DÉPÊCHE-CIRCULAIRE AUX PRÉFETS ET AUX MAIRES
Bordeaux, le 4 février 1871.
Monsieur,
M. Jules Simon, membre du gouvernement de Paris, a apporté à Bordeaux l'annonce d'un décret électoral qui serait en désaccord sur un point avec le décret rendu par le gouvernement siégeant à Bordeaux.
Le gouvernement de Paris est investi depuis quatre mois, coupé de toutes communications avec l'esprit public; de plus, il est à l'état de prisonnier de guerre. Rien ne dit que, mieux informé, il ne fût pas tombé d'accord avec le gouvernement de Bordeaux; rien ne dit non plus qu'en dehors de la mission de faire procéder aux élections, donnée en termes généraux à M. Jules Simon, il ait entendu régler d'une façon absolue et définitive le cas particulier des incompatibilités.
Dans ces circonstances, le gouvernement de Bordeaux croit devoir maintenir son décret. Il le maintient malgré les remontrances et l'ingérence de M. de Bismarck dans les affaires intérieures du pays ; il le maintient au nom de l'honneur et des intérêts de la France.
Un membre du gouvernement de Bordeaux part aujourd'hui même pour porter à la connaissance du gouvernement de Paris le véritable état de choses.
La délégation du gouvernement de la Défense nationale,
Léon Gambetta, Al. Glais-Bizoin, Ad. Grémieux, L. Fourichon,
Bordeaux, 5 février 1871, 7 h. 10 soir. — Intérieur à préfets. — Circulai}^. — Je porte à votre connaissance que je viens d'être appelé par mes collègues au poste de ministre de
l'intérieur. Je me joins à Gambetta pour vous dire que le premier intérêt de la République en ce moment est de procéder aux élections le 8 février avec le plus grand calme. Rien n'est changé aux instructions que vous avez reçues. Faites seulement savoir que le suffrage universel peut agir dans la plénitude de son droit, sans aucune exclusion ni catégorie.
Vive la République!
Emmanuel Arago.
Bordeaux, o février 187! , 2 h. 40 soir. — Intérieur et Guerre à préfets Lille et Clermont-Ferrancl. Je suis prévenu qu'une dépêche signée « le ministre de l'intérieur, Herold » a été envoyée de Paris pour vous prier d'aviser vos collègues que les décrets du 29 janvier sur l'éligibilité sont maintenus dans leur intégrité et que le décret de Bordeaux du 31 janvier est rapporté. — Cette dépêche venue par voie allemande et si -née Herold, sans la discuter, nous paraît parfaitement apocryphe. En conséquence, n'en tenez nul compte.
Bordeaux, 5 février 1871, 12 h. 20 soir. — Justice à procureurs généraux Aix, Agen, Amiens, Alger, Bourges, Besançon, Bastia, Caen, Chambéry, Dijon, Douai, Havre, Bennes, Riom, Montpellier, JSimes, rau, Toulouse, Limoges, Lyon, Grenoble, Poitiers, Metz, Orléans, Nancy, Paris. — Vous connaissez le décret du Gouvernement qui déclare L'inéligibilité des sénateurs, conseillers d'État, préfets et candidats officiels de l'ancien régime. Veuillez donner à vos substituts des instructions immédiates pour assurer l'exécution de ce décret.
Vous aurez en conséquence à empêcher la distribution et l'affichage de toute espèce d'écrits aux candidatures des personnes déclarées inéligibles.
Le chef de cabinet, Leven.