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SAINT ANTOINE DE PADOUE

LES ENVOIS DE ROME loi

personnes très spirituelles. Ils se sentiront réconfortés par la pensée qu'ils ont maintenant des camarades transatlantiques qui déjeunent à la Maison-Blanche. Nous nous reprendrons de quelque amour pour une de nos institutions traditionnelles, à l'idée que nous la recevons des Américains. Gomme les vins qui semblent meilleurs au retour de l'Inde, la création de Colbert nous paraîtra rajeunie par l'air de New-York et de Washington. Et si quelque étourdi ose parler encore de déserter notre colline du Pincio, on regardera une fois de plus du côté de l'Ouest, en prononçant la phrase sacramentelle : Cela ne se passerait pas ainsi aux Etats-Unis !

» Qu'il soit permis, toutefois, à ceux que ne possède point la rage de détruire, de s'enorgueillir d'avoir de tout temps aimé pour elle-même cette grande école d'idéalisme de notre Académie romaine. L'intelligence et la sensibilité d'un artiste ont besoin pour s'ouvrir et pour s'exalter de respirer l'atmosphère de deux patries spirituelles : l'Italie et la France. Deux pèlerinages sont nécessaires aux jeunes âmes éprises de beauté. Seuls les Français peuvent se permettre de n'en faire qu'un hors de leurs frontières. Les Américains veulent exiger de leurs artistes qu'ils accomplissent les deux : ils auront une station d'enthousiasme à Rome comme ils en ont déjà une à Paris. Voilà pour nous une belle occasion de rester nous-mêmes en imitant les autres. Bien entendu, gardons-nous de dire que c'est nous que les autres imitent. La modestie est une grâce de douairière qui sied à l'Europe en cheveux blancs (i). »

Denys Puech devait faire simultanément et fréquemment les deux pèlerinages que le chroniqueur humoristique conseille aux Américains, et de Rome où il était sa pensée se reportait avec délices vers Paris. Le régime de la Villa Médicis, que d'aucuns représentent comme empreint d'une sévérité draconienne, lui permettait ces mystérieuses envolées. Les règlements valent ce que valent les hommes chargés de les appliquer. Or, en 1884, TEcole de Rome avait à sa tête un Directeur, M. Hébert, peintre de grande valeur, et, ce qui ne gâtait rien, homme de cœur (2). On a récemment et à propos de l'Ecole de Rome

(1) En marge, dans le Temps de janvier 1906.

(2) M. Georges Lafenestre a publié, en 1897, dans la Gazette des Beaux- Arts, une biographie de

agité la question de savoir s'il ne serait pas plus s:age de confier la direction des grandes écoles de TEtat à des administrateurs plutôt qu'à des artistes. Les qualités d'un directeur sont toutes différentes de celles d'un professeur et il n'est pas plus nécessaire d'être peintre pour diriger une Académie de peinture que d'être marin pour diriger le Ministère de la marine. Mais à Rome les jeunes gens, subitement transplantés à la Villa Médicis, ont besoin de trouver chez leur directeur autre chose qu'un comptable ou un administrateur : il leur faut un aide, un soutien, un ami, quelquefois un consolateur. C'est ce que M. Hébert fut pour Denys Puech.

Entre le directeur et le nouveau pensionnaire existaient des affinités de goût, de caractère et de sentiment ; ils se comprirent vite. M. Hébert avait, comme Puech, et au plus haut degré, le sens de la délicatesse et de la grâce ; on n'a pour s'en convaincre qu'à jeter un rapide coup d'oeil sur la Malaria du musée du Luxembourg et sur les pifferari Italiens. M. Hébert avait, comme Puech devait l'avoir plus tard, une pleine conscience de sa valeur et supportait difficilement la critique ou la contradiction (i). Comme lui, mais quarante ans avant, après avoir longtemps résisté à l'influence Italienne, il devait finir par ne plus pouvoir quitter la Villa Médicis, et, une fois sa pension terminée, prolonger d'un an son séjour à Rome. Enfin, par une ressemblance particulièrement touchante, tous deux avaient le culte de leur mère, et, lorsque Puech appela la sienne à Rome, M. Hébert comprit, parce qu'il les partageait (2), les sentiments de joie et de piété qui animaient son jeune pensionnaire. Sous la direction de M. Hébert, Puech se plia facilement à la rigueur des antiques règlements et ne souffrit pas trop des sévérités qu'on leur reproche tant de nos jours : le célibat, l'internat,

M. Ernest Hébert et une étude de ses principales œuvres. M. Jules Claretie a donné sur le même artiste une remarquable étude dans la Revue de Fart ancien et moderne, numéros du lo décembre 1906 et du 10 janvier 1907.

(1) Il faut lire à ce sujet dans GérÔme par Moreau-Vauthier, p. iSy, la façon dont M. Hébert accueillit un soir à la boîte à thé un critique d*art qui, à propos de la Malaria, Tavait englobé dans un article très mordant intitulé : Artistes à décourager,

(2) La piété filiale de M. Hébert nous a valu un de ses chefs-d'œuvre. Pendant la guerre de 1870-71, il dirigeait déjà TEcole de Rome. Sa mère fut en France atteinte d*une fièvre pernicieuse. M. Hébert fit alors vœu d*omer TEglise de la Tronche, au diocèse de Grenoble, d*un tableau de sa main si Dieu lui conservait sa mère et préservait le Dauphiné de Tinvasion Prussienne. Madame Hébert guérit, les Allemands ne vinrent pas et dans TEglise de la Tronche se trouve un magnifique tableau représentant : la Vierge de la Délivrance,

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la périodicité des envois et l'obligation de la résidence. Un des articles du règlement édicté par Colbert impose aux pensionnaires de la Villa Médicis l'obligation du célibat. Que n'a-t-on pas dit et écrit, en ces derniers temps, contre cet article, à la suite d'un incident survenu en igoS ? M. Emile Bergerat, dans un article plein d'humour, représente le logiste victorieux à la fin de son recueillement claustral. Il court à sa fiancée,

Etude (Dessin au crayon).

