original inconcevable : peut-être n’ont-ils pas tort ; mai» ce défaut n’est pas y je crois , celui des intrigans qui cherchent à se vendre.
Je n’ai ni place , ni pension ; jamais je n’en sollitaî, et je n’en accepterai jamais: aux yeux des sages du siècle , un pareil désintéressement n’est que sottise , soit ; mais ce n’est pas là , je pense y le fait d’un ambitieux prêt à se vendre.
Il y a dix mois que je sers la patrie nuit et jour; mais je n’ai voulu prendre aucune part à la gestion des affaires publiques. Je me suis montré dès le premier instant d’alarme , et je n’ai consulté que mon cœur pour partager les périls communs. Depuis le mardi soir, jour de la prise de la Bastille , jusqu’au vendredi soir, je n’ai pas désemparé du comité des Carmes , dont j’étois membre. Obligé de prendra enfin quelque repos, je n’y reparus que le dimanche matin. Le danger n’étoit plus imminent , et je voyois les choses un peu plus de sang-froid. Quelqu’impor^* tantes que me parussent les occupations d’un commissaire de district , je sentois qu’elles ne convenoient nullement à mon caractère , moi qui ne voudroit pas de la place de premier ministre des finances, pas même pour m’empêcher de mourir de faim. Je proposai donc au comité d’avoir une presse, et de trouver, bon que , sous ses auspices ,.je servis la patrie , en rédigeant Thistorique de la révolution , préparant le j^lan de l’organisation des muaici-
Si cette preuve est jugée illusoire , j’àî tort ^ sàn#doute de m’être abusé ; et si pour expier ma faute ^ il faut que je périsse , je périrai.
palités, en suivant le travail des Etats-généraux. Ma proposition ne fut pas du goût delà majorité , jema le tins pour dit ; et pénétré de ma parfaite inaptitude à toute autre chose , je me retirai. Aux yeux de tant d’honnêtes citoyens qui font une spéculation de l’honneur de servir la patrie , ma retraite doit paroître pure stupidité , je le sais ; mais ma proposition netoit pas celle d’un homme dont la plume est à vendre.
La plan que j’a vois proposé au comité des Carmes , je l’ai exécuté dans mon cabinet , et à mes dépends. Mes amis ont fait le diable pour m’empêcher d’écrire sur les affaires actuelles , je les ai laissé crier , et n’ai pas craint de les perdre!
Enfin je n’ai pas craint de mettre contre moi le gouvernement , les princes , le clergé , la noblesse , les parlemens , les districts mal composés , l’état major de la garde soldée , les conseillers des cours de judicature , les avocats , les procureurs , les financiers , les agioteurs, les déprédateurs , les sangsues de l’Etat, et l’armée innombrable des ennemis publics. Seroit-ce donc là le plan d’un homme qui cherche à se vendre ?
Hé ! pour qui me suis-je fait ces nuées de mortels ennemis l pour le peuple -, ce pauvre peuple épuisé de misère , toujours vexé , toujours foule , toujours opprimé , et qui n’eut jamais à donner ni places ni pensions. C’est pour avoir épousé sa cause que je suis en bute aux traits des înéchaes qui me persécutent
ili elle est jugée victorieuse , je périrai encOfe| àvêc lés nuées d’ennemis puoiics attachés à votr6
que je Suis dans les liens d’un décret de prise-de-* corps , comme un malfaiteur. Mais je n’éprouve aucun regret' ce que j’ai fait , je le ferois encore y si j’ètôis à coîtiniencer. Plommes vils ^ qui ne connoissez d'autres passions dans la vie que For , ne me demandez pas quel intérêt me pressoit ; j’ai vengé l’humanité , je laisserai un nom , et le vôtre est fait pour périn
Les folliculaires qui sè prêtent à me difFarrter,ne Sont pas tous des scélérats cons®mmés. Je veux le croire ; qu’ils rentrent donc en eux-mêmes un instant , ils rougiront de leur bassesse. Je ne les accablerai point d’injures, je ne leur ferai point de reproches; mais s’il en est un seul qui doute encore que ma plu-me n’est conduite que par mon cœur, qu’il vienn© me voir diner.
Enfin , auroîs-je besoin de me vendre pôur avoir* de l’argent l J’ai un état qui m’en a donné , et qui m’en donnera encore, dès que je me résoudrai àre-noncer au cabinet. Je n’ai même que faire de renoncer au cabinet , je n’ai besoin que de ma plume* Aux précautions infinies que prennent les ennemis de l’Etat, pour empêcher mes écrirs de voirie jour > mes diffamateurs peuvent s’assurer que je ne manquerai pas de lecteurs. L’Ami du Peuple auroit été dans leurs mains une source abondante j dans les miennes , cette source est restée stérile ; j’ai abandonné les trois quarts du profit aux Libraires chargés de m’épargnerlesembarras de l’impression et d«t
pour’pouvoi7échayper,'’'”°“^^®’ j’en ai trop tîlj vir d’ex^pI^à^Muy
défendre les droits des Ltiony^p”' tentés de
vole! qui encense tes tyran
fenseurs je me suis dévLé Lurt-" —
deux fois, pour prolon^L’. liberté ;
le soin de ma vie ; et auiour?’/””*^*’^ abandonné lence poursuivi p^r vois en si-
Pour échapper àkur fureur “mh’ fais point de reproches; ma venu s’ îi^® "® '® « 1 avois compté spr ton amour “ P"''® >
écos de cette calomye°‘“^îrseuf^ POur dégoûter le,
coup à la cause queie délnl ni" P“ P°««
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