M. Ernest Picard
3. L'emprunt conclu à Londres, le 24 octobre, par M. Clément Laurier. Cet emprunt de 250 millions à 6 0/0, remboursable en 34 ans, avait été négocié par l'intermédiaire des banquiers Morgan.
cruelles angoisses. Depuis une semaine elles arrivent, mais en nombre fort au-dessous des nécessités de la crise actuelle.
J'ignore qui a pu vous dire que « nos forces sont éparpillées, qu'il n'y a ni cohésion ni ensemble », alors que, depuis un mois, tout a été fait pour réunir en trois groupes toutes les troupes jusque là éparpillées et en formation. C'est dans ces trois groupes qu'on verse, au fur et à mesure de leur organisation, les hommes des dépôts. C'est ainsi que nous avons pu avoir sur la Loire une armée de 120,000 hommes, que nous augmentons semaine à semaine et qui constitue la plus sérieuse de nos ressources. Derrière elle nous formons un 17e, un 18e, un 19e et même un 20e corps, grâce aux officiers évadés de Metz, qui nous arrivent tout enfiévrés de la colère causée par l'abominable trahison de Bazaine.
L'Ouest forme sur place une armée régionale compacte, déjà exercée à la discipline dans un camp improvisé, dontle siège d'opérations est au Mans, qu'elle a réussi à protéger depuis trois semaines. La droite est en communications intimes avec l'armée de la Loire ; la gauche touche le camp retranché de Gonlie, où il y a déjà 30,000 hommes, Kératry ' affirme qu'il y en aura 70,000 avant la fin du mois.
.!«• vous ai fait connaître la situation de la région et des places du Nord, parfaitement munies et placées sous le commandement du général Bourbaki, qu'une impopularité terrible, même dans l'armée, à cause de Bon voyage à Londres, lient toujours en échec. A ec propos je vous ferai remarquer que vous nous l'indiquez comme général en chef : la proposition lui en a
1. I." comte de Kératry avait été nommé, le 22 octobre, général 'If «livi-mn. commandant eo chef les forces mobilisées des cinq départements de Bretagne. Il organise a Conlie, avec le coin M . Carré-Kérisouët, 17 bataillons de ligne, \ compa-
gnies de francs-tireurs <-t 9 batteries d'artillerie.
été faite plusieurs fois ; il manque évidemment de confiance dans les troupes et en lui-môme, et ce n'est qu'à la suite du concours le plus énergique que je lui ai prêté qu'il n'a pas donné sa démission. Les forces qui étaient dans l'Est, et dont je vous ai peint l'état de désorganisation, sont obligées, devant l'avalanche qui descend de Metz, de se retirer sur Lyon, en laissant Garibaldi, à la tête de 1°2,000 hommes, faire la guerre de partisans dans la vallée de la Saône, appuyé sur le Morvan et le Charolais l. Les forces du général Michel (85,000 hommes) rendront Lyon inexpugnable, car ses fortifications, armées de canons de marine sous la direction d'un éminent officier du génie, le général Séré de Rivière, et du général Bressolles, en feront un second Paris. La ville est largement approvisionnée ; les désordres des premiers jours ont disparu, bien qu'ils soient dans les souvenirs de la presse réactionnaire, qui les exploite ; notre préfet y est maître incontesté, et tous les citoyens rivalisent d'ardeur et de concorde pour le salut commun.
Telle est la situation de l'armée dans le présent. Je ne vous entretiens pas de la masse de mobilisés qu'il a fallu créer, équiper, habiller, armer, rassembler et qu'on instruit, ni des gardes sédentaires, auxquels il faut assurer également des munitions et de armes. Outre les forces dont la disponibilité ne pouvait être immédiate, nous avons, sous le coup de l'émotion publique et des nécessités d'une guerre d'extermination, organisé l'appel et la mobilisation, en trois bans successifs, de tous les hommes valides de vingt et un à quarante ans sans autres causes d'exemption que celles résultant des infirmités constatées. Quand les armes ne manqueront plus, ce sera un réservoir de près de deux millions d'hommes, dans lequel on pourra puiser des soldats pendant un laps de temps