LONGUEVILLE
Dép. : Seine-Inl'. ; arr. : Dieppe ; canton : Longueville.Sur la Scie, à 17 k. S. de Dieppe.
Gén. : Rouen ; El. : Arques.
Pop. : 1738 : 60 i'. ; 1772 : 77 f. ; 1789 : 84 f.
Seigneur : le roi, comme duc de Longueville. Patron : le prieur de Longueviile.
Longueville est, avec Arques et Dieppe, la localité historique de la région. Dès le XI^ siècle, ce bourg fut le chef-lieu d'un comté, qui appartenait aux Giffard ou Guiffard, alliés à la famille des ducs de Normandie ; ils donnèrent leur nom à Longueville, que l'on appelait encore, au 18® siècle, Longueville-la-Ciffard. Gautier il Giffard suivit Guillaume en Angleterre ; il fonda le prieuré de S^s-Foy de Longueville, en 1084 ou 1093, et construisit le premier château fort. Confisqué par Philippe-Auguste en 1204, le comté de Longueville, à partir du XIY« siècle, appartint successivement à Enguerrand de Marigny, à la maison de Navarre, à Bertrand Duguesclin et enfin à Jean, bâtard d'Orléans, le célèbre Dunois, fondateur de la maison Dunois-Longue ville, qui s'éteignit, en février 1694, avec l'abbé d'Orléans, fils de la duchesse de Longueville. Le comté, qui avait été érigé en duché en 1505, fit alors définitivement retour à la couronne. Longue\ille était aussi le chef-lieu d'une vicomte et d'un bailliage qui comprenait! 11 paroisses, (voir la liste dans Duplessis, Géographie de la Haute-Normandie 1, 573), et qui s'étendait sur la partie occidentale de l'arrondissement actuel de Dieppe et l'extrémité orientale de l'arrondissement d'Yvetot. Ce bailliage fut réuni,
(1) C. f. Anibrumesnil, paroisse de la même région, 9 et la note.
(2) C. f. Ambrumesnil, 8. L'article de Longueil, comme celui d'Amhnimesnil, l'ait allusion aux droits sur le cidre qui étaient très lourds.
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(Ml st'pl. I T'i 'i,;'> (•('Inid'AiMiiit's (jiii se trouva pliis (jiir don bit'-, llouard a publié les |>riiuipaiiN aidiclrs de l'rdil di» réimion, (/)/V7/o,'. I, S()-H'.)'. (lellc réunion avait laissé au \ liahilauts (Je l-on|^Mii'vill(3 dos rc^n'cls dont témoigne l'artick' (> du cahier, (.c ixMir;;. (|ui n'cul jamais uiu' i^randi' importance, était très dccliu à la lin du X \ III'' siècle; c'est aujourd'hui un des plus [)etits chefslieux de caulou de la Seine-Inférieure; en P.MI il ne coinpl;iit (lue 702 habilauts dont r>(")l a^'^lomérés,
Procî.s-veiiijal
Assemblée électorale 6 mars, une heure après-midi, devant Franc. Fourneau, notaire, et J.-P. Paul Lavinay, syndic; 17 comparants : Nie. Osmont, [fermier, taille, etc., 563 1.], J. Petit, [cafetier, 12 1.], Nie. Couet, [aubergiste, 48 1.], Guil. Geniey, [maison, masure en propre, 19 1.], Fr. Le Comte, [sans profession, 2 1. 3 s.], L. Folâtre, [2 1. 3 s.], Laurent Diftain, [journalier, 6 1. 11 s.], Jac. Le Prévost, [badestamieij, J. Sagot, [jardinier, 12 1.], Franc. Aubourg, [fait valoir une ferme en propre, 262 L], Guil. Coudray, [cabaretier, 18 1.], J. Buré, [charron, 15 1.], Ch. Cavelier, [tisserand, 9 1. 19 s.], Fr. Barbé, [marchand, 15 L], Jac. Burel, [meunier, 275 l.J, J. Bressin, [marchand, 10 1.], P. Cappelle, [chaudronnier, 2 1. 3 s.] ; en plus, signatures de Varin, [boulanger, 13 1. 2 s.J et Catteville, [journalier, 2 1. 3 s.].
