‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 116 sur 208 · CIRCULAIRE AUX ADMINISTRATEURS PROVISOIRES ET AUX PRÉFETS · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE AUX ADMINISTRATEURS PROVISOIRES ET AUX PRÉFETS

Paris, le 7 septembre 1870.

Monsieur le préfet,

Fonctionnaire institué dans un jour d'extrême péril par un gouvernement qui s'est donné le nom de gouvernement de la défense nationale, votre caractère et votre conduite se trouvent par là même aussi nettement définis que le comportent les pressantes nécessités du salut public.

La défense du pays avant tout! Assurez-la, non seulement en préparant la mise à exécution, sans retards ni difficultés, de toutes les mesures votées sous le régime antérieur, mais en suscitant autour de vous les énergies locales, en disciplinant par avance tous les dévouements, afin que le gouvernement puisse les mettre à profit suivant les besoins du pays. Toute votre administration se réduit pour le moment à déterminer le grand effort qui doit être tenté par tous les citoyens en vue de sauver la France.

A cet égard, vous avez le droit de compter sur la ratification de toutes les mesures que vous aurez prises de ce suprême intérêt. Si, comme je n'en doute point, vous concentrez rapidement et tournez toutes les forces vives de la nation vers ce grand but, vous écarterez du même coup toutes les divisions, tous les conflits entre les diverses administrations, ce qui est d'une importance capitale dans une crise comme celle où nous sommes.

Pour ce qui est de vos relations avec l'ancien personnel du gouvernement déchu, maires, adjoints, conseillers municipaux et fonctionnaires, relevant

exclusivement de l'ordre administratif, votre conduite est toute tracée dans les idées que je viens d'exposer. Ce qu'il faut à notre pays endormi et énervé depuis dix-huit ans, ce qui lui est nécessaire au jour de ce terrible réveil, c'est l'activité sans confusion, la vie, une vie régulière et organisée. Partout donc où se manifesteront des tendances à la propre initiative des citoyens assemblés dans leurs communes, encouragez-les en les réglant, si elles s'inspirent de l'esprit de patriotisme et de dévouement qui anime les représentants des pouvoirs publics.

Le gouvernement de la défense nationale a été composé, par le peuple, de ses propres élus : il représente en France le grand principe du suffrage universel. Ce gouvernement manquerait à son devoir comme à son origine s'il ne tournait pas dès l'abord sos regards sur les municipalités issues, comme ses membres, des urnes populaires. Partout où sont installés des conseils municipaux élus sous l'influence du courant libéral et démocratique, que les membres de ces conseils deviennent vos principaux auxiliaires. Partout, au contraire, où, sous la pression fatale du régime antérieur, les aspirations du citoyen ont été refoulées et où les conseils élus et les officiers municipaux ne représentent que des tendances rétro grades, entourez-vous de municipalités provisoires et placez à leur tête les chef- qu'elles auront choisis elles-mêmes dans leur sein, si, dans leur choix, elles ont su obéir aux nécessités patriotiques qui pèsenl sur la France.

Ed résumé, ne pensez qu'à la guerre et aux mesures qu'elle doit engendrer; donnez le calme et la sécurité pour obtenir en retour l'union el la confiance ; ajournez d'autorité tout ce qui n'a pas hait à la défense nationale ou pourrait l'entraver; rendez-moi compte de toutes vos opérations ri comptez sur moi pour vous soutenir dans la grande œuvre à laquelle vous êtes

associé, et qui doit nous enflammer tous du zèle le plus ardent, puisqu'il y va du salut de la patrie. Recevez, etc.

Léon Gambetta.

Paris, 7 septembre 1870, 11 h. 5 matin. — Intérieur à préfets de tous les départements. — Circulaire. — Plan de conduite vis-à-vis des conseils municipaux :

En premier lieu et en règle générale , s'efforcer de vivre avec les municipalités existantes et tirer d'elles tout le parti possible au point de vue de la défense. Révoquer les maires récalcitrants comme moyen d'influence sur les conseils, mais en seconde ligne.

