NOHANT-EN-GOUT
Identification. — Cher, arr. Bourges, con Baugy. Général., élect. et grenier à sel de Bourges.
Population. — En 1793 : 154 habitants (L. 175) : aujourd'hui : 250. Mouvement en 1787 : N. 10, M. 1, D. 11 (G. 156).
Plumitif pour 1789. — M. de Ghabenal. 2C> feux. Blés el bestiaux. M I. 10 s. par feu pour le principal. Taillables : 10 laboureurs dont 2 de 30 à 40 1., G de 20 à 30 1., 2 de 10 à 20 1. et 16 manœuvres dont
3 de 10 à 20 1., 14 (sic) au-dessous de 10 1., adcensataires qui payent 60 1. Bonne récolte (G. 1109).
Impositions pour 1789. — Taille, 380 1. ; access., 205 1. ; capitat., 211 1. ; au total : 796 1. Vingtièmes, 582 1. 14 s. 6 d. (G. 1109 et 1170).
Privilégiés. — 6 ecclésiastiques, 3 laïcs. Supp. desd. privilégiés : 100 1. 3 s. (L. 1056).
Biens ecclésiastiques en 1790. — 1° La cure : maison curiale et bâtiments en dépendant : 40 1., 4 boisselées de parc : 4 1., 2 boisselées de jardin : 2 1., 50 boisselées de terre : 18 1., 5 boisselées de pré : 9 1., 8 arpents de bois : 24 L, partie de la dîme de la paroisse: 550 1., rentes actives : 24 boisseaux de marsèche, 12 boisseaux de seigle, 12 boisseaux de froment, dus par les décimateurs : 66 1. 8 s. ; total : 713 1.8 s.; 2° le chapitre Saint-Ursin : 200 1. ; 3° les Bénédictins de Chezal-Benoît : 146 1. ; 4° les Bénédictins de Bourges : 12 1. ; 5° la fabrique de Nohant : 100 boisselées de terre et 5 quartiers de pré affermés à Jean Laporte : 63 L, plus pour entretenir la lampe une rente de 24 1. (on observe qu'il y a 12 ans que cette rente n'est pas servie) ; total : 87 1.; 6° le chapitre Saint-Étienne : 3 L; 7° l' Hôtel-Dieu de Bourges : 361 1. (G. 583bis).
Cure. — Revenu en 1791 : 514 1. 6 s., charges déduites (L. 75, f° 43). Patron en 1772 : l'abbaye de Chezal-Benoît.
Sources a consulter. — Frémont, II, 211.
(Ms. origip. signé. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)
Assemblée électorale, le 22 février, en l'église du lieu à défaut d'auditoire, sous la présidence de Charles Brisson, curé de la paroisse, à défaut d'un officier de justice.
Population. — 22 feux.
Comparants. — Charles Bûcher, Jean Fluteau, François Naudin, Christophe Laporte, Jean Leblanc, Claude Theveneau, Nicolas Charpentier, François Leclerc, Etienne Paris, René Soucier, François Chartier, laboureurs; Jean Gourtoison, Jacques Aubry, François Rousseau, Jean Renouard, François Vanneau, Jean Pilet, Pierre Gaudry, Marcel Fluteau, Jean Paré, manœuvres.
Députés. — Jean Leblanc, laboureur, et Claude Theveneau, laboureur.
4 signatures, y compris celle du Président.
NOHÀNT-EN-GOUT -<>1
3° CAHIER DE DOLEANCES
(Ms. original signé. Paraphe de Brisson, curé. Arch. du Cher, titres incend., I. 37.)
Nous sommes sans lumières et sans politique; nous ne savons que cultiver la terre et multiplier les bestiaux par nos soins assidus; ainsi nos doléances ne seront pas bien Intéressantes et peut-être mal digérées, le gouvernement politique étant trop compliqué pour des esprits faibles, hélas ! nous sommes trop simples pour distinguer les ressorts qui arrêtent ou qui font mouvoir avec justesse cette vaste macbine... Dites au meilleur des rois que nous sommes toujours prêts à l'aider de nos épargnes, de nos sueurs et de notre sang; dites-lui que nous ne craignons bas que ceux qui partagent sa puissance anéantissent sa bonté à notre égard. Pourraient-ils vivre aux dépens d'un ■peuple généreux et qui est sur le point de mourir de faim Kt de misère ? Pourraient-ils oublier ceux qui les nourrissent du froment le plus pur? Pourraient-ils oublier ceux lui leur procurent des vins exquis et délicats, ceux qui engraissent pour eux des bœufs, des volailles? A qui doivent-ils le linge fin qui les enveloppe, la laine ou la soie qui les couvrent? A cette foule de malheureux qui sont bans sel, sans pain, sans vin, et qui vont nu-pieds neuf mois de Tannée.
Nous nous plaisons à croire que les grands imiteront la bonté du Roi ; comme lui, il vont faire des sacrifices pour le bonheur des sujets de ce royaume, ils réduiront leurs domestiques, leur luxe, leur table; ils apprendront que la sobriété est la mère de la santé et qu'un nécessaire honnête et honorable est l'unique ressource pour subvenir à tous les besoins de l'État ; ils quitteront quelquefois leurs palais pour venir nous visiter dans nos chaumières, ils épieront nos besoins, ils essuieront nos larmes, ils caresseront nos enfants ; touchés de notre pauvre situation, ils travailleront avec ardeur à modifier les frais énormes qui absorbent une grande partie des impôts qui n'enrichissent que des particuliers inutiles et qui nourrissenl dan- l'oisiveté une multidude d'espions qui ne cessent de persécuter le troubler les hommes les plus laborieux et les plus
nécessaires à l'État ; ils méditeront sur les moyens de purifier les mœurs, car c'est un objet précieux pour la
félicité publique D'après ces considérations et pour
observer la volonté du Roi que nous aimons de tout notre cœur et pour lui prouver que nous sommes des sujets fidèles et dociles, nous dirons nos justes plaintes en peu de mots.
1° Nous nous plaignons que les bras commencent à manquer sensiblement, nous voudrions bien en connaître au juste la véritable cause1.... Serait-ce cette foule de domestiques vigoureux et robustes qui environnent les grands? Seraient-ce les viles mouches que les financiers emploient pour incommoder le peuple ? Seraient-ce les manufactures de frivolités ? Serait-ce le célibat volontaire et involontaire, serait-ce la corruption des mœurs, serait-ce le défaut d'habitations ? Quoi qu'il en soit, si l'on ne prend des moyens prompts et efficaces pour arrêter le cours de ces sources empoisonnées, sous un demi-siècle nos campagnes seront de vastes déserts et nos villes n'offriront aux regards des voyageurs que des monceaux de ruines 2.
2° La manière de lever les impôts du sel et du vin est ruineuse pour le peuple, sans être avantageuse au besoin de l'État. Ne devrait-on pas la simplifier et alléger ce fardeau pesant, épineux et déshonorant pour une nation éclairée ?
