TRAVAIL A PONT SIMPLE
La dent artificielle est munie d'une plaque métallique à sa partie linguale. Cette plaque offre deux prolongements latéraux, aboutissant à deux inlays, taillées en queue d'aronde et destinées à être scellées dans deux cavités ad hoc situées sur les dentsvoisines.il sera souvent nécessaire de munir ces inlays de pivots fixés dans les racines.
Manuel opératoire. — On creuse dans les deux dents voisines qui doivent servir de soutien une cavité de forme analogue à celle de l'extrémité des barres. Après avoir essayé la dent, en ayant soin de la calibrer, de manière à ménager un peu d'espace interstitiel pour faciliter le nettoyage, on met l'appareil en place et l'on scelle les barres dans leur cavité au moyen de ciment, d'amalgame ou mieux d'or.
Si les dents adjacentes n'offrent pas assez de solidité, on prolonge la barre ou le pont jusqu'à des dents plus ou moins éloignées, tout en ayant soin de pratiquer, au point de contact des dents malades avec le pont , des gouttières dans lesquelles elle passe et que l'on aurifie ensuite.
De tous les appareils à pont, ce sont les plus délicats à construire, et comme leur scellement est difficile à faire, ils ne peuvent résister à de grands efforts masticatoires ; aussi sont-ils peu employés.
Les nouvelles combinaisons que permettent de réaliser les inlays métalliques coulés ont rendu plus courante l'application de ces travaux limités à une ou deux dents.
§ 2. — Travail a pont composé.
Le travail à pont est composé lorsqu'il esl formé de
plusieurs dents artificielles e1 qu'il c prend «les moyens
de pétenl ion variés-.
On emploiera de préférence aujourd'hui dans les restaurations partielles ne comportant qu'une ou deux dénis
artificielles les inlays d'or, qui résistent mieux aux efforts de la mastication que les aurifications, qui présentent l'inconvénient de se désagréger assez rapidement autour des barres de platine. Grâce à eux, on peut obtenir, dans ces petits travaux, des résultats très satisfaisants tant par la durée que par la solidité, en laissant à un des moyens d'attache une demi-mobilité qui rapproche des conditions physiologiques normales. C'est ainsi que si un point d'appui se compose soit d'une couronne métallique, soit d'une dent Richmond, l'autre peut être fourni par un inlay s'emboitant par un ajustage en queue d'aronde dans un second inlay fixé à demeure dans une dent voisine. Des combinaisons nouvelles et multiples (1) ont été ainsi ouvertes à l'ingéniosité de l'opérateur par cette utilisation de l'inlay dans les travaux à pont simples (2).
| 3. — Moyens de rétention des appareils a pont.
Pour utiliser au maximum, conformément à ce qu'exigent les principes d'application des forces, et tirer des points d'appui que nous employons toute la valeur possible, il faut «pie l'adaptation des coiffes et des colliers soit parfaite et leur ajustement tel sur l'organe qu'ils emboîtent que le tout ne fasse qu'un.
Les pressions qui s'exercent sur les moignons de dents ou racines coiffées ou couronnées doivent être intégralement transmises à l'ensemble de. l'organe, la résistance aux forces et à leurs composantes étant en dernière analyse localisée aux procès alvéolaires et au ligament.
Ainsi se justifie par l'examen rationnel de l'application des forces la nécessité d'une préparation aussi soignée que possible des points d'appui, qui seule peut permettre l'ajustement minutieux des moyens d'attache du bridge.
(>) Voir Léger-Dorez, le Laboratoire, 1909 et 1910. (2) Voir Le.mière et Masson, Considérations mécaniques sur les bridges A. F. A. S. Dijon, 191 1.
En résumé on peut donc dire que :
Un point d'appui, pour être aussi parfait que possible, doit utiliser un maximum de surface, tout en exigeant un minimum de dégâts, et ce sans nuire à l'esthétique.
Les divers moyens de rétention des appareils à pont sont les cavités ménagées dans les dents voisines, les pivots, inlays fixés dans l'inlay à pivot, les dents à bagues, les couronnes métalliques.
