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CHAPITRE II

La densité d’une vapeur est le rapport qui existe entre le poids d’un certain volume de cette vapeur, et le poids d'un égal volume d’air dans les mêmes conditions de température et de pression. En réalité la température et la pression ont une certaine influence sur la densité des vapeurs, et pour définir celle-ci rigoureusement il faut les supposer dans des conditions telles quelles se comportent comme un gaz parfait, obéissant à la loi de Mariotte et à la loi de Gay-Lussac, c’est-à-dire à une distance suffisante de leur point de liquéfaction. Soit alors P, le poids d’un certainvolume de vapeur Và t° sous la pression H; le poids P' du même volume d’air dans les mêmes conditions sera :

p, VX. 1.293XH 760. (i-J-at)

« , ^ P PX760. (i + «i)

d où D =-, = ——- - L Tr S

P' Vx 1.293 x H

pour connaître la densité D il faudra donc déterminer P, V, t et H, c’est le but que se proposent les différentes méthodes indiquées.

La densité ainsi obtenue ne peut évidemment se rapporter aux vapeurs saturées, et il nous faudra pour celles-

ci employer des méthodes différentes : Nous leur consacrerons un chapitre spécial à cause de leur importance au point de vue physique, et toüt ce que nous dirons dans le présent chapitre s’appliquera aux vapeurs non saturées qui sont les seules intéressant le chimiste :

Procédé de Gay-Lussac (fig. i).— Le procédé de Gay- Lussac est employé pour les liquides les plus volatils. Une marmite en fonte M est disposée sur un fourneau et contient du mercure pur et sec, ainsi qu’une large éprouvette graduée fermée à la partie supérieure qui est maintenue verticale : le mercure doit l’emplir complètement; une petite ampoule de verre mince a été pesée, remplie exactement du liquide dont on veut prendre la densité de vapeur et pesée de nouveau après avoir été scellée à la lampe ; la différence de poids p indique le poids du liquide introduit; on introduit alors cette ampoule dans l’éprouvette à mercure qu’on entoure d’un manchon E contenant de l’eau dont le niveau dépasse le sommet de l’éprouvette graduée, et dont la température est donnée par un thermomètre ; cette température est rendue aussi uniforme que possible à l’aide d’un agitateur. Dès qu’on chauffe la marmite, la chaleur se communique au mercure de l’éprouvette et bientôt l’ampoule crève, la vapeur se forme et le niveau du mercure baisse ;

on continue de chauffer jusqu’à ce que le liquide soit complètement vaporisé et que la vapeur ne soit plus saturée. A cet instant on note rapidement la température t; le volume occupé par la vapeur est connu, puisque le tube est gradué, et si nous désignons par V le volume de cet espace à o°, par K le coefficient de dilatation du verre, il sera à t° égal à V (i —|—Kt); quant à la pression, elle est égale à la pression atmosphérique H diminuée de la hauteur du mercure dans l'éprouvette ; en désignant par h cette hauteur observée à t°, par A le coefficient de dilatation absolue du

mercure, elle sera, ramenée à zéro, égale à H ——— ;

5 i+At’

enfin le poids de la vapeur est p, c’est-à-dire le poids du liquide contenu dans l’ampoule ; on a donc pour établir le poids p' du même volume d’air à la même température et à la même pression :

p' — V (i-f-Kj)x 1.293X-

1 sait que D = ^r

Donc :

V(l +at) X 1-293 X

Ce procédé présente plusieurs inconvénients; i° Il est presque impossible de purger complètement d’air et de vapeur d’eau le mercure de la cloche.

2° La température n’est ni uniforme ni stationnaire, le

mercure en contact immédiat avec la chaudière étant à un degré plus élevé que l’eau du manchon.

3° Le coefficient de dilatation du verre de l’éprouvette n’est pas exactement connu.

4° La détermination de la pression est elle-même trèsdifficile, à cause des erreurs dues à la réfraction provenant de la forme cylindrique du manchon et de l’eau qu’il contient.

