Voir la dépèche du 30 janvier
mobile devront déposer les armes, la sédentaire conserve les siennes. La convention qui est intervenue porte exclusivement sur l'armistice, qui semble avoir surtout pour objet la formation et la convocation d'une Assemblée.
La politique soutenue et pratiquée par le ministre de l'intérieur est toujours la même: guerre à outrance, résistance jusqu'à complet épuisement. Employez donc toute votre énergie à maintenir le moral des populations.
Le temps de l'armistice va être mis à profit pour renforcer nos trois armées en hommes, en munitions, en vivres. Les troupes seront astreintes à une discipline sévère, à laquelle il faudra donner tous vos soins, de concert avec les chefs militaires. Elles devront être exercées tous les jours pendant de longues heures pour s'aguerrir. Les conseils de révision devront continuer, et tout le travail d'organisation, d'équipement, bien loin d'être interrompu, devra être poursuivi avec une extrême vigilance. Il faudra à tout prix que l'armistice nous profite, et nous pouvons faire qu'il en soit ainsi. Enfin, il n'est pas jusqu'aux élections qui ne puissent et doivent être mises a profit. Ce qu'il faut a la France, c'est une Assemblée qui veuille la guerre et soit décidée à tout pour la faire.
Le membre du Gouvernement qui est attendu arrivera sans doute demain matin. Le ministre s'est fixé un délai qui expire demain à trois heures. Vous recevrez demain une proclamation aux citoyens avec l'ensemble des décrets et des mesures qui, dans sa pensée, doivent parer aux nécessités de la situation actuelle.
Donc palience, fermeté, confiance, union et discipline. Vive la France! vive la République une et indivisible!
Salut fraternel,
Léon Gambetta.
Bordeaux, 31 janvier 1871, y h. 50 matin. — Intérieur et Guerre à préfets, sous-préfets, maires, généraux, intendants, procureurs de la République et inspecteurs du télégraphe.
Les exigences de la correspondance télégraphique officielle devenant chaque jour plus impérieuses et fréquentes; d'autre part, l'administration des télégraphes ne disposant pas d'un personnel ni de moyens de communication suffisants pour faire face au service écrasant qu'elle a mission d'assurer, je dois vous prier de libeller vos télégrammes toujours clairement, mais aussi brièvement que possible; de vous interdire personnellement tontes correspondances ayant un caractère privé, enfin de refuser rigoureusement votre visa à toute dépêche qui n'aurait pas pour objet l'armement, l'équipement, le ravitaillement ou, pendant la période électorale, un intérêt électoral. J'autorise les inspecteurs des télégraphes à refuser les dépêches qui ne présenteraient pas l'un de ces caractères.
Léon Gambetta,
CIRCULAIRE AUX PREFETS
Bordeaux, le 31 janvier 1871, 6 h. soir.
Monsieur le préfet,
Aucune réponse n'a encore été faite à la dépêche qui a été envoyée hier à Versailles à M. Jules Favre l, et dont communication vous a été faite. La seule réponse reçue par la délégation est de M. de Bismarck. Il en résulte que l'armistice conclu le 28 durera jusqu'au 10 février.
La ligne de démarcation séparant les deux armées part de Pont-1'Évêque , traverse le département de l'Orne, laisse à l'occupation allemande la Sarthe, l'Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher, le Loiret, l'Yonne, traverse la Gôte-d'Or, le Doubs et le Jura. Le Nord, le Pas-de-Calais et le Havre restent intacts. Les opérations
i. C'est toujours à la dépêche du 30 janvier qu'il est fait allusion.
dans la Côte-d'Or, le Doubs et le Jura, et le siège de Belfort, continuent jusqu'à une entente ultérieure.
Reddition de toutes les fortifications de Paris, l'armée de Paris prisonnière de guerre, moins une division conservée pour le service intérieur. La garde nationale reste armée. Les troupes allemandes n'entreront pas dans Paris pendant l'armistice. Paris ravitaillé. Circulation libre pour les élections. M. de Bismarck ajoute que les forts ont été occupés hier par l'armée allemande.
D'autre part, le général Ghanzy a reçu hier du prince Frédéric-Charles communication du texte de la convention de Versailles.
L'article 1er dit que l'armistice commencera à Paris le jour môme ; dans les départements dans un délai de trois jours. Cet armistice s'applique aux forces navales, et les prises faites après le 28 janvier seront rendues.
