C'est le Président de l'Assemblée qui parle
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Cousins et amis,
Dès qu'on vous parle do notre bon Roi et du ministre fidèle et éclairé dont la retraite nous avait autant attristés que son glorieux rappel nous a causé de satisfaction, on lit dans vos yeux, on voit sur vos visages ces sentiments de joie qu'un vif attachement et la plus pure reconnaissance peuvent seuls exciter. Si vous êtes sensibles aux bontés dont ce célèbre ministre nous a honorés, si, grâce à Sa Majesté et aux bons offices de ce ministre citoyen, vous avez été soustraits à l'avidité des commis aux Aides de la ville de Bourges qui, jaloux sans doute de voir nos campagnes mieux cultivées que celles de nos voisins, craignaient d'en recevoir de vifs reproches de la part de leurs commettants, vous le serez bien davantage en apprenant que ce digne souverain, impatient d'apporter un prompt remède aux maux de l'État, d'établir un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l'administration, assurer enfin la prospérité générale de tout le royaume, veut bien s'adresser à tous ses sujets et nous y comprendre.
J'ai reçu, en conséquence, cousins et amis, l'ordre de vous assembler ici et j'oserai vous expliquer la manière dont vous devez délibérer sur les objets à traiter.
Vous devez premièrement vous occuper de ce qui concerne le clergé à qui, comme de raison, nous devons tout honneur et révérence. Nous nous sommes souvent plaints qu'il y avait dans ce corps des membres inutiles, qu'il y en avait qui de leurs immenses richesses ne faisaient pas toujours un usage bien édifiant, que plusieurs d'entre eux se faisaient nommer par des moyens d'intrigue et de faveur, ce qui, comme chacun sait, n'est pas trop exemplaire. Eh bien ! mes amis, nous devons demander à notre bon Roi que tout cela n'ait plus lieu et que les ecclésiastiques qu'on nommera à l'avenir ne prennent, comme les anciens qui valaient bien les nouveaux, que le simple nécessaire sur leurs revenus et que du surplus ils en assistent les pauvres, car les bons exemples valent bien les sermons.
Cousins et amis, vous savez combien il nous coûte lorsqu'il est question de réparer nos églises et nos presbytères; il ne serait pourtant pas impossible de doter suffisamment
les cures de. manière que les titulaires fussent en état de subvenir à leur' entretien et nous serions grandement déchargés.
Si nos archevêques avaient vécu pendant plusieurs années avec nous, ils connaîtraient mieux nos besoins et la manière avec laquelle il faut nous gouverner ; ils sauraient peut-être mieux qu'il y a plus de mérite à nourrir des chrétiens que des chevaux et que de grands et robustes laquais seraient mieux à leur place en conduisant nos charrues qu'à rester oisifs presque toute l'année dans leurs somptueux palais.
Si ces archidiacres nous avaient gouvernés, nos curés qui ont vieilli dans le ministère et à la satisfaction de leurs paroissiens ne seraient pas si lestement traités par de jeunes barbes qui souvent n'en savent pas tant qu'eux.
Si enfin nos curés, à qui nous fournissons le nécessaire du meilleur de notre cœur, étaient choisis parmi nous, nous ne jeterions les yeux que sur ceux que nous connaîtrions bien ; la brigue et la faveur échoueraient, parce que nous aurions un grand intérêt à ne pas nous tromper, et les élus, qui nous seraient entièrement redevables de leurs nouvelles places, nous seraient sans dificulté plus sincèrement attachés. Il faut donc demander à notre bon Roi que les évêques soient élus par les diocésains et pris dans la classe des curés, les archidiacres et grands vicaires choisis par ces mêmes curés et pris dans leur classe et que l'élection des curés soit faite par nous-mêmes.
Cousins et amis, vous n'avez pas oublié combien on nous tracasse pour nos mariages, combien il nous en coûte pour toute sorte de dispenses ! Conviendrait-il que les protestants fussent plus favorisés que nous? Si notre bon Roi a traité favorablement ceux-ci, il ne nous traitera pas plus mal.
Il serait à propos qu'on n'envoyât plus d'argent à Rome pour des annates, des provisions de bénéfices et autres choses que je ne puis pas me rappeler en ce moment. Nous n'avons pas trop d'argent pour nous et on m'a dit que celui-là n'était pas des mieux employés.
