VOUS
Je vais descendre dans l’arène *, je ne veux ni bouclier , ni cuirasse : je m’interdis toute ruse , toute feinte , j e ne vous attaquerai que de front ; mais laissez-moi de grâce le champ libre , et ne mettez point d’obstacle à la notoriété de mes coups. Je me présenterai en ennemi généreux , défendezvous en brave , abattez-moi à vos pieds -, et recevez d’avance cette déclaration sacrée , que si vous sortez vainqueur du combat , je serai le premier à publier ma défaite et votre triomphe.
mon district de Saint-Philippe du Roule » . Mais il me semble que la justification d’un ministre devant un comité de district , est un peu suspecte , du moins à en juger par la réception deM. Necker \k celui du district des Filles-Saint-Thomas. J’ajouterai qu’elle n’est rien moins que publique j car Tout s’y passe à huit-clos.
AU Tribunal du Public,
Faite par un simple Citoyen , contre un Agent de la puissance exécutive*
mes jours je n’ai vu M. Necker • je nelè connois que par la renommée , par quelques-uns de ses écrits , et sur-tout par ses opérations. Quoique mon contemporain , il m’est aussi étranger que le seroit un habitant de l’autre monde , que le seroit Sejan ou Crésus. Si la calomnie m’attribuoit quelque raison personnelle de malveillance ) à coup-sûr elle seroit en défaut. Comme particulier , il a toujours été , il est ^ et sera toujours pour moi un être indifférent. S’il fixe mon attention , c’est comme ministre du Prince. Il ne peut de être à mon égard qu’un agent de l’autorité , je ne peux être à son égard qu’un simple citoyen : différend entre nous ne peut avoir qu’un intérêt public , et nous ne pouvons, être jugés qu’au tribunal de la nation.
Dans un différend de cette nature , est-il besoin de relever ici l’extrême inégalité des circonstances l elle doit sauter aux yeux les moins clairvoyanSf Il est hom"me public , je suis homme privé 5 illustré par sa place , je végète obscurément : il dispose des ressources de l’opulence , de l’intrigue , do i’a«tuce ; j’ai tous Jes désavantages de l’infortune ^
âe lâ franchise ^ de la droiture. Il a pour lui une foule de flatteurs y de partisans y de connoissances j les légions innombrables des aristocrates , des magistrats y des sangsues de l’Etat y des ennemis da la patrie ^ et ce peuple même , dont j’ai épousé la défense au péril de ma liberté , de ma sû?^ rete , de ma vie , il l’enchaîne par les trompèu»de la renommée : je n’ai pour moi que les ami* de la vérité. Il a en main la puissance qui intimide > qui entraîne , qui subjugue tout ........... A.
la vue d un combat aussi inégal , combien périment courage ! Le mien n’est pas même ébranlé i j ai pour^ moi^ le sentiment de la pureté de mon cœur y 1 energie de la vertu , & la force irrésisti^ ble de la vérité. Qu’il ne s’abaisse point à l’étoufr» fer par un indigne manège (i) j et mon triomph© ji’est plus douteux, ^
(i)Des hommes clairvoyans prétendent que c’est le premier ministre des finances qui a poussé les aristocrates de l’hôtel- de ~ ville à mettre un bâillon à l’Ami du Peuple , dont il redoutoit la franchise , et à le faire ensuite décréter de prise-de-corps , pour 6’en débarrasser complettement. Quoi qu’il en soit , il est certain que des ordres secrets émanés des ennemis publics m ont enleve tous les moyens de repousser la calomnie , tous les moyens de publier ma défense , puisque tous les imprimeurs de la capitale reculent à l’ouïe de mon nom. M, Necker a 1 autorité en main, et il est tout puissant auprès de la municipalité : c’est de lui que j’attends la justice de faire lever ces ordres tyranniques. S’il refusoit i)\^ s’il différoit simplement d^accéder à ma juste
Quand on a îe malheur de penser diaprés soi 5 de former son jugement sur les hommes et sur les choses , d’après ses propres observations -, de ne point se laisser éblouir par de faux dehors , par le clinquant des vanités mondaines , et d*avoir secoué tous préjugés , excepté ceux de l’honneur ‘ on trouve fort simples mille événemens que les autres admirent 5 et on admire mille événemens que les autres trouvent fort simples. Mais c’est un phénomène toujours- fait pour piquer la curiosité , que celui d’un simple commis de banque élevé au ministère ; et il suffiroit seul pour faire l’éloge du parvenu, si le mérite étoit la cause de son élévation.
Il y a douze ans que l’on ne connoîssoit encore M. Necker , que comme banquier, mais banquier opulent. Son opulence qui lui attiroit une si grande considération dans le monde, n’étoit à mes yeux qu’un titre de mépris ; j’en connoissois la source impure : elle vient de l’agiotage (i) , métier indi-
demande , il confirmeroit lui’-même les soupçons , sans doute injurieux , que les bons citoyens ont conçus contre lui. 1
(i) Sur treize à quatorze millions qu’il possède, les dix-neuf vingtièmes appartiennent de bon jeu aux pauvres actionnaires , -qu’il a réduits à la mendicité.
Qui n’a jamais entendu parler des tours de bâton qu’il a employé pour discréditer les billets du Canada , les accaparer à 65 et 70 pour cent de perte , peut consulter l’éloge de Colbert , par M, Pelissery.
Qui n’a jamais entendu parler des tours de bâton
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gUè d^unô ame noble et délicate , réprouvé • pàr tk probité et proscrit par l’honneur , comme celui de la maltote.
Appeller un agîotèur à la tète des hnances , c’é-^ toit remettre à un chevalier d’industrie , l’administration dés richesses publiques , c’étoit , perdre TEtat (i)i Si j’avois besoin d’interpeller ici des témoignages non suspects , je prouverois que depuis la nomination de M. Necker à la place de directeur général des finances , jusqu’au l’époque de son rappel au ministère ^ après la retraite de l’infâme de Caionne , je n’ai pas varié une minute sur son compte , quoique je vécusse dans le commerce intime de quelques hommes de bien , ses sincères admirateurs* Pendant cinq ans ils ont travaillé à faire passer dans mon ame l’enthousiasme qui rempiissoit la leur , et j’ai éternellement borné l’éloge du héros à ces mots : «Favori de la fortune, » et non de la natute , il manque des vues de » l’homme d’Etat ; mais il a l’habitude du travail ,
qu’il a employé pour s’enrichir eh consommant la ruine de la Compagnie des Indes , peut consulter deux Mémoires contenus dans un ouvrage intitulé î « Théorie et Pratique de M. Necker, dans l’admm » nistration des Finances ».