3° Le contrôle est comme un impôt arbitraire ; il serait très aisé de le fixer d'une manière claire et à la portée de tout le monde.
4° Les Administrations provinciales devraient être chargées de tous les deniers de la province et les fermiers généraux des postes devraient les porter sans frais dans les coffres du Roi ; ils feraient encore assez de profits sur les fermes.
1. En marge le cahier porte : « En 1574, cette paroisse contenait 1.500 habitants ; à présent, elle en a 130. Les autres paroisses des environs sont déduites de même. D'où vient ce déficit depuis 300 ans? »
2. Sur les causes de dépopulation en Berry, voy. A. Gandilhon (Bull, des sciences économ. et soc. du Comité des trac, hist., année 1905).
NOUAM-I.N-f.oT T 2fv*
5° Les mêmes Administrations recevraient bien tous les profits qui reviennent au Roi par rapport à ses domaines. Enfin, qu'a-t-on besoin de tant de receveurs, de sousreceveurs et de tant de commis ? On n'a besoin dans une province que d'un rendez-vous public et sûr.
6° Le seul impôt territorial serait bien le plus juste, le plus simple, le plus commode et le plus avantageux. Qui sont ceux qui s'y opposent et pourquoi s'y oppose-t-on ? C'est qu'on ne pourrait tromper ni le Roi ni le peuple. Ceux qui s'y opposent, ce sont les gros propriétaires et les gras bénéficiers qui ne veulent pas rendre à César ce qui appartient à César.
7° On devrait travailler à simplifier la forme judiciaire et à rectifier les sentiers tortueux de la chicane de façon que le procès le plus difficile ne durât qu'un an ; cela tranquilliserait les familles.
8° Les charges honorables de la judicature ne devraient pas être vénales et on devrait se choisir des juges parmi des vieillards sensés et instruits ; on devrait être jugé dans sa province. Peut-être que l'or et la beauté ne feraient pas incliner la balance de la justice.
9° Qu'est-ce que gagner un procès quant au fond et le perdre quant à la forme, c'est payer la malice ou l'ignorance d'un praticien. Devrait-il ignorer ces formalités ou est-ce au client à les savoir ? Un laboureur, un cordonnier, un fermier doivent-ils être instruits des "lois pour suivre leur droit et pour obtenir justice? N'est-ce pas plutôt à ceux que les législateurs commettent dans ces emplois d'en être instruits à fond? Ne devrait-on pas les examiner sur ces matières et les rendre responsables de leurs bévues.
10° Pour être notaire il ne faut qu'avoir le moyen d'acheter une étude ; ne sait-on pas qu'il faut avoir des lumières et de la probité pour mériter les secrets d'une famille et pour assurer sa fortune ?
11° Les bénéficiers, chargés de plusieurs bénéfices contre l'intention de l'Église, appauvrissent les lieux qui les engraissent ; pour éviter les réparations, ils ont laissé tomber en ruines une infinité d'habitations et, pour ne
point ouvrir leur bourse, ils ne paraissent jamais dans le lieu de leur bénéfice.
12° Les églises qui dépendent de ces mêmes bénéficiers sont dénuées de tout et les pasteurs qui les gouvernent ont à peine de quoi subsister. C'est un cri universel, mais les oreilles sont bouchées, les coeurs sont froids et durs comme du marbre.
Nous espérons que le Roi fera des miracles, il fera entendre les sourds, il attendrira les cœurs et rectifiera les esprits par sa juste puissance.
13° Il faudrait dans chaque paroisse un bureau de charité, qui ne coûterait rien à personne. La plupart des bénéfices ont des fondations ; ne pourrait-on pas les commuer? Au lieu de chanter un Libéra, un Salve, d'acquitter tant de messes, ne pourrait-on pas de la rétribution due à l'acquittement de ces fondations faire un fonds pour les pauvres ? Les évêques se permettent tous les jours la diminution de ces charges ; ne pourraient-ils pas permettre de se servir de cet argent pour le soulagement des malades, des infirmes et des orphelins et des veuves? Si cela arrive, que de vivants qui prieront sincèrement et en vérité pour les morts !
14° La suppression des chapitres parce qu'il vaut mieux travailler que de chanter : Qui labovat, orat.
15° Si l'on conserve le chapitre que l'on nomme cathédral, il faudrait le composer de ministres qui ont blanchi en portant honorablement le fardeau du ministère ; ils ressembleront à ces vieillards de l'Apocalypse qui environnent et qui embellissent le trône de l'Agneau.
16° La suppression des religieux, parce que le célibat bien gardé nuit à la population ; mal gardé, il est la source de la corruption des mœurs. On pourrait avoir dans chaque province quelques maisons pour subvenir et pour secourir les curés malades ou infirmes ou cassés par les années.
17° La retraite absolue est inutile à la religion et très nuisible à l'État. Il ne faudrait donc plus renfermer sous des verroux éternels des victimes immolées à l'intérêt, à la vanité ou aux caprices d'une famille insensée et irréligieuse.
OSMOY
18° Il faudrait que les différents fermiers de nos campagnes lissent valoir par eux-mêmes. Alors, ils n'écrase-r paient pas nos pauvres villageois, parce qu'ils ne pourraient pas prendre une infinité de fermes pour leur compte et le gain de ces mêmes fermes se répandrait sur un plus grand nombre de particuliers ; ils deviendraient moins riches, mais il y aurait plus de particuliers commodes et aisés1.
Brisson, curé de Nohant, Theurier, Soucier, Tiiébault, syndic.
Ces signatures figurent à la suite de V article 17. A la mite de l'article 18, c'est-à-dire du dernier, on ne trouve que les signatures de Theurier, Soucier et Thébault.
OSMOY
Identification. — Cher, .arr. Bourges, con Levet. Général., ôlect. et grenier à sel de Bourges.
Population. — En l'an IV : 236 habitants au-dessus de l'âge de 12 ans (L. 173); aujourd'hui : 250 au total. Mouvement en 1788: I. L5, M. 2, D. 12 (G. 162).
1. Voici quel était l'état économique de la paroisse en 1774 :
NATURE
DES BIENS
LEUR PRIX COMMUN résultant de leur qualité
GRAINS
ET AUTRES DENRÉES
leur mesure
leur poids
leur prix commun
Poisselée de
terre
Arpent de
pré
Boisselée de
cliènevière Arpent de
bois
Froment Méteil Seigle
Marsèche Avoine
Boisseau
« ... Le terrain est généralement maigre et peut rapporter, année une, trois boisseaux la boisselée. Les habitants ne font aucun commerce, | travaillent presque toujours aux bois. Les denrées ne se consomment •int dans cette paroisse, les habitants les vendent sur le marché de qui en est éloigné de trois lieues » (C. 267, Rôles des vingtièmes >ur 1774).
Plumitif pour 1789. — Le Roi. Blés et bestiaux. 54 feux. 12 1. par feu pour le principal. Taillables: 14 laboureurs dont 5 de 30 à 40 1., 8 de 20 à 30 1., 1 de 15 1., fermiers qui payent 72 1. et 36 manœuvres dont 1 de 10 à 12 1., 35 au-dessous de 10 1. Bonne récolte (G. 1109).
