‹ Département du Cher. Cahiers de doléances du bailliage de Bourges et des bailliages secondaires de Vierzon et d'Henrichemont pour les Etats généraux de 1789Chapitre 37 sur 253 · LES AIX-D ANGILLON · texte numérisé non relu

LES AIX-D ANGILLON

Si les habitants de la paroisse des Aix étalent toute leur misère <it tous les abus auxquels ils sont sans cesse exposés, le tableau <in paraîtra des plus effrayants. Placés dans un climattrès ingrat par son aridité el sa sécheresse, quand le fruit de leurs travaux suffil à peine pour leur procurer les aliments indispensables pour eux et leur famille, ils se voient forcés de tirer de leur propre subsistance un volume d'impôts énorme en proportion de leur fortune, plus énorme encore parles frais de perception; leur mi-ère, les abus de toul genre, les vexations qu'ils éprouvent continuellement excitenl aujourd'hui leurs réclamations, fondées <in équité et en raison; pourquoi ils remontrent :

1° Qu'une multitude d'impositions de tout genre écrasent te paroisse ; les plus arbitraires sont la taille et la capitation qui deviennent d'autant plus onéreuses qu'elles sont aggravées par les frais de perception.

Si des particuliers manquent de payer leur taux, souvent parce qu'ils en ont été empêchés par des maladies, par le défaut d'ouvrage, à raison des rigueurs du temps, ils se voient vexés par des garnissonnaires (sic) qui s'établissent dans leur maison à raison de 40 sols par jour1, ce qui, bien loin de facilite)- le paiement, rend encore leur sort plus mal heureux. Quelque chose de plus fort encore : on voit très souvent que ceux qui paient dans les termes supportent encore des frais de contrainte qu'ils n'ont pas mérités.

Le collecteur, de son côté, est également exposé à des vexations s'il tarde un peu à rapporter les deniers de sa paroisse à la recette générale.

2° Remontrent, en second lieu, les habitants de la dite paroisse que le prix excessif du sel les met presque dans l'impossibilité de s'en procurer tant poureux que pour leurs bestiaux; qu'il serait très important d'en faciliter le commerce et ledébit.

Cette espèce d'impôt est d'autant plus dure [tour les habitants de la campagne qu'ils sont contraints d'en lever au

1. Ce chiffre n'est pas absolument exact. En effet, d'après un arrêté du Bureau de la Commission intermédiaire de L'assemblée provincial»' du Berry, en date du à mars 1782, on ne «levait payer W soua que pour les garnison : p. mit les soldats de garnison, il n'était dû que 30 sous. Suiv même arrêté, on ne devait envoyer qu'un seul cher de garnison dans une paroisse i Arch. Cfu

grenier du Roi pour des sommes plus considérables que le produit de leur travail, ce qui est une bizarrerie, entre le débit autorisé au regrat et la contrainte décernée par des officiers du grenier à sel. Ce genre d'impôt, d'ailleurs, nécessite une multitude d'employés1, payés à gros frais par l'État, et est l'occasion de la perte de la fortune, delà liberté et souvent même delà vie de bien des sujets du Roi.

3° Remontrent, en troisième lieu, qu'il n'est pas d'impôt plus onéreux que celui des aides. La majeure partie de leurs propriétés consiste en vignes : à peine en ont-ils recueilli les fruits qu'ils cessent pour ainsi dire d'en être les maîtres ; une troupe d'employés se transportent chez eux, non seulement font l'inventaire dans leurs celliers, font payer des droits fort onéreux et leur interdisent encore la liberté du transport, si ce n'est en se soumettant à des inspections, des permissions et des contributions nouvelles et coûteuses; ils se trouvent exposés à des contraventions imaginaires par l'ignorance des édi.ts bursaux qui ne sont connus que par les commis et souvent par eux mal interprétés, mais contre lesquels la misère des habitants de la campagne ne permet pas de se pourvoir. Pour prévenir de tels abus et suppléer aux droits qui se perçoivent sur le vin, il conviendrait de supprimer les aides, et on pourrait ordonner qu'il serait perçu un droit sur chaque arpent de vigne, classées2 par bonnes, médiocres et mauvaises.

4° Remontrent, en quatrième lieu, qu'il est encore un genre de vexation qu'ils éprouvent et qui consiste dans la perception des droits de contrôle et d'insinuation, droits rendus presque arbitraires par les diverses interprétations-

1. Les employés préposés au service de la gabelle étaient pour la généralité du Berry, en 1788, au nombre de 587 (Arch. du Cher, C. 1145, Rôles de la capitation des non taillables). D'après ce document, on voit que l'administration de la gabelle comprenait: l°un bureau de direction établi à Châteauroux et 2 bureaux de contrôle, l'un à Jarnages (Creuse), et l'autre à Argenton ; 2° 13 greniers à sel, savoir : Bourges, Aubigny, Dun-le-Roi, Henrichemont, La Châtre, Saint-Amand, Sancerre, Villequiers, Argenton, Buzançais, Issoudun, Selles, Vierzon, et 7 dépôts : Le Blanc. Bélâbre, Saint-Benoît, Dun-le-Palleteau, Saint- Vaury (Creuse), Guéret et Jarnages; 3° Il inspections dont les chefs-lieux étaient Le Blanc, Chitray, Argenton, Tendu, Neuillay-les-Bois, La Hutte (commune de Saint-Plantaire, Indre), La Celle, Jarnages, Bonnat, Aigurande, La Celle-Bruère, et 2 brigades : l'une à Bourges, l'autre à Chàteauroux.

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