1° L'appareil à pont peut, comme nous t'indiquions dans le paragraphe précédent, prendre son point d'appui par des inlays à ses deux extrémités dans des cavités de dents voisines;
2o L'une des extrémités peut être fixée, par un inlay à pivot pénétrant dans le canal d'une des dents adjacentes, et l'autre soudée à une couronne métallique;
3° Les deux extrémités peuvent être terminées par des inlays à pivot pénétrant dans les dents contiguës;
•4° Les deux extrémités, et c'est le cas le plus fréquent, peuvent être soutenues par deux couronnes métalliques;
5° Une des extrémités peut être soutenue par une dent ;'i bague ou dent de Richmond, l'autre par une couronne métallique.
L'inlay à pivot nécessite la dévitalisation de la dent. Il existe un moyen de fixation destiné à éviter la dévitalilisation, c'est la couronne de Carmichael. Elle est formée d'une bayue dont les extrémités mésialeseldistales aboutissent à un bourrelet qui s'adapte dans une rainure pratiquée sur les faces mésiales et distales de la dent. Une troisième rainure sur la face masticatrice complète la rétention ;
6" Enfin ces moyens de rétention peuvent être variés et combinés les uns avec les autres, selon l'importance et
les piliers de soutien. Ces combinaisons peuvent varier à
L'infini; elles sont subordonnées aux conditions de santé
des dents ou racines ijui doivent servir de points d'appui, à l'étendue fin bras de levier, aux efforts masticatoires,
aux règles de l'esthétique. Elles forment une partie intéressante du travail à pont, qui consiste à décider de quelle façon le bridge sera conçu et comment on peut utiliser avec le plus d'avantage les différents moyens de rétention que nous venons de signaler. Cette étude doit être faite sur des modèles rapidement préparés et donnant des indications précises sur les conditions de l'articulation, l'écart entre les dents, etc., détails difficiles à étudier souvent dans la bouche du patient.
Mode de fixation. — Le travail à pont peut être fixe ou amovible.
Dans le premier cas, il doit être construit de telle manière que le nettoyage puisse se faire facilement, c'est-àdire que les parties en contact avec la gencive doivent être aussi réduites que possible, et les liquides doivent pouvoir passer librement sous l'appareil.
L'appareil est scellé dans la bouche avec du ciment ou de la gutta-percha, suivant le procédé déjà indiqué pour les couronnes.
§ A. — Indications des appareils a pont.
Peeso, de Philadelphie, a résumé de la façon suivante (1) les cas pour lesquels les bridges sont particulièrement indiqués.
« Il n'est pas possible de spécifier tous les cas dans lesquels les bridges conviennent, mais nous nous efforcerons de donner une idée générale de ce que l'on peut attendre des différentes dents.
Quand les deux incisives latérales manquent, on peut compter sur les racines centrales pour supporter deux dents latérales artificielles ; mais il ne serait pas raisonnable d'en attendre davantage.
(0 Peeso, ABC des couronnes et des bridges, Cosmos, 1904. — Trad. Marg. Godon, Odontologie, igo5.
Quand ce sont les incisives centrales qui manquent, les racines latérales sont généralement assez résistantes pour supporter le bridge des dents centrales; mais, dans le cas où l'arc aurait une forme de V très prononcée il pourrait se produire sur les racines un effort excessif qui tendrai! à les affaiblir.
Une incisive centrale droite et une latérale gauche constituent de bonnes rétentions pour supporter le bridge de la centrale gaucbe et de la latérale droite, et vice versa.
Quand la centrale et la latérale du même côté manquent, la racine centrale et la racine latérale du côté opposé ne sont pas de force à supporter le bridge, qui doit, les rétablir sans L'aide de la canine.
Quand toutes les incisives manquent, on peut faire un bridge utile, de longue durée, salutaire au patient el lui allant bien si l'arc est large, si les canines sont suffisamment éloignées l'une de l'autre, de façon que les dents
Fiç. 74. — Bridge des six dents antérieures mont'' sur les racines des canines.
qu'on doit rétablir puissent être placées presque en ligne droite (fig. 74).
Quand l'are est très étroit, en forme de V, que les canines sont si rapprochées qu'on esi obligé de l'aire aux incisives une courbe extérieure bien au delà de la ligne des arcs-boutants (fig. 75), ce sérail courir de grands risques que de compter sur les canines seules pour supporter un tel bridge.