Impositions pour 1789. — Taille, 650 1. ; access., 351 1. ; capitat., 362 1. ; au total : 1.363 1. Vingtièmes, 435 1. 4 s. 6 d. (G. 1109 et 1170).
Privilégiés. — 11, tous ecclésiastiques. Supp. clesd. privilégiés: 73 1. 14 s. (L. 2083).
Biens ecclésiastiques en 1790. — 1° La cure : maison curiale et 3 boisselées de terre, le tout non estimé et porté à 66 1., 179 boisselées de terre estimées 72 livres et portées à 90 1., 6 arpents de pré : 90 1., 1/2 arpent de vigne : 6 1., grosses et menues dîmes, 1/3 dans la grande dîme : 550 1., autre petite partie de dîme : 69 1. 5 s., dîmes novales : 18 L, 60 livres de supplément : 60 1., 1 boisselée de chènevière : 2 1., dîme de lainage et charnage : 24 1. ; total : 975 1. 5 s. ; 2° la fabrique de Saint-Jean-des-Champs : 10 1. ; 3° la fabrique d'Osmoy : 12 boisselées de mauvaise terre: 3 1., 2 boisselées de chènevière : 4 1. ; total : 7 1. ; 4° les chanoines réguliers de la ville de Bourges: 1.067 1. 9 s. ; 5° l'Hôtel-Dieu de Bourges: 592 1. 10 s., charges : supplément à la cure : 8 1. et comme codécimateur tenu de partie des réparations du chœur et de la sacristie ; 6° le Petit Séminaire de Bourges : 65 1. ; 7° le Grand Séminaire de Bourges : 56 1. ; 8° le chapitre Saint-Ursin : 1.172 1., charges : supplément à la cure : 42 1. 11 s. et comme décimateur en partie est tenu des réparations du chœur et de la sacristie ; 9° les Bénédictins de La Charité : 240 1. ; charges : supplément à la cure : 9 1. 9 s. et chargés des réparations à la cure et à la sacristie suivant leur portion ; 10° chapitre Saint- Étienne : 248 1. 5 s. (G. 583bis).
Cure. — Revenu en 1791 : 1.348 1. 15 s. ; dépenses et frais de régie: 27 1. 11 s., plus 55 1. 2 s. pour les réparations (L. 75, f° 36). Patron en 1772 : le chapitre Saint-Ursin.
Sources a consulter. — Henri Bailly, Canton de Levet, 36 ;
(Ms. origin. signé. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)
Assemblée électorale, le 1er mars, en la maison curiale, sous la présidence de Jean-Gabriel Preverault, prêtre, curé dudit lieu.
Population. — 36 feux.
osmoy 267
Comparants. — François Ferry, Biaise Brossard, Claude Dodu, Edme Thébault, Gabriel Jean, Louis Gouade, François Roblet, François Houx, Jacques Daveau, Pierre Lanoue, Denis Sareau, Pierre Billy, François Ghambon, Etienne Garnier, laboureurs ; Jean Maunoir, syndic, Jean Tliébault, François Tremeau, Vincent Brisset, Jean Salmon, Henri Brisset, Silvain Marillat, Pierre Dubois, Jean Lanoue, Jean Bauvois, Jean Ghevinières, Jacques Paris, Jacques Dubois, Guillaume Bindet, Jean Massonat, Gilbert Rochon, Jean Mangot, Antoine Quantin, Germain Ghevinières, Mathieu Thennevin, Marcel Roblet, manœuvres.
Députés. — Biaise Brossard, laboureur, et Marcel Roblet, manœuvre.
5 signatures, y compris celle du Président.
(Ms. original signé. Paraphe de Preverault. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)
Très humbles, très respectueuses et très soumises plaintes et doléances des habitants de la paroisse d' Osmoy, élection de Bourges, dictées par le malheureux, opprimé non par les justes tributs qu'il doit au meilleur des Rois, mais par les vexations continuelles dont il est accablé, tant par le recouvrement des impôts que par un nombre infini d'autres circonstances qui le chargent et surchargent jusqu'au point de ne lui laisser que faiblement la nourriture dont il a besoin pour conserver les forces qui lui sont si nécessaires afin de s'acquitta' des travaux continuels et pénibles attachés à son état.
Art. 1er. — On représente que la taille et en conséquence la capitation et autres impôts sont injustement répartis sur chaque contribuable. Pour quoi, nous demandons des commissaires aux fins de ne l'asseoir que sur la déclaration de chacun de nous, exploitant lui publiquement à la communauté, pour que les règles de la justice distributive y soient scrupuleusement observées, en prenant un état circonstancié de la qualité et quantité des terres, prés H chènevières qu'exploite chaque habitant1.
1. L'Assemblée provinciale s'efforça à diverses reprises d'asseoir l'impôt sur des bases équitables. Cf. Procès-verbal des séance* de l'Assembl, prtn .... 17SG, p. 102 et 106.
Nous nous plaignons avec raison de la dureté avec laquelle nous sommes traités dans le recouvrement des tributs par les commis et receveurs des tailles, qui écrasent les paroisses par des frais énormes et multipliés, en envoyant pendant quinze jours et plus des garnisaires à raison de 40 sols par jour, lesquels hommes s'établissent chez le collecteur le temps de leur séjour, le contraignant à le nourrir et défrayer, ce qui ne peut se faire sans qu'il en coûte, à caver au plus bas vingt sols par jour audit collecteur, inconvénient que chaque paroisse éprouve à tous les quartiers, ce qui fait une surcharge de 180 livres par an pour chaque paroisse.
Le moyen d'adoucir ce joug ruineux et destructeur de la fortune du laboureur serait de percevoir par tiers ces deniers: le 1er. tiers, depuis le 1er janvier jusqu'au 1er mars où il y a encore de la ressource dans les granges, le 2e tiers, depuis le 1er mai jusqu'au 1er juillet, temps où la campagne vend ses laines, brebis qu'on renouvelle, moutons d'un an, le 3e et dernier tiers, depuis la Toussaint jusqu'à Noël, lorsque les granges sont pleines et que l'on a la ressource des chanvres, et non pas dans le temps et la force de la moisson où on [n']a à peine ce qu'il faut pour la nourriture du grand nombre d'ouvriers que les exploitants ont alors sur les bras, qu'on oblige en les persécutant en cette saison de détourner leurs domestiques, laisser et risquer une partie de leur récolte, afin de battre à la hâte pour se délivrer et renvoyer des hommes qui les rongent et les tourmentent. Lesdits habitants se flattent que leur clameur sur cet objet d'importance frappera le gouvernement qui fera cesser cette vexation si contraire aux sentiments de bienfaisance qui caractérisent Sa Majesté.
Nous représentons aussi que, les rôles une fois faits, il soit absolument défendu aux collecteurs et sous peine de payer de leurs propres deniers les augmentations ou diminutions qu'ils feraient arbitrairement, comme il arrive souvent en cette paroisse, sans appeler personne et qu'il y soit rigoureusement tenu la main.