et le front ceint du laurier, il lui dit : « Embrassez vos chers parents et priez-les de nous bénir ; nous partons pour Rome tous les deux, et nous y scellerons notre tendresse fidèle dans cette ville de Léon X ; là, notre lune de miel sera douce et peut-être, le bon Dieu aidant, quelque gage d'union légitime viendra-t-il ajouter un fleuron maternel à la couronne que je vous tresse. — Partons », fait-elle. Mais l'Etat surgit !... il surgit en la personne de notre Dujardin-Beaumetz. Halte-là ! sourit-il. Et il ajoute : « Le prix de Rome continue !... » Il continue, en effet, en ceci que la clause de non mariage dure et perdure pour le lauréat comme pour le candidat, et que pendant tout son séjour à la Villa Médicis il

doit sacrifier sa « flamme » au gouvernement. « L'holocauste est de trois ans, mademoiselle, explique le surintendant ; il est stupide, mais formel, et, un pas de plus vers la gare, tout est fini entre votre promis et la République, qu'ici je vous allégorise. Je comprends d'ailleurs, à vous voir, qu'elle soit jalouse. » C'est ce qu'on appelle au théâtre une situation. Il y en a qui restent à Paris, mais peu ; ceux-là sont les cornéliens. Le plus grand nombre, les moliéresques, renonce à lutter contre une fatalité d'autant plus forte qu'elle est obtuse. Ils rendent leurs anneaux aux fiancées et s'en vont, célibataires d'Etat, là-bas, devers la chapelle Sixtine. Ils y retrouvent d'autres moines de l'art officiel français, et comme ils ont de vingt-cinq à trente ans, un jour passe celle que j'appellerai la Transtévérine. — On devine la suite de la spirituelle chronique et toutes les anecdotes qu'il est facile de broder sur un pareil sujet. M. Henry Maret, qui ne passe pas pour un esprit timide et routinier, conclut au maintien de la prohibition du mariage (i), et il ajoute discrètement que cette question parait intéresser fort peu ceux qu'elle concerne, puisqu'ils ne l'ont jamais fait figurer au nombre de leurs revendications. En tout cas, elle ne parait pas avoir gêné Denys Puech qui a trouvé dans un célibat prolongé une liberté d'esprit et des facilités de travail que les soucis de la famille ne lui auraient peut-être pas laissées.

Le régime de l'internat ne gêna pas davantage Puech. Dans une lettre citée plus haut, il se plaint bien de la situation de sa chambre et on sait que depuis que l'Académie existe, on n'a pas modifié l'attribution des chambres (2). Mais le régime de la Villa Médicis ne pesa jamais sur sa liberté. Il discipline l'existence, régularise le travail et laisse intacte la personnalité. M. Eugène Guillaume, le successeur de M. Hébert, l'a défini en quelques traits dans l'interview déjà citée. « Le pensionnaire se lève lorsqu'il lui platt, suivant ses habitudes, mais dès le matin il a vécu dans son atelier des minutes précieuses : le cadre est harmonieux, les jardins vastes, la poésie et les souffles inspirateurs montent de partout, l'imagination s'éveille. La cloche sonne pour le déjeuner, et voici que nos élèves se retrouvent à table dans la franche

(1) Rapport sur le budget des Beaux-Arts de 1906^ p. 28.

(2) M» Guillaume et la Villa Médicis dans le Temps Au 22 octobre 1904.

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conversation des repas, échangeant des propos d'art et discutant de leurs travaux. Quel milieu pourrait-on concevoir, plus propre à la formation intellectuelle et morale d'un artiste à ses débuts ? J'ai cru que le directeur de cette Académie devait être, non un surveillant méticuleux, un censeur sévère, mais un donneur de conseils libéral qu'aux heures de trouble ou d'hésitation les élèves rencontreraient comme un guide sûr et bienveillant. »

M. Guillaume ne faisait, par cette administration libérale, que suivre l'exemple de son prédécesseur, M. Hébert. Aussi, lorsque Denys Puech rappelle les souvenirs de son séjour à la Villa Médicis, il abonde en anecdotes charmantes, telle que celle des aventures de son camarade, le compositeur Gustave Charpentier. « Le seul désagrément, dit-il, de la Villa Médicis, c'est peut-être la cohabitation forcée avec des jeunes gens qui, parfois, vous sont peu sympathiques. Il y a des pensionnaires dont l'orgueil « puant » se manifeste par des opinions tranchantes sur toutes les questions artistiques, et rien n'est plus odieux que de les entendre pérorer à la table commune. Mais l'on arrive bien vite à contracter quelques amitiés choisies et, en dehors des heures de repas, la vie est exquise.

» Gustave Charpentier, le compositeur, fut la gaieté de notre séjour. Quelle exubérante nature ! Il amenait à la Villa des chanteurs ramassés dans tous les coins de Rome, et leur faisait exécuter des chœurs tonitruants. Il était d'une extraordinaire indépendance Il était en guerre

ouverte avec le directeur. Quand celui-ci lui transmettait les félicitations de l'Institut au sujet de la Vie du poète : « J'en suis heureux, répondait le compositeur intraitable, mais je regrette de les recevoir par votre intermédiaire. » Quand le directeur lui reprochait de compromettre le bon renom de l'Académie, en se promenant dans Rome sous une toge d'un rouge aveuglant, mon Charpentier, faisant allusion à la façon originale dont son interlocuteur était chaussé, lui ripostait : « Vos bottes à glands, monsieur, rachètent mon manteau rouge. » Au contraire, Debussy, le dolent auteur de Pelléas et Mélisande^ vivait très réservé et solitaire. Nous l'avons rarement entendu. C'était pendant la nuit qu'il travaillait.

» En somme, j'ai passé à Rome de bonnes et profitables années.

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Pour les jeunes artistes qui préparent leur avenir, la Villa Médicis est un divin asile de recueillement. Après les études traditionnelles à l'Ecole des Beaux-Arts, ils se trouvent là-bas en face d'eux-mêmes et, sous ce beau ciel italien, loin de l'agitation de Paris, pour la première fois leur âme s'ouvre et s'épanouit librement (i). »

Mais il y avait dans le règlement un article récemment supprimé auquel Denys Puech dut se soumettre : l'obligation d'exposer chaque année. Le séjour des pensionnaires depuis le décret du i3 novembre i863 est de quatre ans pour les peintres, les sculpteurs, les musiciens, les architectes et les graveurs en taille-douce et de trois ans pour les graveurs en médailles et en pierres fines. Qiaque année le pensionnaire devait envoyer à l'Exposition de mai un ouvrage réunissant les conditions édictées par l'inexorable règlement. Or, il n'est pas de sujétion plus pénible pour un artiste, comme un littérateur, que d'achever une œuvre à jour fixe. Le sculpteur de la Villa Médicis n'est plus un écolier ; il a travaillé toute l'année, médité, tâtonné, essayé, pétri et détruit son ébauche, il cherche encore... car l'idole ne se livre pas tout de suite à l'artiste qui veut l'étreindre et voilà le mois de mai qui approche, il lui faut envoyer un travail hâtif, achevé tant bien que mal, faute de temps pour en mûrir la conception. Cet article du règlement relatif aux envois a été modifié et on laisse aujourd'hui aux pensionnaires de la Villa Médicis une plus grande liberté. Mais il était en vigueur au temps de Denys Puech. On exigeait même que le premier envoi fut un sujet nu pris dans l'antiquité Grecque ou Latine. Pourquoi ne pas laisser à l'artiste le droit de choisir son sujet ? On ne devrait lui demander que de réussir, et le seul moyen de réussir est d'obéir à sa nature, d'être soi et de s'inspirer des maîtres, sans les calquer. Telles sont les réflexions qui hantaient l'esprit de Puech à la recherche du sujet à traiter pour son premier envoi et qu'on retrouve dans sa correspondance avec M. Chabrier. Il aurait voulu s'inspirer de l'Histoire de France dont les héros lui sont plus naturellement sympathiques que ceux de l'antiquité. La belle et noble figure de Jeanne d'Arc attire d'abord son attention et il songe à la représenter au bas-