Dans ce cas, le produit de la force du levier serait m
Fig. 75. — Le même bridge, dé" fectueux par suite de la courbure exagérée de l'arc.
grand que l'effort constant exercé sur le bridge dans l'effort de la mastication tendrait à ébranler les racines
et à les forcer en dehors et en haut; mais, étant donné la position qu'elles occupent dans l'arc, les canines se trouveraient en dehors de la ligne des arcs-boutants (piliers du bridge), le produit de la force du levier serait assez grand pour ébranler la deut, et au bout de peu de temps le bridge ne serait plus utile (fig. 76).
On pourra utilement construire un bridge partant de la canine à la première ou à la deuxième grosse, molaire (lii>'.
77). Quand la troisième grosse molaire est très en avant, ferme, bien implantée et dans de bonnes conditions , on peut étendre le bridge jusqu'à cette dent
Fig-. 76. — Autre bridge défectueux par suite de la courbure exagérée de l'arc.
Fig, 77. — Cas favorable pour la construction d'un bridge. « Quand le bridge est opposé à un dentier, on peut le
faire plus lon°- que s'il était opposé à des dents naturelles. Que ce soit parce qu'on ne déploie pas la même force dans la mastication quand on emploie un appareil de prothèse ou parce que les tissus mous cèdent, toujours est-il que l'effort exercé' par les arcs-boutants ne parait pas le même.
Un cas que l'on rencontre assez fréquemment est celui où la'première bieuspideVtla première molaire manquent, tandis que la seconde prémolaire et la seconde molaire sont en place (fig. 78) (i). Ces dents constituent un ex-
Ojjj
Fig. 78. — Bridge des 6 dents antérieures monté sur les racines des canines.
cellent support pour le bridge des dents qui manquent, et, en haut, il en résulterait que les bords incisifs îles dents supérieures et inférieures se trouveraient considérablement éloignés I'ud de l'autre.
Si le bridge est assez grand pour comprendre les petites molaires, on se trouve avoir un appareil beaucoup plus solide, étant donné que ces deux rétentions, ajoutées aux canines, le rendent plus fixe, el la large surface de mastification des bicuspides contribue à l'empêcher de basculer en avant.
Ces conditions prévalent plus spécialement dans les cas des bridges fixes. Avec les appareils amovibles, les pos-
(1) Les fig. 5i à 70 et 7/j à 78 sont extraites de l'ABG des couronnes et des bridges, de Pebso, trad. Marc. Godok, Odon
totogie, igo5.
Godon. — Dentisterie opératoire. i5
sibilités des travaux à pont sont considérablement augmentées.
Quand les six dents antérieures manquent totalement, couronnes et racines, il y aura lieu, le plus souvent, d'abandonner Fidée du bridge pour celle d'un appareil de prothèse à plaque.
Quand les canines et les premières bicuspides sont absentes, ou encore les canines et les deux petites molaires, on courrait de grands risques en entreprenant de faire supporter un bridge à la seconde bicuspide ou à la première molaire. L'incisive latérale est une racine trop faible pour fournir le travail nécessaire dansce cas, même si la position de la dent était telle qu'elle permît de faire le bridge presque droit ; mais" étant donnée la position qu'elle occupe dans l'arc, les canines se trouveraient en dehors de la figure des arcs-boutants (piliers du bridge), le produit de la force du levier serait assez grand pour ébranler la dent, et, au bout de peu de temps, le bridge ne serait plus utile.
On pourra utilement construire un bridge partant de la canine à la première ou à la deuxième molaire.
On pourrait même, si l'on voulait, étendre ce bridye de façon à rétablir la troisième grosse molaire ; mais il vaut mieux ne pas compliquer la chose en faisant trop travailler les arcs-boutants.
Quand on veut remplacer toute la série des dents de la mâchoire supérieure, il faut qu'il y ait au moins quatre bonnes dents ou racines bien solides pour servir de piliers, c'est-à-dire les deux canines et une première ou seconde grosse molaire de chaque côté. Un appareil de cette nature, construit sur des piliers solides, peut être, au bout d'une dizaine d'années d'usage, dans un aussi bon état que le premier jour.
Quand il reste les deux racines des incisives centrales, celles-ci donnent naturellement plus de force à l'appareil.
et chaque dent en plus contribue nécessairement à augmenter la durée du bridge.
On peut placer à la mâchoire inférieure, sur un même nombre de racines que dans la mâchoire supérieure, un bridge plus grand, grâce à la pesanteur.
