‹ Dépêches inédites du chevalier de Gentz aux hospodars de Valachie pour servir à l'histoire de la politique européenneChapitre 25 sur 26 · DÉPÊCHES INÉDITES : 1819. A · texte numérisé non relu

DÉPÊCHES INÉDITES : 1819. A

pays étran[jers et même chez lui, il a défendu sa cause avec beaucoup de supériorité. II a dit qu'avec ses intentions loyales et pacifiques, il ne craijjnait pas d'avancer « que de nos jours, le seul moyen de maintenir l'ordre établi, et d'imposer à ceux qui ne songeaient qu'à le détruire, était une armée respectable et toujours prête à a[;ir; que ce principe, il le soutenait pour les autres autant que pour lui-même ; que c'était là le grand motif qui le déterminait à conserver et à perfectionuoi" son système militaire ; qu'il viendrait peut-être un temps où tout le monde reconnaîtrait le service essentiel que, par là, il croyait rendre à l'Europe; que d'ailleurs il était bien sûr que l'Empereur d'Autriche ne lui ferait jamais un reproche à cet égard, puisque ce souverain savait parfaitement bien que l'armée russe serait à sa disposition aussitôt qu'il croirait en avoir besoin " .

On a longteuips regardé en Europe l'Empereur Alexandre comme le protecteur le plus puissant de ce qu(î 1 on a|)pelle les iflces libérales. Il a certainement mérité ce titre tant qu'il était honorablede le porter; mais depuis que, par l'abus cruel que le parti révolutionnaire n'a cessé de faire de tout ce qu'il y avait de noble et de généreux dans les sentiments politiques, les idées libérales sont devenues synonymes de licence, de

révolte, de tous les désordres qui sapent les fondements de la société, un prince aussi éclairé que l'Empereur ne pouvait plus leur prêter son appui. I.e clianfjement qui s'était opéré à cet égard dans sa façon de penser avait déjà frappé tous ceux qui eurent l'honneur de l'entendre parler à Aix-la- Chapelle. L'expérience du monde, et l'attachement profond de l'Empereur pour les idées morales et religieuses, l'ont entièrement consolidé. Voici ce qu'il vient de dire à M. de Lebzeltern : « Je désire le bonheur de mes sujets, mais je ne veux pas être la dupe de mes propres bienfaits. Comme homme, je voudrais rendre tout le monde heureux et content ; comme souverain, j'ai en outre le devoir de maintenir rigoureusement l'ordre et la discipline sans lesquels aucun bien durable, et la société ellemême, ne sauraient exister. Chacun doit exercer les droits qui lui appartiennent , mais chacun aussi doit obéir. A côté de chaque concession il faut placer une mesure répressive pour empêcher l'abus ; voilà comme je gouverne ce pays; vous voyez ce que j'ai su en faire. " ...

M. de Lebzeltern a transmis en même temps une réponse de l'Empereur Alexandre à la lettre que lui avait adressée l'Empereur d'Autriche. Au milieu des plus vives protestations d'amitié et d'attache-

ment invariable , elle contient quelques passages qui méritent d'être cités textuellement.

En remerciant l'Empereur des communications relatives aux affaires d'Allemagne, il dit que « malgré sa résolution de ne point intervenir dans des questions de gouvernement intérieur des autres Etats, il secondera avec zèle, et par tous les moyens à sa disposition , les intentions salutaires de r Autriche ». Il ajoute : " Désirant contribuer pour ma part au succès de ces grandes mesures, je donnerai, dès mon retour à Saint-Pétersbourg, à mes ministres en Allemagne, des instractions qui obtiendront, je n'en doute pas, le suffrage de V^otre Majesté. Elle y retrouvera sn pensée, qui est et sera toujours la m/enne, et à laquelle nous pouvons d'autant plus nous confier qu'elle n'est point le fruit de vaines abstractions , mais de ces préceptes éternels qui nous ont dicté l'acte du 26 septembre 1815 » (la Sainte-Alliance).