Procédé de Dumas (fig. 2). — Ce procédé s’applique aux liquides moins volatils; l’appareil se compose d’un ballon V de 500 centimètres cubes environ, muni d’un col effilé à la lampe; on pèse ce ballon dans l’air, 011 a ainsi exactement le poids apparent rc du verre qui le forme. On y introduit alors une certaine quantité de la substance dont on veut déterminer la densité de vapeur et on le porte dans une marmite M contenant de l’eau ou de l'huile, et qu’on chauffe à l’aide d’un foyer ; la substance se réduit bientôt en vapeur et chasse l'air ; on continue de chauffer jusqu’à ce qu’il ne reste plus du tout de liquide, c’est-à-dire que tout se soit transformé en vapeur, ce qu’on reconnaît à la cessation du jet qui sortait du ballon qu’on ferme alors à la lampe et notant la température t qui est donnée par un thermomètre plongé dans

le bain marie et la pression atmosphérique H donnée par un baromètre voisin; cette pression est celle de la vapeur enfermée dans le ballon ; on connaît donc la température et la pression de la vapeur ; il faudra maintenant déterminer son poids, puis son volume pour calculer le poids de même volume d’air. A cet effet on reporte le ballon dans la balance et on obtient un nouveau poids qui est égal au premier % augmenté du poids de la vapeur p, diminué du poids de l’air déplacé, c’est-à-dire du poids d’un égal volume d’air à la température t'à laquelle on a opéré la pesée.

*' ==„+> V.(. + Kl') X.. !9Î X Trp? ^

en désignant par V 0 le volume du ballon à 0 °, par K son coefficient de dilatation et par / la tension de la vapeur d’eau contenue dans l’air. Pour connaître le volume V 0 , on peut opérer de deux façons; soit remplir le ballon de mercure ou d’eau qu’on versera ensuite dans une éprouvette graduée, soit, ce qui est mieux, agir par les pesées. Pour cela on casse la pointe du col sous l’eau ; celk-ci s y précipite et remplit entièrement le ballon ; on pèse de nouveau celui-ci et le nouveau poids s" est égal au poids apparent du verre plus le poids de l’eau P, moins le poids de l’air déplacé ;

r , I,î9)x( H—Zf '

L i-f-A (i + af^.yéo

en remplaçant P par sa valeur en volume.

A étant le coefficient de dilatation de l’eau ; cette équation permet donc de calculer V, et le poids d’air p' qui l’emplit ou qu’il déplace. Connaissant V„ la détermination de

devient facile ; la formule finale sera :

P ' V„(i+Kf)X 1.293 x (h-|-/)

dans laquelle on n’aura qu’à remplacer p et V 0 par leurs valeurs.

La principale difficulté de ce procédé consiste à saisir le moment convenable pour la fermeture du ballon, cette fermeture se fait au moment où cesse le jet de vapeur, mais il faut pour cela que la chaleur du foyer ne subisse aucun affaiblissement ; car si à un moment donné celle-ci venait à se ralentir, l’ébullition du liquide cessant, on ne verrait plus de jet de vapeur et l’on fermerait le ballon trop tôt; si cet abaissement se faisait quand le liquide est déjà vaporisé, la vapeur en se contractant produirait un vide immédiatement comblé par de l’air : on serait averti de ce dernier accident au moment où l’on casse la pointe du ballon sous l’eau; celui-ci ne s’emplirait pas complètement, et l’espace occupé par l’air pourrait être déterminé, ce qui permettrait de calculer son poids et de le déduire de celui de la vapeur.

Le procédé de Dumas est plus général que celui de

Gay-Lussac, et c’est le seul qu’on puisse employer quand le liquide sur lequel on opère n’entre en ébullition qu’à I50°;fquand le liquide est homogène et inaltérable à l’ébullition, les résultats obtenus par les deux procédés sont identiques, mais si le liquide est complexe, les résultats sont bien différents. Dans la méthode de Gay-Lussac le liquide est complètement vaporisé, et comme il n’y a aucune perte de vapeur, celle-ci représente les deux substances à l’état de mélange; c’est donc en réalité la densité de vapeur de ce mélange qu’on obtient ; dans la méthode de Dumas au contraire, le liquide est dénaturé, ses proportions changées et il contient nécessairement une proportion plus forte du liquide le moins volatil.

Méthode de M. Hoffmann. — L’appareil dont se sert Hoffmann est le même que celui de Gay-Lussac dont il ne diffère que par quelques modifications heureuses. L’éprouvette est plus haute; elle a environ un mètre et porte deux divisions, l’une en centimètres cubes, l’autre en millimètres, et est entourée d’un manchon de verre disposé de manière à permettre d’y faire passer un courant de vapeur soit d’eau, soit d’alcool amylique, soit d’aniline soit de tout autre liquide à point d’ébullition constant • cette vapeur arrive par la partie supérieure du manchon et sort par la partie inférieure ; la hauteur de l’éprouvette amène une diminution notable de la pression et par suite un abaissement considérable du point d’ébullition. Les liquides sur lesquels on veut opérer sont enfermés dans des ampoules en verre bouchées à l’émeri qui s’ouvrent généralement d’elles-mêmes, une fois introduites dans l’éprouvette.

