‹ Dépêches, circulaires, décrets, proclamations et discours de Léon GambettaChapitre 139 sur 208 · L'envoi de M. Blache à la préfecture des Basses-Alpes · texte numérisé non relu

L'envoi de M. Blache à la préfecture des Basses-Alpes

confiance en vous est, vous le savez, entière. J'arrangerai tout au mieux. Challemel-Lacour m'a écrit que vous teniez à conserver le colonel Quiquandon. J'ai donné des ordres pour vous le laisser. Vous verrez par le Moniteur que j'ai décidé la création d'un camp près de Marseille au Pas-des- Lanciers.

Je compte vous envoyer un homme qui vous fera connaître ma manière de voir à cet égard. Réservez-lui bon accueil. Amitiés de Spuller.

28 novembre 1870. — Au même. — Je reçois une longue dépêche de Brissy en réponse à mon télégramme d'hier qui a dû vous passer sous les yeux.

Les affairés de Brissy datent du 4 septembre. La situation a toujours été irrégulière. En temps de crise j'ai pu passer sur cette irrégularité; quel que soit le titre actuel de Brissy et les fonctions qu'il exerce, il n'en est pas moins vrai qu'il appartient au corps de l'intendance et qu'il importe de l'y faire entrer. Je voulais faire de lui l'intendant du 18° corps d'armée devant l'ennemi ; ordre lui a été donné à trois reprises différentes, il refuse obstinément. Une pareille obstination doit être vaincue et je fais appel à votre concours formel. Je vous prie de donner l'ordre à M. Brissy de se rendre immédiatement à Tours, et, s'il refuse, je vous donne l'ordre de me l'expédier. Il fait valoir dans sa dépêche de prétendues difficultés que son départ pourrait vous créer. Vous en avez vu bien d'autres. Vous pouvez dans tous les cas compter sur mon concours absolu pour en triompher. Mais d'abord finissons-en avec l'affaire Brissy,

0 décembre 1870. — Au préfet, — Nous nous occupons de l'organisation des camps. Au moment de nommer les officiers supérieurs, Freycinel me fait remarquer qu'il ne peut me présenter tanl qu'il n'aura pas eu nos propositions. Il non- f'.nit des propositions dans le plus bref délai ; cherchez bien autour de vous, c'est une assez grave affaire. Il \ s plusieurs) harges importantes. Reprenez le Moniteur el \<>\ ez le décret d'institution des camps.

s décembre. - A préfet de* Bouches-du-Khône. b* vous renouvelle avec instance la demande de vos propositions pour votre camp; vous ne me les avez pas envoyées et le

travail est arrêté. Je vous rappelle qu'il y a cinq ou six présentations à faire. Reprenez le Moniteur et envoyez vos noms par le télégraphe.

8 décembre. — Au préfet. — J'ai passé avec M. Tellenne un marché de vingt-cinq mille havresacs, M. Tellenne se refuse à l'exécuter, rappelez-le à l'exécution de ses actes.

12 décembre 1870. — A préfet. — L'absence des communications relatives à la guerre tient uniquement aux lenteurs et aux embarras de notre réinstallation à Bordeaux. Les divers services sont maintenant organisés. Dès ce jour vous recevrez la dépêche ordinaire. En attendant, démentez les faux bruits et calmez les inquiétudes exagérées. Rien dans la situation ne les justifie.

Lyon, 23 décembre. — Au préfet. — Je reçois vos deux dépêches : 1° Le mandat d'arrêt lancé à Lyon contre Cluseret est aux mains du procureur de la République à Marseille. Faites-le exécuter et expédiez Cluseret à Lyon.

2° Si d'autres agitateurs menacent l'ordre, arrêtez-les et faites-les mettre au fort1.

Quant au crédit ouvert, il faut qu'il soit appliqué d'accord avec Garibaldi, et les mots obscurs signifient ceci qu'il ne faudra prendre qu'un nombre proportionné de volontaires qu'on pourra armer et équiper avec le crédit2.

Lyon, 24 décembre. — Gambetta à Gent, préfet de Marseille. — C'est à Panni que j'ai accordé les 100,000 francs de crédit sur Garibaldi, j'entends que ce soit lui qui reste à la tête du comité et qu'il n'y soit en rien dérogé.

