‹ Département du Cher. Cahiers de doléances du bailliage de Bourges et des bailliages secondaires de Vierzon et d'Henrichemont pour les Etats généraux de 1789Chapitre 71 sur 253 · VII. — Un père de famille vient-il à mourir, une sangsue · texte numérisé non relu

VII. — Un père de famille vient-il à mourir, une sangsue

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inconnue jusqu'à nos jours s'attache à nos enfants, un huissier-priseur, souvent ignorant et par conséquent injuste, suce sans pitié, ou plutôt dévore le peu qui reste à des enfants devenus si malheureux par la perte de leur père. Pourrait-on ne pas demander la suppression de cette charge odieuse?

VIII. — Le sel, devenu pour nous plus que pour les deux premiers ordres de l'État une denrée de la première nécessité, est si cher qu'il nous est impossible pour toute bonne nourriture de manger deux fois par jour de la soupe, le matin et le soir. Ne serait-il pas possible de le rendre libre et marchand dans tout le royaume et de nous soulager ?

IX. — Jamais les domestiques de campagne ne furent si rares et si peu soumis qu'ils le sont aujourd'hui. Ils refusent d'obéir, ils se révoltent ouvertement, ils répondent avec lier té et mépris, prennent le ton de maîtres plutôt que celui de serviteurs et finissent par abandonner dans la force du besoin. Les assemblées où les domestiques se rendent en foule et où il leur est permis, au mépris des conventions qu'ils ont faites auparavant, de quitter un maître pour en prendre un autre, ces assemblées-là sont trop nombreuses et trop dispendieuses pour les cultivateurs. Le gouvernement pourrait parer à cet abus vraiment funeste aux agriculteurs. Peut-être conviendrait-il qu'il n'y eût qu'un seul terme et tout au plus deux dans chaque année l.

X. — A cet abus, si commun ici, se joint un malheur inévitable : nos terres sont si mauvaises et nos travaux par conséquent si peu récompensés que souvent nous perdons courage, nos meilleurs cantons ne produisent qu'au grain trois sans autres denrées territoriales, sans autre ressource que celle d'abandonner ce terrain ingrat et d'aller travailler à la journée dans des bois éloignés; nous ajoutons que le bois se vend si cher depuis lesnombreux établissements des forges et depuis que les propriétaires ne se donnent plus la peine de le distribuer aux particuliers que nous voyons

1. Sur les doléances que l'on faisait entendre dans tout le Berry au sujet d« l'inconstance des domestiques, voy. Procès-verbal des séances de l'Assemblée provinciale de Berri octobre et novembre 1783, p. 121.

déjà le moment où il nous sera impossible d'en avoir ; les riches seuls pourront s'en procurer1.

XL — Le poids des abus porte en entier sur nos faibles épaules jusqu'au point que, lorsque nous affermons ou un domaine ou une mince locature, on nous force de donner vingt-quatre livres par cent dépôt de vin2, comme si le prix dont nous sommes convenus ne représentait pas en entier la valeur de la chose.

Voilà une partie des maux qui nous environnent et nous accablent. Puissent les Etats généraux réformer tous les abus dans toutes les branches de l'administration publique! Puisse l'ardent patriotisme français faire revivre la prospérité générale du royaume, procurer le bonheur de tous et de chacun de nous, et puisse enfin la gloire du monarque qui nous gouverne se perpétuer^dans les siècles futurs et autant que le royaume lui-même.

Fait et arrêté, en notre presbytère en l'assemblée du Tiers état de la paroisse de Farges-sur-Yèvre dûment convoquée et appelée, le présent cahier de plaintes et doléances, ce jourd'hui, dimanche, premier jour de mars mil sept cent quatre-vingt-neuf, par [nous Jean Bellin, desservant de

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