La même idée se reproduit dans ce qu'il dit de la Quadruple-Alliance. — u D'accord sur les grands principes politiques , les cabinets qui forment cette union ne seront jamais embarrassés d'aucime question de détail ; la bonne foi et la bonne volonté qui régnent entre eux, et le désir commuu d'assurer une longue paix à l'Europe , aplaniront toutes les difficultés. La stabilité de ce pacte ne lient pas au

hasard OU aux fantaisies des hommes; elle est tout entière dans le principe qui nous a guidé, celui de soumettre notre volonté aux lois de la raison et de la volonté suprême. »

Cette lettre mémorable finit par de tendres assurances d'un attachement personnel assez profond pour résister et pour survivre à tous les événements.

ÏjCs entretiens de INI. de Lebzeltern avec M. le comte Capo d'Istria ne pouvaient pas, par plusieurs raisons, lui offrir le même intérêt que les discours animés de l'Empereur. La position du comte Capo d'Istria était gênante. L'Empereur l'avait reçu ' avec une bonté extrême; mais il n'avait pas pu lui parler encore d'aucune affaire politique. Le comte avoua à M. de Lebzeltern dans la première conversation que depuis huit mois il ne savait que par ouï-dire ce qui s'était passé à Pétersbourg, et que, l'Empereur n'ayant pas apporté un seul papier à Varsovie, il se sentait tellement désorienté qu'il n'avait presque pas le courage de traiter une question politique. La longue absence ne paraissait pas avoir elfacé ces nuances d'opinion, par lesquelles son système différait de celui de l'Empereur; il nourrissait toujours ses anciens doutes sur les avantages de la Quadruple-Alliance, semblait juger l'état de

' Après un Iomj; congé.

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la France à un point de vue bien moins délavorablo que l'Empereur ou le général Pozzo ; et quant aux affaires d'Allemagne, comme il ne les connaissait que par les notions très-imparfaites, et même incorrectes, qu'il avait recueillies à Copenhague, elles ne lui inspiraient d'abord que des inquiétudes. Mais après avoir vu plusieurs fois l'Empereur, après avoir appris dans quel sens et sur quel ton ce souverain s était expliqué avec le ministre d'Autriche , M. de Capo d'istria reprit son assiette et donna à M. de Lebzeltern toute la satisfaction que celui-ci pouvait désirer. Il le pria de ne pas attacher trop de poids à ses opinions personnelles par rapport au système actuel de l'Europe ; la volonté de l'Empereur de rester ferme dans la Quadruple-Alliance lui était suffisamment connue et serait la loi invariable de ses combinaisons et de ses démarches. Si ses idées sur la France ne coïncidaient pas entièrement avec celles de l'Empereur, il était loin cependant de croire qu'il n'y avait aucun danger de ce côté et Irèspersuadé de la nécessité de surveiller avec une attention suivie, mais sans aucune tentative d'intervention directe , ce qui se passait dans cette région orageuse. — Quant aux affaires de l'Allemagne, il les regardait comme la question la plus importante et la plus difficile qu'il eût encore rcn-

contrée dans sa carrière politique ; qu'il était incapable de s'en former un jugement sans avoir profondément médité les pièces qu'il ne connaissait que depuis la veille ; qu'il lui fallait pour cela quatre semaines; qu'il croyait M. de Lehzeltern trop juste pour ne pas se contenter pour le moment de ce que 1 Emjiereur lui-même lui avait dit et de ce qu'il écrivait à l'Kmpereur d'Autriche à ce sujet; que tout le reste devait être ajourné jusqu'à leur retour à Saint-Pétersbourg.

M. de Capo d'Istria a adre>sé toutefois à M. le prince Metternich une lettre ministérielle par laquelle il le félicite, dans les termes les plus obligeants, du grand rôle qu'il a joué dans cette occasion , se réservant de diriger toute l'attention du cabinet de Russie sur des objets aussi étroitement liés à la tranquillité générale et aux premiers intérêts de l'Europe

Vienne, 16 novembre 1819.

L Empereur de Russie est incontestablement un des premiers hommes de son siècle, et un des plus

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grands souverains qui aient paru dans l'histoire moderne. J'ai eu, pour étudier son caractère, ses principes, ses sublimes qualités, — ainsi que ses côtés faibles (car quel homme n'en présenterait pas?), — des moyens et des sources qui se trouvent rarement à la disposition d'un étranger.