Il serait encore à souhaiter qu'il n'y eût qu'un seul impôt, ou en nature qui se payerait au temps de la moisson sur toute espèce de productions de la même manière que
osmov 269
se perçoit la dîme et qui laisserait pour l'année la tranquillité aux gens de la campagne, ou, s'il esl établi en argent, que la perception puisse s'en faire en trois termes
et dans les temps expliqués ci-dessus.
Enfin, qu'il y eût des ordres intimés aux garnisaires de se nourrira leurs dépens et défense sous des peines portées de [ne] rien exiger, pas même recevoir des collecteurs et habitants quelconques, les 40 sols qui leur sont assignés bar jour étant plus que suffisants pour les défrayer.
Art. 2. — Il serait avantageux que le sel, comme une des choses de première nécessité, fût marchand ; c'est à peu près le vœu de toute la France.
Art. 3. — Un monopole qui requiert la vigilance et l'attention du gouvernement est plusieurs sociétés qui se forment depuis quelques années de particuliers riches ou qui ont des ressources et s'unissent pour le commerce des Dois, achètent des propriétaires toutes les coupes qui se trouvent dans l'espace de six lieues aux environs de la capitale, bois qui leur coûte cent livres ou environ l'arpent. Comme ils sont seuls maîtres de cette denrée et qu'il est impossible de se pourvoir ailleurs, ils le vendent, chose incroyable, [ce] dont on peut fournir tous les jours des preuves, jusqu'à 300 livres et 400 livres l'arpent. Est-il un moyen plus sûr et plus prompt de ruiner les villes et les campagnes pour enrichir des particuliers aux dépens de la communauté ? Vexation plus accablante et dommageable que les impositions et bien triste pour l'humanité souffrante, qui ne peut avoir qu'au poids de l'or un besoin de première nécessité ! Avec quelle exactitude et quelle promptitude en même temps les magistrats ne doivent-ils pas porter remède à ce mal général qui fait des progrès dangereux et proscrire ce commerce usuraire en obligeant les propriétaires à vendre leur bois eux-mêmes qui peuvent si aisément le l'aire, en le faisant détailler par leurs gardes, ou en défendant sous telle peine qu'il appartiendra ces
ciétés, ou bien encore en taxant ladite marchandise suiant sa valeur et sa qualité, comme il se pratique pour le
in.
Il est encore une autre vexation pour les acheteurs dans
la partie des bois, par laquelle ils sont obligés de payer sur l'heure 5 livres par 100 livres d'acquisition et vingt sols par chaque perchée (sic) de bois, ce qui fait 6 livres pour 100 livres, droits et exigences qui n'ont lieu que depuis 15 à 18 ans. Cette somme tourne au profit des gardes, lorsqu'il y en a, ou à celui du marchand s'il n'y a point de gardes, somme de 6 livres qui surpaye par avance l'intérêt pour le crédit d'usage en ce commerce et qui devient très ruineux pour le manœuvre à qui il enlève l'argent de sa journée pour la semaine et diminue l'aisance du laboureur, en suraugmentant le bois déjà de beaucoup trop cher avec le profit énorme que font les marchands. Ce profit préliminaire devrait bien leur être interdit.
Une autre injustice cruelle dans cette partie de commerce, contre laquelle on ne peut trop et trop tôt sévir, regarde les plus nécessiteux de la campagne ou jugés tels par les marchands qui, ne se souciant pas de leur vendre, leur surfont et vendent un tiers et moitié plus cher qu'aux autres ce dont ils ont besoin, fondés sur les risques qu'ils courent, ce qui arrive rarement. Le malheureux, obligé d'en passer par ce qu'ils veulent, est dans le cas de ne pouvoir se relever de sa misère en achetant le double de sa valeur ce que les autres paient déjà trop cher.
Art. 4. — Les habitants de ces campagnes ne sont point propriétaires et il s'en trouve peu qui soient logés chez eux. Changeant souvent de demeure et paroisse, ils se croient en droit de représenter une charge d'autant plus onéreuse qu'elle se répète souvent. Ceci regarde les réparations ou reconstructions des églises et dépendances ainsi que des presbytères. En effet, n'est-il pas bien dur pour un homme qui n'a d'autre ressource que ses bras de concourir à l'entretien et plus, si le cas échoit, d'une église et cimetière d'une paroisse où il n'habite qu'en passant; après trois années, de se placer dans une autre dans laquelle on reconstruit le presbytère auquel il est obligé de contribuer ; au résilly (sic) ou réméré de son bail, d'aller ailleurs où il est procédé aux mêmes charges publiques et pour lesquelles il est imposé de nouveau. Voilà ce qui
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arrive souvent et le même particulier dans les reconstructions des presbytères de Moulins, Crosses et Osmoy a payé trois fois dans l'espace de moins de dix-huit ans. Le gouvernement est trop juste pour ne pas remédier a cette plainte bien fondée des habitants des campagnes non propriétaires, qui semblent être écrasés de toutes parts, leur ménager un morceau de pain qui leur coûte bien des sueurs à ces malheureux qui ne possèdent pas un pouce de terre, dont toute la vie est employée à mettre en valeur le bien des autres, qui tirent du sein de la terre de quoi nourrir les sujets de toutes les classes et payer ce qu'ils doivent à leur maître et leur Roi.
• Ne serait-il pas plus équitable que ces réparations, entretiens et reconstructions des presbytères, églises et dépendances fussent à la charge seule des propriétaires qui vivent du revenu de leurs terres, qui les transmettent I leurs descendants ou qui les vendent, en reçoivent le prix, se font des rentes, ou placent ailleurs pour leur plus grand avantage.
Ces charges pourraient encore être supportées par les décimateurs en entier pour la partie qui regarde les églises, cimetières et dépendances, ainsi que pour les presbytères tout ce qui en regarde les entretiens annuels et journaliers. Ces décimateurs, dis-je, tout à fait étrangers aux paroisses qui leur sont entièrement inutiles pour les ecours spirituels et temporels, qui s'engraissent et se ourrissent de la sueur et des fatigues de leurs habitants, s chapitres, ces communautés, qui y possèdent les meileurs fonds, sont exempts de ces charges ; ils y perçoivent e plus clair du revenu et ne concourent en aucune manière à soulager ceux des travaux desquels ils tirent la quinessence.
C'est ce que nous osons représenter avec confiance à la ustice et à la bonté de notre souverain, qui ignore l'état triste et malheureux de la classe des hommes qui lui sont les plus utiles et qui est trop bienfaisant pour ne pas mpatir à nos maux, trop juste pour ne pas nous délivrer 'un joug aussi onéreux.
En assujettissant les décimateurs et communautés pariétaires dans nos paroisses ou l'universalité des pro-
priétairès, soit ecclésiastiques ou autres, à ces obligations qui semblent devoir plutôt regarder les biens que les personnes, Sa Majesté fera le bonheur de ses fidèles sujets les habitants des campagnes.
