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Les revendications de la Russie sur la mer Noire

Gambetta à général Trochu, à Paris.

(Publiée en partie au Journal officiel du 3 décembre.)

Tours, le 30 novembre 1870.

N'ai reçu que ce matin, 5 heures, dépêche du 24 par ballon Deschamps -Robert. Ballon tombé Christiania, en Norvège1. Consul de France a recueilli aéronautes , a télégraphié cette nuit votre dépêche. Notre situation excellente. Sommes gardés à droite et à uauche; centre très fort. Mouvement tournant sur gauche, à la date du 20 novembre, complètement échoué. Prussiens repoussés n'ont pu se maintenir ni à Saint-Calais, Cloyes, ni Châteaudun2. Depuis trois jours, offensive heureuse sur droite. Occupons Montargis3. Voici dépêche portée ce soiràDucrot par cinq messagers (chiffre guerre) :

« Nous faisons tous nos préparatifs pour aller à «votre rencontre avec 120000 hommes, suivis d'un « corps de réserve. Nous nous acheminerons en deux co- « lonnes, l'une parla route dePithiviers*, Malesherbes,

1. C'est le ballon Ville d'Orléans, parti le 2\ novembre, à 11 heures du matin, de la irare du Nord, <i tombé à cent lieues au nord de Christiania, le lendemain à ï heures in du soir, n Un ballon, parti de Paris le 21, avait été chargé '1" noua annoncer La irranue sortie pour le 29. Malheureusement, bien malheureusement, car !'• - »rl 'I" la France en a dépendu, (•«■ ballon qui pou - contraires s'en était aller tomber en Nor-

vège, en sorte que la dépêche mit six jours à parvenir, quatre jours <le plus qu'elle n'aurait dû. » (Frbycinet, (oc. rit., p. 133). — Cf. I-" rapport de M. Léonard Bezier dans le livre de M. Sri. ma< kers sur les Télégraphes et 1rs Postes, p. 817.

i. Chanzt, Deuxième armée de In Loire, livre Ier, Orléans, /■//.

•'>. M évacué par les troupes allemandes le

28 novembre et occupé le lendemain par le général Billot, commandant le i v corps d'arm<

i. D du minière '1" la guerre lui généraux d'Âurelle

i-la-Ruelle. de Sonia a Marchenoir, Crouzat »•( Billot ;, Bellegarde, en date de Tours, 2i novembre, H h. 5 <'t il h du s

« Chapelle-la-Reine, l'autre par la route deBeaune-la- « Rolande, Beaumont, Nemours. Nous comptons être « clans la forêt de Fontainebleau, qui est notre objecte tif, mardi prochain, 6 décembre. Nous occupons « aujourd'hui, 30 novembre, la ligne de Saint-Péravy, « Ghevilly, Ghilleurs, Boiscommun, Bellegarde, Ladon. « Nous infléchissons fortement sur notre droite dans « votre direction.

« Léon Gambetta. »

Nous allons au-devant le cœur rempli d'espoir. Troupe's pleines de confiance et de courage. Avanthier, nos conscrits 18e corps1 ont battu à Beaune-la- Rolande 10e corps prussien, commandé Frédéric- Charles en personne. Envoyez-nous ballon tous les jours. Pour aussi grave affaire, un seul ballon2! Avons risqué tout perdre pour misérable détail. Ravitaillement prêt. Vive la République !

Salut fraternel.

Léon Gambetta.

Gambetta à Jules Favre et à général Trochu, à Paris.

Tours, 3 décembre 1870.

Effet immense de la sortie de Ducrot du 30. Depuis lors, nous ne savons rien. France inquiète. 227,000 hommes et plus de 500 bouches à feu à l'armée de la Loire, dont la droite tient toujours de Ghilleurs à Bellegarde en Loiret et Montargis, occupés par les 20e et 18e corps, sous les ordres de Bourbaki.

1. A la suite des succès remportés à Ladon, Maizières et Beaune-la-Rolande,un décret de la Délégation avait proclamé que le 18e corps avait bien mérité de la patrie.

2. « Il est bien regrettable que pour une nouvelle de cette importance de la sortie du 29, le gouvernement de Paris n'ait pas fait partir plusieurs ballons. L'un d'eux sans doute serait parvenu avec moins de retard et nous aurait évité la précipitation extrême avec laquelle il a fallu agir.» (Freycinet, p. 134.)