, (i) Ses admirateurs font, valoir comme un trait d’habileté , qu’il ait été cinq années en place , &. en tems de guerre , sans mettre pour un sol d’impôt. C’est joqjer sur les termes i car les intérêts de ses nombreux emprunts sont de véritables impôts levés sur les peuples. Or , il en a grevé la natioi^ pour plus de 6o millions annuellemenf*
( ÎO )
» la triture des affaires ; il aime la gloriole , & îî » est trop riche pour être trippon. Si nous ne pou- » vons pas nous flatter d’avoir quelque grand hom- » me dans une place aussi importante au bonheur y des peuples , contentons-nous de celui-là » .
■ Tant «qu’a duré l’ancien régime , M. Necker m’occupoit assez peu : je ne voyois en lui que le Satrape d’un despote ; ef le seul bien à mes yeux q’u’il put faire au peuple , c’étoit de le fouler ua peu moins. ‘ i
Un seul moment dans la vie ^ l’opinion que j’avois de lui a pris une teinte brillante : c’est celui où. il proposoit la convocation des Etats-généraux. Seul contre la cabale des Princes et des courtisans , seul contre la faction des parlemens , de la noblesse , du clergé et de la finance ; je le vbyois avec attendrissement épouser les intérêts du peuple ; j’admirai ses nobles efforts. Jamais mauvaise honte ne m’a émpêché de revenir sur mes pas : bientôt je me reprochai le jugement peu favorable que j’en avois porté -, je me hâtai de lui readre justice, je le comblai d’éloges dans l’Offrande à la Patrie (i); et mon respect pour la vertu le couvrit de la robe des hommes d’Etat. ^
L’illusion ne fut pas de longue duréeX: la lettre de convocation , et le réglement annexé , détruisirent le prestige (2). J’avois entrevu la régénérateur
^ (i) Le premier exemplaire de cet opuscule fut
adressé à M. Necker.
(2). On sait les égards déplacés qu’il montra pour la noblesse dans ce réglement.
Cii )
l’empire V, je ne vis plus que le ressasseur de l’administration ; et toujours de bonne -foi avec moi-même, je revins à mon premier jugement , et ne craignis plus d’attaquer son plan de réforme (i).
Dès ce moment , jusqu’à celui de l’ouverture des Etats , l’estime est allée en s’afFoiblissant. Partout je retrouvai l’homme délié ; mais sans caractère , l’homme adroit , qui cherchoit à concilier les intérêts des ennemis publics avec ceux du peuple ; et qui pour se maintenir en place , nageoit sans cesse entre deux eaux.
Les apprêts de l’affreuse conjuration qui sembloit nous avoir rendu la liberté , bouleversèrent toutes mes idées sur le compte de M. Necker ; ils firent succéder l’horreur au mépris. Le ministre replâteur disparut à mes yeux ; et dans l’homme exhalté que la nation adoroit comme son ange tutélaire, je ne vis plus qu’un ennemi de la patrie.
Forcé de renfermer dans mon sein des sentimens qui m’eussent exposé à l’aveugle fureur d’un peuple irréfléchi , je me tus tant que le danger nous menaçoit ; je me tus après qu’il fut passé , je déplorai en silence la prévention stupide de la multitude , qui gémissoit sur le renvoi d’un ministre infidèle, comme elle auroit dû gémir sur la perte d’un défenseur.
Persuadé que son rappel étoit le meilleur moyen d’écraser la faction des aristocrates , et de le confondre lui-même un jour , je proposai son rappel
(i) Voyez le troisième Discours du Supplément de i’O^^'ande à la Patrie.
Bij
Pr
Depuis
ïumiçr(^s ,
5ans un moment où personne n’y songeoît encore^ Une lettre qui fut écrite à l’ancienne municipalité, le jour même de la prise de la Bastille , & qui resta dans les mains du vice-président du district des Carmes Déchaussés , en fait foi.
A peine M. Necker fut-il rappelle, que je suivis d’un oeil inquiet toutes ses démarches , toutes ses opérations. Ifn’en est aucune qui ne m’ait confirmé dans mon jugement ; et lé premier ministre des finances , toujours chéri , toujours encensé , toujours adoré par l’aveugle multitude , n’a plus été à mes yeux qu’un administrateur indigne, qui avoit lâchement abandonné les intérêts de la nation pour ceux du monarque ; mais je n’ai éplaté que lorsque les preuves multipliées de son infidélité m’ont paru complettest Je ne crains donc plus de le dénoncer comme ennemi public. Ceux qui s’intéressent à l’Ami du Peuple , tremblent déjà pour lui -, mais il est trajiquille , il ose prétendre au titre de philosophe , et il croit le mériter.
Il est tems de mettre mes preuves sous les yeux du public, Je les déduirai avec impartialité, je jugerai M. Necker , comme la postérité le jugera un jour , et je ne serai ici qu’un historien fidèle qui aura dèvancé son siècle,
commence par quelques circonstances de cette horrible conspiration,
tîque: c*est contr’elle que les arîstocratès dirigèrent leurs batteries. Se flattant que les provinces suivroient bientôt ses destinées , ils formèrent le projet de la réduire par la faim , le fer et le feu.
Sous le prétexte ridicule d’y maintenir sûreté et tranquillité , ils y firent défiler des troupes. Pour qu’elles fussent dans leurs mains des instrumens plus aveugles de fureur et d’oppression , ils choisirent des troupes étrangères , des Allemands , dont les chefs étoient des créatures de la Cour ; &. crainte que la voix de la raison ne rappellât au^ soldats qu’ils étoient hommes , que les infortunes qu’ils dévoient égorger étoient leurs frères , on leur défendit , sous les peines les plus rigoureuses , de s’entretenir avec aucun citoyen , fût-il de leurs parens. Un vieux bigot, esclave du Prince par éducation , par devoir , par habitude , eut le commandement de ces légions sanguinaires. Bientôt arrivèrent de quelques places fortes , des trains formidables d’artillerie , des boulets , des grils , appareil infernal destiné à réduire en cendres la reine des cités. Pour lui couper les vivres , on l’investit de toutes parts. On avoit fait un camp devant l’Ecole-militaire , où était le magasin des farines : on en fit un autre dans la plaine de Saint-Denis ; et sous le voile des soins de la charité , qui s’occupe du sort des malheureux , on employa des milMers de manœuvres à mettre en état un chemin impraticable , qui conduit de cette plaine sur les hauteurs de Montmartre , où l’on pratiqua des plattes-formes pour recevoir des batteries (i).