(i) Le centenaire de la Villa Médicis, — Souvenirs des grands prix de Rome. Interview de Puech dans le Journal du 19 avril 190$.

relief. Le rayonnement de cette figure dans notre histoire nationale est tel qu'elle a séduit et tenté tous nos artistes, notamment les sculpteurs. Ce fut d'abord le ciseau d'une princesse qui rendit à la Pucelle d'Orléans un royal hommage. Deux maîtres de Puech, Chapu et Paul Dubois, nous ont ensuite représenté la missionnaire du Ciel en action : l'un nous la montre en extase, écoutant ses voix ; l'autre a placé la vaillante paysanne sur son cheval avec des allures saisissantes de hardiesse et d'innocence, de douceur et d'énergie. C'est encore une statue équestre de Jeanne d'Arc, plusieurs fois remaniée, que Frémiet, tourmenté par le besoin de l'insaisissable perfection, érigea d'abord sur la place des Pyramides. C'est enfin dans un bronze plein d'analogie avec le marbre de la princesse Marie d'Orléans que le regretté Le Bourg nous a donné son héroïne (1). Il semblait que le sujet était épuisé, lorsque Mercié est venu nous donner sa Jeanne d'Arc^ le corps droit, les mains jointes, la tête renversée, extatique, portant sur sa figure tout à la fois l'expression de la volonté la plus ferme et de la plus pure virginité. Le casque et l'épée, fort habilement placés aux pieds, achèvent de donner à l'ensemble l'allure martiale qui convient (2). Comment Denys Puech entendait-il, après tant d'autres, représenter Jeanne d'Arc ? Sa pensée avait grand'peine à se fixer et ses hésitations percent dans les croquis à la plume de l'œuvre qu'il médite. Il songe tantôt à représenter la scène du supplice avec la multitude immense qui en fut le témoin, tantôt à mettre exclusivement en relief l'héroïne simple, tantôt à faire apparaître autour de Jeanne les saintes qui l'inspiraient pour que son supplice ait l'allure surnaturelle de sa vie. Finalement, le projet s'évanouit. Le respect dû à la pure et sainte martyre ne permettait pas de la dresser autrement sur le bûcher que dans une robe aux longs et chastes plis. Puech revient au nu, mais pas au nu antique ; il écarte résolument tous les souvenirs classiques et toutes les réminiscences d'Ecole ; il veut être Français, Parisien, et, qui plus est, Parisien du jour. Il conçoit la nymphe de la Seine, non pas cette nymphe classique que frôlaient les nautes de Lutèce, encore moins la nymphe mystique du temps de sainte Geneviève ou de saint Louis, mais celle qu'il

(1) Cette statue a fijruié en 1906 au Salon de la Société des artistes Français.

(2) Cette statue, comme celle de Le Bourg, était exposée au Salon tfcs artistes Français de tgo6.

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a connue et aimée à la fin du xix* sîècle et à l'aurore du xx*. Paris chantait au cœur de Denys Puech, Rome n*a pu encore le consoler ; ses souvenirs avivés par les regrets de Tabsence lui redisent toutes les élégances, tous les raffinements de la capitale dont aucun n'a échappé à l'observation subtile de ce provincial et il les exprime avec un rare bonheur dans cette Seine au sourire narquois et fin, au corps gracile, dont l'attitude à la fois mutine, simple et distinguée révèle une âme d'ordinaire occupée aux futilités et aux intrigues de la vie mondaine, une âme capable aussi d'une nerveuse énergie en face du danger ou du plus aristocrate dédain devant la sottise ou la vulgarité.

Puech n'arriva pas tout de suite au projet qu'il finit par réaliser. Ici encore, sa correspondsfnce avec M. Chabrier nous permet de suivre le travail de sa pensée et de saisir ses procédés de composition. Il avait d'abord imaginé un groupe de deux nymphes ; on en trouve le croquis dans une des lettres à M. Chabrier. Puis, l'une des deux disparaît et laisse l'autre fondant en larmes. Comment cette nymphe pleureuse avait-elle pris corps dans le cerveau de l'artiste ? Etait-elle le produit spontané de sa tristesse et de ses regrets ? Etait-elle un souvenir d'une autre nymphe que nous avions admirée au Salon de 1880 ? Cette année-là, un contemporain de Puech, M. Auguste Suchetet (1), avait exposé sa Biblis changée en Source.

Nymphes qui la voyez, son désespoir vous touche. Des larmes de Biblis qui meurt et dépérit, Vous formez un ruisseau qui jamais ne tarit.

L'attitude extérieure de Biblis ressemble beaucoup à celle de la Seine : elle est toute nue, étendue sur le sol, les jambes croisées, les deux bras en avant, les mains jointes, affaissée sur le côté droit. Sa tête tombe, ses cheveux flottent, ses yeux se ferment. Mais l'abandon douloureux de tout le corps est heureusement remplacé dans la Parisienne de Puech par une grâce souriante et une coquetterie piquante.

Puech remania sans cesse son œuvre jusqu'à ce qu'il se fut suffisamment rapproché de l'idéal entrevu. Que de fois cependant, cette re-

(1) Auguste Suchetet est né comme Puech en 1854. Sa Biblis eut le prix du Salon en 1880.

cherche du mieux l'amène à des résultats inférieurs à ceux qu'il avait trouvés dans le jet d'une première inspiration : « Je m'y suis laissé prendre encore cette fois aux modifications à mon esquisse, malgré la ferme résolution que j'avais prise, au commencement, de l'exécuter aveuglément , mais cela a été plus fort que moi ; je n'ai pas pu résister à cette démangeaison de chercher toujours autre chose ; j'ai donc tout remanié : le mouvement, le sentiment, la disposition, les attributs et le terrain que j'ai réduits considérablement. » Heureusement peut-il ajouter : « La manière de travail que j'ai adoptée et qui consiste à refaire continuellement une forme, un mouveiiieiit qui me semblent imparfaits, m'a donné beaucoup d'habileté ; sans cela je n'aurai jamais terminé. »

Dans ces tâtonnements où il ne néglige aucune observation d'où qu'elle puiï^se lui venir, Puech ne se fixe jamais que sur les indications du génie intérieur qui guiile sa main. L'artiste demeure indépendant de tous. « Dites-moi ce que vous pensez de mon ouvrage, écrit-il à M. Chabrier du reste je n'en adopterai que ce qu conviendra à ma manière. » Comment être surpris de ce langage de la part de celui qui avant d'aller à Rome écrivait : « Gette esquisse faite avec les conseils de mes professeurs me fatiguait, je la trouvais compassée, trop équilibrée, manquant de quelque chose de plus vif et de moins cherché ; si je manque le prix, Chapu me dira éternellement que c'est de ma faute, mais si je Tai, je croirais

Groupe de la Réunion de Menton à la France (Esquisse).

aussi que c*est à cause de ces améliorations. Quelle douce satisfaction si je pouvais vous dire le 28 juillet : Vous m'avez conduit au prix de Rome. »