Ces diverses indications sont évidemment relatives et ne peuvent être considérées que comme des données générales. Les combinaisons très nombreuses qui peuvent être faites en s 'appuyant sur ces principes fondamentaux sont souvent basées sur la solidité des dentsou racines prises comme piliers du bridge, sur la restauration plus ou moins grande qu'on est obligé de leur faire subir avant de lescouronner sur la longueur du levier variable à chaque cas nouveau qui sépare deux dents de même ordre numérique dans l'arcade, et enfin sur l'articulation qui fait varier et modifier d'une façon capitale les efforts et la pression que doit supporter le bridge dans l'acte masticatoire.
§ 5. — Construction du bridge fixe
Quelle que soit la façon dont le travail à pont a été décidé, il est nécessaire de confectionner dans la bouche et d'ajuster à leur place respective les divers éléments qui forment ce qu'on peut appeler la carcasse du bridge.
Les combinaisons de ces appareils sont multiples; mais le principe de leur construction reste unique en son essence. Si le bridge se compose de couronnes comme piliers de soutien, celles-ci sont construites d'après une des méthodes que nous ayons exposées, et terminées, mais sans être polies; elles sont placées sur les dentsou racines qui doivent les supporter. Si le pont comporte des dents de Richmond ou une variété quelconque de dents à bague, celles-ci smit de même mises à leur place respective; enfin les pivots, prenant point d'appui dans les racines ou les cavités ménagées à cet effet dans les dents, y sont fixés au moyen d'un peu de cire collante.
Avant de prendre l'empreinte, il est bon de s'assurer que tous ces éléments de soutien sont dans la place respective qu'ils doivent occuper et qu'ils s'ajustent bien.
La question du parallélisme est aussi importante et doit être étudiée lors de la préparation des points de soutien.
Divers appareils ingénieux (Godon, Prevel, Richard- Chauvin, etc.) ont été imaginés à cet effet.
On doit chercher à l'obtenir en modifiant légèrement l'axe de chacune des dents ou racines, et non pas une seule. Cette question de parallélisme devient surtout importante dans les bridges de portée un peu étendue et où il y a plus de deux éléments de soutien ; on doit y songer dès qu'on commence à préparer les dents destinées à être couronnées, particulièrement dans les bridges amovibles.
Le procédé le plus simple,à notre avis,consiste à placer dans chaque racine des épingles noires dont les extrémités sortent des racines à traiter. Le moindre écart de parallélisme se manifeste d'une façon frappante et 'permet très facilement de déterminer dans quel sens et sous quelle forme doit se faire la correction de l'axe radiculaire ou des parois des dents qui doivent encore être réséquées.
L'empreinte peut être prise par la méthode déjà signalée, sans porte-empreinte, le plâtre, de consistance un peu épaisse, étant porté sur les gencives et autour des dents au moyen d'une spatule. Le patient, fermant la bouche, donne en même temps l'empreinte des dents antagonistes et l'articulation.
On peut aussi, dans les cas où l'on pressent que l'empreinte sera difficile, employer des porte-empreintes partiels et prendre ensuite l'articulation et l'empreinte des dents antagonistes par les procédés ordinaires.
Quelle qu'ait été la méthode employée, l'empreinte, traitée comme toute empreinte au plâtre, est coulée, ou mieux eucore,montée sur de petits articulateurs spéciaux
qui permet tout les mouvements de latéralité, comme les articulateurs de Bonwill, de Grittmann, de Gysi, etc., en un mot sur des articulateurs dits anatomiques.
Nous avons indiqué longuement (1) l'importance de la question articulaire dans la confection du bridge : l'étude des considérations mécaniques montre combien la prise des modèles et de l'articulation doit être minutieusement conduite, les traumatismes articulaires répétés qui sont le fait d'articulations vicieuses étant toujours liés à des négligences au cours de ces diverses opérations.
Des dents plates, choisies d'après l'articulation, la teinte et les espaces à remplir, sont ajustées de façon à former un tout conforme aux règles de l'esthétique et de l'articulation. Il arrive souvent que l'espace restant entre deux couronnes ou entre deux piliers est trop étroit pour donner place au nombre de dents qu'il devrait normalement contenir. Par contre, il arrive que cet espace est trop large. Ces conditions peuvent toujours être favorablement modifiées, soit en prenant des dents un peu plus larges, soit en ajoutant une dent supplémentaire, soit en remplaçant une petite molaire par une grosse ou réciproquement, en cherchant toujours à se rapprocher des conditions normales et du naturel.