Il sera procédé à l'échange de tous les prisonniers de guerre faits depuis le commencement de la guerre par l'armée française. Paris paiera une contribution de 200 millions.
De tout cela il résulte que rien n'a été stipulé sur les questions de paix ou de guerre, qui demeurent réservées à l'Assemblée convoquée à. Bordeaux ; d'autre part, que, entre l'armistice pur et simple, annoncé par la dépêche de Versailles signée « Jules Favre », et la convention communiquée par le prince Frédéric- Charles et analysée par M. de Bismarck, il existe une divergence grave en ce qui touche les opérations dans l'Est.
Comme la dépêche signée «Jules Favre» annonçait l'armistice, sans indiquer de délai et sans dire s'il était général ou partiel, et enjoignait de le faire exécuter immédiatement, les ministre de la guerre et de la marine ont envoyé aussitôt des instructions et des ordres aux généraux en chef, chefs de corps, com-
mandants de stations navales, pour faire respecter l'armistice, et l'exécution de ces ordres a commencé depuis quarante-huit heures.
Cependant les armées prussiennes, sans doute mieux instruites des termes de la convention, ont continué leurs mouvements et pris des positions, malgré la résistance et les protestations de nos chefs de corps.
La délégation, qui n'a, on le sait, reçu sur la convention de Versailles d'autre document officiel français que le télégramme de Versailles signé « Jules Favre », a le droit et le devoir de porter ces faits à la connaissance du pays, afin de faire porter sur qui de droit la responsabilité qui incombe à ceux qui n'ont pas fait connaître la convention dans toute sa teneur, et ont entraîné des erreurs^d'interprétation dont les conséquences, au point de vue de notre héroïque armée de l'Est, peuvent être irréparables pour la France.
Recevez, monsieur le préfet, l'assurance de ma considération très distinguée,
Léon Gambetta.
Bordeaux, 1er février 1871. — A MM. général Loysel, au Havre; Chanzy, Laval; Jancigny, Poitiers; Mazure, Bourges; Pourcet, Bordeaux; De Pointe, Nevers; Garibaldi, Dijon; Faidherbe, Lille. — A mesure que nos troupes se retirent en dedans de la ligne de démarcation que leur assigne la convention signée par Jules Favre, elles devront emmener les dépôts d'armes, de munitions, les conscrits, les mobilisés appelés déjà par la loi; en un mot tout ce qui appartient à la guerre. Cette mesure devra s'exécuter sans éclat et avec promptitude.
Bordeaux, 1er février 1871, 8 h. 30 soir. — Directeur de sûreté générale aux commissaires spéciaux de police de : Ferney, Bellegarde, Culoz (Ain); — Nice, Menton, Isola, Fontan( Alpes- Maritimes), Marseille (Bouches-du-Rhône) ; — Pontarlier Doubs); — Brest (Finistère); — Saint-Malo (Ille-et-Vilaine); —
Saint-Xazaire (Loire-Inférieure); — Baizieux, Yalenciennes, Armentiêres, Feigniez, Jeumont, Bunker que, Tourcoing, Anor, Bluncmisseron, Ghyvclde (Nord); — Boulogne, Calais (Pas-de- Calais); — Hendaye, Biarritz (Basses-Pyrénées) ; — Bourg- Madame, Port-Vcndres, LePerthuis, Saint-Laurent-de-Cerdans, Saint Jean-de-Luz (Pyrénées-Orientales); — Saint-Michel (Savoie); — Saint-Julien (Haute-Savoie) ; — Bieppe (Seine-hiférieure). — Aux commissaires centraux depolice du Havre (Seinehiférieure), et de Cherbourg (Manche). — Je vous renouvelle l'ordre d'exercer la plus active surveillance. Vous devrez me prévenir, et cela par télégramme, de tout personnage politique habitant actuellement l'étranger et rentrant en France. Ceci sous votre responsabilité.
Vous m'accuserez réception de la dépêche.
A. Ranc.
Bordeaux, 2 février 1871, 10 h. 30 soir. — Intérieur aux préfets. — Circulaire. — Citoyens, je reçois le télégramme suivant :
« Versailles, 6 h. 40 soir. — A M. Léon Gambetta, Bordeaux. — Au nom de la liberté des élections stipulées par la convention d'armistice, je proteste contre les dispositions émanées en votre nom (sic), pour priver du droit d'être élus à l'Assemblée des catégories nombreuses de citoyens français.