Le centre est Arthenay et à Chevilly. La gauche a fléchi de Vatay à Go-ulmiers, sous l'effort formidable du 10° corps de Frédéric-Charles. Arrêt»', notre marche sur Pithiviers et Malesherbes. Attendons des nouvelles de Ducrot. Avons immenses forces devant nous : Frédéric-Charles, duc de Mecklembourg et de Thann, en tout 200,000 hommes.

Ai envoyé régulièrement dépêches tous les deux jours. Esprit politique excellent. Si nous faisons la jonction, tout est sauvé.

Léon Gambetta.

P. S. Voici ma dépêche du 301, que j'avais envoyée à Ducrot par cinq messagers. — L. G.

Gambetta à Jules Favre, à Paris.

Tours, 3 décembre 1870.

Je suis extrêmement surpris des plaintes dont j'ai trouvé l'expression dans vos dernières dépêches, arrivées par les ballons tombés à Belle-Isle-en-Mer et à Savenay, en Bretagne, le 1er et le 2 décembre. Je ne m'explique point ces reproches amers, car j'ai la conscience parfaitement tranquille, ayant toujours rempli mes devoirs envers vous et envers Paris avec la plus exacte diligence.

Du rrau 30 novembre, je vous ai adressé quinze dépêches officielles. Sur ces quinze dépêches, il paraîtrait que vous n'en avez reçu ({ne six. En me reportant aux divers accusés de réception qui me sont parvenus, j'ai eu la satisfaction de découvrir que toutes les dépêches contenant des communications militaires sont exactement arrivées à destination. Celles, au contraire, ou je me livrais à un examen complet et détaillé des

i. Do a lu plus haut cette dépêche, pagei 163-164.

diverses questions de politique intérieure ou étrangère qui importent à l'avenir de la République, sont arrivées moins exactement. Je le regrette, à coup sûr, mais ma préoccupation serait tout autre s'il s'agissait de mes communications militaires, auxquelles, comme il convient, j'attache un prix infiniment plus grand, dans les circonstances où nous sommes. J'ai lieu de croire aussi que les communications de M. le délégué des finances ne sont point parvenues. Gomme elles se rapportaient à la question de l'emprunt, qui vous a si fort émus, j'aurais désiré particulièrement que la dépêche contenant le rapport de M. le délégué des finances ne s'égarât point. Elle s'est égarée, mais elle n'est pas perdue et se retrouvera bien quelque jour. Je prends le parti de faire réunir toutes les dépêches officielles envoyées jusqu'à ce jour, de les faire composer et photographier d'après le nouveau procédé que vous nous avez indiqué vous-mêmes; vous les recevrez ainsi par tous les pigeons qui seront envoyés. Il est à croire qu'à la fin nous arriverons à nous bien entendre, lorsque nous serons tous mutuellement éclairés sur nos opinions et nos vues respectives.

Pour entrer dans le détail des dépêches de ces derniers temps, voici ce que j'ai à vous dire :

Le 23 novembre, j'ai envoyé une dépêche que vous avez reçue, puisque le général Trochu m'en a accusé réception par sa dépêche du 24, qui ne m'est parvenue que le 30 au matin, venant de Christiania. Dans cette dépêche, je donnais les indications les plus précises sur notre situation militaire.

Le 29 novembre, je rédigeais une complète et longue dépêche, partie le 27 novembre, qui vous a été envoyée à la fois par pigeons et par messagers. J'ose dire qu'il est impossible de dresser un inventaire plus fidèle. Je vous l'ai fait réexpédier par pigeons; je vous la ferai renvoyer encore si je m'aperçois que vous ne

l'avez pas reçue. Elle est trop importante à mes yeux pour que je néglige cette précaution.

Le 30 novembre, j'ai adressé au général Trochu une dépêche militaire sur nos efforts combinés, et je l'ai communiquée, par cinq messagers, au général Ducrot, que je croyais en marche vers nous, suivant le plan indiqué dans la dépêche de Christiania. Je vous ai fait répéter hier l'envoi de cette dépêche à Ducrot, à seule fin de vous bien instruire des mouvements auquels j'avais songé pour vous rejoindre le plus rapidement possible.