(i) Les représentans de la commune , qui s’eifor-
Lorsque tout fut prêt pour rexécutîon de l’horrible protêt , les conjurés levèrent le masque. Rassemblés dans les galeries , les appartemens , les jardins du ehâteaa , ils s’abandonnèrent a 1 insolence d’un triomphe prématuré. Déjà les héros de la scène tragique étoient désignes par la deesse qui les inspiroit. Les représentans des trois ordres siegeoieii? dans des salles séparées. Une soldatesque affidée saisit le moment de 1 absence de ceux du peuple , pour en fermer les portes , et leur en refuse^r l’entrée. Bientôt le ministre favori est sacrifié. Ses collègues sont renvoyés ; “ ^
sont installés des âmes dannees de la Cour , et le monarque , poussé hors de son caractère >
prend le ton d’un despote , qui veut ® •
SOUS ses ordres absolus. Des transports a allégresse retentissent au-dedans du palais ; la consternation. Revenus de
déléo^ués du peuple , animes d un nouveau cou Se", s’assemblent dans un jeu de peaume s en- S4nt , par serment , de ne pas abandonner la Pafrie , de consacrer les loix qui doivent assurer son bonheur , ou de périr. Cependant les ordres sont
donnés-, les préparatifs pour ^Ss"-
et noyer ses habitans dans leur sang , se font en si ' fence -, on n’attend plus que le moment du signal.
denuis si long-tems d’étouffer les vérités im- StÏC sdut d^ peuple , ont cherché à repan-, Ire le bruit que ces travaux n etoient entrepris aue pour faciliter le transport du bled aux moulins-, mais aucune de ces platte-formes ne “^“it aux moulins -, et la principale qui domine Pans , nert pa^un chemin , puisqu’elle abo-utit à «n mur.
On sait pat quel heureux concours des cîrconstaîl-» ces , par quel coup da ciel nous avons échappé (r).
Mais à qui fera-t-on croire que M. Necker , entouré comme doit toujours l’être un ministre aussi* adroit , n’ait eù aucune connoissance de ce qui se tramoit dans le cabinet , à supposer qu’il n^y ait pris lui-même aucune part (2) ! Et à qui persuadera-t-on qu’il a ignoré les mouvemens des troupes qui dévoient bloquer Paris , qu’il n’a pas été instruit de leur approche , de la marche d’une armée de cinquante mille hommes l Les ordres de faire avancer ces troupes avec des trains d’artillerie , n’ont pu être expédiés que par le ministre de la guerre , le marquis de Puyseguer , alors le très-
(i) Cet historique est tiré de celui de la révolution ) que j’ai préparé pour la presse.
(i) Mais, disent ses créatures , comment imaginer qu’il soit entré pour rien dans ce complot? n‘’aH-il pas été sacrihé lui-même ? Oui , sans doute, il l’a été ; et pouvoit-il ne pas l’être , ayant à faire à des gens de la Cour ? Il avoiî à leurs yeux un tort impardonnable , celui d’avoir provoqué les Etats-généraux , dont ils redoutoient la tenue. Aussi, dès qu ils se sont vus maîtres du champ de bataille , rbnt-ils rejetté comme un' vil instrument désormais^ inutile. Enfin , quand on méconnoîtroit la bassesse du caractère des courtisans , l’homme instruitnrouyeroit le renvoi de M. Necker la chose du monde . la plus simple. ïl est arrivé à son égar^ , ce qui arrive dans -toutes les conjurations ; — on profite de la trahison , et on sacrifie les traîtres.
tumWe S&rviteur du favori ; et les ordres de fournrf* aux frais immenses de cette (i) horrible equipee* n’ont pu être doiinés que par le directeur-general des finances. Il savoir donc parfaitement ce qui s® passoit , et il s’est tu !
Mais duaiid il l’auroit ignoré , ce qui est impossible et seroit impardonnable , conçoit-on qu aux jnouvemens des troupes , à la formation des camps au champ de, Mars et à Saint-Denis , aux postes pris sur la Seine , il n’ait pas pénétré les desssins meurtriers des ennemis de l’Etat , leur horrible projet de réduire Paris par la faim, Je fer et le feu Comment donc a-t-il gardé le silence ! Comment n’a-t-il pas découvert au Roi les dangers auxquels on exposoit le trône ! Comment n’a t-il pas échue dans le conseil ! Comment n’a-t-il pas informe les Etats-généraux de ce qui se tramoit contre la nation !• Comment n’en a-t-il pas instruit, la nation elle-même ! Dira-t-on , comme les émissaires de l’aristocratie , que tout cela n’étoit qu’un jeu pour intimider les Parisiens î Quoi 1 un jeu qui a coûte nlus de vingt millions ? Quoi ! cinquante mille cornbattans dévoués à la Cour , des trains d artillerie > des grils , des plattes-formes faites sur les hauteurs qui dominent Paris, et cela pour jouer une farce grotesque contre de pauvres bourgeois , qu «ne noignée de stipendiés mettoit en fuite M. Necker ignoroit-il la maniéré dont le gouvernement plalsantoit avec des sujets , qui lui disputoient l’autorité l et l’insurrection générale de la nation n a- =t-eile pas bien justifié cès alarmes ! Ce qu’oii peut
(i) Au jugement des hommes instruits.
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(dire de plus honnête pour le disculper , c’est qu’il
craignoit de perdre sa place. Il a donc sacrifié à sâ gloriole y à son ambition , à sa soif de commander, le salut de la capitale , le salut des provinces , le salut du royaume. Comment ! des flots de sang , le pillage des maisons , les malheurs , les calamités , 'les désastres , qui accompagnent le soc d’une ville immense , lui ont paru trop peu de chose pour les prévenir par le sacrifice de son amour-propre ? Et c’est là ce pere du peuple ! ce bienfaiteur de i’iiuftianité 1 ce sauveur de la France! d )nt la nation pleuroit la perte , et dont elle a redemandé à grands cris le retour !