Lyon, 25 décembre 1870. — Au préfet. — Les affaires de Garibaldi et de Frapolli nous causeraient beaucoup d'ennui si nous n'arrivions pas à tirer au clair toute cette situation. Vous savez sans doute que Garibaldi a pour chef d'étatmajor Bordone, qui est, à ce qu'il parait, très difficile à vivre, car il y a de nombreuses démissions dans le corps de

1. Il s'agit de MM. Carcassonne et Matheus, signalés par le procureur général comme faisant partie, avec Cluseret, d'une conspiration révolutionnaire.

2. Il s'agit d'un crédit de cent mille francs pour transport et réception avec armes des volontaires italiens.

Garibaldi provoquées par ses procédés, ses allures omnipotentes, son insupportable hauteur, sans préjudice d'une foule d'autres causes dont je ne veux rien dire ici; vous comprenez admirablement que rien n'est possible au sujet de Bordone contre la volonté de Garibaldi, et il parait qu'il n'y a pas moyen de lui faire entendre raison; si vous pouviez à votre tour user de votre influence sur lui, se serait nous rendre un grand service.

Le malheur de la situation est que les dissidents qui abandonnent Garibaldi veulent se reformer sous les ordres du général Frapolli. Il y a par conséquent une sorte de rivalité qui irrite au plus haut point Garibaldi et surtout Bordone. L'alfaire du comité de Marseille est un épisode de cette lutte. Frapolli reçoit tout le monde et, grâce à Bordone, tout le monde s'en va. Je pense donc que dans l'affaire des 100,000 francs votés par le conseil municipal de votre ville, il faut savoir avant tout ce qu'il y a au fond de cette querelle, et je vous serai obligé si vous voulez bien vous en expliquer avec Garibaldi personnellement. Mais faites bien attention que tout passe par Bordone et que l'on ne reçoit jamais de réponse que de lui. Le plus fâcheux c'est qu'à tout propos, Garibaldi parle de donner sa démission, ce qu'il ne faudrait à aucun prix. Mais les embarras s'accumulent, et il est temps de trancher cette situation si on ne peut pas la dénouer.

Je vous remercie de ce que vous faites dans l'affaire d'K...1 Quant à l'autre, je m'en rapporte entièrement à vous. Vous connaissez notre devise commune : Énergie et prudence, ni réaction ni révolte. Amitiés.

Lyon, 26 décembre 1870. — Au préfet des Bouche 8-du-Rhône. Circulaire aux préfet» de la Drame, Vaucluse, Gard (Nîmes), Hérault. — La neige tombée ne peut arrêter longtemps nos mouvements de troupes qui sont d'une extrême urgence. Donnez l'ordre à tous les maires de toutes les communes traversées par la voie ferrée «le requérir tous les travailleurs disponibles pour déblayer la von-. Mettez d'autorité en mouvement- tous 1rs agents des gares et tout le personnel

1. « K-'|uiro.s est à la ville et me promet de partir. » (Dépêche Gent à Crëmieux.)

des Compagnies. L'opération n'est pas impraticable, elle a été exécutée ce matin sur tout le parcours de Lyon à Besançon par Bourg. Je ne vois donc pas ce qui pourrait s'y opposer ailleurs; le Gouvernement rendrait responsable tout fonctionnaire ou tout agent sur la commune duquel l'opération subirait le moindre retard. Entrez immédiatement en conférence avec les agents supérieurs de la Compagnie dans votre département et écrivez-moi si par hasard vous étiez entravé.

27 décembre 1870. — A préfet des Bouches-du-Rhô?ie, Marseille. — Je vous autorise à pourvoir immédiatement, et sans me soumettre vos propositions, au remplacement de votre conseil général seulement. Je vous prie de me faire connaître sans retard la composition de votre commission afin que tout soit régularisé en temps utile.

Lyon, 29 décembre. — A préfet. — J'ai communiqué vos dépèches au délégué des finances avec prière instante de faire immédiatement régulariser vos crédits. Envoyez-moi, en conséquence, l'état complet de tout ce qui doit être régularisé.

Lyon, 30 décembre. — Au préfet. — Vous êtes autorisé à faire des réquisitions pour ouverture de crédit préalable pour les dépenses militaires autorisées par le ministre de l'intérieur et de la guerre.

Mais, au préalable, entendez-vous avec les receveurs généraux pour ne pas les prendre au dépourvu. Le délégué des finances télégraphie dans le même sens.