Art. 5. — Les fabriques n'exigent pas moins l'attention du gouvernement. Il y en a grand nombre qui n'ont point ou presque pas de revenus, de sorte qu'il faut recourir à la générosité du pauvre peuple pour empêcher que les églises déjà dans un état d'indécence ne périssent. Quelle triste ressource ! tandis que les décimateurs qu'on ne connaît que de nom, moines ou chapitres, devraient être les seuls à concourir à la décence et entretien de la maison de Dieu, à donner de bonne grâce au peuple cette preuve de religion, en fournissant de quoi célébrer avec dignité le saint sacrifice et les offices publics et logeant les curés qui ne sont que leurs secondaires pour acquitter une obligation qui leur est propre, de ces curés dont ils ont enlevé autrefois le patrimoine et qu'ils ne cessent de persécuter. Tel est le vœu des habitants de nos paroisses qui paieraient avec plaisir la dîme au pasteur qui est toujours au milieu d'eux, qui les assiste dans leurs besoins, les console dans leurs peines, élève et instruit leurs enfants, s'occupe et se donne toute la vie des peines pour les conduire dans les sentiers de la justice et de la vertu, bannir de leur cœur le vice, les aider de ses conseils dans les différentes affaires qui leur surviennent, en un mot qui est leur père et dont ils sont les enfants, une même famille qu'il porte jour et nuit dans son cœur, plutôt qu'à des décimateurs inconnus qui refuseront souvent ce qui est de nécessité pour la célébration de l'office et des mystères, des ecclésiastiques qui, s'ils étaient dévorés du zèle delà maison de Dieu, devraient craindre de laisser apercevoir trop d'attachement ou d'intérêt capable de scandaliser les! peuples en occasionnant leurs plaintes et leurs murmures.
Art. 6. — Une chose très intéressante et sur quoi il serait grandement avantageux d'obtenir un règlement est: les domestiques qui deviennent rares dans les campagnes; en voilà les causes :
1° Le grand nombre de domestiques qu'ont à leur service
osmoy 273
les seigneurs et les gens riches, ce qui enlève autant de cultivateurs. Nous voyons déserter tous les jours beaucoup de jeunes gens forts et vigoureux pour prendre le parti de fainéantise et d'oisiveté l.
2° Depuis plusieurs années, les garçons sont dans l'usage de battre les granges au préjudice des manœuvres, gens mariés qui restent sans ouvrage dans le temps mort de l'hiver et n'ont plus cette ressource pour fournir aux >ins de leur famille, ce qui suffisait, et s'adonnent nécessairement à la mendicité ou sont dans le cas de souffrir.
3° Parce que, dès que les domestiques ont de l'argent, plusieurs s'adonnent à de petits commerces qui leur font perdre le goût et l'habitude du travail.
4° D'autres peu ardents s'abandonnent à la chasse et deviennent braconniers de profession ou, suivant les Kvières, font des pierdeurs2 (sic), souvent tournent mal et deviennent des pestes pour la société.
Telles sont les causes de la rareté des domestiques. On peut y remédier [1°] en en fixant un nombre raisonnable et seulement nécessaire aux seigneurs et roturiers suivant la qualité de ceux qui en ont besoin ; 2° en faisant très expresse inhibition et défense aux fermiers et laboureurs de prendre pour battre leurs grains autres que des manœuvres et gens mariés et ce sous amende contre les contrevenants ; 3° en interdisant aux gens de la campagne, s'ils ne sont pas infirmes, tous les petits commerces qui les conduisent plutôt à la fainéantise et à la pauvreté qu'à la fortune ; 4° en observant de près les braconniers et pierdeurs (sic), généralement tous ceux qui dans cette classe s'abandonneraient à journées faites à la chasse ou à la pêche, et ce sous peine d'emprisonnement, amende et plus, suivant l'exigence du cas et l'opiniâtreté du sujet.
I n autre abus qui tyrannise les maîtres colons et laboureurs est la mauvaise foi, l'insolence, le peu de subordination et le haut prix où sont montés les domestiques.
1. Voy. des raisons analogues exposées dans Les causes de dépopulation en Ben-;/ en 1783 par A. Gandilhon.
ï. Expression encore employée de nos jours en Berry pour désigner des Tagabonds et des braconniers.
274 BAILLIAGE DE B0UBGES
1° Il ne faudrait qu'un terme dans l'année. Le plus commode et le mieux placé à la fin des travaux est la Toussaint ou Saint-Martin et non pas de la Saint-Jean à la Nativité, de la Nativité aux Morts, des Morts au 1er mars, du 1er mars à la Saint-Jean : ce qui fait la ruine et l'épuisement des colons, les garçons dans les temps d'une plus grande nécessité ne se donnant qu'à force d'argent et il en faut passer par là. Plusieurs par humeur et sans sujet s'en vont sans rien dire ; d'autres dans le plus grand embarras demandent leur compte et quittent quand ils ont , passé le mauvais temps, détournent souvent les autres domestiques et laissent un maître au temps de l'ouvrage I sans personne pour conduire ses voitures, panser ses I bestiaux. Quel dommage n'en résulte-t-il pas . pour le laboureur, dont l'ouvrage cesse jusqu'à ce qu'il se soitj pourvu de nouveaux domestiques qui se trouvent rarement 1 bons dans le courant de l'année !
Cet article mérite la plus sérieuse attention de la parti de ceux qui sont chargés de maintenir le bon ordre et un j domestique qui sort dans le courant du terme, sans raison! suffisante, parce qu'il ne veut pas être commandé, pari caprice, devrait être entièrement privé de son salaire etB puni rigoureusement s'il est trouvé coupable du dérange-B ment des autres ; c'est par ce moyen qu'un homme seraB maître chez lui, ce qui pourtant est rare dans la campagne à présent.
Il ne serait pas juste de mettre un frein aux domestiques j seuls ; les maîtres peuvent avoir des torts. En contenant les premiers, il convient aussi de contenir les autres, de sorte que les maîtres ne soient pas libres de se défaire d( leurs domestiques par caprice, mauvaise humeur, samip raison, par pur intérêt, à la veille d'une saison mortel mais pour de justes causes et mécontentement fondé e î prouvé et dans un temps propre au travail et ce à pein«;i de leur payer année entière de leur salaire, si le maîtru est dans son tort, ou la somme qui répondra au temps qui le domestique aura passé dans sa place, si le tort est d< son côté : sage règlement qui assurera les droits des un et des autres, par lequel les colons ne seront plus sujet: au caprice d'une jeunesse effrénée et souvent déraisonnabl
OSMoV -/.)
et débauchée. Les voitures en seront mieux conduites, ayant pendant l'année le même conducteur ; les bestiaux mieux soignés ; l'agriculture y gagnera par plus d'ouvrage; les cultivateurs seront soulagés, en ayant des personnes qui connaîtront leurs terres et dépendances, ce qui leur (sic) exemptera de faire accompagner par quelqu'un de la maison, utile ailleurs, de nouveaux domestiques dans les différents champs ou prés au temps de la récolte, inconvénient auquel le terme de la Saint-Jean donne lieu et qui ne subsisterait plus s'il n'y avait qu'un seul terme dans l'année, celui de la Toussaint ou Saint-Martin ou tel autre qu'il avisera bon être.
