CONCLUSION
lustres exemples. /.<* président de Brosses écrivait d'Italie à un de de ses amis de Dijon : » Nous ne pensons jamais à déjeuner sans nous être, au préalable , mis quatre tableaux du Titien et deux plafonds de Paul Vérone se sur la conscience ( l ). » Cette conscience était aussi droite, sinon aussi éclairée, lorsque le Président jugeait les artistes Italiens que lorsqu'il rendait des arrêts dans la Grand' Chambre du Parlement de Bourgogne. La postérité a pu réformer quelques-uns de ses jugements artistiques, nul n'en a contesté la bonne foi et la sincérité, et nous n'en demandons pas davantage /jour les nôtres.
L 'étude qui les a précédés, nous a valu les pures jouissances de l'esprit et du cœur. Quand on a vécu au milieu des créations les plus éphémères de l'homme, on se repose agréablement au milieu des plus durables. On aime à pouvoir opposer à la fragilité de la parole humaine la pérennité de l'œuvre d'art. « Jamais, a dit un de nos maîtres, la mort ne se fait mieux connaître, que lorsqu'elle pose sur les lèx'res d'un orateur son doigt silencieux. Tout meurt alors vraiment sous sa main. Cette voix si connue qui s'arrête, cette bouche qui se tait, cette parole dont rien ne reste, pas même le souffle et le son, n'est-ce pas la plus frappante image du vide de la vie et du néant de la gloire (2) ? » Au contraire, par les œuvres d'art l'homme continue à vivre, pleinement -vainqueur de la mort. Quand, le soir, après la sortie de la foule, nous errons dans les solitudes du vieux Palais
(1) Deux critiques d'art au xvm* siècle : Montesquieu et le Président de Brosses (1728-1739) par M. Gaston Schefer dans la Gazette des Beaux- Arts, 1N94, p. 423.
(2) M. le bâtonnier Rousse à propos de Jules Favre. M. le marquis de Ségur avait probablement présent à l'esprit ce beau discours de M. Rousse, lorsque, à son tour. Taisant l'éloge du grand avocat, il proclamait périssable entre toutes l'éloquence du prétoire. « Oui, disait-il, de tout ce qui meurt dans l'homme, ce qui meurt le plus, c'est la voix ; et jamais la grande destructrice ne paraît avoir remporté une si complète victoire que lorsqu'elle a glacé et scellé pour l'éternité des lèvres auxquelles se suspendait naguère l'admiration haletante des foules. » (Eloge de M. Rousse à l'Académie Française le 16 janvier 1908.)
de Justice, pour y retrouver le lointain souvenir des grandes voix qui enthousiasmèrent notre jeunesse, c'est dans la salle des Pas-Perdus, auprès du marbre de Chapu, que nous nous sentons toujours attiré ; seul, il peut encore, par la puissance évocatrice de l'art, réveiller à nos oreilles des échos que les voûtes ne répercutent plus et faire revivre à nos yeux des figures depuis longtemps disparues dans l'ombre de la mort et de l'oubli. Cette magie de l'art donne, ici-bas, à l'homme, ses plus pures jouissances, et au milieu des tristesses de la vie, ses meilleures consolations. Nous remercions Denys Puech de nous les avoir procurées. Ce sera, quelle que soit la destinée de ce livre, notre meilleure récompense.
CATALOGUE DES ŒUVRES DE DENYS PUECH