Patein ,

Quand le liquide est complètement vaporisé et que la colonne de mercure a atteint une position invariable, on note le volume apparent V occupé par la vapeur, la température T du manchon, la hauteur h réduite à zéro de la colonne de mercure soulevée dans l’éprouvette et la pression barométrique H réduite à zéro ; le volume V, qui est compté sur une échelle graduée à zéro est en réalité, à T „ V (i+KT) (H— h).

VT ~ (i+«T) 7 6o ’

Vt X 1,293 représente le poids d’un volume d’air égal à celui de la vapeur et pris dans lès mêmes conditions; la densité cherchée sera donc :

en désignant par P le poids du liquide qui s’est réduit en vapeur. Ce procédé présente des avantages dans le cas de vapeur facile à décomposer.

M. Brühl a modifié cet appareil et le mode opératoire ; le vide barométrique peut atteindre le volume de 190 centimètres cubes et la quantité de matière êlre très petite ; à l’aide de ce simple artifice M. Brühl a pu déterminer la densité de vapeur de corps bouillant au-dessus de 250" en se servant de vapeur d’eau; l’auteur du reste préfère l’emploi de l’eau dont la chaleur latente de vaporisation très considérable permet de maintenir une température constante dans le manchon.

i re Méthode de Victor Meyer. — Cette méthode permet d’opérer à des températures très élevées et avec quelques centigrammes de matière. L’appareil se compose d’une large ampoule fermée à une de ses extrémités et présen-

— ji —

tant à l’autre un tube recourbé en U. L’ampoule est emplie d’un liquide non volatil, inattaquable par la plupart des vapeurs, puis on y introduit la substance dont on veu t prendre la densité de vapeur ; le volume de la vapeur sera calculé au moyen du poids du liquide déplacé par la tension de cette vapeur à l’intérieur de l’ampoule. Tel est le principe, qu’avaient du reste déjà appliqué Hoffmann et Wertheim. Watts avait déjà publié auparavant un long mémoire sur l’application du principe de déplacement à la détermination de la densité de vapeur.

Le liquide non volatil dont se sert Victor Meyer au lieu de mercure est l’alliage de Wood (Bi, Pb, Sn, Cd), qui fond à 70°. Supposons que l’appareil de Meyer soit rempli de cet alliage à ioo° et qu’une petite quantité de substance ait été introduite dans l’ampoule, si on le porte à 444" dans un bain de soufre la substance se vaporisera et par la tension de la vapeur formée une petite quantité d’alliage est rejetée hors de l’appareil; cette quantité dépend : i° de la dilatation du métal de l’alliage de ioo° à 444 0 ; 2° du volume occupé par la vapeur de la substance introduite ; si l’on a déterminé une fois pour toutes le volume occupé par un gramme d’alliage, par suite de la dilatation entre ioo° et 444 0 de l’alliage chauffé dans des vases en verre entièrement remplis à ioo°, et qu’on ait déterminé également la densité du métal à 444 0 , on trouvera la densité de la substance dès qu’on connaîtra le poids de celleci, le poids de la quantité totale de métal employé, le poids de métal écoulé, la pression et la température qui est toujours 444 0 . Les résultats obtenus par Meyer furent des plus satisfaisants.

Plus tard, MM. C. Goldschmied et C. Giamician remplacèrent, comme l’avait déjà fait Hoffmann, l’alliage de Wood par le mercure pour les corps dont le point d’ébullition est situé au-dessous de 300°. M. Frerichs a décrit également un appareil basé sur ce principe.

Enfin avant de décrire la nouvelle méthode de Meyer nous rappellerons les études de Naumann sur les phénomènes qui se passent quand on soumet à la distillation en présence de l’eau un corps insoluble dans ce liquide ; les liquides non miscibles entre eux passent à la distillation dans un rapport proportionnel à leur point d’ébulition. Si l’on admet que la tension d’un mélange de ces vapeurs est égale à la somme des tensions de chacune d’elles, il suffira d’analyser les liquides distillés à une température donnée sous une pression connue. La force élastique de la vapeur d’eau est connue pour cette température ; on en déduit la force élastique de l’autre vapeur dans les mêmes conditions physiques et par suite le poids de la vapeur étrangère mélangée et sa densité. Monsieur Hartmann critique ce mode opératoire qu’il a généralement trouvé peu pratique.