En effet Chapu était homme à comprendre l'influence sur un artiste d'un mot révélateur, d'un conseil décisif. Lui-même l'avait éprouvée, lorsqu'il achevait la maquette du monument de Berryer qui se trouve dans la salle des Pas Perdus du Palais de Justice de Paris. Le grand orateur est représenté le buste en avant, les épaules couvertes de la robe d'avocat et flanqué de deux personnages symboliques, l'Eloquence et l'Histoire. Celle-ci était d'abord représentée par une femme écrivant sur des tablettes. Un ami de Chapu, récemment décédé, M. Lavedan, entrant dans l'atelier du maître lui dit : « Ce n'est pas ça ! » et lui raconta l'histoire de ce sténographe du Corps législatif qui, après un discours de Berryer qu'il avait oublié de noter, s'excusait en disant : « J'écoutais !... » — « Bravo ! » s'écria Chapu en entendant ce récit, et il se précipite sur XHistoire^ lui casse le bras droit et le relève, lui coupe la tête et la tourne, admirative, vers Berryer ; le mouvement était trouvé.

Plus d'un conseil de M. Chabrier à Denys Puech a produit l'effet du mot de M. Lavedan à Chapu. Plus d'un souvenir Parisien a dû, lorsqu'il exécutait la Seine^ être pour lui l'idée inspiratrice !

Ces 'tâtonnements et ces conseils aboutirent à un chef-d'œuvre. Le 20 juin 1886, Puech écrivait qu'il avait terminé son bas-relief et il ajoutait : « Mon bas-relief est exposé depuis deux jours. Il est, je crois, assez séduisant ; mais il le serait davantage, si j'avais eu un beau modèle Parisien, si, pendant tout le temps qu'a duré son exécution, j'avais eu sous les yeux ces types élégants qu'on voit sur les Boulevards, au Bois, partout enfin. Voilà ce que j'aurais voulu pour représenter la SeinCy tandis que j'ai été obligé d'interpréter plus ou moins une Romaine, jusqu'à la faire passer pour une Parisienne... Je me plains toujours un peu de Rome, et je vous assure que je suis sincère. On peut voir aisément, d'après ma sculpture, que je n'ai aucun goût pour l'art Italien ; et certes vous ne manquerez pas, en voyant mon œuvre à Paris, de vous dire pourquoi, diable ! je suis allé faire cela à Rome. »

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On aurait pu lui répondre que la nature aime les contrastes et que des oppositions violentes sortent souvent les œuvres les plus belles, Qui aurait pensé que le petit paysan de Gavernac, venu tard au pays de Musette et de Mimi Pinson, sentirait si bien leurs perfides fascinations ! La Seine est plus femme que nymphe ; sa figure souriante et mutine est bien appuyée sur l'urne symbolique. Mais quelle différence avec ces fleuves et ces rivières qui dans la sculpture en bas-relief semblent les rééditions plus ou moins modifiées d'un même modèle ! C'est bien la rivière souriante et paresseuse qui coule voluptueusement dans son lit de roseaux et traverse ce Paris plein de charmes et d'ivresse, dont on aperçoit au loin le panorama. Tout est grâce, finesse, harmonie dans cette composition. Aussi lorsque la Seine parut au Salon de 1894, ce fut parmi les Parisiens un concert d'admiration. « Comme les jolies femmes, écrivait l'un d'eux, les expositions ont leur caprice, et le caprice indiscutable du Salon de 1894, caprice bien expliqué par V irrésistible, c'est la Seine de M. Puech. Onctueuse, serpentine dans son lit de roseaux, la tête appuyée de côté sur l'urne légendaire d'où s'échappe un filet d'eau qui glisse entre ses doigts blancs, entre ses cheveux épais, cette Seine au corps ondulé, à l'épiderme caressé est vraiment attrayante à en perdre la raison sur son fond de marbre où transparaît Paris comme dans une évocation : une rivière est tout à fait fin de siècle. C'est la Parisienne spirituelle, séduisante et gaie, étendue sur des coussins dans son lit de satin, ayant pour horizon le Paris qu'elle adore et voit encore en rêve, c'est bien elle attirante et retenante, tout aussi bien que la prétendue rivière. Il nous est impossible d'imaginer un bateau passant sur cette délicate merveille. »

On comprend qu'elle ait de quoi plaire à tant de désespérés qui, tous les jours, vont chercher entre ses bras l'oubli et le repos (1).

Le second envoi de Rome fut encore un sujet français : la Muse de Chénier. Une jeune fille, symbolisant la pensée antique, au corps sain et de forme parfaite, dans une pose abandonnée et gracieuse, tient la tête du poète qu'elle vient de relever et lui donne au front le baiser

(1) T. de Wyzewa, dans la Gazette des Beaux-Arts^ 1S94, p. 3o.

de rimmortalité. Ce thème de la Vierge portant la tête tranchée a hanté bien des artistes ; précisément dans ce musée du Luxembourg oij figure aujourd'hui la Muse de Chénier^ on peut voir un des plus beaux tableaux de Gustave Moreau ; une jeune femme richement vêtue, qui porte la tête d'Orphée reposant sur sa lyre. La femme est la même, mais combien différente l'exécution ! Puech a donné à sa muse l'expression d'un amour pur et tendre, presque religieux, et nous sommes loin de la grâce voluptueuse de la Seine ; c'est avec un sentiment de poétique piété que la jeune fille se penche sur la tête morte. Cette tête, étroite, petite, légèrement entée sur la nuque, montre une forme crânienne très accusée sous une chevelure à peine perceptible ; on y sent le mouvement de l'âme souriante du poète. L'ensemble constitue une touchante élégie marmoréenne. Nous ignorons si Puech a jamais vu la célèbre statue d'Anzio ; mais sa Muse est proche parente de XAdolescentey si curieusement découverte et si heureusement conservée (i). La mystérieuse jeune femme qu'on a appelée d'abord « la lectrice », puis «la poétesse », enfin la « prêtresse » est enveloppée d'un ample chiton qui descend de son épaule droite et d'une draperie plus mince qui laisse transparaître les formes d'un corps admirable. Le bras droit manque ; la main gauche tient un large disque brisé, sur lequel on voit les restes d'une couronne d'oliviers et d'un écrin qui devait être supporté par de petites griffes. Les uns croient qu'elle sort de l'atelier de Praxitèle ; d'autres pensent que c'est la copie d'une œuvre Grecque faite à la bonne époque Romaine. En tout cas, c'est un chef-d'œuvre et on ne saurait faire un plus bel éloge de la Muse de Chénier qu'en y voyant une réminiscence de la statue d'Anzio. L'une et l'autre ont des têtes Praxitéliennes. L'œuvre de Puech figura avec honneur au salon de 1889 et fut acquise par l'Etat.

Le séjour de Puech à Rome se prolongeait et il n'avait pas encore traité « d'après l'antique » le sujet imposé par le vieux règlement. Il commençait à sculpter un esclave mourant, sujet antique et classique

(1) Cest en 1878 qu'une marée exceptionnellement forte fit ébouler la partie du rivage où s*élevaît jadis la villa de Néron et découvrir la statue. Propriété d*abord de la famille Aldobrandink, achetée par un milliardaire américain, enfin revendiquée par TEtat en vertu de Tédit Pacca, elle figure depuis 1907 au musée des Thermes, à Rome.