Poussons les choses au plus loin» Si, redoutant les dangers qu’il y auroit à reveier ces horribles mystères , du moins la confiance que la nation avcit en lui , l’humanité , lè sentiment ^ Tlionneur , lui faisoie nt-ils un devoir de quitter sa place , et de dévoiler la trame odieuse ^ dans une lettre qu’il auroit laisséCià un ami de confiance , pour être présentée aux Etats-généraux , dès qu’il se seroit mis en sûreté. Taire une conspiration que le devoir oblige de feveler, c’est s’en rendre complice. Il ne l’a pas dévoilée. Qu’en conclure ? que la nation doit le punir Comme un traître , ou, le renvoyer comme un imr ' bécile. Il peut opter*
Imbécile ! ah ? pîùt-au-cieî qu41 Peut été ! nous ne gémirions pas depuis si long-tems sous le poids de nos maux»
Second Chef d’ inculpation.
L’Àppto visionne ment de la capitale et des autres
^ndes villes du royaume étoit coniié âuX întefl^ dans des provinces , et à une compagnie ministéi^ielie d’accapareurs (i) ^ lors du rappel de M. Necker au ministère , en 1788* On prétendoit que l’avidité des monopoleurs j l’incurie du gouverne-^ ment (2) sur l’exportation immodérée des grains, et la médiocrité de la dernière récolte , menaçoient d’une disette prochaine i le directeur-général des finances ne négligea rien pour accréditer ces bruits alarmans. TJn orage affreux avoit dévasté quelques cantons -, maiè quoiqu’il n’eût frappé que soixante et quelques lieues quarrées , sur trente mille que contient la surface du royaume , le ministre s’empressa de publier , « qu’une grêle désastreuse ayant V ravagé une vaste étendue de terrein , il manquoit > peut-être la juste quantité nécessaire de grains y pour 'entretenir le pain dans la juste mesure qui seroit désirable , et que S. M» ne pourroit garantir » que le prix de cette denrée ne fût constamment chèr ce tte année (3) ». Après être parvenu à ré-
(1) Voyez les Mémoires pour les boulangers, pat le chevalier Rutledge.
(2) Je seroisbien curieux de voir les preuves quô l’on donne de cette exportation immodérée des' grains : je crains fort que le bruit nen ait été répandu à dessein de favoriser le plan d’accaparement du ministre. Il faut bien qu’il y ait eu à ce sujet un odieux tripotage ; car on a soupçonné , sur des apparences très-fortes , que les primes étoient touchées plusieurs fois par les agens ministériels , et pour la même cargaison , qui étoit successivement présentée dans différons ports.
(}) Voyez son arrêt du Conseil , du 27 nov. 1788#
|)an(îre l’alarme sur les craintes d’une famine pro^ chaîne , bientôt il chercha à en tirer parti. Cependant il annonça des ordres pour faire veijiir des grain» de tous côtés , et des primes pour encourager l’importation. Soit fripponnerie de ses agens , soit fripponnerie des marchands étrangers y il ne nous arriva que des grains avariés et des farines gâtées. Il prétendoit les avoir achetées à très-haut prix , et il eut l’art de ne pas tarir sur les tendres soins ^ lea généreux sacrifices du monarque y pour pourvoir k la subsissance de son peuple ; comme si ces soins n’étoient pas le premier des devoirs du gouvernement ; comme si le gouvernement avoit quelque chose en propre. Mais ces maximes d’Etat n’étoient pas encore reçues.
A cette époque y déjà le désordre des finances ^ qu’il avoit si bien préparé, étoit extrême. Les fraix énormes du gouvernement les dépenses inouïe» de la Cour , les affreuses déprédations- des adminis*^ trateurs , et les fripponneries incroyables des employés' , avoieAt mis le trésor public à sec. Il falloit de l’or ; et le ministre , toujours fertile en expiens , en trouva un qui promettoit une moisson: abondante , une moisson sûre , une moisson journalière , moisson attrayante y, à laquelle il n’a pu encore se résoudre de renoncer. Il avoit déjà sous lui une compagnie d’accapareurs (i) pour l’ap-
(i) La compagnie Leleu, qui tenoit tous les moulins de Corbeil. Le 19 février ,, les boulangers de' Paris présentèrent un Mémoire au lieutenant de police , où ils se plaigaoient de ce que la compagnie des sieurs Leleu x mettre , sous différens pré-
provisionne ment de la*’ capitale • il en eut d’autres qui accaparèrent les grains du royaume; Pour les
textes , un prix plus haut à la denrée , avoit subitement restraint ses ventes et livraisons ; qu’ayant écrémé les halles circpnvoisines , les boulangers qui s’y étoient transportés pour faire leurs achats , ^s’étoient vus réduits à revenir dans la capitale , à la merci de ladite compagnie , la supplier de les approvisionner à'tous prix ; et par contre-coup avoient été forcés d’enchérir le pain , en raison de la hausse des farines: ce qui leur avoit attiré l’amende de la police.
Gravement inculpés par ce Mémoire , les sieurs Leleu répandirent dans le piiplic deux imprimés , sous les titres « d’Observations et de Compte rendu V sur l’établissement des moulins de Corbeil » , où ils invoquent le témoignage de M. Necker sur leur .désintéressement et leur dévouement patriotique* Ces accapareurs ministériels produisent une lettre , où l’administrateur des finances leur dit : « Soyez
persuadés qu’en toute occasion , vous me trouve- ■ÿ» rez prêt à vous donner des pi'euves d’estime et » d’intérêt». Ils produisent aussi un arrêt du Conseil y sans date , sans signature , sans affiche , et de faço 1 , sans doute , de M. Necker , par lequel le premier Mémoire des boulangers est supprimé comme calomnieux et diffamatoire. Ainsi, nul doute que les accapareurs ministériels n’aient affamé la capitale depuis le retour de M. Necker , en 1788 > jusqu’au moment de la révolution , et qu’après la révolution iis ne l’aient encore affamée car ils étoient l’ame du comité des subsistances de l’hôteldê'YilIe. -
^revendre à un prix arbitraire , pour colorer la himsë du pain , il fit venir à grand bruit de la Hollande y de l’Angleterre , de l’Amérique , plusieurs cargaisons de farines et de grains avariés , tandis qu’iilais- ' €oit passer par l’Alsace et la Lorraine nos excellens grains dans le pays de l’Empereur (2).
