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tout lieu la Térité , la Yertu et la félicité ^ mais là principalement où elles agissent sur un vaste domaine de pensée et d'action ; c'est en plaçant ainsi aux mains de chaque homme un instrument de puissance et de bonheur^ qu'on avancera la grande cause de la morale. Si chaque homme en particulier veut chercher à s'affranchir des illusions mensongères auxquelles son propre bienêtre est sacrifié; si chaque homme, en s'occupant du bien-être des autres , cherche à découi^rir le vrai sens des mots et des choses par lesquels sont conduites les affaires sociales et nationales ; s'il Teut essayer de faire rentrer dans le domaine de son propre bonheur et de celui des autres la phraséologie pompeuse de l'éloquence ; s'il dépouille les opinions influentes de la parure artificieuse dont l'intérêt et la passion les décorent , s'il a le courage de dire : c( Faites-moi voir le bien; faites-moi voir le mal; montrez-moi ce qu'il y a là de jouissance y ce qu'il y a de souffrance » ; dès lors les semences déposées par la véritable morale ne tarderont pas à produire une abondante moisson y que la race humaine tout entière est appelée à recueillir.
Mais , hélas! telle n'a pas été la marche suivie par les hommes investis du monopole de la mo-
raie : ces hommes qui, dans leurs pompeuses prétentions, chargés de dignités, de richesses, d'honneurs, enseignaient que c'était un sacrilège que de mettre en doute leur autorité , une impiété de résister à leurs décrets.
Et quelle a été leur tactique, quelles leurs conquêtes.
Ils ont eu l'art de dérober leur marche aux regards de la foule, et leurs usurpations au contrôle de la conscience publique.
Ils ont enseigné aux humains à être silencieux, secrets, soumis, acconunodans : à haïr les innovations , à se joindre avec empressement à ceux qui voudraient interdire tout accès à la lumière , afin de s'épargner la fatigue d'examiner des projets qui affligeraient leur indolence, et le chagrin de se voir obligés d'adopter des mesures qui opposeraient une barrière à leur cupidité. De quel droit ces hommes viendraient-ils avec des manifestations de sagesse, insulter à la fai-r blesse, h l'ignorance, à la médiocrité? Us savent que pour éviter au peuple les périls de la tentation , le plus sûr moyen est d'empêcher l'esprit d'examen de pénétrer jusqu'à lui,
Combien de ces hommes qui, pendant six jours f ont dans le cœur le démon de l'injustice ;i
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de rintrigue , de l'avidité , de la fraude , de la mauvaise foi^ de la courtisanerie ^ de la bassesse y et qui se flattent d'arranger facilement les choses, si le septième jour ils vont entendre ce qu'ils appellent la parole du salut?
Combien qui vivent dans la pratique babituelle de ce qu'ils nomment eux-mêmes le parjure , et dans l'habitude tyrannique et plus coupable encore 9 d'imposer ce même parjure à autrui ; hommes qui le matin s'éveillent au mensonge y et le soir s'endorment sur l'imposture?
Ne sont-ils pas les véritables auteurs de cette corruption 9 fille de la faiblesse , les propagateurs de cette immoralité y mère de tous le^ crimes ?
On voit que, dans cet ouvrage, nous avons quelquefois employé des termes mathématiques ; ceci exige une explication y afin de prémunir le lecteur contre deux dangers.
D'n))oul certains lecteurs pourront croire que uou$ avons atteint la certitude mathématique ; d*auti^s , qui verront bien qu'elle n'a pas été obtenue, nous croiront la prétention d'avoir voulu latteindre. 11 n'en est rien cependant. Cette certitude , nous ne lavons pas obtenue , et nous ne Tatlectons pas« Ce ne sont pas des expressions
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Hfiathématiques qui peuvent imprimer une certitude mathématique ^ux/aits que nous avons nécessairement dû mettre en av^int comme base des notions présentées par nous ; mais elles peuvent servir à donner jusqu'à un certain point , à ces notions^ une précision mathéniatique.
Mais la faiblesse et l'insuffisance du langage sont également une som'ce d'embarras et pour l'écrivain et pour le lecteur. Il est probable que plus tard la philosophie morale créera de meilleurs nLodes d'expression , à mesure que les vérités morales s'introduiront dans l'esprit des hommes, et qu'on reconnaîtra l'indigence des tennes e:^istans. En attendant y le moraliste doit se servir, des expressions qu'il a sous sa main : tout ce qu'il peut se permettre , c'est de hasarder de loin en loin une locution nouvelle. Et, bien c|ue dans le cours de cet ouvrage, la nécessité de ces innovations ^e soit fait fréquemment sentir, cependant nous n'y avons eu recours que rarement et avec beaucoup de ménagement.
Cet ouvrage trouvera-t-il grâce aux jeux du dogmatisme ? Il est probable que non ! Nous espérons cependant que celui-là, quel qu'il soit, qui contestera le principe de la maximisation du bonheur, voudra bien citer les faits auxquels i\
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croit ce principe inapplicable. C'est pour lui un devoir de le faire ^ s'il veut aborder cette discussion dans un esprit de vérité et de loyauté. Nous proclamons ici une grande loi morale; ses prescriptions sont claires y intelligibles y et d'une incontestable évidence. Nous Croyons a cette loi le mérite d'une application universelle ^ in* variable. Si ses adversaires se retranchent sur lé terrain du mysticisme, son défenseur n'a qu'un mot à dire, c'est que lui il combat au grand jour, tandis que ses antagonistes s'entourent de ténèbres Si l'autorité arrive avec ses commandemens arbitraires et despotiques , que le Déontologiste se contente de dire qu'il raisonne lui y et ne menace pas. Si l'ascéticisme chagrin proclame que le mal est le vrai bien , le Déontologiste n'a qu'à répliquer que, pour luij le mal est le mal. Le monde décidera entre eux; le monde, qui doit se créer son avenir, qui est chargé de veiller à son propre bonheur, et qui assignera aux disputans de nos jours telle in- . fluence qu'il lui plaira leur assigner. Est«il besoin cpie l'auteur se justifie de la chaleur qu'il a mise à défendre la cause du bonheur? C'est une cause devant laquelle tout autre objet n'a qu'une importance secondaire. C'est une cause au-delà de
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laquelle l'homme n'a rien à désirer, rien à accomplir. C'est le seul bien qui l'attache au présent , au passé, à l'avenir. C'est le trésor qui contient tout ce qu'il a, tout ce qu'il espère. Heureux qui a pu de loin montrer l'édifice ! Plus heureux qui en ouvrira les portes !