2 e Méthode de V. Meyer (fig. 3).

— L’appareil se compose d’un ballon M N terminé par un long col, muni d’un tube de dégagement qui se rend

à une éprouvette graduée E remplie d’eau. La méthode est basée sur le fait que le volume de la vapeur produite déplace un volume d’air égal. On commence par porter le ballon à une température suffisante et on y fait tomber une ampoule d exactement remplie du liquide étudié et contenant un poids p de ce liquide. On rebouche aussitôt le ballon et l’on recueille dans l’éprouvette graduée l’air déplacé par la vapeur formée. Or le poids de la vapeur est celui du liquide p et on a :

p—Vx 1.293 XD

En désignant par D la densité de la vapeur cherchée, par V son volume à zéro sous 760 millimètres. Mais le volume d’air déplacé est V' à la température de t° et sous la pression H-F en désignant par H la pression atmosphéri* que au moment de l’expérience et par F la force élastique de la vapeur d’eau à la température t° on a donc :

7 6 o(i- fat)

donc

Y' (H—F) X 1-293 XD 760 (1-fat)

d’où

La quantité de substance doit être telle que la vapeur à la température de l’expérience n’occupe pas plus de la moitié du volume du réservoir. L’appareil a été séché avec soin et placé dans un manchon en verre H contenant un liquide en ébullition ; la température de celle-ci doit-être constante mais n’a pas besoin d’être connue généralement.

Lorsque la température ne varie plus, on fait passer l’ampoule d dans le réservoir et on replace le bouchon B en ne recueillant pas les quelques bulles d’air que celui-ci avait chassées; on engage alors l’extrémité du tube A dans le mesureur E et quand le dégagement cesse on enlève celuici et on l’immerge complètement pendant un certain temps dans une cuve à eau à t°, et, faisant coïncider les niveaux intérieur et extérieur on lit le volume gazeux V'. Dans les expériences de grande précision il faut tenir compte du frottement gazeux et de la pression finale supportée par le gaz du réservoir de la part de l’eau de la cuve. Celle-ci est fort petite, si le tube de dégagement plonge fort peu dans la cuve.

Appareils de Crafts et Meyer pour les densités de vapeur a haute température. — Victor Meyer a cherché à étendre sa méthode aux plus hautes températures qu’on puisse obtenir avec un four Perrot ; le ballon MN est alors construit en porcelaine de Bayeux. Crafts et Meyer ont été amenés à faire certaines expériences pour lesquelles ils ont donné à l’appareil une forme plus parfaite ; l’introduction de la matière dans le réservoir se fait sans ouvrir l’appareil, grâce à l’élasticité d’un caoutchouc ; les lectures se font sans qu’on ait besoin de séparer le réservoir du mesureur. Enfin Monsieur Crafts a modifié l’appareil de Meyer de façon à mesurer, non pas absolument la densité des gaz, mais leur dilatation à haute température.

Ces auteurs ont contrôlé le fonctionnement de leur appareil en déterminant des densités connues; l’eau môme, dont la vapeur est plus légère que l’air donne de bons

résultats ; pour les températures élevées un certain nombre de poids moléculaires étaient en discussion ; quand il était nécessaire de déterminer avec précision la température atteinte, on chauffait un bloc de métal de la même façon que l’appareil et on le plongeait ensuite dans un calorimètre. Le réservoir était rempli d’air ou d’azote suivant les cas. On a objecté aux déterminations de MM. Meyer, sur lesquelles nous reviendrons du reste, qu’à ces températures élevées la densité de l’azote et de l’oxygène qui remplissent l’appareil, était elle-même inconnue et qu’elle pouvait même diminuer par le fait d’une décomposition de O 2 en 0-|-0; pour répondre à cette objection ils prirent la densité du mercure dont la molécule monoatomique ne peut pas, d’après la même théorie, subir de décomposition et ils trouvèrent 6.86 à 440 0 et 6,81 à 1567°, la théorie exigerait 6,91 ; Ils prirent en outre la densité de l’oxygène en décomposant de l’oxyde d’argent qu’ils introduisirent dans le cylindre : ils trouvèrent 1,06 à 1392“ et 1,04 à 1567; la densité théorique serait 1,03.