Le pain fait des farines gâtées avoit.une saveur détestable ; il s’agissoit de la masquer : il étoit d’une (2) qualité vénéneuse. Il s’agiSsoit d’en- pallier les funestes effets : on construisit donc des nïbulin» à bras dans l’Ecole-militaire , où se fit le mélange des mauvaises farines avec de bonnes , et d’où elles ■furent portées à la halle , pour être distribuées aux
(1) M. Necker est rentré au ministère dans lé 'mois d’août 1788 , c’est-à-dire , sur la fin delà récolte.
(2) C’est contre toute vérité que les représentans' de la commune , violemment suspectés de conniver avec le gouvernement , a prétexté que ces moulins étoient établis pour occuper de pauvres ouvrieis. <2ue la charité municipale est une belle chose 1 Elle ne veut rien voir , et élle couvre tout. Ayons donc des yeux sur elle -, et s’il se peut , ouvrons ceux du public.
C’est contre toute vérité pareillement , que les représentans de la commune ont déclaré ,1e 5^octobre , que le pain fait de ces farines gâtées , n’étoit pas malfesant : déclaration dont ils ont eux-même^ reconnu le faux quelques jours après , en fesant jetter à la rivière une grande quantité de farines , qu’ils n’ont pas voulu vendre aux amidonniers, craintif quelles ne revinssent aux boulangers. . - .
6outangef$ , éomme le témoignage unanime det employés , des charretiers , des porte- sacs et des curieux ne l’a que trop appris. Mais ce qu’on refusera de croire , et ce qui n’est pas moins constant y c’est que ces malversations odieuses ne sont pas prêtes à finir.
Tant qu’on a pu prétexter le manque de bled , il a fallu , pour ne pas mourir de faim , se contenter 4e celui qu’on avoit *, et personne n’étoit en droit de se plaindre. Mais depuis la moisson *, mais aprèa la' plus abondante récolte , priver les peuples des dons du ciel ! les tenir dans la disette 1 leur ôter la consolation de savoir qu’ils auront du pain 1 et cela '
Îiour continuer un trafic honteux , qui les réduit à a misère , en détruisant leur santé : voilà un de ces jphénomènes réservés à l’hisîoire de nos jours, à l’apologie du gouvernement François à l’éloge du ministre des finances,
Il est constant que ce pain cause des maux de gorge opiniâtres , des ardeurs d’estomac , la perte de l’apétit et des forces : indispositions qui sont 'extrêmement communes , et qui seroient devenues extrêmement graves , sans la salubrité dont l’air a été toute l’année. Quelle infamie , bon Dieu ! que de faire, une spéculation de lucre , dont tout le poids retombe sur les malheureux , par la perte de tems qu’ils sont obligés de passer chaque jour à la porte des boulangers (2), encore plus que par le haut prix.
(1) De ceux qui en ont fait leur principale nourriture, aucun n’a échappé.
(2) Ûn pain de sept sols ne pèse qu’une livre tl
2u pâîn I Quelle cruauté , que âe rédùiçe aiiui une infinité de pères de famille à l’impuissance d®
demi 3 c’est donc à raison de quatre sols et demi la livre. Si on j ajoute le salaire au moins d’une demi journée perdue pour se procurer ce pain d’une livre et demie , les jours où il manque , on trouvera qu’il revient aux malheureux ouvriers à 27 ou 2 S sols. Encore n’est-ce pas le petit peuple de la capitale qui a le plus soufiert de la disette. La crainte des révoltes dans une ville aussi immense a toujourt forcé la police d’y tenir le pain à bas prix. Aussi , lorsqu’il n’y voloit que 3 sols 6 den. la liv.., valoitil 6 et 7 sols en province , même dans la Picardie et ' dans la Normandie , qui sont des pays de grains. Ainsi 5 tout le poids de cette honteuse spéculation tombe donc sur les pauvres. C’est pour eux pareillement que sont les plus grands dangers , réduits , comme ils le sont , à faire de pain sec leur principale nourriture. Et pour les consoler de leur sort déplorable , la digne , la bienfaisante , la vertueuse assemblée de i’hôîel-de - ville ’ n’a trouvé d’autré moyen que de leür tenir la bayennette surla gorge, en vertu d’une loi barbare , qu’elle vient d’arracher à nos timides députés.' Lés lâches ! si j’avois eu le droit de tonner dans le sénat national , j’aurois fait rougir mes collègues , et d’un mot replongé dans la fange le phantôme ridicule qui enchaînait leur vertu. Au demeurant , ne croyez pas que ce soit dans ce cas seul que l’administrateur des finances a sacrifié les pauvres : il est dans ses principes de toujours les immoler aux riches : nous en verrons ci-après plusieurs exemples. Suivez ses opérations ^ vous les trouverez toutes entachées de ce crime.
flôufrîr leurs ënfahs ! Quelle barbarie , que âe m laisser à un peuple immense qu’un aliment insalubre (i), qui délabre la santé , et produit des épidémies i
Je ne sais quel nom dominer à ces crimes odieux: de quelque prétexte qu’on les couvre , ils font horreur ; et l’homme atroce qui en est coupable , est digne du dernier supplice (2).