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par excellence, lorsqu*il reçut une visite qui fit sur lui une vive impression ; il abandonna Tesclave et songea à la Sirène. L'œuvre est bien, cette fois, le produit d'une conception toute personnelle ; elle est générale, puisqu'elle évoque la puissance fascinatrice, non d'une femme, mais de la femme ; elle est morale, puisqu'elle fait songer aux dangers où entraîne cette séduction. Puech a su tirer de l'opposition de ces deux physionomies qui parlent, un effet véritablement hardi et inattendu. La Sirène a de grandes ailes pour voler à la surface des flots ; elle caresse de ses mains, de son regard langoureux et ardent, de tout le redressement passionné de son corps le bel éphèbe qu'elle emporte. Une grande dame romaine visitant l'atelier du sculpteur, lui dit : « Oh ! quelles mauvaises intentions elle a votre Sirène ! » Je n'osais pas lui répondre, ajoute Denys Puech, que depuis un mois tous mes efforts tendaient à inspirer cette réflexion au public. Sur la figure du jeune homme l'artiste a répandu une mélancolie discrète ; on y lit à la fois la séduction et la tristesse, le plaisir et le remords; son effroi devant l'inconnu se traduit par un recul instmctif et par « le mouvement réticent des bras caresseurs et apeurés ».

Jeune Lozérîenne couronnant le buste de Théophile Roussel.

Lorsque le groupe arriva à l'Ecole des Beaux-Arts pour l'exposition des envois de Rome, il excita un vif sentiment d'étonnement. Nous étions surpris de ce que cette hardie conception présentait d'inattendu. Nous ne nous figurions pas une Sirène ailée ; quant à ce jeune rêveur emporté par la terrible charmeuse, nous lui trouvions des allures peu en harmonie avec le caractère que lui prête la légende. Certains trouvaient même, et trouvent encore dans la croupe en queue de poisson, un raccourci trop hasardeux. Un examen plus attentif effaça vite la plupart de ces impressions. Lorsque la Sirène apparut au salon de 1890 (1), elle obtint un succès général. Le groupe ne rappelle en effet nullement « l'école » et cependant il est conforme aux grandes traditions décoratives ou, si l'on veut, aux lois éternelles du Beau. Le mouvement général en est très noble et très simple. Le dessin en est pur, le modèle délicat et sobre (2). C'est l'œuvre dans laquelle la personnalité du maître s'est affirmée pour la première fois avec le plus d'énergie. Puech a mêlé les deux traditions qui font des Sirènes tantôt des femmes-oiseaux, tantôt des femmes-poissons.

Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d*elles,

Leur bouche, aux mots mielleux où Tamour est vanté,

Le rassure, et le loue, et vante sa beauté.

Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine

De la jeunesse en fleurs la première étamine.

Où sèchent en riant quelques pleurs gracieux

Dont la frayeur subite avait rempli ses yeux (3).

On peut suivre, dans les œuvres de Puech à Rome, toutes les évolutions de sa pensée. Dans la Seine^ c'est le charme captivant de la beauté moderne qui l'obsède ; dans la Muse de Chénier, c'est une pieuse reconnaissance au poète dont les accents l'ont vivement ému ; dans la Sirène c'est l'enchantement de la beauté et de l'amour sur sa jeunesse. Dans tout cela, l'inspiration est Française et très moderne, quoique toute païenne. Le berger de Gavernac sera-t-il donc jusqu'au

(i) Le Salon de 1890 fut pour la sculpture un des plus brillants. Les sculpteurs semblaient s*étre piqués d'honneur, en présence de la discorde des peintres, pour affirmer leur union, leur fécondité et leur valeur. Parmi les douze cent cinquante-huit morceaux qu'ils avaient apportés au Palais des Champs-Elysées, on distinguait la Femme au paon de Falguière, la Danseuse de Chapu, le Velasquez de Frémiet, le Combat de Persée et de la Gorgone de Marqueste... Deux médailles seulement de i'* classe furent attribuées. Tune à la Sirène de Puech, l'autre aux Lutteurs de M. Maurice Charpentier.

(2) Sylvestre, dans VArt Français du 21 juin 1890.

(3) Maurice Albert, dans la Gazette des Seaux-Arts^ 1890, p. 61.

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bout réfractaîre au milieu dans lequel il vit ? N'éprouvera-t-il pas enfin ce que M. Paul Bourget a si bien défini « les sensations d*Italie » ? A-t-îl oublié les pieux souvenirs de son enfance et de ce foyer familial si religieux dans lequel il a grandi ? Attendez, et vous verrez à la fin tous ces souvenirs se réveiller, toutes ces images revivre dans son âme. Il suffira d'une étincelle pour rallumer ce foyer qui n*est pas éteint , d'un léger choc pour faire vibrer des cordes qui semblaient muettes. Ce que Rome n'avait pu faire, un voyage en Ombrie l'a produit.

Une des critiques des plus vives adressées, il y a quelques années, au régime de l'Académie de France, était de confiner les pensionnaires à la Villa, de les y figer dans un isolement qui atrophiait leur talent et leur sens artistique. L'article 4 du nouveau règlement les oblige à un voyage en Grèce et l'article 3 autorise les autres excursions. Ces voyages étaient déjà en usage au temps de Denys Puech. C'est ainsi qu'il visita cette Ombrie dont un livre récent nous a révélé l'âme pleine de mystérieuses attirances (1). Puech fut à Spolète, à Pérouse, à Assise, à Padoue ; les souvenirs de « la grande infortune Romaine » du lac de Trasimène l'émurent moins que le mysticisme du patriarche d'Assise ; les œuvres de Giotto furent pour lui une révélation ; il y lut les miracles de miséricorde prodigués par le Sauveur â quiconque vient vers lui avec un cri de souffrance ou une parole d'amour ; il y apprit à connaître, non pas le Christ Byzantin à la majesté formidable et terrible, mais le Bambino que porte une Madone douce et charmante, ou bien le Fils de l'homme supérieur seulement à ses disciples par la grâce solennelle de sa démarche et la pureté mélancolique de ses traits. Il en rapporta la Vision de Saint Antoine de Padoue, Cette œuvre, qui fut son quatrième et dernier envoi de Rome, figura ensuite au salon de iSgS et plus tard à l'Exposition Universelle de 1900.

Le saint à genoux lève les bras pour recevoir l'Enfant Jésus que la Vierge lui donne. Son corps se dessine à ravir sous les vêtements de bure qui le recouvrent. La figure émaciée sans excès exprime l'extase de l'amour divin, le regard semble défaillir dans la contemplation de

(1) L*Ombrie. — Vâme des cités et des paysages ^ par M. René Schneider, professeur de Rhétorique au Lycée de Toulouse, actuellement maître de Conférences à la Faculté des Lettres de Caen. Ouvrage couronné par TAcadémie Française.