L'observation que j'ai à faire aujourd liui ne regarde pas la personne de ce souverain, mais la manière dont il est servi par le plus grand nombre, pour ne pas dire par la totalité de ceux qu'il emploie dans les pays étrangers.

J'ai connu tous les diplomates russes qui depuis vingt ans ont joué un rôle quelconque en Europe. J'en ai connu plusieurs très-intimement; j'ai trouvé parmi eux, comme de raison, des individus d'un mérite éminent, des hommes médiocres, et bien d'autres au-dessous de la médiocrité. Mais ce qui m'a constamment frappé, c'est une (illihide d'indépendance, que les ministres et agents russes soutiennent également partout , dans leurs opinions, dans leur langage, et bien souvent dans leur marche , relativement même aux affaires les plus importantes, attitude que je regarde comme un singulier phénomène dans un Gouvernement absolu , et surtout sous un souverain d'une supériorité personnelle telle que celle de l'Empereur Alexandre. Chaque ministre de Russie en Europe

semble avoir sa façon de pensera lai, son lanj^aj^je à lui ; si vous avez les moyens (comme je les ai souvent) de rapprocher ce que tel diplomate russe a dit par exemple à Ijondres avec ce que tel autre a dit à Paris, à INIadrid, à Berlin, à Constantinople, vous vous étonnez sans cesse , non pas de quelques nuances plus ou moins légères , mais d une opposition diamétrale entre les propos de l'un et ceux de l'autre. Vous y trouverez, dans une seule et même époque, les plus inconcevables disparates, — paix, guerre , alliance , contre-alliance , philanthropie, despotisme, — associés de la manière la plus bizarre ; et je défie celui qui est à même de connaître ces versions contradictoires de jamais en tirer un ensemble ou une notion instructive quelconque sur les véritables dispositions du cabinet de Russie.

Ce fait , suffisamment avéré , nous offre deux leçons intéressantes. La première, qu'il ne faut jamais attacher trop d'importance à ce que les agents de Russie aux Cours étrangères , même les accrédités, disent ou avancent, soit en bien, soit en mal ; qu'on a très-souvent tort de s'inquiéter d'un discours menaçant , et très-souvent aussi de s'endormir sur des paroles calmantes. La seconde, et la plus essentielle, que, pour connaître et jnger ce que la Russie pense, veut, médite, prépare

dans telle ou telle époque particulière, il faut puiser à la source la plus élevée, il faut savoir comment les affaires sont envisajjées et traitées au cabinet de l'Empereur, et autant que possible , — puisqu'on peut encore se tromper quelquefois en

l'ormant une opinion sur les pièces du cabinet,

comment iEmpereiir les envisage en personne. Cela n'est pas toujours facile , je le sais bien ; et c'est peut-être une des raisons de l'extrême divergence que nous voyons dans les procédés des différents employés de la Russie ; ils sont presque tous beaucoup plus étrangers qu'on ne le croit aux secrets de leur Cour. Mais enfin, ce n'est qu'à cette condition que l'on peut et doit entreprendre de former des opinions sur la marche de la Cour de Saint-Pétersbourg; et lorsque de pareilles données manquent (et il est tout simple qu'on ne les obtient pas aussi facilement qu'on les désirerai! ), le parti le plus sage est de suspendre son jugement, et d'attendre les 5eii/5 éclaircissements auxquels on puisse se fier. D'un autre côté, lorsqu'on est une fois en possession de ces données directes, il faut fermer l'oreille contre tout ce que les individus, quelque instruits qu'ils prétendent être, vous disent dans un sens contraire, s'en tenir constamment au point central, et ne regarder le reste que comme des commérages diplomatiques.

Une longue expérience m'a convaincu qu il n'y a que cette méthode à suivre , pour établir une opinion solide sur la politique russe

Vienne, 2 déceml)re 1819.

r.es plénipotentiaires des États de rAllema{];ne envoyés à Vienne d'après les enfjagements pris à Carlsbad se sont réunis pour la première fois le 25 novembre, chez M. le prince Metternich. Ils sont convenus des formes dans lesquelles on tiendra les conférences ' et traitera les affaires. Le prince Metternich a accepté la présidence de l'assemblée. On m'a fait l'honneur de m'appeler par acclamation à la rédaction du protocole principal.