Vous voyez, par ce triple exemple, qu'il m'est impossible de nVexpliquer les plaintes contenues dans votre dépêche qui va du 29 novembre au 30 à cinq heures du matin 3 décembre à midi, et dans laquelle je lis avec 1(3 plus profond étonnement que vous n'avez rien reçu de moi. A plusieurs reprises, je vous l'ai dit et redit : du côté des communications, je fais tout ce ce que je peux. J'ai multiplié les envois par pigeons, mode de correspondance essentiellement aléatoire, mais dont j'ai usé dans la plus large mesure ; j'ai multiplié les envois de messagers. Est-ce ma faute à moi si, pour arriver jusqu'à vous, j'ai à lutter à la fois contre 1rs hommes et contre la nature? Je ne suis le maître ni des sentinelles prussiennes, ni du vol des oiseaux, ni des caprices de l'atmosphère. Encore une fois, j'ai rempli mon devoir. Ma tâche a été d'ailleurs singulièrement facilitée par le zèle, l'intelligence, le dévouement sans bornes de M. Steenackers , directeur général des télégraphes et des p'.sir.. qui sVst appliqué au sci vice de transmission des correspondances avec une ardeur passionnée qu'il est de mon devoir d'honorer ici comme un grand acte de patriotisme. Puisque l'histoire est mise en demeure de nous jnurcr, non- attendons -ou jugement avec une parfaite confiance. 11 n'en est peut-être pas ainsi de toul le monde; car, sans examiner les «huses de trop près, il y aurait

beaucoup à dire sur les diverses communications qui me sont parvenues depuis que je suis à Tours. J'attends encore une lettre, une dépêche, un télégramme contenant un avis ou un conseil. Je vous ai plusieurs fois exprimé ma manière de voir sur la bonne question des affaires de la République : j'en suis encore à connaître votre opinion.

Vous réclamez des nouvelles avec une insistance que je m'explique trop bien, hélas! par votre situation de prisonniers. Mais prenez-vous bien toutes les précautions nécessaires pour en avoir? Tantôt vous laissez partir les ballons sans pigeons, comme cela est arrivé plusieurs fois ; tantôt vous confiez les pigeons à des personnes étrangères à l'administration, comme M. de Saint-Valry, qui les garde en Belgique, ou comme d'autres gens, qui s'en servent pour leurs correspondances privées, ou qui les lâchent avant d'être arrivés à Tours, ou qui les perdent dans leurs voyages. Que de fois ne vous ai-je pas dit que le service des pigeons est aujourd'hui le premier service de l'Etat! Vous avez pris une délibération en conseil pour me recommander certaines prescriptions à l'endroit de ces précieux messagers. J'aurais mieux compris que, pour me faciliter l'accomplissement de ma tâche, vous m'eussiez adressé soixante à quatre-vingts pigeons au lieu de neuf, envoyés par trois ballons, qui me sont annoncés et qui ne me sont pas parvenus encore à l'heure qu'il est.

Mais c'est assez de ces plaintes mutuelles. L'heure est solennelle, et l'émotion du pays est extrême. La nouvelle de la bataille de Paris a excité partout des espérances à la réalisation desquelles le salut de la France est attaché. Hier, pendant ce funèbre anniversaire du c2 décembre, tout le pays était dans la joie : aujourd'hui il est dans la plus cruelle anxiété, car nous n'avons aucune nouvelle des mouvements militaires qui ont pu avoir lieu ultérieurement sous Paris,

depuis le 30 au soir. Nous tremblons tous que vos héroïques efforts n'aient échoué devant la masse de nos ennemis. Quant à nous, nous avons en face de nous 200 000 hommes, commandés par Frédéric- Charles. Je vous traduis ici la dépêche partie hier à l'adresse du général Trochu. Mais nous nous affer missons dans nos positions, et nous espérons bien repousser victorieusement le formidable assaut qui nous menace, apprendre que vous avez fini par percer et vous amener ce ravitaillement qui est déjà chargé sur des wagons derrière notre armée, indépendamment de celui qui a été préparé par les soins de MM. Cézanne et Barthélémy, au Havre et à Cherbourg. Les vallées de l'Eure, de la Sarthe, du Loir sont débarrassées des Prussiens. On les tient encore à Autun. Dans le Nord, ils ont levé le siège de Montmédy et de Mézières, et jusqu'ici ils n'ont pu dépasser Amiens1. Je n'ai, d'ailleurs, rien à changer aux indications militaires de ma grande dépêche du 26 novembre qui vous a déjà été envoyée trois fois, sinon que, malgré l'occupation de Dijon, nous communiquons avec Langrcs et Belfort.

De grâce, faites partir au moins un ballon par jour avec pigeons!

Salut fraternel.

Léon Gambetta.

Gambetta à général Trochu, à Paris.

Tours, le 5 décembre 1870.

Vnsdépôchos nous sont parvenues. Elles ont provoqué une profonde admiration pour la grandeur et

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