(i) Comme le pain est encore d’une qualité détestable par-tout le royaume , il est impossible que l’on ait tiré de l’étranger assez de grains gâtés pour l’infecter depuis onze mois*
Il y a donc là-desSous quelque mystèro d’iniquité. Les districts patriotiques ne doivent rien négliger pour le percer , soit en fesant saisir les grains à leur entrée dans l’Ecole-militaire , et dans les autres dépôts ministériels , soit en y fesant des perquisitions exactes. Que penser du soin que met le comité des recherches à le dérober au public l comme s’il étoit vendu à l’accapareur général , comme s’il connivoit avec lui 1
(i) Si se jouer de la vie des hommes , après les avoir réduits à la misere , est un crime atroce : pallier ou dissimuler ces abus , travailler à les perpétuer par une basse prostitution aux vues de l’administrateur des finances , est un crime affreux , qui rend ses coupables auteurs indignes à jamais de la confiance publique , et qui doit porter la commune à les couvrir d’opprobre. Mais à la maniéré dont ils prennent en patience les maux du peuple, ne diroit-on pas qu’ils ont trouvé le moyen de jie pas J être exposés l
Maïs cette infâme Spéculation’a tant d*appas pottt* M. Ne cker, qu’il y tient plus que jamais. Outre le# moyens quelle lui donne de se soutenir , en fesant face aux dépenses du gouvernement et de la maison royale : elle le rend maître de l’estomac du peu'»* pie - elle lui fournit l’occasion de le mettre en fureur "à volonté ^ en lui retirant sa nourriture ; et eUe lui ménage le prétexte d’avoir à son commandement des forces suffisantes pour l’asservir ^ en feignant de vouloir l’apaiser; et pour enchaîner ensuite la capitale, d’après laquelle tout le royaume reçoit son imr>, pulsion* ^
L’odiéusé spéculation de radminîstrateur des finances , n’est qu’un tissu d’horreurs ; et ces horreurs sont encore loin de leur terme* -
Il est certain que la France entière ést rempli® d’accapareurs: il est certain que ces accapareurs font monter très-haut le prix du bled (i) : iî est Certain qu iis en exportent une énorme quantité dans la “ Flandre Autrichienne , et il est certain que le gouvernement n’a pris aucune mesure sérieuse pour empêcher ces accaparemens , poür s’opposer à ces exportations. Or , ne faut-il pas renoncer au sens commun , pour prétendre que ces coupables manœuvres sont des spéculations individuelles ! Le seul but des accapareurs est le gain considérable qu’ils se pro-
• mèttent sur le bled , lorsqu’ils auront amené la disette. Mais est-il naturel qu’ils commencent parfaire
• d’énormes sacrifices , - dans l’espoir .d’un profit plus
(i) A Soissons ^ ils oyt fait monter le prix,flu sep-* tier, d« «3p à 240 iiv.
' que dt)uteux , tant que leurs manœuvres ne sefôîenf qu’une entreprise à leur compte , et tant qu’elles n’auroient pas Fappui’Ci) du pouvoir exécutif? Et est-il concevable que pour l’appas d’un gain si douteux , de simples particuliers eussent la témérité de s’exposer de la sorte à la juste fureur du peuple , s’ils n’étoient sûrs de l’administration , qui a malheureusement enchaîné toutes les municipalités du royaume 5 au moyen des aristocrates qui les composent l Est-il probable que des monopoleurs fussent assez stupides pour enlever des grains à la France , et les aller revendre chez l’Empereur à un prix fort audessous (i) de celui qu’ils les auroient payés, s’ils n’étoient amplement dédommagés par le ministère ? C’est en vain qu’on chercheroità se faire illusion , à disputer contre l’évidence : or' il est incontestable
(1) Ilsseroient plus qu’incertains, si c’étoient des entreprises privées , parce qu’il est plus que probable que les accapareurs deviendroient eux et leurs magasins la proie du peuple; que le gouvernement lui-même , de concert avec les municipalités , prendroit , pour réprimer ces abus crians , de si bonnes mesures , qu’aucun n’échapperoit.
On vient de voir avec scandale le zèle qu’ont déployé, contre les habitans de Vernon,les représentans de la ccmmune Parisienne , pour sauver un homme suspecté d’être un accapareur ministériel ; tandis qu’ils n’ont rien fait pour sauver le pauvre boulanger.
(2) Le prix du bled dans les pays-bas Autrichiens est fcû't^u-déssous de celui qui se vend à la halle de Paris.
(|ueceéa€capafemeiis ne peuvent se faire ni à lin^ça ni contre la volonté du gouvernement •, et il n ^ïst pas moins incontestable qu^xes exportations ne peuvent se faire que par ses "^ 'es.
Ces infâmes manœuvres tarissént les sources de l’abondance , et liyent Jes peuples aux malheurs de s de la fannne. Or , à qui les
nous empêche depuis la ré-
colte de manger Ae pain que nous adonné la nature; qu’à celui qui i^ous empoisonne depuis onze mois avec les farinas gâtées de l’étranger ; qu’à celui qui tient dans ses mains les sources de l’abondance , et qui semble ne les avoir fait couler pendant quelques jours (i) 5 que pour nous convaincre qu’il les o^vre et les ferme à son gré l Et quel autre motif lui prêter, que le dessein perfide de faire sentir aux peuples les inçonvéniens de la liberté, et d’amener(2) les muni cfip agités à lui rendre d’eiles-mêmes les subsistances , qui seules peuvent le remettre en possession du Talisman mystique, auquel tient son existence , son crédit , sa réputation T
D’après cela , est-il un homme de sens qui n’inculpe avec moi le premier ministre des finances l Qu’il reste done chargé de ces inculpations, ou qu’il dénonce les infâmes qui les ont méritées. Fameux
(1) Dès le lendemain de la translation de la famille royale à Paris.
(2) Je ferai voir à la fin de cet écrit , quelles ne lont jamais sorties des mains du ministre que le comité de la ville n’a été qu’un instrument aux volontés de l’accapareur général ; mais je n’ai point encore les pièces qu’on m’annonce.
magicîetr , nous connoîssions vos rubriques , vbùf * les avez si souvent déployées sous nos yeux ! Vos chers confrères des Filies-Saint-Thomas ont beau vanter vos prouesses , votre coup de maître n’est pas d’avoir , coriime eux , soutiré de la poche des rentiers , l’or dont vous avez rempli vos coffres -, c’est d’avoir rendu nuis pour nous les dons de la nature , c’est de nous avoir escamotté nos moissons , c’est de nous faire périr d’inanition au sein de l’abondance , c’est d’avoir enchaîné par la crainte de lu faim un peuple entier qui vous adoroit,
TROISIEME Chef d’inculpation;
Qu’on épluche toutes les opérations de M. Nec- Fer, et on trouvera sans cesse le parfait Jésuite ^ l’heureux jongleur , l’ami des grands , l’ennemi du peuple (i).
