CHAPITRE X TRAITEMENT DE LA PYORRHÉE ALVÉOLAIRE
Au fur et à mesure que l'étiologie de cette lésion devient mieux connue, les moyens de traitement sont plus efficaces ; et bien qu'à l'heure actuelle la cure radicale de l'affection puisse être difficilement obtenue, l'ensemble des procédés thérapeutiques dont nous disposons permet d'obtenir des résultats sérieux et durables (1).
Les rapports de la pyorrhée alvéolaire ou polyarthrite alvéolo-dentaire avec les conditions de santé générale de l'individu et son passé héréditaire fournissent les indications du traitement général, souvent d'une grande efficacité, et qui tend dans ses grandes lignes à activer la nutrition affaiblie et à élever le coefficient de résistance de l'organisme; mais on doit surtout compter sur le traitement local, dont nous avons seulement à nous occuper ici, et qui comprend une série d'opérations qu'on peut résumer comme il suit :
1° Lavages antiseptiques et nettoyage parfait de la cavité buccale et des dents;
2° Curetage des clapiers gingivaux et grattage minu-
(1) Voir J. Tellier, la Pyorrhée alvéolaire, Lyon, 191 1.
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tieux des racines des dents atteintes, de façon à enlever d'une façon complète les dépôts de nature spéciale qui les recouvrent (calculs sériques) ;
3° Injections de liquides modificateurs dans les poches purulentes :
4° Révulsion sur les gencives par les pointes de feu et les massages répétés des gencives;
5° Limage, meulage et redressement des dents pour corriger leur allongement apparent, leur déplacement, et pour rétablir autant que possible l'articulation normale et l'équilibre articulaire des dents;
G" Fixation des dents à l'aide de ligatures, au moyen de iils de soie ou de platine, et pose d'appareils fixes ou mobiles pour maintenir les dents ébranlées et rétablir l'équilibre.
1° Lavages antiseptiques. — La cavité buccale doit être tenue dans un grand état de propreté par d'incessants lavages au moyen de liquides antiseptiques.
Les sels de zinc, par leur action légèrement caustique, sont des antiseptiques parfaitement appropriés.
Chlorure de zinc. 8 çr.
Eau bouillie iooo gT.
Essence de menthe ?5 gr.
On a conseillé le bichlorure de mercure (Galippe), l'iodure de zinc, l'eau oxygénée, le coaltar, qui donne de lions résultats. Ce traitement doit être suivi régulièrement par le praticien à chaque séance de traitement, etparle patient sons forme de bains de bouche, le liquide antiseptique devant séjourner pendant un temps assez long au contact des tissus. Les lavages sont, précédés de pressions sur les gencives, exercées avec le doigt, de bas en haut pour la mâchoire inférieure, el de haut en bas pour la mâchoire supérieure; elles ont pour but d'expulser toute sécrétion des poches gingivales.
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2° Grattage. — Le grattage, mécanique des racines est l'un des points les plus délicats du traitement de la pyorrhée. Il importe d'enlever d'une façon parfaite et complète les calculs sériques déposés sur les racines et qui sont d'une nature et d'une origine particulières (1). Ils se déposent autour de la racine et souvent ne forment qu'une mince écaille, contournant et tapissant celle-ci d'une façon régulière, et dans d'autres cas formant de petites concrétions isolées.
Cette opération demande une grande délicatesse de touche et une perception digitale qui ne s'acquiert que par une longue habitude.
On opère sous les gencives; le seul sens du tact permet de déceler le dépôt, et de ne pas confondre sa surface un peu granuleuse avec celle du cément qu'il recouvre.
Cette opération est absolument indépendante de celle que l'on entend ordinairement sous le nom de nettoyage, i|iii doit être préliminaire à toute opération dans la cavité buccale et que nous avons précédemment décrite.
L'ablation de ces dépôts de nature spéciale a, par sa difficulté, incité les praticiens à créer de nouveaux instruments, grattoirs à lame très étroite, extrêmement élastique, très légèrement recourbés à leur extrémité et destinés à racler la surface de la racine. Leur petit volume leur permet de passer entre la surface de la racine et le ligament sans déchirer ce dernier.