On devrait, pour conserver la paix et la bonne intelligence entre les maîtres et les domestiques, défendre qu'ils
Lse séparassent les uns des autres sans le certificat d'un juge nommé à cet effet dans chaque paroisse y résidant,
Homme le curé, syndic ou autre personne digne de foi et préposée pour juger des différends qui naîtraient entre les
i uns et les autres ; qu'il fût fait défense expresse à qui que
| ce fût de les recevoir à son service sans avoir exhibé ledit certificat et, en cas de contravention, amende.
Il serait encore nécessaire, pour que cet objet fût entièrement réglé et qu'il n'y eût plus rien à refaire, que, comme clans un royaume du Nord, tous les domestiques de différentes classes fussent taxés d'une manière juste et proportionnée à leurs travaux et services, et défense à tout fermier et colon d'augmenter ou diminuer cette taxe comme à tout domestique de demander ou exiger au delà de ladite taxe sous peine portée et déterminée. Par cette précaution, on contiendra l'envie et jalousie des laboureurs qui attirent et s'enlèvent les domestiques les uns des autres, par l'espoir d'augmentation, manœuvre dont les maîtres par un malentendu sont seuls victimes et qui ti monter les services des domestiques à si haut prix.
Art. 7. — Qu'il serait intéressant pour le bien général as paroisses du royaume et de tous les habitants des impagnes que le ministre voulût bien s'occuper et régler I qui regarde les communes ou pâturages des paroisses faines et limitrophes, dont il est si difficile pour ne, pas
dire impossible d'empêcher les bestiaux de passer des unes dans les autres. Par un règlement dans lequel on aurait prévu la plus grande partie des inconvénients, on ferait entièrement cesser ces guerres intestines et continuelles de voisins qui se querellent, se battent, s'estropient, se tuent quelquefois ; on éviterait tant de frais qui se font réciproquement par vengeance sur cet objet ; on assoupirait des haines intestines ; on conserverait des animaux qui font la richesse des campagnes et qui périssent des mauvais traitements qu'ils ont reçus ; on abolirait ces amendes fréquentes et considérables à raison du moyen de ceux qui les supportent et que les seigneurs par raison de cupidité prononcent si illégalement et de leur propre autorité privée, qui ruinent le paysan et le gênent considérablement, amendes appliquées au profit desdits seigneurs qui n'en accordent qu'une légère partie à leurs gardes. Dans tous ces cas, ils sont juges quoique parties et il est incroyable combien d'injustices se commettent à raison des prises et des dommages journaliers. Tous les regnicoles (sic) sont également chers au Roi qu'on peut regarder avec justice comme le père de son peuple. Dans ces circonstances où il déploie toutes les qualités de son cœur pour ses sujets, il fera à coup sûr cesser nos plaintes en essuyant nos larmes, un prince qui descendra dans le détail de toutes les classes pour leur procurer le soulagement dont elles auront besoin.
Nous espérons qu'en mettant ces désordres et oppressions sous les yeux de Sa Majesté, les seigneurs ne s'arrogeront plus le droit de prononcer des amendes ; les communes en estimant que par compensation elles seront à l'usage de ceux qui les avoisinent indistinctement, le monde vivra sans inquiétude sur ses bestiaux et retrouvera la tranquillité et la paix dont il est privé et après lesquelles il soupire depuis si longtemps.
Art. 8. — 11 est encore une autre vexation non moins considérable par laquelle il semble que tout conspire à écraser les malheureux, ce sont les corvées que les seigneurs des campagnes exigent de leurs vassaux, servitude qu'ils étendent par la seule raison du plus fort à tous cei
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qui les avoisinent ou habitent les paroisses où ils régnent (lc-potiquement. Heureusement tous les seigneur^ ne se pessemblenl pas, puisque le plus grand nombre semblent nés pour le bonheur de ceux qui les entourent. (Test sur les premiers que doit se porter l'attention du ministère, qui, par des corvées multipliées, font faire et engranger leur moisson pendant que celle de leur vassaux est en souffrance et risque de se perdre, qui contraignent de pauvres journaliers à travailler gratis dans un temps où les journées sont au plus haut prix, forcent ceux qui ont des voitures à conduire des provisions de bois immenses, qui font battre des noyers, casser et éplucher des noix tout l'hiver, vendanger leurs vignes, jusqu'à laver leur lessive, font faire en un mot tout ce qu'ils ont besoin par une corvée qu'on peut appeler continuelle, qui, enlevant un l<mps considérable aux pauvres habitants de ces paroisses infortunées et un temps précieux, font regarder les seigneurs comme nés pour le malheur du genre humain. Ces hommes impitoyables qui voient, sans en être émus, couler des larmes de sang à tous ceux qui sont sous leur empire et dont ils sont la source intarissable, nous ne doutons nullement que ce tableau vrai de la misère et de l'oppression où gémit le paysan dans plusieurs parties du royaume n'engage un prince naturellement bienfaisant à confondre cette tyrannie et contenir les seigneurs qui l'auront exercée.
Art. 9. — En simplifiant la procédure, les frais en deviendront moins considérables ; en taxant tous les procureurs et huissiers, on soulagerait beaucoup le peuple et on accélérerait grandement la fin des affaires. Mais la^ classe des malheureux mérite toujours le plus d'attention (et) qui, faute de moyens, ne peuvent revendiquer leurs • Iroits. Le pauvre voit enlever le peu qu'il possède sans pouvoir s'y opposer, en un mot est ruiné et ne peut se plaindre qu'en silence parce qu'il craint. En effet, comment pour une affaire de mille écus de principal, s'il faut pour se taire rendre justice dépenser quatre ou six mille francs, le misérable se défendrait-il ? Si un seigneur, un propriétaire, un fermier veulent se défaire d'un laboureur, un manœuvre, c'est toujours lorsque les terres sont ensemen-:
cées qu'ils sont attaqués et mis hors ; sans un compte fait, on leur prend tout en les réduisant ainsi que leur famille souvent nombreuse et en bas âge à pain chercher.
Pour empêcher cette cruauté et soutenir le malheureux timide et interdit qui ne connaît que ses terres et le mode de les cultiver, qui ignore les affaires, ne pourrait-on pas dans chaque paroisse établir et constituer une personne de réputation intacte, juge en ces circonstances, un curé par exemple, un syndic ou tout autre homme éclairé qui aurait son domicile fixé dans le lieu, plutôt que devant un officier des seigneurs qui n'ont que de la partialité, il est aisé d'en connaître la raison, affaires qui devraient être jugées sans délai, sur le lieu et gratis, et qu'il y eût une loi qui défendît à tous seigneurs, propriétaires et fermiers de renvoyer leurs colons ou manœuvres sans avoir préalablement épuré leurs comptes devant la personne constituée ?