Députés : Fourneau, Lavinay (1).
Cahier des doléances et remontrances de V assemblée du Tiers Etat du bourg et paroisse de Longue^ille^ tenue dans Véglise dudit lieu (2).
Sont comparues les personnes soussignées, lesquelles autorisent les députés, qui seront choisis par elles pour les représenter au bailliage royal d'Arqués, de proposer, remontrer, aviser, consentir et faire insérer dans le cahier général tout ce qui peut concerner les besoins de l'Etat, les réformes des abus, l'établissement d'un ordre fixe dans toutes les parties du gouvernement, notamment dans la constitution des Etats généraux, qui doit être telle que les délibérations soient
f 1) L'assemblée, comme on peut en juger par la profession des comparants, que nous avons indiquée entre crochets, d'après le rôle de la taille de 1789, est la représentation assez exacte de ce petitbourg. Toutes les cotes sontfaibles, en dehors de celles d'Osmont et de Burel. Le syndic et député. Lavinay, feudiste, a une maison et masure en propre et 7 acres de terre : il paie 41 1. L'autre député, Fourneau, notaire, est imposé à 17 1. pour une maison et une petite prairie en propre.
(2) Le cahier appartient au groupe de Bertreville : il a un certain nombre d'articles assez voisins de ceux de Lintot ; mais il en a aussi qui lui sont particuliers, par exemple les articles 6-8. Nous le publions intégralement, excepté quelques lignes du début, qui ne sont qu'un résumé du procès-verbal.
LONUUKVILLK 'AUl
])ris('s pal' les trois oi'dres l'ôimis cl. (\\n\ les sul'l'ra<^('S soiciiL comptés pai' lol(\ pour la hMiiic cl l'ixalion pci'i()(li(pi(; (l(îS(lits états, la prospérité i^éiiéralc du l'oyaimui et le bonliciif, tant comiuiiii (jiic particiilici', de tous h^s citoyens (1).
Au milieu de ces vues générales, l'assemblée, fixant qu<;lqu(;s objets (jui rintéressent pai'ti(5ulièrement ainsi que les paroisses voisines, charge ses députés :
lo A réclamer, autant qu'il sera en eux, contre ces attroupements de mendiants ténébreux (jui affligent l'honnête fiomme et lui demandent la bourse au nom de Dieu et sous le vêtement d'une pauvreté souvent factice. Ces brigandages, qui ne sont malheureusement que trop constants, doiv^ent exciter vivement l'assemblée du bailliage d'Arqués à solliciter un règlement général sur la mendicité, règlement qui, en fixant les pauvres dans leur paroisse, ordonne l'établissement, dans chaque communauté, d'un bureau de charité distributif des secours que les malheureux ont droit de réclamer (2).
2o Le pays de Caux, subsistant autant par ses manufactures que par les productions de son sol, l'état languissant, où le commerce se trouve réduit depuis l'époque du traité fait avec l'Angleterre, le prive d'une ressource considérable. Le défaut d'activité, dont cette paroisse ressent plus particulièrement les effets, doit être le motif d'une observation essentielle et l'assemblée autorise ses députés à faire insérer dans le cahier du bailliage d'Arqués la pétition d'un prompt remède au désavantage qui en résulte pour ce pays (3).
30 L'arbitraire dans la répartition de l'impôt le rend beaucoup ■plus aggravant et moins supportable (4). L'assemblée désire
(1) La délibération en commun, le vote par tète et la périodicité des éJats sont des demandes qui caractérisent le groupe (c. f. Bertreville, 1, Lintot,
1 et 2) ; mais leur insertion dans le mandat général, en reprenant les termes mêmes de la lettre de convocation, est particulière à Longueville.
(2) C. f. Lintot, 7 ; mais la rédaction est assez différente.
(3) C. f. Lintot, 8, l^^ partie.
(4) C. f. Lintot, 3. — Rôle de la taille de Longueville en 1789. Taille : 8701. (894 1. en tout) ; accessoires : 510 1. ; capitation : 549 1. ; au total: 1.953 1.