Si notre bon Roi ne pouvait pas payer les dettes qu'il a contractées, il pourrait en être affligé et bien des familles
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sciaient réduites aux dernières extrémités. Il faut donc lui offrir les biens attachés aux bénéfices simples, monastères et chapitres qui sont le patrimoine des pauvres, afin de lui procurer des moyens de rembourser une partie de ses dettes et de le mettre à portée de décharger la nation dans la même proportion des impôts qui pèsent le plus sur la classe indigente.
Les droits seigneuriaux et de justice n'étant pas convenables au clergé, il serait à propos de les en priver et de prendre de bonnes mesures pour que les ecclésiastiques ne lissent pas de si fréquentes et si longues absences.
Nous avons souvent gémi sur les abus d'un trop grand nombre de fêtes. S'il était permis de travailler ces jours-là, tout n'en irait que mieux. Les hommes se saoulent et les bestiaux jeûnent. Lorsque nous allons vendre nos fruits à une distance éloignée, nous sommes tout surpris que, sortant d'une maison où nous avons mangé de la viande à dîner, on ne puisse nous servir que du maigre à vingt pas au-delà, ou que dans l'une de ces maisons on ait travaillé utilement tandis que dans l'autre on ait été forcé de rester les bras croisés. Je penserais que nos familles seraient plus à leur aise si l'on n'était obligé de rester oisif que les dimanches et quatre fêtes de l'année.
Nous avons vu plus d'une fois, cousins et amis, que pour satisfaire à l'obligation du pain béni, plusieurs avaient manqué de pain dès le lendemain. Il serait donc à propos que cette présentation ne fût que volontaire et les gens aisés d'une paroisse suppléeraient avec plaisir au défaut des pauvres.
Des accidents imprévus nous mettraient souvent dans le cas de tuer dans le cours du carême des bœufs, des moutons et des cochons, mais la défense d'en mettre la ,viande en vente nous oblige de les laisser mourir sans pouvoir en retirer aucune chose tandis que nos malades sont obligés d'aller chercher en ville de la viande qui leur coûte bien cher.
Cousins et amis, si les nobles n'ont eu originairement de si beaux fiefs qu'à la charge de nous défendre contre les ennemis du dehors, pourquoi en coùte-t-il tant aujourd'hui pour entretenir nos armées et, quoique nous four-
nissions douze fois plus d'hommes qu'eux, ils se font payer encore plus cher que nous. Demandez surtout à notre bon Roi la suppression de la milice qui nous coûte tant d'argent,- qui nous occasionne tant d'alarmes, qui nous enlève nos meilleurs ouvriers et, si cela ne peut pas nous être accordé, insistez sur ce que personne n'en soit exempt si ce n'est les prêtres.
Il est en France tant de lois, tant de sortes de juridictions qu'on s'y perd, et tout cela n'aboutit qu'à nous faire perdre notre temps et à nous ruiner. S'il est possible de simplifier tout cela, qu'on ne manque pas de le faire.
Plusieurs d'entre nous ayant été la victime de la mauvaise qualité des drogues souvent gâtées, il serait à propos qu'on visitât les boutiques des apothicaires et des droguistes au moins une fois l'an. Il n'est pas juste qu'il nous en coûte notre argent pour nous faire du mal ou nous empoisonner.
Cousins et amis, il se passe peu d'années où les chasseurs ne causent plus ou moins de préjudice à nos blés ; ils débouchent nos terres et y font entrer impunément leurs chevaux et leurs chiens, ce qui détruit l'espérance de nos récoltes. Ils disent pour leurs raisons qu'ils ont droit de le faire jusqu'à ce que le blé soit en tuyaux. Aucun de nous n'aurait fait une distinction aussi frivole.
Nous qui courons plusieurs provinces pour la vente de nos denrées, nous ne savons que trop et souvent à nos dépens jusqu'à quel point la diversité des poids et mesures gêne le commerce et occasionne de fraudes. Puissent tous les Français se réunir pour obtenir de notre bon Roi un seul poids et un seule mesure comme une seule loi.
Si, comme tant de gens le disent hautement, notre bon Roi se trouve embarrassé aujourd'hui (qu')à raison du trop grand nombre de gens inutiles qui se disent à son service et qui prennent pour eux la moitié de ce que nous lui payons, que beaucoup d'autres l'ont trompé excessivement, puisse la nation se réunir pour demander la suppression des offices inutiles ainsi que la punition de ceux qui ont prévariqué avec de bonnes restitutions qui seraient employées à payer les dettes.