L'opinion vuljj^aire fait envisa(];cr ce conjjrès comme une commission d'enquête ou comme un tribunal secret pour comprimer l'esprit turbulent

• Friedrich Weech, Correspondenzen und Aktenstiicke zur Geschichte dcr Ministercotiferemen von Carlsbad iind Wien, Leipzig,

manifesté clans plusieurs parties de rAllemagne. Cette idée est entièrement fausse

Le grand objet des conférences de Vienne est d'affermir le système fédératif de l'Allemarfue. L'acte qui a fondé ce système est imparfait à plus d'un point de vue; c'est ici qu'il doit recevoir tout ce qui lui manquait

Les dispositions annoncées jusqu ici par tous les plénipotentiaires sont non-seulement bonnes, mais beaucoup meilleures que nous avions pu le présumer. La très-grande majorité des Gouvernements, la Prusse , la Saxe, le Hanovre, le Roi de Danemark, le grand-duc de Bade, l'électeur et le grand-duc de Hesse , et tous les petits Etats sans exception, sont attachés de cœur et d'âme à l'Autriche et remplis de confiance pour ses conseils. L'opposition que nous avons crainte un moment du côté de la Bavière, depuis que le crédit du comte Rechberg ' a paru ébranlé par une faction hostile, ne s'est encore montrée dans aucune question. Le Roi de Wurtemberg est la seule dissonance réelle dans cette harmonie générale, mais M. de Metternich, en grand capitaine, a pris le pai ti de fermer les yeux sur les mouvements peu redoutables d'un aussi faible ennemi, sauf à lui apprendre sa lecou

• Chef du cabinet de Miinicli.

lorsque les grandes affaires seront réglées. Tous les mécontents de T Allemagne regardent ce Roi de Wurtemberg comme leur chef et se flattent toujours qu'un beau matin l'Empereur de Russie se déclarera hautement en sa faveur, he Roi de Wurtemberg a trop d'esprit pour donner dans des illusions aussi absurdes. Il ne se méprend pas sur la position dans laquelle sa mauvaise tête l'a jeté, et saisira avec empressement le premier expédient honorable qu'on lui offrira pour en sortir.

Aucun cabinet étranger n'a encore fait la moindre démonstration pour se mêler des affaires d'Allemagne. C'est une chose bien remarquable que l'absence totale de toute action, de toute influence étrangère dans une assemblée où se traitent pourtant d'assez grands intérêts. C'est un des premiers fruits de cette attitude imposante que les souverains allemands doivent aux résultats des conférences de Carlsbad. Je ne me suis pas trompé en les regardant comme un des grands événements de l'histoire moderne. L'Allemagne s'en ressent et l'Europe entière en a été saisie. Cette " contre- révolution diplomatique ", comme un homme d'Etat de beaucoup d'esprit a appelé l'impulsion que Carlsbad a donnée à toute la politique européenne, étendra ses effets bien loin; et si le congrès actuel parvient à réorganiser l'Allemagne, un aussi grand succès

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fixera bientôt toutes les incertitudes et réunira toutes les opinions sur les causes qui ont seules pu le rendre possible.

Vienne, 17 décembre 1819.

J'ai les raisons les plus puissantes pour être convaincu que le langage que l'Empereur a tenu à Varsovie à M. de Lebzeltern sur le résultat des conférences de Carlsbad était l'expression sincère de son opinion, et je sais très-positivement qu'il a persisté dans cette opinion et que rien n'indique qu'il serait disposé à la changer. Non-seulement M. de Lebzeltern lui-même en a acquis la certitude depuis qu'il est à Saint-Pétersbourg, mais 1 Empereur ne s'est donné aucun démenti dans les conversations qu'il a eues avec d'autres personnes du corps diplomatique. Il a parlé dans le même sens, et presque dans les mêmes termes , au général Schôler, ministre de Prusse, au baron de Blome, ministre de Danemark (avec lequel il a même eu un entretien très-confidentiel), au clievaiier de IJray, minisire de Bavière (peu suspect de partialité pour

les résolutions de Carlsbad, et qui n'aurait pas manqué de mander tout le contraire à sa Cour, s'il avait pu s'écarter de la vérité), enfin à tous ceux qui ont été dans le cas de l'approcher. Au surplus, il n'existe pas une pièce officielle dans toute l'Europe qui donne lieu à croire que tels n'aient pas constamment été ses véritables dispositions.