Méthode de H. Sainte-Claire Deville et Troost. — Le verre commençant à se ramollir vers 45 o°, le procédé Dumas n’est plus applicable ; MM. Sainte-Claire Deville et Troost l’ont remplacé par la porcelaine de Bayeux avec laquelle on fait des ballons de 300 centimètres cubes environ dont le cola 110 millimètres de long sur 4 de diamètre intérieur ; le col peut-être fermé exactement par un petit cône de porcelaine qui est seulement posé sur l’orifice pendant l’expérience, de manière à ne pas empêcher la sortie des vapeurs. L’étuve où l’on chauffe le ballon est formée d’une bouteille de fer analogue à celle qui sert au transport

'du mercure, qu’on a coupée à sa partie supérieure perpendiculairement à son axe et munie d’un rebord sur lequel s’applique une plaque de tôle de 3 à 4 millimètres d’épaisseur maintenue en place par des vis de pression et percée à son centre d’un trou de 1 à 2 centimètres de diamètre ; la bouteille porte de plus à sa partie supérieure un tube de fer destiné à condenser les vapeurs du bain qu’on y fait bouillir et à les faire couler soit en dehors soit en dedans après leur condensation. Le ballon se trouve ainsi maintenu à une température fixe 350° pour un bain de mercure, 440° pour le soufre, 86o° pour le cadmium et I040 b pour le zinc. Pour opérer on tare le ballon muni de son bouchon avec un autre tout semblable et hermétiquement fermé ; on y introduit ensuite la substance à vaporiser et on le place dans l’étuve, de façon que son col ne dépasse le trou central du couvercle que d’un ou deux centimètres, ce qui empêche la condensation de la vapeur ; on porte lentement le bain à l’ébullition qu’on maintient environ 20 minutes, puis on ferme le ballon en fondant le bouchon de porcelaine avec le chalumeau, on laisse refroidir, on enlève le ballon, on nettoie sa surface extérieure ; on le sèche et on le pèse : soit P le poids ; on plonge alors son col dans l’eau bouillie et on le coupe ; quand l’eau a pénétré dans le ballon qu’elb ne remplit jamais tout à fait, on ferme l’orifice avec le doigt de manière à retirer le ballon qu’on pèse de nouveau avec le liquide qu’il contient : soit P' le nouveau poids ; enfin on le remplit entièrement d’eau avec un entonnoir effilé et on refait une 3' pesée ; soit P" le nouveau poids. P"—P' donne le volume et par conséquent le poids P de l’air

qui était resté dans le ballon. Pour jauger le ballon on le vide, on le dessèche complètement et on le pèse plein d’air ; il est bien entendu qu’on avait au moment de la fermeture du ballon, déterminé la pression atmosphérique et la température du bain ; le coefficient de dilatation de la porcelaine avait été mesuré préalablement.

Au-dessus de 1040° on opère dans des moufles chauffés par un fourneau disposé de façon que la température soit la même partout, on se sert comme combustible de l’huile de houille ou du charbon des cornues à gaz réduit en petits fragments ; un second ballon de porcelaine placé à côté de celui qui sert à déterminer la densité, forme.un thermomètre à air permettant d’évaluer la température.

Méthode de M. Troost. — Cette méthode a pour but, en même temps qu’on mesure la densité de vapeur, de s’assurer s’il y a eu dissociation pendant l’expérience; l’appareil est une modification de celui d’Hoffmann; nous en donnerons seulement le principe. Supposons que le composé étudié soit susceptible de se dédoubler sous l’influence de la chaleur en eau et anhydride, la vapeur se conduira alors comme un mélange de gaz sec sous la tension f etjde vapeur d’eau sous la tension F—f; s’il n’y a pas eu décomposition, la vapeur se comportera comme un gaz sec dont la tension est F. Si nous introduisons dans la cloche où se trouve déjà la substance réduite en vapeur, un sel hydraté capable de se déshydrater à la température de l’expérience, en eau et en sel anhydre ou moins hydraté dont on connaîtra la tension de dissociation à la température considérée, lorsque le sel arrivera dans une vapeur non décomposée, il se détruira

