L. Gambetta
Boueges, 12 décembre 1870, 8 b. 56 soir. — Guerre à Freycinet, Bordeaux. — J<1 vous remercie de vos dépêches dù je trouve la preuve de votre inépuisable activité. J'approuve toutes vos mesures, mais il faut agir tout d'abord avec prudence H expérimenter la chose sur une première échelle par voir de tierceincnl ou par régiment, chaque bataillon
]. Voir p. 27:i la dépêche du 13 décembre, il h. :>7 «lu soir.
ayant une origine distincte. Je n'ai rien engagé sur l'opération de l'Est; c'était une simple indication pour vous1. Je laisse se prononcer le mouvement sur Vierzon, mais je l'arrêterai là, car les 15e, 18e et 20e corps sont en véritable dissolution2; c'est encore ce que j'ai vu de plus triste. Je suis obligé de prendre les choses à la base, j'en aurai pour quelque temps mais je ne quitterai pas sans avoir réglé la situation. J'ai reçu ce soir le général Clinchant, j'attends demain matin Billot et je vais 1e mettre en demeure. Envoyez Moniteur à Jauréguiberry.
Les renseignements que je reçois me prouvent que les forces de Frédéric sont dirigées en grande partie sur Ghanzy. Il a changé sa base d'opération fort à propos. Ah ! quel brave général ! Activez Cherbourg, continuez à servir Bressolles et comptez sur moi.
Bourges, 12 décembre. — Ministre Guerre à freycinet, Bordeaux. — Je vous autorise à procéder aux nominations proposées par Gent. Faites-le immédiatement et avisez-le par le télégraphe3.
Bourges, 12 décembre. — A M. de Freycinet, délégué de la Guerre à Bordeaux. — Donnez-moi des explications sur la mesure prise à l'égard du colonel Deshorties 4. Suspendez jusqu'à réponse.
1. Réponse au télégramme n° 5364 de M. de Freycinet Bordeaux, 11 décembre 1870, 9 h. 30 matin.
2. Cf. Dépèche de Chanzy à Bourbaki, Taley, 11 décembre 1870. « Le mouvement qu'il est possible et indispensable de faire pour rétablir, coûte que coûte, notre situation, est le suivant : marcher de Bourges sur Vierzon, pousser le gros de la première armée par Romorantin sur Blois ; prendre position entre la Loire et le Cher pour intercepter les communications de l'ennemi entre Orléans et son armée engagée sur Tours , de façon à couper cette dernière de sa base d'opération. » — « Le ministre répondit que la première armée, qui se constituait, n'était point encore en état d'entreprendre une opération importante. » (Chanzy, loc.cit., p. 15.)
3. Nominations des colonels Quinquandon et Lafay pour commandement supérieur et instruction « d'un camp à construire ». (Dépêche du 11 décembre.)
4. « Je regrette, répondit M. de Freycinet (Bordeaux, 13 décembre, 4 h. 20 soir) , que le déplacement de M. Deshorties ait
Bourges, 12 décembre. — Ministre Intérieur à directeur des télégraphes Bordeaux. — J'ai commencé à voir les choses de près ici. Il y a beaucoup à faire, mais les éléments existent. C'est un travail de réorganisation complet. La situation n'est pas mauvaise, mais le temps est gris, triste, glacial et mauvais pour des recrues. Envoyez-moi exaeteuit'iit toutes nos dépêches utiles. Dites à Crémieux que j'ai reçu sa dépêche dont je le remercie. Dites-nous si l'on sait quelque chose de Paris.
Bourges, 12 décembre 1870. — Ministre intérieur à M. Banc, directeur sûreté générale à Poitiers. Bureau restant. — Ma journée s'est passée en enquêtes et en demandes de renseignements; nous verrons à statuer demain. Il y a beaucoup à faire ici. Je vous assure que je pensais bien avoir à travailler, mais pas autant. Tout Frédéric-Charles parait s'être jeté sur ce brave Chanzy. Son mouvement s'est effectué juste à point. N'avez-vous rien entendu dire de Paris? Il doit s'y être passé quelque chose, si l'on en juge d'après les mouvements de l'ennemi.
Bourges, 12 décembre 1870. — A directeur sûreté générale, Poitiers. Bureau central. — Je suis arrivé à Bourges ce matin à 6 heures. J'ai commencé à voir les choses de près i« i. Il y a beaucoup à faire, mais les éléments existent. In mouvement a été ordonné sur Vierzon; mais ce qui est utile avant tout, c'est un travail de réorganisation complète qui me retiendra ici quelques jours, pendant lesquels vous pourrez venir me rejoindre. ,
Prévenez-moi en m'écrivant par le télégraphe.
Bourges, 13 décembre 1870. — Ministre intérieur ci direc- /> ur d> la sûreté générale, a Poitiers. — Je pars pour le quartier général de Billot, je reviendrai ce soir à 7 heures. Ici tout [tarait aller un peu mieux, le temps est meilleur et le mural des troupes semble se refaire. A demain ma résolution définitive à Bourges.
fnit naître un nuage dana votre esprit. Tous les jours je déplace iratli -m- vous en référer; il ne m'es) pas venu à L'esprit <l<- faire exception pour ce lieutenant-colonel, d'autanl plus que jusqu'ici roua ne m'.ivez paru attacher à cet officier quune médiocre importance et j'ajoute celle qu'il a réellement. »
Bourges, 13 décembre 1870, 10 h. 30. — Gambetta à Freycinet. Bordeaux. — Je vais aller voir Billot à son quartier général. Faites passer vos mobilisés à Chanzy ou ailleurs, mais non à la deuxième armée de la Loire. Je suis débordé par les détails de l'enquête. Je me résumerai ce soir. En ce qui touche le camp de Conlie et les réclamations de Kératry, maintenez fermement Marivault à la tête. Pressez l'enquête, qu'on rne dise où on en est, et réorganisez-moi tout cela sur un fort pied. J'ai appris qu'on avait ajourné le camp de Nevers, pour cause de voisinage de l'ennemi. C'est une faute, il fallait le mettre au sud de Nevers, entre l'Allier et la Loire. Prenez note de ceci et agissez1.
Il faut s'occuper de réorganiser au point de vue de l'habillement les 15e et 18e corps. Faites fournir des chaussures et culottes. Friand est ici. Tout doit aller vite.
Bourges, 13 décembre 1870, 11 h. 30. — Intérieur et Guerre à délégué Freycinet, Bordeaux. — Vous m'avez adressé une dépêche du Havre à laquelle vous me demandez de faire réponse directe. Je m'en acquitterais bien volontiers si, connaissant le chiffre exact des troupes du Havre, placées sous le commandement de Briand, je pouvais apprécier la mesure qui leur enlève quatre mille hommes. Adressez-moi le relevé complet et je répondrai. J'approuve votre détermination d'avoir laissé provisoirement ces quatre mille hommes au Havre, où il doit y avoir une certaine elfervescence.
Le préfet du Calvados 2 m'écrit des dépêches bien éloquentes. Je n'y veux pas répondre. Mais si vous le jugez à propos, faites-lui donc connaître l'intérêt suprême qu'il y a pour nous à garantir la ligne de Carentan, et calmez son appréhension par quelques bonnes paroles.
Il paraît que de Nevers on a demandé à Toulon des fusées appartenant à la marine, par votre intermédiaire ; on me prie de vous rappeler cette demande et d'insister pour qu'il y soit donné suite.
1. Freycinet, loc. cit., p. 216 : « La position de Clamecy jouait Un peu le même rôle (qu'Autun) de boulevard de notre territoire. »