Mais de l'autre côté, il est malheureusement vrai — je dis malheureusement, non pas pour l'Allemagne ou pour l'Europe, mais pour ceux qui sont particulièrement attachés à M. le comte Capo d'Istria — que ce ministre a sur les affaires d'Allemagne des opinions très-différentes , et sous plusieurs rapports entièrement opposées à celles de l'Empereur. Je ne veux pas examiner les causes de cette divergence. Je crois que M. de Capod'lstria connaît peu la situation de l'Allemagne , et qu'il a mal saisi et mal compris ce qui s'y est passé depuis l'été dernier. Le fait est toujours qu'il ne voit que des objections, des compUcations , des dangers dans les mesures que l'Autriche et la Prusse ont proposées et proposeront encore, et qu'il paraît s'attendre à je ne sais quels bouleversements. Il a parlé dans ce sens, non-seulement à M. de Lebzeltern, mais à tous ceux qu'il a vus dans ces derniers temps. Il a cependant été assez sage et assez loyal pour suspendre son jugement, et n'a fait aucune

communication à ce sujet à aucun des ministres de Russie depuis qu'il est de retour à Saint-Pétersbourg. J'ai de plus la conviction intime qu'il reviendra de ses premières impressions; je sais que des éclaircissements lui arriveront de toutes parts, et lorsqu'il connaîtra surtout les résultats des conférences de Vienne, il est absolument impossible que les aperçus qu'il avait formés sur des éléments radicalement faux ne soient pas rectifiés par la force de la vérité et par l'évidence des événementsj

En attendant, il est possible que sa manière de voir ait donné à l'Empereur lui-même des inquiétudes momentanées sur ce qui pourrait arriver en Allemagne. Mais il est très-certain qu'il n'a opéré aucun changement dans les principes fondamentaux d'après lesquels l'Empereur a jugé cette affaire.

Dans cette singulière opposition entre l'Empereur et son secrétaire d'État, je ne suis point surpris de quelques contradictions apparentes qui se trouvent dans la manière de s'expliquer des ministres de Russie auprès des Cours étrangères.

Tous ceux qui s'en tiennent à ce qu'ils savent de plus ou moins authentique sur les intentions de l'Empereur, nommément M. le comte Goloffkin à Vienne, M. d'Alopeus à Berlin, M. le général Pozzo à Paris, M. de Lieven à liOudres, M. d'Ita-

linsky à Naples, n'ont cessé de tenir le langage auqnel nons devions nous attendre d'après les premières ouvertures de Varsovie, c'est-à-dire i< que l'Empereur approuvait le but et les principes des conférences de Carlsbad et des résolutions de Francfort; qu'il faisait des vœux pour le succès des mesures qu'on avait adoptées; mais que, considérant ces mesures comme étant du ressort exclusif des Puissances allemandes, il n'y interviendrait dans aucun sens » .

En revanche, quelques autres diplomates, soit parce qu'ils se sont flattés que les opinions de M. de Capo d'Islria l'emporteraient à la fin sur celles de l'Empereur, soit par suite de raisons particulières et locales, se sont plus ou moins prononcés dans le sens de l'opposition populaire. Dans cette catégorie se trouvent M. d Anstedt à Francfort (qui cependant, d'après les dernières nouvelles, se serait rétracté sur son premier langage), M. le comte Pahlen à Munich, et surtout le prince Koselowsky à Stuttgard. Ce dernier a rendu au Roi de Wurtemberg le funeste service de le confirmer dans quelques-unes de ses idées extravagantes, en lui faisant espérer la protection de l'Empereur. Il est inconcevable que le Roi, qui a beaucoup plus d'esprit que le prince Koselov\^sky, ait pu donner un instant dans ce piège, j)uisqu'il est prouvé aujourd'hui, à

n en pouvoir douter, que l'Empereur, loin d'exhorter le Roi de Wurtemberg à poursuivre des projets d'opposition, lui a sérieusement et sévèrement reproché l'inconséquence et la légèreté de sa conduite, et qu'il n'a jamais dit un mot qui ait pu faire croire qu'il assisterait ce souverain dans aucun de ses travers.

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