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TEnfant-Dieu qui, souriant, penche vers lui ses mains potelées, ses joues pleines et charmantes. La Sainte Vierge, toute jeune et délicate, cède son fils dans un geste d'affabilité gracieuse où elle marque sa bonté

maternelle, tandis que ses yeux modestement baissés, même devant un saint, révèlent Texquise réserve de son âme virginale. Un . groupe d'anges en haut contemple cette scène, des lis se dressent sur le sol comme pour l'embaumer de leur parfum. Il y a là une scène pieusement idéale , ou, pour employer le mot propre, véritablement séra-

N^^^tf^^k^^^B phique. Ce que le peintre

^^M wK^^^^K '^ P'"^ habile réalise difïi-

■ ^^^^^^-^^^^^^^^ cilement avec le pinceau,

Denys Puech l'a rendu avec le ciseau. C'est vraiment d'une main éthérée qu'il a caressé le marbre de ce bas-relief dans les proportions réduites duquel on dirait qu'il a voulu concentrer toutes les aspirations mystiques de son enfance et des premières années de son adolescence.

Il faut surtout le féliciter d'avoir su échapper au défaut que l'on rencontre dans presque toutes les Nativités des plus grands Primitifs. Dans les plus ravissantes, il y a généralement un personnage raté (i): celui

En souvenir d'un naufrage (Esquisse).

(i) Dans VArt et les artistes de décembre 1906, l'article qui a pour titre Noël.

même du petit Jésus. Les artistes semblent avoir désespéré d'exprimer le caractère exceptionnel du sujet et se sont réfugiés dans un schéma d'enfant. Ainsi firent Fra Angélico, Giotto, Fiorengo di Lorcnzo, Ferrari et bien d*autres. On n'adressera pas le même reproche à Puech.

Rien n'est plus gracieux que cette échelle de personnages se reliant entre eux par le sentiment. La divine chasteté de la Vierge, l'adorable inconscience du petit Jésus, la profonde intensité de l'amour mystique qui anime saint Antoine, se fondent dans une merveilleuse gamme d'harmonie, aussi bien dans la pensée que dans l'exécution d'une rare sûreté de dessin, d'une suprême justesse de mouvement. Tout y est parfait d'interprétation, et on ne saurait trop faire l'éloge du goût qui a présidé au choix des accessoires et à leur arrangement dans l'église où se passe la scène. Une autre qualité frappe particulièrement dans cette œuvre, c'est la puissance du coloris que l'artiste a su faire naître dans le modelé des chairs si différent de celui des vêtements, fouillé et caressé avec une maîtrise adorable. En résumé, c'est une page de la vie spirituelle écrite sur le marbre avec l'âme de Murillo.

Le rêve de saint Antoine de Padoue n'a pas eu le succès mondain et bruyant de certaines autres œuvres de Denys Puech ; il n'a pas provoqué, comme la Seine où la Sirène, l'envoi de sonnets à l'auteur. Mais il a montré que le ciseau de notre sculpteur pouvait traduire les aspirations religieuses avec la même gracieuse finesse que les sentiments plus humains. Saint Antoine de Padoue n'impressionnera pas fortement la masse des fidèles qui rempliront le temple ; mais il émotionnera doucement ceux qui s'approcheront de lui. Ce bas-relief a eu, comme bien de choses ici-bas, la destinée qu'il méritait ; on ne l'a pas placé dans une église, ou sur un autel ; il aurait beaucoup perdu à être vu de loin et en haut ; on l'a mis dans une galerie particulière où l'ayant plus près et en face des yeux, on jouit davantage de sa perfection (1); mais pourquoi y fait-il seulement les délices de quelques privilégiés ? Les galeries anglaises, celles notamment de South Kensington, ont la bonne fortune de recevoir souvent en dépôt des collections particulières. Il serait à désirer que cette coutume si avantageuse pour le public et pour les

(1) Le marbre est chez M. Paul Leroy-Beaulîeu à Paris.

ii8 DENYS PUECH ET SON ŒUVRE

musées dont elle accroît momentanément les richesses, vint à s'établir parmi nous. Un des plus généreux d*entre les amateurs parisiens, M. Doistau, dont les vitrines sont toujours libéralement ouvertes soit pour des dons aux musées nationaux, soit pour des prêts aux expositions, a bien voulu donner le bon exemple, en déposant au Louvre et aux Arts décoratifs une partie de ses collections. Si cet exemple était suivi, les collections privées contribueraient, sans se dépouiller, à répandre ces jouissances esthétiques qui sont encore heureusement un des besoins de notre race.

Denys Puech avait passé quatre années à la Villa Médicis : chaque année avait été marquée par Tenvoi d'une des œuvres que nous venons d'énumérer. Notre sculpteur voulut y passer une année de plus que celles qu'imposaient le règlement et l'usage. Ce n'est pas Rome qui le retenait ainsi, mais de Rome il rayonnait sur l'Italie et ce qu'il n'avait pas trouvé dans l'imposante solennité et dans l'obsession de l'antique Ville Eternelle, il le trouva ailleurs. Depuis Charles VIII, à peu près chaque vingt ans, la mode veut en France qu'on découvre l'Italie. Pourquoi s'en étonner ? Cette terre divine est si riche qu'on peut s'y promener longtemps, en rencontrant toujours des sensations nouvelles ; les beautés qu'elle renferme changent d'aspect avec le temps et les événements, et devant le même monument nos impressions d'hier ne seront pas celles de demain. On répète alors volontiers ce qu'écrivait Pétrarque :

Cujus ad eximios ars et natura favores Incubuere simula mundoqtte dedere magistram !

Lorsque Denys Puech visita pour la première fois Venise, Florence, Pérouse, Padoue, Assise, Mantoue et Naples, nous en étions encore en France aux livres de Taine. M. Emile Gebhart ne nous avait pas donné Vltalie Mystique ; M. Henri de Régnier n'avait pas tracé ses Esquisses Vénitiennes (i) ; M. Paul Bourget n'avait pas écrit « le journal d'une longue excursion faite dans l'automne de 1890 à travers la Toscane, l'Ombrie, les Marches, la terre d'Otrante et la Calabre par un roman-

(1) Esquisses vénitiennes^ par Henri de Régnier, avec dix planches hors texte gravées en taîlle-<loucc et des dessins dans le texte, par Maxime Dethcmas, i vol. in-4" de 81 pages, Paris, collection de VArt décoratif , 1906. — Cf. Venise^ par Pierre Gusman, dans la collection des « Villes d'art célèbres », Patis, Laurens.

cîer en vacances » ; ni M. Schneider, ni M. Maurel, ne nous avaient encore révélé les mystérieuses beautés de TOmbrie et des petites villes d'Italie (1). Aussi est-il curieux de trouver dans la correspondance de Puech quelques-unes des impressions que nous retrouverons plus développées dans ces livres. Tant il est vrai qu'aux âmes éprises d'idéal, aussi bien aux artistes qu'aux littérateurs et aux poètes, la révélation de la beauté réserve les mêmes sensations et partant les mêmes jouissances ! Sur Venise Puech est assez bref. La ville de marbre et d'eau est aussi celle des ombres et des fantômes. L'irréalité de ses mirages a peut-être trompé ses yeux qui chantaient des beautés moins fuyantes et plus rayonnantes.

