‹ Dépit amoureuxChapitre 27 sur 43 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ASCAGNE, FROSINE

FROSINE

'Auanture est fâcheuse.

ASCAGNE

Ahl ma chère Frosine, Le sort absolument a conclu ma ruine :

Cette affaire venuô au point où la voila N'est pas assurément pour en demeurer-là ; Il faut qu'elle passe outre; et Lucile, et Valere, Surpris des nouueautez d'vn semblable mistere Voudront chercher vn iour dans ces obscuritez, Par qui tous mes proiets se verront auortez.

Car, enfin, soit qu'Albert ait part au stratagème. Ou qu^auec tout le monde on Tait trompé luy-même; S'il arriue vne fois que mon sort éclaircy Mette ailleurs tout le bien dont le sien a grossi, lugez s'il aura lieu de souffrir ma présence : Son interest détruit me laisse à ma naissance; C'est fait de sa tendresse, et, quelque sentiment Ou pour ma fourbe alors put estre mon amant, Voudra-t'il auouér pour espouse vne fille - QjLi'il verra sans apuy de biens et de famille \

FROSINE

le trouue que c'est là raisonné comme il faut :

Mais ces reflexions deuoient venir plutost.

Qjai vous a iusqu'icy caché cette lumière?

Il ne falloit pas estre vne grande sorcière.

Pour voir, dés le moment de vos desseins pour luy.

Tout ce que vôtre esprit ne voit que d'auiourd'huy.

L'action le disoit ; et dés que ie l'ay sceu6,

le n'en ay preueu guère vne meilleure issue.

Que dois-ie faire enfin ? mon trouble est sans pareil : Mettez-vous en ma place, et me donnez conseil.

FROSINE

Ce doit estre à vous mesme, en prenant vostre place, A me donner conseil dessus cette disgrâce :

Car, ie suis maintenant vous, et vous estes moy ; Conseiliez-moy, Frosine, au poinct où ie me voy. Quel remède treuuer? dites, ie vous en prie.

AMOVREVX. loï

ASCAGNE

Helas! ne traitez point cecy de raillerie;

C'est prendre peu de part à mes cuisans ennuis.

Que de rire^ et de voir les termes où i*en suis.

FROSINE

'% Non vrayemcnt, tout de bon ; vôtre ennuy m*est sensible, Et pour vous en tirer ie ferois mon possible. Mais, que puis-ie après tout ? ie voy fort peu de ioifr A tourner cette aitaire au gré de vôtre amour.

ASCAGNE

Si rien ne peut m'aider, il faut donc que ie meure.

FROSINE

Ha ! pour cela tousiours il est assez bonne heure; ^ La mort est vn remède à trouuer quand on veut, I Et l'on s'en doit seruir le plus tard que l'on peut.

ASCAGNE

Non, non, Frosine, non; si vos conseils propices Ne conduisent mon sort parmy ces précipices, le m'abandonne tout aux traits du desespoir,

FROSINE

Sçauez-vous ma pensée? il faut que i'aille voir

La.... mais Eraste vient qui pourroit nous distraire, Nous pourrons en marchant parler de cette affaire; Allons, retirons-nous.

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