HAUTE-MARNE
6 novembre 1870. — A M. Auguste Spuller, préfet. — Vu les circonstances militaires où se trouve engagé votre département et vu surtout la situation exceptionnelle de la place
1. M. Lenoël avait demandé (dépêches du 10 et du 21 décembre) à être vice-président du camp de Cherbourg. Les raisons alléguées par ce préfet étaient presque exclusivement politiques : « Les officiers de marine et beaucoup d'hommes influents de Cherbourg sont orléanistes. Je vous ai déjà dit que la candidature du prince de Joinville est très sérieuse. Le camp peut devenir un point d'appui si le vice-président n'est pas nettement républicain. » (10 décembre). Le ministre de la guerre passa outre à ces réclamations et M. Lenoël, qui avait annoncé sa démission, resta préfet.
de Langres qu'il importe de ne point troubler par un remaniement complet du personnel militaire, j'ai décidé ce soir, après en avoir conféré avec le lieutenant-colonel May ré que vous m'aviez recommandé, que le commandant de la place et de la garnison de Langres serait distrait de vos pleins pouvoirs militaires qui demeurent entiers sur le reste du département et resterait attribué à l'autorité militaire. Je maintiendrai le général Arbellot ou je le remplacerai parle colonel du génie Martin après avis de votre part.
Cette décision n'emporte de ma part aucun blâme comme vous l'avez compris. Elle me semble imposée par l'approche de l'ennemi et, tel que je vous connais, je suis sûr que vous saurez l'adopter et vous y conformer.
Toutefois, vous me demandez si je puis vous offrir un autre poste que celui de Chaumont; j'ose à peine le faire maintenant que votre département est envahi et que Chaumont est menacé. Je sais trop bien quel homme vous êtes pour vous enlever à un poste qui a l'air aujourd'hui plus périlleux que jamais. Cependant je vous dirai que si vous êtes décidé à quitter la Haute-Marne, je vous demande d'aller dans le Midi, à Toulouse, où il y a une lourde charge à prendre, celle du préfet de la Haute-Garonne. Je crois qu'il m'est impossible de vous témoigner plus d'amitié et plus de confiance. Réponse par le télégraphe cette nuit même. Je vous remercie de votre dépêche militaire.
7 novembre 1870. — A préfet. — Je ne pense pas qu'il vous soit possible de quitter la Haute-Marne en ce moment où tant de devoirs vous y retiennent. Mais une fois ces devoir- iccomplis, venez i< i, à Tours. Je me propose d'utiliser auprès de moi ou ailleurs votre détournent et vos capacités. Quant à présent, ce n'est pas a vous qu'il est besoin de recommander l'énergie, la prudence et la pratique de toutes es qualités d'un bon administrateur dans ces temps de crise. Vous le savez, vos pouvoirs administratifs et militaires resteronl entiers dans votre département, sauf en ce qui touche la ville rie Langres el -.1 garnison, qui demeurent soumises, <-ii qualité de place forte, à l'autorité militaire. La proclamation du généra] Arbellol l'ait un trop vigoureux contraste ille des autres militaires en général pour que je ne le maintienne pas à son poste. Je regretterai toujours que
vous et lui n'ayez pu vous mettre d'accord. La défense de la Haute-Marne eût été complète et eût marqué dans cette guerre si terrible. Néanmoins, je tiens à vous le dire, j'ai eu trop souvent des nouvelles de l'activité que vous avez déployée, des efforts efficaces que vous avez faits afin de mettre votre département sur pied, pour ne pas vous tenir au premier rang des préfets de la République. Demeurez au milieu de vos populations aussi longtemps que vous le pourrez et, quand vous ne pourrez plus leur être utile, venez me rejoindre. Le poste de Toulouse a été confié à quelqu'un dès ce matin, tellement il y avait urgence, mais ce n'est pas une affaire finie1. Écrivez-moi.