Patein 5

en partie et l’on verra la colonne mercurielle baisser dans la cloche d’une quantité égale à la tension de dissociation du sel dans les conditions où l’on s’est placé; lorsqu’au contraire, il arrivera dans un mélange du composé et de vapeur d’eau, il se décomposera jusqu’à ce que la somme des tensions de cette vapeur d’eau et de celle qu’il va émettre en se décomposant soit égale à sa tension de dissociation ; l’abaissement de la colonne. mercurielle sera donc plus faible que la tension de dissociation du sel et la tension de la vapeur d’eau provenant de la décomposition du sel étudié sera justement égale à la différence entre ce nouvel abaissement du mercure et le premier. Pour étudier le chloral, M. Troost employait l’oxalate de potasse qui répond aux conditions requises : i° de dégager en s’hydratant moins de chaleur que les deux éléments eau et vapeur anhydre dont la combinaison constitue la vapeur étudiée; 2° d’avoir une tension de dissociation fort éloignée de la tension maximum de la vapeur d’eau à cette température.

Dans le cas de composés susceptibles de perdre, non plus de l’eau, mais une autre substance, un alcool, par exemple, on remplacerait l’oxalate dépotasse par un autre sel auxiliaire, une combinaison, par exemple, de cet alcool avec le chlorure de calcium. Nous discuterons dans un autre chapitre cette nouvelle méthode et les résultats auxquels elle a conduit son auteur. Résumons brièvement le mode opératoire : introduire dans l’espace vide un poids de substance connu et tel qu’à l’état gazeux, la vapeur acquière une tension bien inférieure à sa tension maximum pour la température de l’expérience; ajouter le sel auxi-

liaire et observer le sommet de la colonne mercurielle : s’il baisse d’une quantité H égale à la tension de dissociation du sel auxiliaire, on en conclut que la vapeur étudiée ne s’est pas dissociée ; si l’abaissement n’est que d’une quantité h, on en conclut que la vapeur étudiée s’est dissociée et a donné la même vapeur que le sel auxiliaire sous une pression égale à H —h.

Nous ne ferons que citer les procédés de Mitcherlicb, Régnault; ils n’exigent pas de bains de vapeur et la température est mesurée à l’aide d’un thermomètre à gaz soumis à un échauffement identique ; le vase thermométrique et le vase à densité sont en effet identiques et on les fait tourner autour d’un axe au milieu du moufle chauffé. L’estimation du poids de la matière se fait par un dosage chimique, et lorsqu’on opère à haute température, on peut avec avantage employer la vapeur d’iode comme gaz thermométrique. Nous dirons cependant quelques mots d’ün procédé nouveau dû à Von Klobukow.

procédé de Von Klobukow. — L’appareil employé s’appelle dilatomètre à densité de vapeur ; c’est un véritable thermomètre à poids dans lequel on juge du volume de la vapeur par le volume de mercure qu’elle a fait écouler hors de l’appareil en se formant au sein du réservoir thermométrique.

<r Le nouveau dilatomètre est formé de deux pièces : i° c un réservoir A terminé à sa partie inférieure par un tube « recourbé à angle droit et muni d’une garniture mé- « tallique à vis; 2° d’un tube capillaire B muni aussi d’une « garniture qui se visse sur la précédente et qui peut se rec( dresser verticalement ou s’incliner d’un angle quelconque

« sut l’horizon. L’orifice de déversement peut aussi se trou- « ver à un niveau quelconque. Le réservoir A se trouve « enfermé dans une étuve à vapeur; le tube B est hors de « l’étuve, et le mercure qui s’en écoule est recueilli, par « le moyen d’un tube incliné, dans une éprouvette graduée.

« Des expériences préliminaires ont permis de déterminer « d’après le volume de mercure écoulé, la position qu’il « convientde donner au tube B sur un cadran gradué pour « que le niveau de l’orifice et celui du mercure dans le t réservoir A soient dans un même plan horizontal. « Quand cette condition est réalisée la pression dans l’es- « pace intérieur A ne diffère de la pression barométrique « que par l’addition de la dépression capillaire correspon- « dant à la température de l'expérience. Cette dépression St « a été mesurée directement par des expériences spéciales « faites sur l’appareil; elle me paraît cependant être un c élément d’incertitude sur la méthode qui est obligée de <« faire usage d’une telle correction, dont la valeur attei- « gnait dans les expériences de l’auteur, une dizaine de « millimètres.

« Pour avoir la pression de la vapeur en A il faut en- « core retrancher de la pression totale mesurée la force « élastique maximum a de la vapeur de mercure à la tem- « pérature de l’expérience.

Nous n’entrerons pas dans plus détails pour une méthode qui a été modifiée depuis par son auteur, si non en principe du moins dans la forme de l’appareil.

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