Les dents doivent être ajustées avec un espace de 1 ou 2 millimètres entre leur collet et la gencive . Cette règle, très souvent méconnue ou négligée, donne lieu aux plus graves mécomptes.
Les dents qui, dans un bridge fixe, s'ajustent et pressent sur les gencives amènent rapidement un état congestif de celle-ci, qui rend le bridge intolérable. De plus, dans ces conditions, le nettoyage es( impossible, les ali-
(i)Voir Masson et Lemiéiie, lococitato, 1910, Bruxelles. (2) Voir K. Darcissac. Communication au Cercle odontologique, 19 m.
(à) Voir I'. Marïinier, Manuel de Prothèse dentaire.
ment s s'accumulantdans l'espace rentrant qui existe entre le bridge et la gencive .
Il faut qu'un fil puisse être passé facilement entre les dents et la gencive, et mieux encore que les poils de la brosse à dents, s'engageant dans cet espace, puissent le nettoyer mécaniquement.
En un mot, il doit y avoir pont, c'est-à-dire que les liquides doivent pouvoir passer sans obstacles entre les arches.
Les dents ajustées selon ces principes sont ensuite plaquées avec de l'or fin ou du platine mou, substances qui se modèlent parfaitement contre la porcelaine. Leur bord triturant doit être protégé suffisamment pour que, lors des mouvements d'occlusion, tout corps s'interposant entre les dents du maxillaire opposé et les dents artificielles du bridge vienne frapper contre l'or et la soudure qui protègent la dent, et, non contre la porcelaine. Cette condition est essentielle si l'on ne veut pas avoir continuellement à remplacer (in vivo) des facettes de porcelaine cassées, cette opération, exécutable malgré les grandes difficultés qui se présentent souvent, a toujours des résultats douteux, car on n'a plus alors qu'un bridge réparé, susceptible d'avoir ses facettes brisées à nouveau au moindre choc masticatoire.
Ces exigences des placages sont souvent difficiles à allier aux desiderata formels de l'esthétique et demandent de grandes précautions. Au cas où celle-ci est insuffisante et où, pour des raisons d'apparence trop impérieuses, il n'a pas été possible de se plier à ces règles de construction, il est préférable de fixer le bridge simplement à la gutta-percha, substance que certains praticiens (1) recommandent d'une façon courante pour le scellement de toutes les dents artificielles, ou, et ceci est la solution la plus rationnelle, de construire un bridge démontable qui répond à toutes les objections.
(i) V. Odontologie, 1911.. H. Villain, i5 février.
INDICATIONS DES APPAREILS A PONT 25g
L'emploi d'une plaque chauffante ou de petits fours électriques, destinés à cet usage, permettent d'amener la guttà-percha à consistance crémeuse et rendent sa manipulation aisée même pour les scellements multiples (1).
On peut résumer brièvement les exigences de ce stade particulièrement important dans la construction de l'appareil en disant que, si l'on regarde la partie visible et externe des faces de porcelaine, on n'y doit point apercevoir de trace d'or ou de placage, tandis qu'inversement, sur la partie destinée à être soudée, la porcelaine ne doit pas apparaître.
Enfin nous ne saurions passer sous silence une méthode élégante et rapide qui, depuis l'introduction, dans la technique dentaire, de la méthode de « l'or coulé », permet la suppression de l'opération délicate du placage.
Elle consiste, après (pie le bridge a été entièrement façonné en cire, comme une plaque-base, destinée à être mise en revêtement; à retirer les faces de porcelaine et à introduire dans les trous laissés vides dans la cire, par les crampons de platine des dents artificielles, des fragments de mine de plomb, bien calibrés.
L'opération de la coulée terminée, la mine de plomb est enlevée par forage et les facettes qui doivent s'introduire à frottement un peu dur sontscellées au ciment ou ausoufre,comme on lefaitavec les dents dites «a tube ».
Les faces triturantes des facettes de porcelaine, estampées par un des procédés employés pour les couronnes, sont mises en place de façon à ne point laisser de vides entre leurs bords et à venir s'ajuster parfaitement avec le métal du placage.