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Cousins et amis, les habitants des villes ne savent point assez, que nous leur fournissons la nourriture, le vêtement et toutes les commodités de la vie ; ils nous enlèvent nos plus robustes ouvriers pour en faire d'inutiles domestiques ou des courtisans de luxe ; ils dégarnissent nos charrues pour faire traîner leurs carosses et leurs cabriolets dans [es promenades publiques et aux environs des villes ; ils font jouer toutes sortes de ressorts pour remorquer notre argent et font servir à leurs plaisirs des sommes qui sciaient si bien employées aux productions annuelles, à l'entretien et à l'accroissement des avances primitives et foncières. Enfin, le peu de propriétaires qui habitent nos campagnes, excédés d'ennuis et des difficultés qu'ils éprouvent pour se procurer les besoins de la vie, nous abandonnent journellement, ce qui concentre dans les villes toutes les richesses, toutes les lumières et nous réduit «à tirer du sol avec peine le quart du produit dont il est susceptible. Ce serait pourtant le bien de toute la nation si ces denrées pouvaient augmenter dans une telle proportion, ce que nous savons tous être très possible et même facile à exécuter. Tachez donc d'imaginer des moyens pour engager les habitants des villes à retourner parmi nous. Daigne en conséquence notre bon Roi supprimer tous les privilèges dont la charge retombe sur nous et par contrecoup sur l'Etat ! Et, attendu que ceux qui préféreraient le séjour des villes à celui des campagnes ne s'y décideraient qu'à l'aide de leur grande aisance ou de profits considérables, qu'il fût rejeté une partie de nos tailles, devenues excessives depuis quelques années, sur les modiques impôts dont les villes sont chargées en proportion de leurs immenses richesses.
Cousins et amis, j'ai lu quelques livres relatifs à notre administration et, comme on n'y parle que de l'excès des impôts, j'ai bien deviné que ces auteurs là avaient peu vécu dans les campagnes ; ils y auraient appris que notre découragement a une cause bien différente. Nous payons pour raison de nos dîmes plus de quatre mille livres par an en i ia ins et fourrages et les propriétaires ne reçoivent guère que le tiers de cet équivalent. Si ce tiers ou même la moitié Étaient convertis en une redevance fixe sur nos terres, on en
verrait bien moins d'incultes et les autres seraient cultivées avec bien plus de soin. Nous ne sommes que des paysans, mais nous ne raisonnons pas si mal.
Il en est de même de nos vingtièmes et de nos taxes personnelles dont on ne manque pas de nous charger en proportion du produit, c'est-à-dire de nos avances et de nos sueurs. On ne s'y prendrait pas autrement si l'on voulait nous contraindre à priver la société de ses premiers besoins; en effet, rien ne décourage plus que tout partage dans le fruit de nos travaux. D'ailleurs, indépendamment des pertes de grains et de fourrage, des frais immenses de perception, des profits des fermiers et sous-fermiers, des querelles et contestations juridiques, les dîmes et terrages nous empêchent souvent de cultiver les terrains les moins fertiles. C'est une perte pour la société et pour nous.
Que vos députés s'unissent avec ceux de la province et que tous ensemble présentent à Sa Majesté le tableau déchirant de la situation où se trouvent la plupart des nourriciers de la patrie et qu'en conséquence les dettes de notre Roi soient entièrement éteintes.
La rareté des bêtes à cornes qui nous sont si essentielles ne serait pas si considérable si les gens des villes ne venaient pas chercher la majeure partie de nos veaux. Il ne serait pas mal de mettre une bonne taxe sur cet article.
Les contrôleurs des actes ne font qu'accroître de jour en jour leurs prétentions; on ne peut plus passer d'actes qu'en tremblant, on ne connaît point de règle fixe pour la perception de ces droits et sur cet article les plus habiles y jettent leur bonnet.
Il faut bien pourvoir à la subsistance des enfants trouvés, mais il n'est pas juste que les gens mariés y contribuent.
