ERASTE, GROS-RENÉ
ERASTE
'pNcore rebuté?
GROS-RENÉ
tamais Ambassadeur ne fut moins écoulé :
A peine ay-ie voulu luy porter la nouuelle Du moment d'entretien que vous souhaitiez d'elle^ Q.u*elle m'a répondu tenant son quant-à-moy, Va, va; i^ fais état de luy, comme de toy :
Dy-Iuy qu'il se promeine;^et sur ce beau langage, Pour suiure son chemin m'a tourné le visage : Et Marinette aussi, d'vn dédaigneux museau.
A M O V R E V X. io3
Lâchant vn, laisse-nous, beau valet de carreau, M'a planté là comme elle, et mon sort et le vostre N'ont rien à se pouuoir reprocher l'vn à l'autre.
L'vngrate ! receuoir auec tant de fierté Le prompt retour d'vn cœur iustement emporté! Qjaoy ! le premier transport d'vn amour qu'on abuse Sous tant de vrày-semblance est indigne d'excuse? Et ma plus viue ardeur en ce moment fatal Deuoit estre insensible au bon-heur d'vn riual? Tout autre n'eust pas fait mesme chose en ma place? Et se fut moins laissé surprendre à tant d'audace? De mes iustes soupçons suis-ie sorty trop tard ? le n'ay point attendu de sermens de sa part; Et, lors que tout le monde encor ne sçait qu'en croire, Ce cœur impatient luy rend toute sa gloire.
Il cherche à s'excuser, et le sien voit si peu Dans ce profond respect la grandeur de mon feu ? Loin d'assurer vne ame, et luy fournir des aVmes, Contre ce qu'vn riual luy veut donner d'alarmes, L'ingrate m'abandonne à mon ialoux transport, Et reiette de moy, message, écrit, abord?
Hal sans doute, vn amour a peu de violence, •Qu'est capable d'éteindre vne si foible offence. Et ce dépit si prompt à s'armer de rigueur.
Descouvre assez pour moy tout le fond de son cœur, Et de quel prix doit estre à présent à mon ame Tout ce dont son caprice a pu flater ma flame. Non je ne^fucetens. plus demeurer engagé Pour vn cœur où ie voy le peu de part que i'ay; Etjpïïîsqùe l'ohlémorgne vne froideur extrême A conseruer les gens, ie veux faire de mesme.
GROS-RENÉ
Et moy de mesme aussi : soyons tous deux fâchez, Et mettons nostre amour au^ng des vieux p éche z : il faut apprendre à viure S ce sexe volage.
Et luy faire sentir que Ton a du courage.
Qui souffre ses mépris les veut bien receuoir. Si nous auions l'esprit de nous faire valoir, Les femmes n'auroiept pas la parole si haute. 1 qu'elles nous sont bien fieres par nostre faute ! le veux estre pendu, si nous ne les verrions Sauter à nostre coû plus que nous ne voudrions, Sanstous ces vils deuoirs,dontlapluspart des hommes Les gâtent tous les iours dans le siècle où nous sommes
ERASTE
Pour moy, sur toute chose, vn mépris me surprend; Et, pour punir le sien par vn autre aussi grand, le veux mettre en mon cœur vne nouuelle flame.
GROS-RENÉ
Et moy, ie ne veux plus m'embarrasser de femme;
A toutes ie renonce, et crois, en bonne foy,
Q.ue vous feriez fort bien de faire comme moy.
Ca,Toyez-vous?lafemme est, comme on dit, mon maistre,
Vn certain animal difâcile à connoistre.
Et de qui la nature est fort encline au mal :
Et comme vn animal est toùsiours animal.
Et ne sera iamais qu'animal, quand sa vie
Dureroit cent mil ans; aussi, sans repartie,
La femme est toùsiours femme, et iamais ne sera
AMOVREVX. io5
Que femme^ tant qu^entier le monde durera.
D'où vient qu'vn certain Grec dit, que sa teste passe Pour vn sable mouuant : car, goûtez bien, de grâce, Ce raisonnement-cy, lequel est des plus forts : Ainsi que la teste est comme le chef du corps, Et que le corps sans chef est pire qu'vne beste ; Si le chef n'est pas bien d'accord auec la teste, Que tout ne soit pas bien réglé par le compas, Nous voyons arriuer de certains embarras ; La partie brutale alors veut prendre empire Dessus la sensitiue, et Ton voit que V\n tirQ A dia^ l'autre à hu.rhaut ; Tvn demande du moû, L^tre du dur; enfin tout va sans sçauoir où : Pour montrer qu'icy bas, ainsi qu'on l'interprète, La teste d'vne femme est comme la girouette Au /haut d'vne maison ~ qui tourne au premier vent. C'est pourquoy, le cousin Arîstote souuent La compare à la mer; d'où vient qu'on dit qu'au monde On ne peut rien trouuer de si stable que l'onde. Or, par comparaison ; car la comparaison n
Nous fait distinctement comprendre vne raison; Et nous aymons bien mieux, nous autres gens d'étude, Vne comparaison qu'vne similitude.
Par comparaison donc, mon maistre, s'il vous plaist, Comme on voit que la mer, quand l'orage s'accroist, Vient à se courroucer, le vent soufie, et rauage, Les flots contre les flots font vn remu-menage Horrible, et le vaisseau, malgré le Nautonier, Va tantost à la caue, et tantost au grenier ; Ainsi, quand vne femme a sa teste fantasque.
On voit vne tempeste en forme de bourasque, Qui veut competiter par de certains.... propos; Et lors vn...., certain vent, qui par... de certains flots De... certaine façon, ainsi qu'vn banc de sable... Quand.... les femmes en fin ne valent pas le diab!c.
io6 DEPIT
ERASTE
Cest fort bien raisonner.
GROS-RENÉ
Assez bien. Dieu mercy :
Mais ie les voy, monsieur, qui passent par \cy. Tenez-vous ferme au moins.
Ne te mets pas en peine.
GROS-RENÉ
Tay bien peur que ses yeux resserront vostre chaisne.