Ne pourrait-on pas également, pour ce qui regarde la nomination des tuteurs ou curateurs aux fins d'autoriser des mineurs à se marier, prendre un moyen plus court et plus simple, sans contraindre les parties à gros frais, en s'adressant aux juges royaux ou seigneuriaux, loin de leur domicile et dans les villes où il fait cher vivre, en commettant MM. les curés qui seraient charmés d'être utiles et de soulager leurs paroissiens pour faire, en observant les formalités de droit, et passer ces actes gratis, ainsi qu'ils sont commis pour recevoir les testaments et autres actes publics, en les obligeant de les enregistrer sur leurs registres ou sur un registre particulier déposé tous les ans au greffe, ou bien n'en faisant qu'un seul et même acte avec celui du mariage où il serait fait mention de l'enquête des parents ou amis, de la nomination desdits tuteurs ou curateurs? On procurerait un grand soulagement et une véritable aisance à la campagne et on leur éviterait des frais considérables en raison de leur situation.
Dans le cas de mort d'un père ou mère de famille, d'un chef de maison, lorsqu'il y a des mineurs, pour faire inventaire dans les campagnes seulement, ne pourrait-on pas également commettre MM. les curés et syndics accompagnés du nombre suffisant de témoins pour procéder, en
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observant les formalités de droit, aux inventaire, partage et nomination de tuteurs aux mineurs? Il n'y a pas de pasteur qui ne se prêtât à ce soulagement public avec zèle et ne s'en fît un devoir de charité. Combien de frais supprimés et qu'emportent les opérations de la justice qui, absorbant les trois quarts et même la totalité du peu de fortune du paysan, mettent des mineurs dans le cas d'être à charge à des parents à qui tout manque ! Bien entendu que ces opérations se feraient alors sans frais et dans les maisons seulement où la fortune n'excéderait pas la somme de cent louis à mille écus.
Art. 10. — Les habitants de la paroisse d'Osmoy supplient humblement et très respectueusement Sa Majesté de donner des ordres précis et le plus tôt possible pour curer et entretenir les rivières qui arrosent les prairies qui, par la négligence qu'on a apportée sur cette partie d'administration, n'ont plus de lit, en forment de nouveaux et des ravins tout à fait dommageables. Bien loin que cette il dépense grève les paroisses qui sont en ce cas et en grand nombre dans sa bonne et très s'oumise province du Berry, elle ne peut que leur être profitable, en conservant des foins submergés souvent et qui se perdent ou deviennent de mauvaise qualité par le limon qui s'attache à l'herbe ; les eaux une fois répandues n'ont plus d'écoulement ni de bassin pour les recevoir, accidents que causent les plus légères crues parce que les rivières sont comblées.
Cette dépense, qui fera le bien d'un pays considérable et assurera pour ce même pays une ressource d'importance, sera supportée par les propriétaires des rivières qui, en les affermant, grossissent leur revenu et par les propriétaires des prés riverains, bon moyen d'assainir et améliorer les fonds \
Il n'y a de difficulté que pour les communes dont la pêche est affermée par les seigneurs ou propriétaires, sur quoi le ministère assignera quels seront les contribuable.-*.
On peut renfermer dans cet article un fléau qui persécute
1. En l'an V, le citoyen Butet évaluait à 62.000 arpents le terrain que l'on aurait pu rendre à la culture dans le seul département du Cher par le curage 'les rivières (Mémoire sur le départ, du Cher p. 30).
et trouble la tranquillité de ce pays, ce sont les pierdeurs ou écumeurs des rivières qui, par troupe, nuit et jour, dévastent les rivières avec traînes ou filets étroitement maillés, lèvent ceux des pêcheurs fermiers, les emportent ou détruisent et par ces violences leur occasionnent le plus grand tort, qui détruisent jusqu'à l'espèce du poisson, rendent cette denrée rare dans un pays qui en fournissait en abondance et de grosseur honnête il y a quelques années. Cette espèce d'hommes, qu'a enfantés la fainéantise et que le défaut de les réprimer grossit tous les jours, se répand six et sept lieues aux environs de la capitale, menace les propriétaires et habitants qui voudraient les empêcher de mauvais traitements, même de mettre le feu, gens sans foi, sans crainte des châtiments, qui méprisent ouvertement l'autorité et le droit des gens et qu'on ne peut trop tôt contenir, qui tous les jours s'en retournent chargés de bois qu'ils prennent impunément aux bûchers et sous les yeux des particuliers, pillent et s'approprient tout ce qu'ils rencontrent : fils ou toiles au blanchissage, habits, chemises, tout leur est bon, qui forcent les volaillers ou genilliers 1 (sic) et font main-basse sur poules, dindes, canards, oies, toute espèce de volailles, qui font des trous dans les couvertures des granges et y volent le grain lorsqu'il s'en trouve de battu, ce qui est arrivé en dix endroits de cette paroisse il y a quelques années, en un mot, espèce d'hommes, la terreur et la ruine de la campagne, qui exigent de la part du gouvernement la plus sérieuse attention, les peines et les défenses les plus rigoureuses, les ordres les plus précis pour arrêter le fléau redoutable, cette pépinière de coquins qui, grossissant chaque jour, devient aussi plus à craindre.
Art. 11. — Nous croyons devoir encore représenter un abus qui gêne la liberté de nos assemblées et souvent i blesse la justice qui doit s'observer dans les distributions des remises accordées aux paroisses.
Des propriétaires puissants, riches, s'ingèrent de sonner ou faire sonner la cloche, sans ordres du Roi et partici-
L, Mot encore employé de nos jours en Berry pour désigner un poulailler. Voy. également Jaubert, au mot gelinier.
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pation des syndics, pour assembler les habitants aux fins de travailler à la répartition de la taille ou autres impositions et, faisant l'Ame et donnant le mouvement à l'opération, tranchent d'autorité en réglant les taux, ayant grand soin de décharger ceux qui exploitent leurs biens au préjudice des autres pour qui ils ne s'intéressent pas, ou bien, s'il s'agit d'appliquer aux particuliers qui ont souffert les bienfaits et remises accordés par le Roi, ils se donnent bien de la peine pour rendre participant de la diminution leurs laboureurs et manœuures qui n'ont pas été, ou légèrement, affligés. Ceux qui ont perdu gros, étant peu et quelquefois point du tout indemnisés, n'osent se plaindre parce qu'ils craignent et ont besoin des personnes qui indûment se mettent à la tête de ces opérations. Quelle injustice !
Sur quoi, nous espérons qu'il plaira à Sa Majesté de renouveler les anciennes ordonnances, défenses et peines portées sur cet objet, de faire d'expresses inhibitions à tout propriétaire, de quelque qualité qu'il soit, de s'ingérer dans les assemblées des paroisses et de travailler sous main aux répartitions des habitants sous telle peine qu'il appartiendra et l'exigence du cas.