Enfin suspendre, en dernier lieu, les conseils eux-mêmes, mais en ayant soin de référer immédiatement au ministre qui ratifiera après examen le rapport envoyé. Confidentielle.

Paris, 7 septembre 1870, 2 h. 25 soir. — Intérieur à préfets. — Circulaire. — Ayez soin de tenir d'une façon très exacte la comptabilité des crédits alloués pour la garde mobile. Ne mandatez que sur pièces justificatives que vous conserverez avec soin.

Vous ne perdrez pas de vue l'importance de ces recommandations et la nécessité de maintenir la plus grande régularité dans ce service. Dès que les mobiles sont mis à la disposition du ministre de la guerre, c'est lui qui pourvoit à leur solde. Vous aurez seulement à régler les marchés que vous avez passés.

Paris, 7 septembre. — Veuillez, je vous prie, résigner vos fonctions entre les mains de votre successeur : — Ain , M. Edouard Puthod. — Allier, M. Cornil. — Hautes-Alpes, M. Gyprien Cliaix. — Aveyron, M. Louis Oustry. — Corrèze, M. Latrade. — Corse, M. D. F. Ceccaldi. — Côtes-du-Nord, M. Viet-Dubourg. — Creuse, M. Martin Nadaud. — Drôme, M. Peignié-Crémieux. — Eure, M. Fléau. — Eure-et-Loir, M. Emile Labiche. — Haute-Garonne, M. Armand Du portai.

— Gers, M. le docteur Montanier. — Indre, M. Charles Bigot.

— Isère, M. Brillier. — Haute-Loire, M. A. Behagel. — Orne, M. Albert Christophle. — Pas-de-Calais, M. Langlet. — Basses- Pyrénées, M. Nogué. — Sarthe, M. Georges Lechevallier. —

Savoie, M. Eugène Guiter. — Seine-et-Marne, M. Hippolyte Rousseau. — Deux-Sèvres, M. Amédée Ricard. — Tarn, M. Frédéric Thomas. — Tarn-et-Garonne, M. de Freycinet. — Var, M. Cotte. — Vaucluse, M. Poujade. — Vendée, M. Tilloy. — Vienne, M. Léonce Ribert. — Yonne, M. Ribière.

Paris, 17 septembre. — Nouvelles de la guerre. — Les autorités du département de l'Aube font connaître qu'il n'y a point de Prussiens dans ces parages.

C'est à Crespy-en-Valois, département de l'Aisne, et non pas à Crespy (Oise), que l'ennemi a été vu.

Les dispositions des populations sous le coup de l'invasion sont excellentes; à Paris, le comité de défense fonctionne constamment.

Nom i Iles de l'Intérieur. — La République a été acclamée partout. A Paris, la confiance de la population est entière; on a acquis la certitude qu'il y a des armes pour tout le monde et la circulaire du ministre des affaires étrangères .1 produit le plus grand effet.

Paris, 7 septembre. — Circulaire aux préfets et souspréfets. — Nous apprenons que sur quelques points du territoire, la Société française de secours aux blessés, faisant partie de l'Internationale a été entravée dans sa marche, pour porter en tous lieux à nos soldats les soins qu'exige leur état. Il importe que les soulagements puissent être prodigués, partout où elle les trouve, à celles des victimes de nos champs de bataille que la marche des armées tient éloignées ou dispersées. En conséquence, veuillez donner avis ni lie- à tous les citoyens pour qu'ils aient à faciliter et a favoriser par tous les moyens, la circulation des médecins, infirmiers el autres délégués de la Société, et informez-les que les membres <>u auxiliaires de la Société, protégés «in'ils sont, par la convention internationale de Genève, ont le devoir de traverser toutes les lignes armées des belligérants pour accomplir leur mission humanitaire; c'est grâce à cette convention que nos blessés peuvenl être secouru-, môme sur le sol occupé par les lignes ennemies.

Le présent décret sera affiché, pendant toute la durée de la . terre, aui portes des mairies de tontes les communes de la République française.

