GIRONDE
5 septembre 1870. — A M. E.Fourcand, maire de Bordeaux. — Voulez-vous prendre possession de la préfecture ? En ce cas, le Conseil municipal désignerait votre successeur comme maire. Si vous acceptez, entrez immédiatement en fonctions *.
1. M. Emile Fourcand répondit le jour même : « Je ne puis accepter. Elu par la cité, mon devoir et mon dévouement lui appar-
7 septembre 1870. — A M. Simiot, préfet intérimaire. — Nommez les sous-préfets que vous jugerez bons. Vos cboix sont ratifiés à l'avance. L'encombrement des lignes ne permet pas de suivre les usages ordinaires. Agissez de vous-même, ne vous occupez pas d'Haussmann1.
9 septembre 1870. — A M. Larrieu, préfet. — Je reçois dépêche concernant Haussmann, Jérôme David et Forcade2.
Je ne comprends pas votre question. Liberté individuelle doit être sacrée sous la République. Ne touchez pas à ces messieurs.
9 septembre 1870. — Au préfet. — Si vous le jugez nécessaire, faites comprendre aux trois personnes en question qu'elles feraient mieux de s'éloigner pour leur propre sécurité.
26 octobre 1870. — Au préfet. — Si le groupe de personnes que vous me signalez comme installées dans votre département doit être éloigné dans les circonstances où nous sommes, je vous autorise à leur faire savoir individuellement, et dans leur intérêt même, et dans celui de la paix publique, que leur éloignement est devenu nécessaire et que vous comptez sur leur désir d'éviter des embarras au Gouvernement, qui représente plus que jamais le principe de la Défense nationale. Il a déjà été procédé de la sorte à l'égard des anciens ministres de l'Empire; tous se sont conformés à cette invitation officieuse. Veuillez nie rencjre compte de ce que vous aurez fait.
10 novembre 1870. — Au préfet. — Je vous exprime tous mes regrets de vous savoir forcé d'abandonner le poste où vous avez rendu tant de services à notre cause, et je me décide à vous proposer un successeur pour lequel je vous demande tout votre concours moral. C'est M. Allain-Tarcé dont je connais parfaitement les rares aptitudes et le détiennent. La population désigne comme préfet et appelle de tous
vœux Amédée Larrieu; qu'il arrive et nous ne serons qu'une voix et qu'un cœur. »
1. Km réponse a cette dépêche : La présence de Haussmann lignalée : faut-il arrêter!. »
2. M. Larrieu avait télégraphié la veille : « Haussmann à Bordeaui ; très grande émotion. Le peuple demande son arrestation. Même question pour Jérôme David et <]<■ Forcade. »
vouement sans borne à la République telle que vous et moi la comprenons. Il partira ce soir pour Bordeaux. Faites-moi connaître par une dépêche immédiatement dans quelles conditions vous désirez qu'il parte et qu'il soit installé par vous.
8 décembre 1870. — A M. Allain-Targé, préfet. — La translation du siège de la délégation du Gouvernement vient d'être décidée. Cette mesure sera annoncée demain au Moniteur. La délégation se transporte de Tours à Bordeaux. Vous allez être tout naturellement chargé d'assurer l'installation des divers services. Toutes les administrations vont s'adresser à vous. Il m'appartient de vous dire que cette installation ne pourra se faire convenablement et commodément que si les diverses administrations consentent à s'installer elles-mêmes dans les bureaux et à côté des administrations similaires : les Finances à la recette générale, l'Instruction publique au chef-lieu de l'Académie, la Justice au Palais, l'Intérieur à la préfecture, la Guerre au chef-lieu de la division militaire, et ainsi de suite. Je vous prie de abien veiller à tout cela, afin de nous éviter les ennuis que nous avons éprouvés ici, où cette opération n'avait pas été bien faite. Pour ce qui est de l'Intérieur, j'ai à vous recommander d'une manière toute spéciale de nous réserver la préfecture où il y a sans doute beaucoup déplace. Mais songez que les services sont importants et nombreux. Celui qui devra être installé le premier de tous, ce sont les télégraphes; après, la sûreté générale, le secrétariat général, comprenant les prisons, la caisse et autres services accessoires.
Mais songez aux télégraphes avant tout, ainsi qu'aux employés supérieurs des postes, aujourd'hui réunis sous une même main. Réservez aussi des locaux spéciaux pour l'installation du service dit du cabinet du ministre, pour la réception et l'ouverture des dépêches. Enfin, vous nous avez vus ici; vous devez vous faire une idée de ce qu'il nous faut. Je n'ai pas besoin de vous dire que ma place personnelle est chez vous, et que je compte l'y trouver. Faites votre plan d'organisation, prévenez tout le monde, et écrivezmoi un mot par télégraphe, ce soir ou demain matin.
Les départs s'effectueront pendant toute la journée de demain.