Les séries les plus connues sont celles de Harlan, Younger, Kirk, etc.
Nous donnons ci-après une série d'instruments de Younger (fig. 94 à 96).
Le nettoyage mécanique de chaque dent malade est long et minutieux ; certains auteurs recommandant de ne pas traiter plus d'une dent à chaque séance.
D'autres recommandent d'anesthésier les culs-de-sac
(i) Voir Kikk, Odontologie, :go5.
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alvéolaires avant do procéder au grattage. Cette pratique
Fig. o4- — Instruments de pyorrhée de Younger (Ch.Grafrath, New-York).
Fig. <)5. — Instruments de pvorrhée de Younger (S. S. White).
est honne à condition d'apporter une grande minutie dans le maniement dos instruments. Dans ces ras l'anesthésie s'obtient en introduisant des cristaux de chlorhydrate de cocaïne dans les culs-de-sac alvéolaires. Il ne faudrait pas avec cette méthode faire le grattage d'un trop grand nombre de racines et dépasser la dose maxima d'un ou deux centigrammes du produit, autrement on pourrait avoir des phénomènes d'intoxication.
3° Injections modificatrices. — Chaque grattage de la racine doit être suivi d'injections locales détersives et modificatrifaites au moyen d'une seringue de Luer ou de Pravaz stérilisée.
II y a intérêt à se servir d'une aiguille de platine mousse afin de ne pas blesser le ligament.
Fig. 96.
Instruments
d'Ash.
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Ces injections peuvent avoir pour but :
lo d'enlever les résidus du grattage, et dans ce cas l'eau stérilisée ou l'eau oxygénée remplissent le but ;
2o de modifier les tissus alvéolaires; de tarir la suppuration et de remplacer par un tissu cicatriciel le tissu fongueux et infecté des culs-de-sac. Dans ce but un grand nombre de substances ont été préconisées. Nous ne citerons que les suivantes.
L'eau oxygénée a été vantée, ainsi qu'un de ses succédanés, le pyrozone, solution éthérée d'eau oxygénée : et le perhydrol qui permet d'obtenir de l'eau oxygénée à 100 vol. au moment de l'emploi : Ilarlan recommande la résorcine en solution à 5 ou 10 0/0; les solutions faibles d iodure dezinc, de chlorure de zinc, les solutions hydrargiriques à un ou deux pour mille ont été employées, etc.
Enfin on a eu recours aux acides faibles : l'acide chromique, d'action un peu énergique (Magitot), l'acide sulfurique en solution, l'acide lactique (Younger). Quel que spit l'agent employé, ces injections doivent être répétées fréquemment et à intervalles égaux, la modification des phénomènes morbides ne survenant qu'après un traitement régulier et long;
3° On cherche depuis longtemps un agent chimique capable de dissoudre les dépôts calculeux des racines, ces recherches sont d'autant plus difficiles que l'on n'est pas encore très certain de la composition chimique de ces dépôts.
Quoi qu'il en soit, Head, de Philadelphie, préconise dans ce but le bi-fluorure d'ammonium qui semble donner de bons résultats.
Ce produit a été étudié en France par Kritchevsky et Pailliottin (1).
(i) Pailliotix, Congrès de Toulouse, 1900. A. F. A. S.
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excitée, et à toute période delà maladie la révulsion ignée a une action bienfaisante ; les pointes de feu doivent être faites avec le galvanocautère sur plusieurs points s'étendant sur le trajet vertical de la racine, la pointe du eau tère chauffée à blanc touchant légèrement la gencive. Cette révulsion ignée, suractivant les phénomènes de nutrition locale, enraye quelque peu le processus atrophique. Des applications sur la gencive d'un révulsif léger, comme l'iode et l'aconit à parties égales, peuvent être en l'espèce un utile adjuvant aux pointes de feu.