2 s. 5 d. Pas d'exempts mentionnés en 1789. En 1788, exempts : le curé Gentil, Ubelesky, contrôleur des vingtièmes, Regnauld, contrôleur des actes, P. Delahaye, clerc laïc, maître d'école. — Il y a, en 1789,^96 cotes ou lignes de contribuables. Les deux plus forts imposés sont : Nie. Osmont, (ferme de M Huit, 100 acres, 2 cbarrues) : 563 1. ; Jac. Burel, (moulin de Longueville, 6 acres de terre) : 275 1. La plupart des cotes sont très faibles, inférieures à 10 1. ; un certain nombre entre 10 sous e 2 livres. Onze tisserands, dont un seul, Cavelier, figure à l'assemblée.
308 HA 1 i.i.i A(;k d'ahoi' ks
ardtMiiiiu'iil riiishiiil cl ">' moincnl, où cet al)iis sera {)j'C)S('i'il l)oiir toujours, cl le joi.t JM'urcii.x où toutes répartitions seront tléfiuilivenu»!il ri ii r'évocal)leni(»nt confiéiisà un corps (h; représenlanls choisis par elle, dette époque sera sarjs <iout(; celle de l'étahlissenicjil (Tl^lals par I iciilicis poni' la province de Normandie. (Ici ohjct csscnlicl niciilc loiilc l'attention de l'î^ssemblée préliminaire» cl l'oiMiicia, sans doule, un ar'ticl(> des plus importants du caliier.
4° La qualité commune de Français impose à tons l(»s habitants du royaume les mêmes oi)ligations en fait de contribution aux impôts. Les dispositions actuelles des deux premiers ordres sont des motifs, aussi justes que coercitifs, pour demander, de la part du Tiers, l'abolition entière de tous privilèges qui ne peuvent être que désastreux.
50 L'assemblée charge ses députés de requérir, lors du cahier générai, qu'il y soit demandé instamment que toutes les entraves fiscales qui retardent les progrès de l'agriculture, découragent le laboureur, s'opposent à l'exploitation des propriétés rurales, soient anéanties à jamais et qu'il soit sollicité particulièrement la suppression des aides, gabelles et des droits d'entrée (1).
6^ Les députés représenteront que, depuis environ 50 ans, le bailliage de Longuevilîe a été réuni à celui d'Arqués. Cette réunion a ruiné ce bourg qui ne montre plus, depuis cette époque malheureuse, que des ruines que le temps a épargnées et la triste image de son désastre (2).
70 Qu'il est du bon ordre, comme du devoir de l'humanité, d'établir dans chaque bailliage un hôpital, où tous les indigents de la campagne malades soient reçus sur les certificats nécessaires pour leur entrée ; cet établissement mérite d'autant plus l'attention de l'assemblée que presque toujours l'indigent meurt sans secours parce qu'il ne peut satisfaire aux honoraires
(1) C. f. Lintot, 6, et, pour l'article précédent, c. f. Lintot, 4.
(2) Cette réunion avait eu lieu 45 ans auparavant en 1744 ; le bourg avait été ruiné par l'absence des plaideurs qui le fréquentaient jusque-là. Elle avait dû aussi être très préjudiciable à l'étude 4u notaire et c'est peut-être Fourneau qui a inspiré cet article. Les ruines sont celles du château fort qui domi- Jiait la rive gauche de la Scie et dont il ne reste aujourd'hui que des débris informas. Le bailli de Longuevilîe portait le titre de capitaine du château, et lors de la réunion, ce titre avait été transnnis au lieutenant général du bailliage d'Arqués. Une note du contrôleur Ube}esky,lc î^r nov. 1772, constate la décadence du bourg : « Il n'y a ni foire, ni marché et il ne se t'ait aucun commerce : l'occupation ordinaire des habitants est la culture des terres ; les femmes : la filature de lin... La situation est en vallée, le sol y est médiocre ; la taille se répartit à 2 s. 6 d. la livre de l'occupation » (Arch. S.-Inf., C. 534, f. 341).