Diverses méthodes onl été indiquées pour ajuster d'une façon parfaite ces cuspides en or et pour qu'aucun vide ne se trouve entre eux et loi qui a servi à plaquer les dents. Ces espaces, évidemment, doivent être soigneusements évités, car ils sont de nettoyage difficile.
Une méthode longue, mais parfaite, consiste à tailler
(i)Voir A. Zimmermann, Communication à la société d'Odontologie, novembre 1911.
les porcelaines selon un angle de 45° et à les plaquer ensuite; puis les cuspides en or sont estampés et remplis soit d'or fin, soit de soudure à un titre élevé et limés sur un angle de 45° également, de façon à ce que ces deux angles viennent s'adapter d'une façon parfaite.
Tous les éléments dû bridge sont alors réunis avec de la cire collante, modelée comme le sera définitivement l'appareil, qui est prêt à être placé dans le mélange terre et plâtre. Il importe, dans le placement des faces de porcelaine, de laisser entre elles un espace léger qui permette leur expansion pendant la chaleur. Faute de cette précaution, on retire souvent le bridge du feu avec les porcelaines cassées, accident qui est le plus souvent dû à cette cause.
Quand les empreintes ont été correctement prises, il n'est pas nécessaire d'essayer un bridge; il peut être terminé tel qu'il est monté sur le modèle en plâtre.
Cependant, dans les cas où les éléments d'attache du bridge sont nombreux et répartis sur toute une arcade, il V a souvent intérêt à les réunir ensemble sur un premier modèle par un fil de platine résistant, ce qui permet de faire un essai préalable de la carcasse de l'appareil et de vérifier si toutes les parties qui le composent prennent rigoureusement leur place.
Si l'on a pris soin de s'assurer que cette barre ne gênera pas plus tard le placement des faces de porcelaine, elle peut être laissée définitivement pour renforcer la soudurcet donner à l'ensemble du bridge une plus grande résistance.
Pour ne causer aucun changement et éviter le moindre déplacement, on taille le modèle primitif de façon à laisser le pont sur un fragment de plâtre très petit, du modèle primitif, qu'on entoure alors comme à l'ordinaire.
On soude avec une soudure d'un titre aussi élevé que possible. Si les couronnes ont été brasées, les dents Richmond ou autres soudures faites soit à l'or fin, soit à
la soudure à 22 karats, l'appareil peut être soudé à 22 karats nu à 20 karats.
Réparé et poli, il est alors prêt à être posé.
| 6. — Avantages et inconvénients du bridge fixe
Avantages. — On reconnaît aux appareils à ponts les avantages suivants :
1° Le parfait remplacement des dents perdues par des dents artificielles sans l'usage d'une plaque-base;
2") L'absence de toute plaque pouvant gêner la langue dans l'articulation des sons;
3° Les dents naturelles ne sont pas abîmées par la présence de crochets glissant sur elles;
4° Les fonctions du <çoût s'accomplissent mieux, et les tissus voisins restent parfaitement sains, puisque ni les gencives ni le palais ne sont couverts d'une plaque ;
5o L'appareil reste solide et ne bouge jamais, ni pendant la phonation ni pendant la mastication;
6° Le poids de l'appareil et les forces dans l'acte masticatoire sont distribués proportionnellement sur les dents naturelles, qui sont plus indiquées pour cet effort que les crêtes alvéolaires;
7° Pour le remplacement d'une dent ou de deux dents. et comme conséquence des conclusions précédentes, le bridge-work est supérieur à tout autre moyen prothétique;
8° Les opérations pratiquées en prothèse sont plutôt temporaires que permanentes dans leurs résultats; les bridges, au contraire, à l'instar des autres procédés de la dentisterie opératoire, ont une durée en rapport avec l'habileté avec laquelle ils ont été construits et les indications qui l<-s nui suggérés.
Pour corriger l'aspect trop apparent et souvent înesthétique de l'or ou des soudures qu'exige la construction des bridges par les méthodes précédentes, Jenkins, de Dresde, a imaginé d'employer la porcelaine.
L'idée fondamentale de son procédé consiste à obtenir une charpente en platine, extrêmement résistante et susceptible de supporter sans la plus petite déformation les pressions les plus fortes.
Ce résultat, Jenkins l'obtient en se servant, pour les couronnes, pivots, assemblage, de platine auquel l'iridium est associé dans des proportions déterminées et variant de 10 à 25 et même 30 0/0. Les diverses parties du bridge sont reliées avec des soudures de platine dont le point de fusion doit être supérieur à celui des pâtes qu'on emploie ensuite pour reconstituer les formes des dents ou la gencive quand besoin est.