La circulation locale peut être améliorée et rendue plus active encore par des massages bi-journaliers que le patient peut faire lui-même avec la pulpe de son index en pressant sur la gencive de l'apex de la dent à son collet; le glissement est facilité en trempant l'extrémité du doigt dans une solution alcoolique de quinquina. Certains auteurs, dans le même ordre d'idées et pour activer la circulation collatérale de la dent et la vie cellulaire dans le ligament, ont proposé de trépaner la dent ou les dents atteintes, d'enlever la pulpe et ses rameaux, lut-elle mortifiée ou non du fait de l'extension de l'infection à la région apicale ou de sa propagation à l'organe central. Le traitement se résume dans ce cas en celui de toutes les dents dont on enlève la pulpe ; le canal est obturé comme à l'ordinaire.
Les modifications heureuses ont souvent suivi ce genre de traitement, qui devient alors nécessaire, quand, l'infection gagnant l'organe central, des douleurs spontanées se font sentir. On a conseillé aussi le massage vibratoire de la gencive à l'aide de tampons de caoutchouc adaptés au maillet automatique du tour dentaire. Cette méthode est encore à l'étude.
5° Rétablissement de l'occli mon normale. — Le limage et le meulage des dents atteintes d'allongement apparent par suite de la rétraction de leur attache gingivale
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donnent souvent d'heureux résultats. Les chocs constants qu'elles reçoivent de leurs antagonistes lors des mouvements d'occlusion contribuent encore à affaiblir leurs moyens de rétention lorsque l'articulation est anormale ; l'engrènement doit donc être régularisé pour tout déplacement nuisible de l'organe dans la mastication (1).
6° Fixation des dents. — C'est ce point de vue très particulier du maintien de l'organe ébranlé, de son repos absolu pendant un certain laps de temps, qui a amené les praticiens à attacher les dents à l'aide de ligatures en fil de soie ou de platine ou à appliquer des appareils de maintien. Certains praticiens ont ainsi construit, pour maintenir une série de dents atteintes de pyorrhée, des appareils mobiles que les patients pouvaient à volonté retirer pour le nettoyage, contournant les faces labiales et jugales ou palatines des dents de façon à les maintenir fermes et à les empêcher de ressentir individuellement et d'une façon trop accentuée les chocs de l'articulation. On conçoit que, dans ce genre d'appareil, la combinaison des moyens de rétention est entièrement subordonnée au cas à traiter et peut varier à l'infini (2).
Certains auteurs se sont montrés partisans des appareils fixes portés pendant un laps de temps plus ou moins grand ; ces appareils sont scellés à l'aide de ciment à l'exemple des appareils employés en orthodontie . D'autres, plus hardis encore, ont placé des appareils à pont sur des dents ou des racines atteintes de pyorrhée, etc.
Mais l'emploi des ligatures se fait toujours avec succès avant la pose d'appareils de maintien, tant pour redr.esser les dents déplacées que pour diminuer les phénomènes de pyorrhée et pour les maintenir en place quand
(i) Voir (îodon, Action mécanique delà mâchoire, ...Pyorrhée alvéolaire {Odontologie, igo5).
(2) Voir Ames de Chicago, cl Rhein, de New- York, Dental Cosmos, 1904, etc.
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tous les moyens de traitement que nous avons mentionnés avaient été employés préalablement.
C.h.Godon recommande un appareil fort simpleet d'une grande efficacité pour le maintien des dents très ébranlées. Une barre de platine est ajustée soigneusement sur le
Fig. 97. — Appareil de maintien dans un cas de pyorrhée alvéolaire.
bord gingival interne en contournant soigneusement le collet de chaque dent sur une région plus ou moins éten^ due, suivant le nombre des dents à consolider. Chaque dent est reliée à la barre de ma'intien par de fines ligatures qu'il est facile de dissimuler -mis la gencive. Les dents normales constituent les pointsd'appui du système. Dans lis
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cas de mobilité très considérable ou peut munir les dents les plus atteintes d'inlay à pivot que l'on soude à la barre de maintien. Il faut veiller à ce que les dentsainsi fixées s'engrènent normalement avec leurs antagonistes. Cet appareil demande cependant une certaine surveillance ; il est excellent comme appareil d'attente.
Les appareils définitifs qui semblent donner les meilleurs résultats sont les bridges composés d'inlays à pivot soudés entre eux par leurs faces proximales. On obtient de la sorte un système rigide, capable de résister avec des points d'appui médiocres à la yforce masticatrice; souvent pendant de longues années.