Cousins et amis, il ne me reste plus qu'une observation à vous faire. Comptez sur les favorables intentions de notre Roi et les bons offices de son fidèle ministre pour n'avoir rien à craindre de l'animositédes deux autres ordres. Soyez, au contraire, bien assurés que les bons prêtres seront toujours pour nous et que ceux qui chercheraient à nous nuire ou à nous insulter seront rejetés et méprisés. Nos haillons ne pourraient exciter le mépris que de ceux qui en
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seraient couverts eux-mêmes s'ils ne s'étaient procurés à force d'intrigues l'administration de ces biens immenses que nos pères trop confiants n'avaient donnés que pour soulager les plus pauvres d'entre nous. On en voit déjà, et ce ne sont pas les moins estimables du clergé, qui, loin de rougir de partager nos charges, ont voulu dans les rôles mêler leurs noms avec les nôtres. D'autres se dépouillent volontairement de leurs riches dépôts pour mettre Sa Majesté plus à portée de soulager la nation. Ces généreux procédés doivent faire une étrange impression sur ceux qui n'auraient pas cette noble façon de penser, mais qu'ils prennent garde à ne pas s'exposer à perdre l'estime et la considération publique, sans laquelle ils ne seraient plus rien dans la société. Ainsi, soyons tranquilles de ce côté.
A l'égard des nobles, ceux qui ne doivent leur nouvelle élévation qu'à un argent souvent mal acquis n'honorent pas assez le corps pour y être grandement considérés. Parmi les autres la majeure partie s'est déjà déclarée en notre faveur et, s'il en est quelques uns qui ressemblent si bien aux laquais de leurs grand'mères par le moral et le physique, on ne sera pas tenté de les choisir pour figurer dans une assemblée où ils n'essuieraient que des huées. En un mot, les bontés de notre Roi pour son peuple, l'attachement de notre [ordre], dont les bras et tout ce qu'il possède seront toujours à sa disposition, mettront dans tous les temps Sa Majesté à même de nous faire tout le bien qu'il nous veut malgré tous ceux qui s'y opposeraient. Dans les deux premiers ordres si nous comptons pour nous les plus estimables (que) les autres se montrer et élever la voix et ils seront reçus de manière à n'y plus revenir1. »
Tous lesdits habitants nous ayant représenté être prêts de procéder à la rédaction du cahier des doléances de ladite paroisse, ils l'ont dicté en notre présence ainsi qu'il suit :
Église.
1° Les comparants ont requis qu'en se conformant à la façon de penser de nos pères les évêques, dont l'élection
1. C'est-à-dire, le? autres n'ont qu'à se montrer et élever la voix.
n'est le plus souvent que le prix de la faveur, des intrigues et quelquefois de la simonie, qui n'apportent si fréquemment, au lieu des vertus essentielles pour ces places importantes, qu'une ignorance crasse, les vices, le faste et l'insolence dont on leur a fait contracter l'habitude dès leur enfance, fussent élus, ainsi qu'il se pratiquait dans les premiers siècles du christianisme, par les notables de leurs diocésains1 et qu'ils ne pussent l'être que parmi les curés du diocèse qui auraient rempli leurs fonctions d'une manière exemplaire au moins dix ans, lesquels élus au nombre de trois seraient présentés à Sa Majesté qui en choisirait un.
2° Que les archidiacres et les grands vicaires soient à l'avenir choisis par les curés du diocèse dans la classe de ces mêmes curés et les élus au nombre de trois par eux présentés à leur évéque qui en choisirait un.
3° Que les curés soient élus par leurs paroissiens et ne puissent être pris que parmi les prêtres du diocèse qui auraient vicarié (sic) au moins deux ans. Et qu'à l'égard des curés à patronage laïque lesdits paroissiens soient tenus de présenter aux patrons trois sujets élus comme dessus, dans le nombre desquels il en choisirait un ; ce qui se pratiquerait à l'égard des évêques pour raison des autres cures.
4° L'État ayant en ce moment le plus vif intérêt à ménager le peu d'avances que l'avidité des courtisans, traitants et autres sangsues lui ont laissées, pour conserver et augmenter, s'il est possible, les avances primitives et foncières, les comparants requièrent que les curés soient chargés de l'entretien de leur église et de leur presbytère, attendu que ces réparations toujours mal faites, quoique chèrement payées, exigent une forme dispendieuse et que le luxe s'est tellement introduit dans l'état ecclésiastique que les fils des plus pauvres artisans exigent et parviennent, à force d'intrigues, à se faire construire aux dépens de leurs paroissiens des maisons qui effacent par leur étendue et leur élégance celles des plus riches propriétaires de leur