Paris, 8 septembre. — Circulaire à préfets. — L'ennemi s'avance sur Paris en trois corps d'armée; l'un est arrivé à Soissons, dans le département de l'Aisne; l'avant-garde de ce corps a sommé Laon qui a fermé ses portes et résiste. L'interruption des communications télégraphiques avec Épernay et Château-Thierry, fait croire que l'ennemi est sur ces deux points. Communications subsistent avec Mézières, Épinal, Mulhouse. On n'a aucune nouvelle du maréchal Bazaine. Le bruit de la mort du maréchal de Mac-Manon n'est pas officiellement confirmé. A Paris, ordre parfait. Les habitants ont accueilli, avec de vives démonstrations de confiance, l'assurance donnée par le gouvernement que les approvisionnements étaient largement suffisants pour deux mois. Le préfet du Rhône mande que l'accord est établi entre lui et le comité qui avait d'abord pris la direction des affaires. Ordre parfait. M. Esquiros arrivé à Marseille est acclamé. Les opérations de revision se poursuivent dans tous les départements activement et avec ordre. La garde mobile demande à marcher. Plusieurs bataillons sont à Paris, ou en marche.

Paris, 8 septembre 1870, 4 h. *20 soir. — Intérieur à préfets. — Circulaire. — Usez de toute votre influence pour maintenir l'ordre et la discipline chez les mobiles de votre département, faites-leur comprendre qu'ils sont soldats et qu'ils doivent obéissance et respect aux officiers nommés par le ministre de la guerre. C'est sur eux que repose un des premiers moyens de défense de la patrie, et tout changement actuellement apporté à l'organisation de la garde mobile en détruirait la force et la cohésion.

Paris, 9 septembre. — Aux préfets. — Circulaire. — Si circulaire de Jules Favre aux puissances étrangères, insérée au Journal officiel du 7 septembre, n'a pas été affichée dans votre département, veuillez le faire immédiatement.

Paris, 9 septembre. — Circulaire aux préfets. — Le ministre de l'intérieur vous prie de' faire afficher dans toutes les communes de votre département l'extrait suivant de la convention de Genève :

Art. 5. — Les habitants du pays qui portent secours

aux blessés seront respectés et demeureront libres. Les généraux des puissances belligérantes auront pour mission de prévenir les habitants de l'appel fait à leur humanité et de la neutralité qui en sera la conséquence. Tout blessé recueilli et soigné dans une maison y servira de sauvegarde. L'habitant qui aura recueilli des blessés sera dispensé du logement des troupes, ainsi que d'une partie des contributions de guerre qui seraient imposées.

Art. 6. — Les militaires blessés ou malades seront recueillis ou soignés, à quelque nation qu'ils appartiennent.

Art. 7. — Un drapeau distinctif et uniforme sera adopté pour les hôpitaux, les ambulances et les évacuations; il devra être en toute circonstance accompagné du drapeau national. Un brassard sera également admis pour le personnel, mais la délivrance en sera laissée à l'autorité militaire. Le drapeau et le brassard porteront croix rouge sur fond blanc.

Paris, 9 septembre. — L'esprit de la population de Paris se fortiiie de ,|«>ur en jour dans l'idée d'une résistance énergique; sous ce rapport, il y a unanimité attestée aussi bien par la [tresse que par les orateurs des réunions populaires qui se tiennent chaque soir dans le plus grand ordre et roulent exclusivement sur la question de défense. D'un autre côté, la ferme résolution du gouvernement, son mâle langage, soutiennent tous les courages. La garde mobile des départements arrive. <!;i>ernée d'abord chez l'habitant, elle s'inspire du sentiment public et saura faire son devoir. La confiance es1 générale. La solde de la garde mobile, à Paris, est élevée a 1 IV. HO. — Nouvelles militaires. Le préfet de l'Aube mande que les Prussiens ont passe hier à Vitry, au nombre de fc,000 environ. Leurs éclaireurs ont fait de fortes réquisitions sur les communes voisines. Us ne s'écartent pas notablement de la route de Paris; jusqu'à présent ils n'ont pas pénétré dans l'Aube. Le commandant de la place de Lan grès informe que les mobiles ont pris cent Prussiens, des armes et des chevaux.

