Commandant en chef de l'armée de l'Est
l'achat des armes, ni à celui de leur fabrication. Rien n'était poussé ni pressé. La fabrication même des capsules nécessaires aux chassepots était nulle. Le temps s'était évidemment passé en discussions intérieures entre l'élément civil et l'élément militaire, ce qu'atteste la démission de Fourichon1, qui remontait au 27 septembre. En somme, on n'avait guère réussi qu'à organiser le 15e corps, sous le nom d'armée de la Loire ; le 16e est à peine en voie de formation.
Cependant la garde nationale est à peu près partout constituée. Elle manifeste une grande ardeur ; mais les chefs manquent et aussi les armes.
L'artillerie de campagne qui donne tant d'avantages aux Prussiens, est d'une insuffisance lamentable. J'ai ordonné des réquisitions par toute la France. La situation est donc fort triste. Néanmoins, il nous revient que l'armée prussienne elle-même est fort incommodée et que, sauf les quartiers généraux, elle souffrirait de la faim. Je fais arrêter toutes les marchandises destinées à leur approvisionnement et qui, par des routes diverses, sont dirigées sur leurs campements. J'ai eu, de source certaine, la preuve que les soldats et les officiers se lamentaient sur la prolongation de la guerre.
Les francs-tireurs, quoique assez mal vus par les populations rurales, rendent de grands services et intimident sérieusement les Prussiens. Les coureurs uhlans notamment sont plus rares. J'ai confiance toutefois qu'avec de la constance et l'arrivée des armes, avec surtout un plan d'action bien arrêté et bien suivi, ce qui a fait défaut jusqu'à ce jour, on pourra, si vous continuez votre résistance, forcer l'ennemi à abandonner une grande partie de ses prétentions.
i. L'amiral Fourichon, nommé ministre de la marine le 4 septembre, avait été chargé de l'intérim du ministère de la guerre à Tours. Démissionnaire le 27 septembre, il avait été remplacé par M. Crémieux.
Les nouvelles de l'extérieur sont de peu d'intérêt et d'ailleurs contradictoires. Nous ne pourrons rien vous mander de sérieux avant l'arrivée de M. Thiers1, qui est attendu avant la fin de la semaine.
Léon Gambetta.
Gambetta à Gouvernement, Paris.
(Expédiée par pigeons et arrivée le 18 octobre.)
Tours, 14 octobre 1870.
Opinion émue d'inertie du gouvernement de Tours. Cela va déjà mieux depuis mon arrivée.
Retour offensif et considérable des Prussiens sur Orléans.
Garibaldi, nommé général en chef des volontaires, part pour Vosges et Paris.
Service des postes désorganisé et très mal fait ; plaintes criantes. Celui de la télégraphie privée et militaire admirable ; nécessité depuis longtemps prévue de réunir dans la main ferme de Steenackers les deux administrations. Nous avons nommé Steenackers directeur général des lignes télégraphiques et des postes2.
Avisez Rampont devenu impuissant et prévenez Picard afin que Steenackers ait tout pouvoir nécessaire.
Recevrez ce décret à première occasion
Gambetta.
1. M. Thiers avait quitté Paris Le 13 ^ptembre avec une mission <lu gouvernement de la I> auprès des grandes puis-
il s'étail rendu successivement â Londres, Vienne, Saint- Florence. Revenu ;i Tours le 21 octobre, il partit j'i pour Paris avec un sauf-conduit.