Ce procédé extrêmement ingénieux est souvent d'application difficile et nécessite une hauteur d'articulation suffisante pour que la porcelaine qui recouvre le squelette métallique ait une épaisseur (1) lui permettant de résister aux chocs articulaires (2).
.Mais employé avec discernement, dans des conditions favorables, il réalise une heureuse combinaison en alliant les avantages incontestables du bridge-work aux exigences de l'esthétique.
Inconvénients. — D'un autre côté, on adresse au bridge fixe les objections suivantes :
1° Les bridges ne reconstituent pas les tissus mous au-dessous d'eux, puisque des gencives artificielles ne peuvent être employées dans ce genre de travail ; ils sont donc inférieurs au point de vue esthétique;
2° Les espaces formés dans les bridges sous les dents artificielles entre elles et la gencive appelés par leurs partisans self cleaning spaces (espaces se nettoyant d'eux-mêmes) servent souvent de réceptacles aux débris alimentaires, lorsqu'ils ne sont pas suffisants ;
1 Pour les détails de la construction de ces appareils, v. Jenkins. Odontologie, i5 janvier ign,pae;e5.
(2 V. aussi : Jenkins, la Prothèse de porcelaine (Odontologie, njoè, p. 181).
3? La parole du patient est souvent modifiée par ees espaces, en particulier pour les dénis antérieures ;
4° Les dents servant de soutien sont irrémédiablement détruites lorsqu'elles ont été couronnées ;
o° Dans les cas de bridges à Longue portée inamovible, la propreté est difficile à obtenir; il peut se former des produits d'oxydation qui peuvent être nuisibles s'ils ne sont pas toujours parfaitement nettoyés;
6° Dans les cas où une. des faces de porcelaine du bridge se casse, la réparation en est aussi pénible pour le patient que pour l'opérateur;
7° On exiiçe des dents qui supportent le bridge un effort plus grand que celui auquel elles sont normalement destinées et une immobilité anormale;
8° Les caries sur les dents tangentes aux bridges sont d'un accès difficile, ne permettant que très difficilement de placer la digue.
Pourtant, jugé d'une façon impartiale, le bridge-work offre de très grands avantages, surtout lorsqu'il est bien raisonné dans sa construction et qu'il est judicieusement employé.
.Mais, pour répondre aux objections el aux défauts inhérents aux bridges fixes, on peut construire aussi des bridges amovibles.
§ 7. — Bridges amovibles.
Ceux-ci réduisent à néant la majorité des objections formulées par les adversaires du bridge. Ils offrenl en outre les avantages suivants sur les bridges fixes :
1» Le nettoyage en esl simple, puisqu'ils peuvent s'enlever et se replacer au gré du patient ;
-1" Le côté esthétique peut être réalisé comme le désire l'opérateur,puisque toutes les espèces de dents : dents pleines en porcelaine, dents à gencives, etc., peuvent être employées ;
3° En cas de fracture d'une porcelaine, la réparation se fait facilement, sans ennui pour le patient et pour l'opérateur ;
4° Ils permettent le traitement des dents continues d'une façon parfaite, puisque la digue peut être placée, ce qui est presque impossible avec les bridges fixes ;
5° Ils fatiguent moins les dents qui servent d'arcsboulants et sont pour cette raison susceptibles d'être plus étendus que les bridges fixes (1).
§ 8. — Construction du bridge amovible.
Sa construction, quoique simple, exige une série de manipulations successives assez délicates, et dont la description détaillée ne rentre pas dans le cadre de ce manuel. Nous nous contenterons de les résumer, comme nous l'avons fait pour les bridges fixes, en renvoyant aux livres spéciaux. Le bridge amovible se compose d'une partie fixe et d'une partie mobile.
La partie fixe du pont est scellée sur les arcs-boutants préparés ad hoc. La taille de ces arcs-boutants est à peu près la même que pour les bridges fixes, la forme conique des dents seule étant exagérée pour permettre l'emboîtement des couronnes-télescopes qui forment les bases du bridge amovible ; elles se composent d'une chape fixe et d'une couronne de revêtement.
Le parallélisme est particulièrement important et doit être minutieusement et fréquemment contrôlé au cours de la préparation.