(i) Montrez-moi ce qu’il fit jamais pour 1^ peuple , depuis les petits soins qu’il eut pour les! malades d’hôpital et les débiteurs prisonniers ; depuis ces petites œuvres pies qui l’ont fait porter auxjnues; depuis ces petites vertus d’apparat , qui lui 'Ont assuré le privilège d’être prôné l O ! portez-le bien dans vos cœurs , judicieux citoyens; promenez ses images dans les places publiques , érigez-luî des sta- ' tues ; et si c’est trop peu de ces honneurs civiques ^ i courez aux temples, et faites fumer l’encens. Nouveau , Mercure ! bientôt , bientôt , le voile sera déchiré , vos autels serent déserts ; et de tant de fidèles adorateurs , il ne vous restera que les pubiicaius et ks péagers.
Soiis sa funeste administration , les rrialkeurs dét' la France n’auront point de terme.
Voyez son projet de la contribution (i) du quart des revenus. Il y fait le tableau , malheureusement trop vrai , du désordre dej hnances , le piteux récit des besoins du gouvernement , et le pronostic des événemens sinistres qui nous menacent : « Si par d® v grandes et vigoureuses mesures , l’assemblée nay tionale ne vient au secours du cabinet ; si elle n&^ » soutient le rocher chancelant, dont , à ses yeux^ V le roi seul , depuis si long-tems , retient et sus- » pend la chute ». — — Mais peut-il se' dissimuler que les ministres seuls ont miné le pied de ce rocher terrible , dont le roi n’a janiais songé à prévoir ou prévenir l’écroulement l S’il tremble que les masu-' res de l’édihce gothique , qu’il s’ofForce de relever,* ne l’ensevelissent enfin sous leurs ruines , du moins n^ignore-t-il pas que ce n’est qu’avec les deniers publics qu’il la étayé jusqu’à présent. Aujourd’hui même il sollicite l’assemblée de lui accorder de grands , de prompts secours , sous prétexte d’empêcher la dissolution de l’Etat , de régénérer les finances, mais uniquement pour afiermir l’administration , pour le mettre en état de perpétuer l’ancien régime.
-Ecoutons un peu par quels moyens il pré^ tend révivifier le royaume. — « Je ne vous propo- » se , Messieurs , aucune grande subversion , aucune » idée systématique , aucune de ces imaginations? » auxquelles on donne le nom de génie *, tout doit
(i) Voyez son discours à l’assemblée nationale,lu le 24 septembre.^
être simple en ce genre , tout doit être au moins' » successif, sur“toutdans un moment ou la confiance ,
ce lien si nécessaire entre le présent et l’avenir , » nous refuse son assistance ». - - Quoi ! dans les tems de calamité , dans ces jours d’alarme et de dé'tresse , ou le salut public paroît désespéré , les ressources du génie et les eiTorts de la vertu ne seront pas de saison ! Au lieu de repousser tout sot ménagement , de fouler aux pieds tonte sotte considération , on s’attachera à découvrir l’abîme , on rejettera les grands moyens de le combler , et on cherchera de petits expédiens pour l’enceindre d’une barrière Z
Seroit-ce prudence ? Non, non , c’est astuce : le ministre ne craint pas de dessécher , d’épuiser l’Etat ; il craint de donner des chocs à la machine , et d’être écrasé par la réaction ; il ne hait pas les violens partis , il redoute de les prendre. Voyez le fuir , en les abandonnant à l’assemblée nationale . en lui criant que tout est perdu , si par de grandes et vigoureuses mesures , elle ne vient au secours des administrateurs ; si elle ne court tous les événemens pour les tirer d’embarras.
Entrons ici dans quelques détails. Tout le plan de M. Necker pose sur cette base : « Il faut établir un » rapport certain entre les revenus et les dépenses » fixes » . Grand principe des dissipateurs , qu’ils énoncent de cette manière : « Il faut égaler la recette » à la dépense » . Et pour réussir , il n’a garde de toucher aux paisibles jouissances des heureux du siècle qui ont toute la graisse de la terre -, des déprédateurs», des concussionnaires, des sangsues de l’Etat : mais il forme le généreux dessein de pressurer le peuple, et il exhorte l’assemblée natianale de déployer toutes ses forces poiu' accrocher aux malheu-^,
téViX îe dernier kmbeaux , le dernier aliment.' Ah ! dût l’armée se débander , dût l’Etat se dissoudre , devoitôl) pour empêcher ces malheurs , recourir à un expédient si barbare l Mais nous n’en sommes pas réduits à cette extrémité. Un administrateur des finances , animé de l’amour du bien public, avoit cent moyens de rendre au royaume sa force et son brillant.
En débutant au ministère , M. Necker s’étolt an* îioncé comme le bienfaiteur des pauvres (i), le ministre économe , le réformateur des abus. Tant que les ennemis publics dominoient à la Cour , ne lui faisons point un crime de n’avoir pas poussé plus loin les réformes ; il falloit céder aux, dures loix de la nécessité , et on peut croire qu’il s’est laissé entraîner au torrent. Mais , depuis la glorieuse révolution , maître du champ de bataille , comment n’at-il pas tranché dans le vif , comment n’a-t-il pas tari la source des désordres , comment n’a t-il pas détruit le gaspillage de la Cour, supprimé ces maisons militaires (i) , qui annoncent des potentats dans les
(1) Les petites attentions qu’euî d’abord sa cher® moitié pour les débiteurs en prison et pour les malades réduits à l’hôpital , n’étoient que pure affecterie. Une preuve qu’elles n’avoient point leur source dans le cœur , c’est que depuis son retour au ministère, elles ont disparu pour toujours -, et toutefois c’est à l’impression qu’elles ont faite sur le public , qu’il doit sa réputation de popularité et de bienfaisance , son nom de père du peuple , d’ange tutélaire de la France.
(2) Comme les ministres ne ^o!l8|pil4e.s maîtres
no
.frères du roî ^ eëtte maison d’étiquette folîemèht payée par l’Etat au premier çrince du sang ; réduit ces dépenses excessives des départemens ^ de la ^guerre , de la marine , des affaires étrangères ; épargné les sommes donnéés sans besoin aux commu- ■siautés religieuses , réformé ces places dangereuses -de colonel de l’infanterie Françoise , de gouverneurs de province (i) ?