Dans Venise la rouge. Seul, assis à la grève.

Pas un bateau qui bouge. Le grand lion soulève

Pas un pécheur dans l'eau. Sur l'horizon serein Pas un falot. Son pied d*airain.

Ainsi chantait, en noctambulant devant Saint-Marc, le jeune Alfred de Musset, drapé dans sa cape romantique, pendant que George Sand, malade, recevait à l'hôtel les soins du docteur Pagello. Ni le romantisme de i83o, ni la fantastique figure de cette cité endormie au rythme des gondoles ne paraissent émouvoir l'artiste amoureux de réalités plus vivantes.

C*est sur les routes et à travers les ravissantes cités de la Toscane et de rOmbrie que Denys Puech se plaît à cheminer. C'est là surtout qu'il contemple des spectacles en harmonie avec son état d'âme. Florence devait particulièrement lui plaire ; on a dit de la ville de Fiorino qu'elle fut la seconde, par ordre de dates, de cette admirable trinité dont Athènes et Paris sont les deux autres termes. Au plus Parisien de nos sculpteurs la capitale de la Lombardie, avec son admirable ceinture de petites cités, devait offrir d'irrésistibles attractions. C'est la ville des fleurs, la ville de grâce et d'amour, et aussi bien dans sa campagne voluptueuse qu'en présence des peintures de Giotto ou de Santa-Croce on éprouve au degré le plus intense la joie de la vie. Avez-vous jamais, au déclin du jour, gravi à travers les oliviers, les vignes hautes et d'odorants iris, la colline de Settignano ? C'est au flanc

(1) Petites villes d'Italie. Toscane, Vénitie, par André Maurel. Paris, Hachette, 1906.

de cette colline, dans sa villa de la Capponcina, qu'habite Gabriel d*Annunzio, Fauteur de la Fille de Jorio et d'une Vie de Dante que tous les écoliers d'Italie devront apprendre par cœur ; si l'accueil de l'illustre poète paraît au premier abord sévère (i), on découvre vite la source de l'inspiration de celui qui a écrit dans ce cadre merveilleux la laus vitse. Le retour sur les rives de l'Arno est un ravissement ; tout est vert et on n'aperçoit même pas un sillon sur cette terre qui nourrit à la fois l'olivier, la vigne et le froment. A Florence, en dépit des transformations politiques et sociales, on retrouve partout les vestiges du grand rôle qu'elle joua entre les Républiques Italiennes et de la domination des Médicis. Puech sentait la grandeur de tous ces souvenirs, et, pendant la courte durée de son premier séjour à Florence, nous le trouvons tantôt sous la coupole dont Brunelleschi couronna la cathédrale, tantôt en contemplation devant les Madones de Gimabue ou de Giotto. Mais ce sont surtout les œuvres de Donatello qui l'attirent ; il y a des contradictions qui l'étonnent, un mystère dont il cherche à pénétrer le sens. De tous les artistes de la Renaissance Florentine, Donatello fut celui dans lequel le Naturalisme s'incarna de la manière la plus forte et la plus séduisante, à cause de la surabondance de vie qu'il met dans la plupart de ses œuvres ; il exprime avec autant d'énergie les sentiments qui dégradent que ceux qui ennoblissent la nature humaine. Gomme Rodin et Gonstantin Meunier, il paraît parfois se complaire dans des représentations ignobles (2) et sa verve ne le sert jamais mieux que lorsqu'il trace des figures de bourreaux. Ge même Donatello sait, quand il veut, et c'est par là qu'il devait séduire Puech, donner à la représentation de l'enfance une grâce exquise. Il suffit pour s'en convaincre d'avoir vu son Saint-George ou son David, non pas le roi-prophète qui décore l'extérieur du Campanile (3), mais le berger naïf et intrépide, vainqueur de Goliath, qui

(1) Le grand écrivain n'a rien négligé pour écarter les importuns. Au-dessous de la cloche d'entrée* on lit cette inscription : Noli me tangere. Une meute de lévriers accompagne toujours le maître de céans. Voilà pourquoi on lit sur un pilier du portail cette autre épigraphe : Cave canes et dominum. Quand on a pu franchir, sans accroc, ni heurt, ces premières défenses, on reçoit un accueil charmant dont nous sommes heureux de consigner ici le souvenir.

(2) Ce mot est pris ici dans son sens originaire, opposé au genre noble.

(3) Les grandes statues d*ap6tres et de prophètes que Donatello sculpta pour la façade du Dôme ou pour les niches du Campanile^ étaient destinées à produire plus d'efl*et de loin que de près. Conformément

orne la galerie des Ufïîzj. « Dans l'une et dans Tautre de ces statues, ridéal héroïque est relevé par son accessoire le plus charmant, par la naïveté de Tadolescence, qui paraît un peu moins dans la figure de saint George, dont la fougue concentrée et le regard fixe et ferme exercent une sorte de fascination sur quiconque s'arrête pour le contempler. Saint George est le type chevaleresque par excellence, à la fois libérateur et missionnaire, administrant le baptême après la délivrance et ne soupirant après d'autres gloires ni après d'autres couronnes que celle du martyre. De là, des différences essentielles entre les deux caractères. Le jeune David respire la jubilation de sa récente victoire ; le saint George semble méditer ou comprimer un élan, et sa main délicate et ferme, si admirablement dessinée sur son bouclier, complète l'idée que ses formes sveltes et élancées donnent de son organisation exquise (1). » Cette finesse gracieuse plaisait à Puech et quand, plus tard, nous l'entendrons se réclamer des artistes de la Renaissance, c'est à Donatello qu'il songera. On peut dire, en effet, qu'à cinq siècles de distance, il sera un de ces successeurs de Donatello dont on nous a expliqué la filiation (2) ; ces successeurs furent des sculpteurs qui, puisant dans le naturalisme du maitre, dans sa manière ingénieuse et pittoresque, des motifs d'inspiration, créèrent un art plein de grâce et riche en beauté souriante. « Absolument maîtres des procédés de Donatello, dont ils ont suivi avec passion les travaux et les diverses manières, ils ne vont plus poursuivre comme lui l'expression du caractère et de la force terrible..., mais ils vont se préoccuper surtout d'atteindre le sentiment de la grâce et de la beauté ; un style aimable et pur, hautement élégant, doux sans mollesse, imposant et digne, sans aller jusqu'à l'ardeur d'un naturalisme intensif. » Tels étaient ce Mino da Fiesole, ornemaniste charmant, qui massa le marbre corne se fosse une cera molle, cet Antonio Rossellino qui, entre tant d'ouvrages exquis, a laissé ce tombeau du jeune cardinal Jean de Portugal, dont Vasarî a

à un usage que Denys Puech a fait revivre dans le bas-relief de saint Hilarian et ailleurs, Donatello a représenté David, Jérémie et saint Jean-Baptiste sous les traits de trois honnêtes bourgeois Florentins, ses contemporains. Son David est fort bien reproduit dans Florence de M. Emile Gebhart (p. 108). On le croirait sculpté par le ciseau de Rodin.