Paris, fl septembre. Circulaire aux préfets. il est

contraire au principe du gouvernement d'intervenir dans la

1 1 ion de journaux officieux. Les actes de la préfecture

n'ont pas besoin, pour être portés à la connaissance du public, d'un journal spécial.

Paris, 9 septembre 1870, 10 h. 35 soir. — P. — Intérieur à préfets Doubs, Besançon ; Haut-Rhin, Colmar; Haute-Saône, Vesoul; Vosges, Ëpinal. — Le ministre de l'intérieur autorise les préfets du Doubs, du Haut-Rhin, de la Haute- Saône et des Vosges â mandater au nom de M. Keller, ancien député, jusqu'à concurrence de cent mille francs, pour pourvoir à la solde du corps des francs-tireurs qu'il va organiser. M. Keller, aura, à chaque demande de crédit, à indiquer aux préfets désignés plus haut la situation générale des dépenses effectuées et il en fournira état au ministère de l'intérieur.

Paris, 10 septembre. — Circulaire aux préfets. — Déjà sur plusieurs points du territoire des comités de défense se sont constitués spontanément afin de grouper les citoyens les plus marquants par leur esprit d'initiative et leur intelligence des besoins de la situation. Si vous pouvez par votre influence aider à la constitution de semblables comités dans votre département, ne vous privez pas de ce moyen tout naturel de prouver que l'esprit de résistance se généralise et s'accentue à mesure que, sous la garantie des institutions nouvelles, le pays se réveille. Il demeure toutefois entendu que les travaux et propositions de ces comités resteront soumis à l'approbation des autorités compétentes.

Paris, 10 septembre. — La solde exceptionnelle de 1 fr. 50 est accordée exceptionnellement aux gardes mobiles appelés à Paris par le gouverneur.

Paris, 10 septembre. — Veuillez, je vous prie, pour tout ce qui concerne la destination de la garde nationale mobile de votre département, vous adresser au ministre de la guerre.

Paris, 10 septembre. — De l'ensemble des renseignements militaires, il paraît résulter que les avant-gardes de l'armée prussienne en marche sur Paris arrivent par le nord-est. Jls sont proches de Compiègne et de Coulommiers.

A mesure que les Prussiens s'approchent, on sent grandir la résolution des habitants de Paris; l'union est faite entre tous les partis. Toutes les volontés, toutes les activités sont consacrées à la formation, à l'armement, à l'exercice des bataillons de la garde nationale. Les mobiles affluent. Ils sont salués par des acclamations unanimes. Les mesures énergiques sont en voie d'exécution aux approches de la capitale.

Paris, 1 1 septembre. — Aux préfets et au gouverneur général de V Algérie. — Le mouvement de l'ennemi annoncé par la dépêche d'hier s'accentue de plus en plus. L'ennemi a envahi le département de Seine-et-Marne.

Toutes les résolutions du gouvernement portant à une défense énergique sont accueillies par la population parisienne avec une confiante satisfaction. Paris a l'esprit d'un immense camp.

Les mobiles des départements affluent : l'accueil qui leur a été fait partout les a vivement touchés.

La tranquillité publique est parfaite.

Paris. Il septembre 1870, 10 h. 12 soir. — Intérieur à préfets, — Circulaire. — Faites dresser immédiatement un tableau complet de tous les maires de votre département sur trois colonnes. La première portant ceux que vous pouvez conserver comme vous secondant dans l'œuvre de la défense nationale; la seconde portait ceux qui décidément se montreraient disposés à entraver cette oeuvre, la seule qui doive occuper tous 1rs Français; la troisième enfin portant les vu :cesseurs que vous pourrez me désigner comme étant capables de remplacer les maires dont vous ne pourriez utiliser le concours. Sur ce travail, auquel je vous prie de donner tous vos soins et que vous devrez entreprendre à l'unique point de vue de la défense nationale, je me prononcerai et ratifierai toutes révocations absolument nécessaires.

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