Les couronnes fixes étant en place, l'empreinte est prise et coulée avec les chapes fixes.
Celles-ci, retirées de l'empreinte, sont ensuite montées sui' de petits cônes d'un métal fusible à basse tempérait) Couronnes fixes de bridges démontables, voir Masson, Odontologie, 1900. Laboratoire, 1905. G. Roussel, Couronnes et Bridge- Works.
ture. La couronne amovible est alors construite sur cette première couronne fixe ; après quoi, le tout est remis en place sur l'empreinte, l'articulation contrôlée. Les dents intermédiaires en porcelaine ajustées, le bridge est monté comme un pont fixe (1).
Soudé et poli, le pont est prêt à être mis en place. Les couronnes télescopes et le pont une fois en place sur les
F'&- 79- — Bridge amovible, couronnes fixes, une petite bague de cire est modelée à
l'endroit où les deux couronnes s'emboîtent, pour empêcher le ciment de fuser dans ce) espace. Le tout est alors scellé ensemble, par 1rs procédés ordinaires. Vingt-quatre heures après, lorsque le cimentes! parfaitement dur,
(i) Voir G. Yjili.ain, Odontologie, 1910.
on enlève la petite pellicule de cire et l'on peut séparer la portion amovible du bridge.
Les bridges amovibles peuvent prendre ainsi un de leurs points d'appui sur une tige qui "'lisse à frottement doux dans un tube à extrémité inférieure fermée, et qui est scellée dans une dent ou dans une racine. Pour les travaux à pont court, ce procédé est excellent. Le pivot a son extrémité fendue, les deux branches peuvent être légèrement séparées lorsque, par l'usage, le pivot glisse trop facilement dans son tube. L'orifice du tube est aurifié de façon à s'opposer à toute carie ultérieure (1).
Mieux encore, grâce aux multiples combinaisons que permettent les inlays, le second point d'appui peut être fait d'un inlay s'emboîtant dans un autre plus volumineux. A ces inlays peuvent être ajoutés, selon les cas, des pivots, des tubes, etc., les combinaisons pouvant varier à l'infini.
Les bridges démontables permettent l'emploi de selles ou plaques très étroites suivant seulement la crête alvéolaire lorsque les points d'appui sont faibles, ou lorsque la pression masticatoire est augmentée.
Ces selles, encore qu'elles s'adaptent parfaitement sur les gencives dans les bridges fixes, peuvent être des sources de fermentations alimentaires ; à moins d'être fixées au ciment suivant le procédé préconisé par Herbst, le nettoyage est impossible, et, partant, elles doivent être employées avec beaucoup de discernement. Elles peuvent rendre de grands services quand elles sont appliquées sur des fibro-muqueuses très saines, résistantes et dures.
Mais leur ajustement doit être parlait; sans toutefois exercer des pressions exagérées, elles doivent s'appliquer sans aucun vide.
Ainsi comprises, elles peuvent permettre l'application de bridges dans des cas désespérés, où les piliers d'al tache trop éloignés ou insuffisants semblaient a priori
(i) Voir Léuer-Dorez : le Laboratoire et le Progrès dentaire (passim, 1910 et 1911).
faire rejeter toute application d'un bridge. Elles sont, par contre, très utiles dans les bridges démontables, parce qu'elles diminuent notablement la fatigue des piliers. Elles permettent aussi de construire avec de plus faibles moyens de soutien des bridges de plus grande dimension.
De plus, sur ces selles, nous le redisons, très peu larges et embrassant juste la rondeur de la crête alvéolaire, on peut monter des dents à tube, et mieux encore, car, comme on les fait ordinairement en platine, on peut y faire du continuous-gum.
Le bridge amovible permet ainsi au praticien de mettre en usage toutes les ressources que lui offre la prothèse par les combinaisons infinies auxquelles elle laisse le champ ouvert.
Nous terminerons le chapitre des couronnes et des bridges en rappelant que, si ces travaux sont judicieusement exécutés par la reconstitution des contacts et des plans d'articulation naturels des dents, ils doivent rétablir l'équilibre articulaire des dents et l'occlusion normale des arcades dentaires (1). Dans la construction du bridge amovible, le principe de la coulée sous pression rend les plus grands services, en permettant d'obtenir d'une façon relativement facile une grande précision dans l'ajustage des parties constituantes.