« Des élections faites sous un régime d'oppression arbitraire ne pourront pas conférer les droits que la convention d'armistice reconnaît aux députés librement élus. — Bismarck. »
Nous disions, il y a quelques jours, que la Prusse comptait, pour satisfaire son ambition, sur une Assemblée où, grâce à la brièveté des délais et aux difficultés de toute sorte, auraient pu entrer les complices et les complaisants de la dynastie déchue, les alliés de M. de Bismarck.
Le décret d'exclusion rendu le 31 janvier déjoue ces espérances. L'insolente prétention qu'affiche le ministre prussien d'intervenir dans la constitution
d'une Assemblée française est la justification la plus éclatante des mesures prises parle gouvernement de la République.
L'enseignement ne sera pas perdu pour ceux qui ont le sentiment de l'honneur national.
Léon Gambetta.
2 février. — A tous les préfets et sous-préfets. — Circulaire. — En exécution du décret de la délégation de Bordeaux sur l'inéligibilité de certains individus à l'Assemblée nationale, vous empêcherez, en vous reportant aux lettres insérées au Moniteur, années 1852, 1857 et 1863 et années intermédiaires, dans toute l'étendue de vos départements et arrondissements respectifs, la publication, l'affichage et la distribution de tous bulletins, affiches, professions de foi, circulaires, avis émanant de personnes comprises et visées dans les articles 1 et 2 dudit décret d'inéligibilité en date du 31 janvier. Rendez-moi compte de tous incidents pouvant se rapporter à cet objet.
3 février. — A tous les préfets et sous-prêfets . — Circulaire confidentielle. — Quelques journaux parlent d'un décret électoral qui aurait été rendu à Paris. Nous ne connaissons pas ce document. Les décrets électoraux signés à Bordeaux le 31 janvier, et notamment celui sur l'inéligibilité des anciens fonctionnaires de l'Empire et les anciens candidats officiels ont été faits pour la province; ce sont les seuls que vous devez reconnaître et faire exécuter. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, surtout après la dépêche de M. de Bismarck, il ne pourra venir à la pensée d'un seul Français de ne pas respecter le décret sur l'inéligibilité. C'est un devoir auquel nul fonctionnaire de la République ne voudra se soustraire.
Bordeaux, 3 février 1871 , 4 h. 25 soir. — Intérieur à préfets Chambéry et Montauban. — Les bulletins de vote désignant des personnes frappées d'inéligibilité politique ne sont nuls qu'à l'égard de ces candidats.
Le secrétaire général, >
Jules Cazot.
Bordeaux, 3 février 1871, 4 h. 30 du soir. — Intérieur à préfets. — Circulaire. — Le Moniteur publiera demain matin une circulaire sur les élections de l'Assemblée nationale ; elle développera les dispositions des trois décrets de la délégation du 31 janvier. Attendez-la pour donner des instructions aux maires.
Paris, 4 février 1871, 10 h. 20 du matin. — Intérieur à tous les préfets de la République. — Circulaire. — Les décrets du 29 janvier sur l'éligibilité sont maintenus dans leur intégrité.
Le décret de Bordeaux du 31 janvier est rapporté.
Paris, 4 février 1871, 10 h. 30 matin. — Le ministre de l'intérieur à préfet de Lille et à préfet de Clermont-Ferrand. — Transmettez à vos collègues avec lesquels vous pouvez communiquer la dépêche suivante :
« Le décret du 31 janvier est rapporté de Bordeaux. »
Le ministre, Herold.
Paris, 4 février 1871. 10 h. 32 matin. — Intérieur à préfet Lille et Clermont-Ferrand. — Transmettez à vos collègues avec lesquels vous pouvez communiquer la dépêche suivante :
« Veuillez m'adresser aussi promptement que possible les listes des candidats qui se présentent dans votre département. Elles sont indispensables aux votes de l'armée de Paris. Veuillez aussi m'envoyer les noms des sous-préfets de votre département. Veuillez signer la réponse de votre propre nom. »
Le ministre par intérim,
Herold.
Bordeaux, 4 février 1871, 2 h. 50 soir. — Intérieur A préfets, sous-préfets et inspecteurs des télégraphes. — Je vous rappelle que vous devez présenter à la taxe tous vos télégrammes d'intérêt privé. Ceux qui ont pour objet votre candidature personnelle sont de ce nombre.
Je donne formellement l'ordre aux inspecteurs du télégraphe de n'accepter ces derniers qu'autant que vous en torez acquitté la taxe. Vous comprendre/ te nécessité de cette mesure.