Bordeaux, 5 janvier. — Au préfet. — Je suis informé que le braconnage du gibier d'eau sévit avec une intensité extrême dans les communes de votre département limitrophes de la mer. Les populations privées du droit de chasse, cette année, se plaignent de cette tolérance abusive ; je vous invite à prendre des mesures pour réprimer cet abus.

7 janvier 1871. — Au préfet. — De votre dépêche il résulte que vos mobilisés sont prêts à partir sur tel point que je vous indiquerai.

Concentrez-les, exercez-les sans relâche jusqu'au jour de leur départ, suivant les instructions que je vous ai envoyées.

10 janvier 1871. — Au préfet. — Mon cher ami, je suis heureux d'avoir à vous répéter que dans les affaires politiques et d'administration intérieure ma confiance en vous est entière. Le décret de dissolution des conseils généraux est une mesure générale. Quant à la circulaire chiffrée qui indique aux préfets qu'il n'y a nulle urgence à nommer et à publier les noms des membres de la commission départementale, il est trop clair que cette circulaire ne peut vous enchaîner si vous jugez qu'il y a intérêt pour vous à nommer votre commission départementale. Vous êtes donc libre à cet égard. Nous continuons à marcher d'accord, du moment que je suis informé de ce que vous voulez faire, et tel est le cas.

Quant à votre autre dépêche, je vous autorise parfaitement à déléguer quelqu'un à la mission1 dont vous me parlez. Mais les fonds ? où les prendrai-je ? Si vous pouvez doter cette mission, faites-le, car il peut y avoir utilité si votre délégué est sûr, discret, et intelligent. Ecrivez-moi pour me dire ce que vous aurez fait.

14 janvier 1871. — Au préfet. — Un ambassadeur chinois vient en France. II apporte les excuses de son gouvernement pour les massacres qui ont eu lieu au mois de juin dernier a Tien-Tsin, ainsi qu'une somme d'argent à distribuer aux parents des victimes. Il est probable qu'il arrivera à Marseille dans le courant de la semaine prochaine. Il est d'usage que des honneurs publics soient rendus aux ambassadeurs de l'extrême Orient. Le délégué des affaires étrangères me charge de vous faire savoir que les conditions dans lesquelles se présente l'ambassadeur chinois Tchong-Hcou et nos propres circonstances prescrivent de lui faire un accueil très réservé. Il importe qu'aucune démonstration extérieure n'ait lieu pour cette réception. Vous recevrez d'ailleurs prochainement la visite de M. le comte Kleczowski, premier interprète de langue chinoise, que la délégation de Bordeaux envoie a. Marseille avec charge de recevoir et d'amener à Bordeaux l'ambassadeur chinois. Il vous portera

1 . M. Qen( avait proposé d'envoyer une personne sûre «mi Espagne peur renseigner le gouvernement sur la situation politique 'le ce paya .1 La suite de l'assassinat du maréchal Prim et <!<> L'arrivée

du roi Amédée à Madrid.

des instructions; mais j'étais bien aise de vous avertir d'avance.

14 janvier 1871. — Au préfet. — Vous êtes pleinement autorisé à expulser tous Prussiens et Allemands belligérants de Marseille et de votre département. Quant à votre proclamation, je suis assuré qu'elle répond à nos sentiments qui sont les vôtres et qu'elle dira à nos populations du Midi quel est leur devoir en face des atrocités abominables dont notre ville de Paris est l'objet.

21 janvier 1871. — A préfet. — Le décret qui nomme sur votre demande M. Henri Fouquier secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône a été signé ce matin.

21 janvier 1871. — A M. Gent, préfet de Marseille. — Mon cher préfet, répondez, je vous prie, à la question que je vous pose; vous savez combien je tiens à vous consulter sur tout ce qui regarde votre déparlement avant de prendre une décision; de tous côtés les mobilisés des départements partent, soit sur Lyon, soit sur Dijon, soit sur Besançon; ceux des Bouches-du-Rhône ne sont encore qu'au camp des Alpines ou à Marseille. Ne croyez-vous point qu'à tous égards il serait utile d'en déplacer au moins une partie? Répondez-moi à cœur ouvert.

26 janvier. — Au préfet. [Confidentielle et chiffrée.) — Nous n'y croyons pas *; arrêtez toujours2; vous serez toujours informé le premier.

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