Ces places (2) , püreniênt fastueuses , et ces char^ ges plus fastueuses encore de grand aumônier , dé
de faire la loi , on sent bien c^u’il ne s’agit ici'que dei vues à proposer à l’assemblée nationale.
(2) Ces places paroissent dangereuses au prince lui-même , puisqu’il n’est pas permis à un gouverneur de résider dans ,son gouvernement , sans uiie permission expresse.
(2) Quand on pense qu’à l’avénement du Roi à la couronne ; sa seule maison militaire ctoit de dix mille hommes d’élite -, quand on pense à cette multitude de charges dites de la couronne , et unique^ ment faites pour le faste du monarque , charges portant toutes des appointemens considérables , et dont plusieurs ont quatre titulaires de quartiers ; quand on pense à toutes les charges de la maison de la reine , toutes les charges des maisons des princes et princesses , quand on réfléchitgu gaspillage effrayant de tant de maisons , aux sommes immenses consacrées aux fêtes , aux largesses, au jeu*, on trouve que cent millions annuels sufhsent à peine à cette vaine pompe. Pour soutenir ces désordres scandaleux , il faut pressurer les peuples , leur énlêver le nécessaire , les réduire à la
grand
^fan d-maitfe , Je grand panetier , de grand venen)^ de grand écuyer , &c. -, révoqué ces traitemens scandaleux accordés aùx' fermiers -généraux étaux régisseurs des droits sur les consommations -, ces pensions révoltantes de cordon bleu ^ de maréchal de France , d’ex-rainistre , de commissaires royaux , d’académiciens sans occupations (i) d’historiographes sans fonctions , d’histrions., deballadins, et de chefs d’inspecteurs , d’exempts , d’espions de police , &c. • aboli ces établissemens dispendieux > uniquement propres à enrichir des frippons , tels que la manufacture de tapisserie des Gobelins , les Menus , le Garde-meubles de la couronne , et tous ceS attéliers (2) d’essais , où l’on ne fit jamais d’autre
mendicité. Ces désordres cesseront enfin ‘ mais qu’y gagnerons-nous , si le nouveau régime . n’est pas moins dévorant ? On d.it que l’hôtel-de- ville est un goulFre qui engloutit chaque jour des sommes immenses ; et c’est à cette vertu attractive qu’on attribue le zélé patriotique de tous les intrigans , .qui se sont efforcé d’y entrer.
(1) Loin d’avoir réduit ceâ pensions, Ü a même augmenté celles des gens de lettres , dont il cherchoic a se faire flagorner. A son arrivée au ministère , les académies coûtoient à l’Etat iio,-ooo liv. , et il les porte à 100,00 0 écus dans son Traité des Finances.
(2) Ne sachant à quel titre donner une place lucrative à M. de Vandermonde , de l’académie des sciences , on a formé pour lui un de ces ridicules attéliers d’essais , et on lui en a donné la direction , 'avec des gros appoimemens.
♦?cpérîerice , que celle de soutirer du prince de grof iappointemens.
lia craint de se mettre à dos tous ces(i) gens-Ià , île se fair« des nuées d’ennemis ^ et d’être renvoyé, ïl a donc sacrifié, à sa cupidité , à son ambition ,à sa gloriole , le rétablissement de l’ordre ^ la régénération des finances , le soulagement du peuple , et le ^alut du royaume ; sacrtfice indigne d’un homme d’honneur-, lâche considération, qui doit le dégrader dans l’esprit des gens de bien ; crime impardonnable à un ministre que la nation a honoré de sa confiance.
Ce n’est pas tout. Souvent il paru s^élever contre les surcharges d’impôts ; mais il a non-seulement laissé subsister les anciens , il en a créé de nouveaux, d’autant plus redoutables , que le peuple n’en sent pas d’abord le poids , qu’ils couvrent les malversations de l’administrateur , qu’ils éteignent l’amour du travail honnête , qü’ils corrompent les mœurs ' par la soif inextinguible de l’or , sacrifient la classe des rentiers à la classe des agioteurs , fournissent au monarque les moyens d’anticiper sur les revenus publics 5 d’accumuler en quelques jours sur l’Etat les charges d’un siecle entier , de mettre en péril toutes les fortunes , et de ruiner enfin le crédit national par la crainte d’une banqueroute inévitable.'
Voilà les fruits amers de cette fureur de l’agio-
(i) « Les sommes fournies aux maisons des
V princes se montent à 8,240,000 liv. : il ne m’ap- ^ partient pas de déterminer les retranchemens dont
V cet article seroit susceptible . Discours de M* I^ecker.
tage , que le président honoraire du district deî Filles-Saint-Thomas a inoculée aux François : voilà les suites funestes de ces emprunts attrayans qu’il a mis à la mode , et auxquels il n^auroit jamais renoncé y s’il avoir toujours trouvé des dupes.
Mais comfne toutes les ressources s’épuisent à la fin , celle-ci lui a manqué ; et après l’avoir tentée vainement deux fois (i) consécutives, il l’a remplacée par un impôt en aggravant même les anciennes charges (2). Ainsi revenu humblement à 1 ancien régime de ses prédécesseurs , il a proposé une contribution du quart des revenus , mais sans se traîner sur leurs traces *, car il faut toujours qu’il donne un plat de son métier..
Ce nouvel impôt,, si onéreux, si injuste, si vexa- * toire, et le plus lourd que jamais faiseur de projets ait osé concevoir , mérite bien quelques observations. D’abord il n’a aucune proportion avec les besoins supposés de l’Etat j car il n’est destiné qu’à faire face à 160 millions de dépenses extraordinaires pour le service de la fin de 1789 , et le courant de 1790; or, il est évalué, au plus bas, à sept ou huit cens millions. Ensuite il porte atteinte à la fortune des négocians , et il arrache aux citoyens gênés une contribution au-dèssus de leurs moyens ,.ea piquant
(i) Ses derniers emprunts de 30 et 80 millions dont l’un a été décrété partiellement, et dont l’autre a été voté par acclamations.
(a) Ayant réuni sous le nom d’impôt terrîtonaï',. la taille et les vingtièmes , il cherche à en augmen ter de 15 millions la somme. Voiezson Discours à l’assemblée nationale , lu le 24 septembre. • '