(1) Rio. VArt chrétien^ X,\. La Renaissance et les Médicis^ p. 326 et suiv.

(2) P. de Bouchaud. Les successeurs de Donatello^ vol. in- 18. Lemerrc.

dit qu'il n'était pas d œuvre che di politezza a di grazia passare la possa in maniera alcuna. Puech n'est-il pas de cette famille ?

Malgré tout, ce n'est pas Florence qui paraît avoir excité sa plus vive admiration. Dans cette cité où les Médicis furent maîtres absolus, les artistes, devenus courtisans, prostituèrent quelquefois leur talent ;^ils allèrent jusqu'à glorifier les crimes ou les vices du souverain. Ils portèrent tous la même livrée, s'accoutumèrent aux mêmes évolutions, peignirent, bâtirent ou sculptèrent suivant les fantaisies du même maître. Les artistes de l'Ecole Siennoise ou de l'Ecole Ombrienne nous laissent une autre impression de variété et de liberté dans l'inspiration. Tant il est vrai que dans ces démocraties turbulentes la sève du génie national devait être plus vivante et plus féconde que dans la stagnation d'un pouvoir absolu !

C'est l'impression que l'on éprouve, lorsqu'en quittant Florence, on se rend à Sienne, en passant

Vierge (Statue marbre). ^^^ SaU-GimigUanO . DaUS CCS

deux villes, la première visite doit être pour le palais public, ce cœur de la cité, ovi la vie municipale fut autrefois si intense. A San-Gimignano, au-dessous d'une fresque de Lippo Memmi, une inscription rappelle que Dante y parla au nom de Florence ; c'est dans cette même salle où, en présence de Dante, on délibéra pour savoir si on se donnerait à Sienne ou à Florence, que l'on discute aujourd'hui sur les oc-

LES ENVOIS DE ROME i23

trois et les chemins. Du palais municipal il faut aller admirer ces immenses fresques dont la vanité des vieilles familles Guelfes ou Gibelines, les Ardinghelli et les Salvucci, a recouvert les murs de toutes les chapelles. Sur les froides murailles de la collégiale, c'est à droite Barna, qui raconte la vie de Jésus, et, à gauche, Bartolo di Frédi qui rappelle tout l'Ancien Testament ; mais la merveille est le saint Augustin de Benozzo Gozzoli ; il est impossible de donner dans la figure tourmentée du grand Docteur une image plus pénétrante de sa vie qui va des plus basses voluptés aux plus hautes aspirations du monde surnaturel. Dans la chapelle du chœur de San Agostino, on voit comment un grand artiste, qui ne fut peut-être pas un peintre parfait, mais qui fut à coup sûr une âme d'élite, sût comprendre son héros et nous en donner l'image la plus intelligente, la plus intense et la plus juste que nous connaissions.

A Sienne, Denys Puech retrouva les souvenirs de France. Avant et comme Paul Bourget, il dut, en se promenant sur cette place publique que domine la tour du Mangia^ évoquer l'étonnante apparition de notre Montluc ; c'est là que, mourant de fièvre et de blessures, le vieux guerrier entendit que le peuple voulait se rendre ; il se vêtît de son armure, et, le visage frotté de vin rouge, pour dissimuler sa pâleur, à peine capable de se tenir, il courut prêcher la bataille à des affamés que son courage enleva encore. Rien ne contraste plus avec les fureurs de Montluc que la tendresse des primitifs Siennois, de Guido, de Mino, de Borna et tant d'autres. Les fresques du Dôme intéressèrent particulièrement Puech, ses lettres le prouvent f le Pinturicchio y a représenté dix scènes de la vie du pape Pie II, Œneas Silvius Piccolomini. Il ne mentionne pas la descente aux limbes du Sodoma où se trouvent cependant une Eve et un Abel qui auraient dû impressionner le futur auteur de la Sirène. « Le Seigneur entre dans cette région des vagues ténèbres, et, courbé vers les âmes, il les tire une à une de la nuit profonde. Quel est ce jeune homme étonné qu'il prend à lui d'une main si douce ? Ah ! si ce n'était Abel, l'enfant assassiné par le premier meurtrier, ni Adam, ni Eve, qui sont debouts dans le coin, ne le regarderaient de ce regard. Le père tient ses bras croisés, comme un ouvrier bien las d'avoir tant gagné son pain à la

sueur de son front. Eve croise ses bras aussi, des bras paresseux qui s'achèvent en des mains fines et inhabiles au labeur. La grâce de son jeune corps, ses cheveux épars sur ses molles épaules, son front et sa bouche sans un pli, Fovale de ses joues sans une ride la montrent pareille à la Vierge qu'elle fut dans le jardin de l'Eden et avant le péché. Le Sauveur en la ressuscitant, lui a rendu sa beauté première, mais non pas son âme d'alors, car ses yeux ne contempleraient pas ainsi le réveil de son fils Abel, si elle ne se souvenait pas de l'avoir tant pleuré, si elle ne songeait pas à l'autre, au coupable vers qui ce Sauveur ne se penchera jamais. Le ravissement d'une âme rachetée, la mélancolie de l'irréparable regret, l'étonnement du bonheur après tant de larmes, le sérieux du repentir après tant de responsabilités semblent flotter avec l'ombre des cheveux dénoués sur ce visage délicat et triste (i). »

L'Ombrie ne nous avait pas encore été révélée par les livres de M. Paul Bourget et de M. Schneider et nous ne croyons pas que Puech connut les pages que lui a consacrées Rio. Mais l'artiste n'a pas besoin de ces révélations : mis en présence du type d'art qui correspond à celui qu'il porte au fond de son âme, il éprouve à ce contact une commotion qui illumine son esprit d'une plus vive clarté que toutes les dissertations et tous les livres. Telle fut la sensation de Puech en présence des œuvres du Pérugin et de ses disciples.

« A Terne et à Foligno, écrit-il, rien de bien remarquable, mais à Montefalco, à 8 kilomètres de Foligno, où nous sommes allés coucher hier soir, nous avons trouvé des fresques qui sont parmi les plus belles de l'école Ombrienne, du Pérugin, du Bienheureux Angelico, Spagna, Tiberio d'Assise et Melanzio de Montefalco. Ces deux derniers, peu connus, les malheureux, parce qu'on a couvert leurs peintures d'un détestable badigeon blanc... ; celles qui restent sont admirables, bien supérieures aux œuvres du Pérugin et des autres, elles ont leur suavité, leur sentiment religieux plus accentué, plus pénétrant et pas du tout leur symétrie conventionnelle. C'est du vrai plein air, de la vraie simplicité, sans manières, sans recherche. Oh ! c'est admirable ! Raphaël

(i) Paul Bourget. Ouv. déjà cité, p. 5i et suiv.

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