Art. 12. — Il serait encore intéressant pour le bien des paroisses de la campagne que, dans l'élection d'un syndic, le choix tombât toujours sur des hommes intelligents et actifs et, autant que faire se pourrait, qui sussent lire et écrire, et que lesdits syndics, obligés de faire des marches et contremarches, des dépenses pour sa nourriture (sic) et autres menus frais souvent répétés, de perdre beaucoup de temps pour les affaires de la commune, fussent récompensés de leurs peines et dommages par des exemptions ou gratifications déterminées, ce que les habitants ne pourraient voir de mauvais œil (si ce n'est quelques mal intentionnés et avocats de village comme il en existe dans toutes les paroisses) puisque chacun, y passant à son tour, jouirait également de ces avantages.
Art. 13. — Il serait à souhaiter que l'on pût rappeler
bonne foi dans le commerce en prononçant des peines
honorantes et afflictives contre ceux qui auraient man-
que ou manqueraient par défaut de conduite et avec la même rigueur que contre ceux qui font banqueroute frauduleuse par le désir aujourd'hui insatiable de s'enrichir. Cet objet mérite toute l'attention du gouvernement pour couper court aux ravages qui se font dans le royaume et arrêter l'inconduite et la fraude d'un seul homme qui peut ruiner et ruine cinquante familles à la fois.
Art. 14. — Malgré les respectables préceptes de la religion, malgré la sagesse et la rigueur des lois qui proscrivent l'usure, quels tristes et dangereux progrès n'a-t-elle pas faits? Quelles profondes racines n'a-t-elles pas jetées? surtout depuis que la nouvelle philosophie s'est efforcée de saper tous les principes. Quels ravages ne fera-t-elle pas encore, si on n'impose par les peines les plus rigoureuses silence à ses sectateurs et si on ne proscrit avec infamie les usuriers.
Cette révolution et l'extinction de tant de faux principes et de ces pestes d'un État étaient réservées à la piété et au zèle du meilleur des rois. Sa sagesse lui suggérera les moyens de couper la tête à cette hydre sortie des enfers, qui ronge cette religion sainte jusque dans son sein. La loi de l'Évangile triomphera sous son règne en devenant chère aux sujets comme elle l'est à leur prince qui, par son attachement à la vérité, attirera la bénédiction du Très-Haut sur sa personne sacrée et la prospérité dans ses États.
Préverault, curé d'Osmoy, Edme Thébault, Lanoue, Jean Thébault, Jean Maunoir, syndic.
PARASSY
Identification. — Cher, arr. Bourges, con Les Aix-d'Angillon. Général., élect. et grenier à sel de Bourges.
Population. — En 1793 : 596 habitants (L. 175) ; aujourd'hui : 580. Mouvement en 1788 : N. 26, M. 5, D. 25 (G. 162).
Plumitif pour 1789. — M. le marquis de Maupas. 114 feux.
PARASSE 283
Vins blancs. 4 1. 17 s. par fou pour le principal. Taillablea : i laboureurs dont 1 de 28 1., 3 do 10 à 20 1., 110 manœuvres tous au-dessous de 10 1. et adeensataires qui payent 1G0 1. Bonne récolte en tout genre, excepté la vigne blanche (G. 1109).
Impositions pour 1789. — Taille, 560 1. ; access. , 302 1. ; capitat., 312 1. ; au total : 1.174 1. Vingtièmes, 1.024 1. 4 s. 9 d. (G. 1109 et 1170).
Privilégiés. — 11 ecclésiastiques, 12 laïcs. Supp. desdits pvivilé- (jirx : 95 1. 1 s. (L. 2083).
Biens ecclésiastiques en 1790. — 1° La cure : maison curiale et bâtiments en dépendant, chènevière, jardin, 58 boisselées de terre, 8 arpents de vigne, 1 arpent 1/2 de pré, dîme du blé, vin, lainage et charnage, rente et fondations, le tout évalué 1.0001. ; 2° la fabrique de Parassy : 18 boisselées de terre, 3 arpents de pré, rente de 3 boisseaux de blé méteil, rente en argent de 13 sous d'une part, 20 sous d'une autre et 30 sous d'une autre, le tout produisant un revenu de 1001.; 3° abbaye de Saint-Ambroix : 500 1.; 4° les Ursulines de Bourges : 420 1. ; 5° l'Hôtel-Dieu des Aix : 60 1. ; 6° les moines d'Aubigny : 300 1. ; 7° la fabrique Saint-Bonnet de Bourges : 27 1. ; 8° la cure dudit Saint-Bonnet : 140 1. ; 9° chapitre Saint-Etienne : 80 1. : 10° chapitre des Aix : 260 1. ; 11° les Bénédictins de Bourges : 40 1. ; 12° la maladrerie de l'Hôtel-Dieu de Bourges : 100 1. ; 13° la cure d'Henrikhemont : 24 1. ; 14° les Ursulines de Bourges : 18 1. ; 15° l'hôpital le Bourges : 500 1. ; 16° l'abbaye de Lorrois : 1.500 1. 17° les moines do Lorrois : 900 1. (G. 583bis).
Cure. — Revenu en 1791 : 1.5291. 18 s. ; charges : 532 1. 11 s. (L. 75, f° 35). Patron en 1772 : le chapitre Saint-Etienne.
Sources a consulter. — Bailliage de Parassy, B. 3462 ; titres de la maison de Maupas, E. 872-876; titres de. la famille Lemort de la Bonnanderie, E. 817-819; papiers de Jean Dubois, curé de Parassy 6740-1790), E. 990-991, Frémont, II, 193.
(Ms. origin. signé. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)
Assemblée électorale, le 1er mars, en l'auditoire de la paroisse, sous la présidence de Nicolas-Bernard Devarenne, avocat en parlemont et siège présidial de Bourges, faisant fonction à cause de la vacance de bailli de la justice et chàtellenie de Parassy.
Population. — 100 feux.
Comparants. — Bernard, procureur fiscal, Pierre Belleville, syndic, François Guillepin, Gilbert Cailler, Antoine Gillet, Claude
Ghollet, Vincent Belleville, Jean Loiseau, Pierre Charette, Nicolas Folletier, François Laroche, Etienne Belleville, Barthélémy Loiseau, Charles Loiseau, Jean Loiseau, Jean Bailly, Jean Pezard, Nicolas Folletier, Michel Brun, Jean Gillet, Jean Chantereau, Jean Belleville, Jean Chabot, François Jacquet, Jean Poubeau, Jean Gautier, Simon Belleville, François Belleville.
Députés. — Gilbert Cailler et François Guillepin.
7 signatures, y compris celle du Président.
(Ms. original signé. Paraphe de Devarenne. Arch. du Cher, titres incend., 1. 37.)
Complètement identique au cahier des Aix. Voy. p. 6. En moins, dans ce cahier, l'art 8 du cahier des Aix. A la fin :
Fait et arrêté [en] présence des habitants soussignés et de ceux qui ont déclaré ne savoir signer :
Belville, syndic, Gillet, Guilpain, Calliée, Bernard Devarenne, bailli.