HAUTE-LOIRE
Bourges, 16 décembre 1870. — Ministre intérieur à M. 1I< nrj Lcfort, préfet Haute-Loire. — Je crois devoir vous rappeler que la mobilisation ne comporte que les exemptions consacrées par la loi, et que toutes personnes qui prétendraient exciper <le leur caractère politique ou du rôle qu'elles auraient joué ou joueraient actuellement dans les affaires publiques, pour se soustraire à l'application de la loi, doivent ôtre spécialement appelées devant les conseils de revision,
et réincorporées si le cas échet afin d'éviter les réclamations fort légitimes que leur absence des rangs des mobilisés suscite déjà partout dans le département.
Avisez donc et rendez-moi compte.
31 décembre 1870. — A préfet. — • Vous avez reçu comme tous vos collègues la circulaire relative aux mobilisés; vous n'y avez pas encore fait réponse, seriez-vous embarrassé? n'auriez-vous rien fait?
Il serait temps de vous y mettre; vous êtes en retard notablement sur tous vos collègues sous ce rapport. Quels obstacles avez-vous donc rencontrés? Si vous les aviez signalés, on vous aurait aidé à les vaincre ; mais vous n'avez rien dit, rien fait1.
1er janvier 1871 . — A préfet. — Mon cher préfet, la dépêche d'hier n'est pas le fait d'une incroyable légèreté. Vous l'avez mal lue ou elle a été très irrégulièrement transcrite. Je n'ai pas dit: « Vous n'avez rien fait »; j'ai écrit : « N'auriez-vous rien fait?» Je ne me plaignais pas, je me montrais étonné : votre dépêche de cette nuit m'a fait voir que vous avez beaucoup travaillé. Si j'avais eu des reproches fondés à vous faire, je vous les aurais adressés secrètement. J'ai dit que vous étiez en retard sur tous vos collègues. Je me vois contraint de vous le redire, et je le répète, non pas pour vous témoigner mon mécontentement dont vous pourriez vous alarmer, mais pour vous presser, pour vous pousser. Allez vite, vite. Salut fraternel. Je compte sur vous comme vous pouvez compter sur moi.
8 janvier 1871. — A préfet. — Je vous ai rappelé à plusieurs reprises que la loi qui appelle les célibataires dans les rangs des mobilisés n'admet aucune autre exception que celle qui résulte d'infirmité dûment constatée. 11 n'est pas possible que la loi et ses serviteurs tolèrent des immunités qui sont de vrais scandales publics. M. Guyot-Montpayroux.
1. En réponse à cette dépêche, dont la fin avait été irrégulièrement transcrite, M. Henri Lefort se disculpa des reproches qui lui étaient adressés par le ministre et offrit sa démission : « Quoique père de quatre enfants et sans fortune, je m'engagerai pour partir avec nos mobilisés. » M. Gambetta répondit par dépêche du 1er janvier 1871.
ex-député de la Haute-Loire, est appelé par la loi; je ne m'explique pas votre inertie, et, si ce n'était pas vous, je croirais à une coupable complaisance. Accusez-moi réception et informez-moi des mesures que vous aurez prises1.